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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 03:55

Quelques années plus tôt, les trente-sept wagons rescapés de l'Orient-Express de la grande époque pourrissaient dans un champ, promis à la ferraille. James Sherwood et Colin Bather, hommes d'affaires britanniques dirigeant la société Sea-Container, eurent l'idée de relancer ce train de légende. Lourd investissement, mais en ce milieu des années 1980, le nouvel Orient-Express est enfin sur les rails après une minutieuse rénovation. Journaliste à "L'Investisseur immobilier", Gérard Dutheil participe au voyage inaugural. Il reste un besogneux, au milieu de collègues de la presse nettement plus prestigieux. C'est pourtant Dutheil que la belle Lise Claire-Arnault, directrice du magazine "F News", choisit pour une chaude nuit d'amour. Ce qui oblige Pierre Chaulieu, unique rédacteur d'une revue confidentielle de modélisme, qui partageait ce compartiment, à aller dormir ailleurs. Au matin, Chaulieu ne semble nullement en vouloir à Dutheil.

Personne n'était censé savoir que l'ancien colonel Fred Dawns était mort empoisonné peu après le départ du train. Sauf son assassin, et Gérard Dutheil qui avait rencontré Dawns auparavant. Les rumeurs circulent rapidement dans un espace clos tel qu'un train, surtout entre journalistes. L'inspecteur principal Duchemin, de la Brigade Criminelle, ne cache pas sa fonction à Dutheil. Il a besoin de sa complicité : “J'ai l'intention de me présenter comme un de vos confrères. Ça justifiera mes investigations dans certaines limites… Pour le moment, cette enquête doit demeurer discrète. Un confrère de la presse locale, qui a profité de l'escale de Dijon pour monter…” Dutheil va être vaguement associé à l'enquête, sans vraiment savoir quelle sorte de scoop il peut espérer. Le journaliste pourrait s'interroger sur Chaulieu, qui possède une arme chargée, et dont le magazine "Jet Trains" n'existe peut-être pas.

Déjeuner à la table du promoteur immobilier Bernardin n'enchante pas Dutheil. Certes, il y côtoie Jean-Yves Gonnot, ami hôtelier de Bernardin, qui a connu la grande époque de l'Orient-Express, au temps où il était serveur. L'assassinat de Fred Dawns aurait-il un rapport avec ce temps-là, en 1939 ? Un nouveau décès est à déplorer : “On a allongé Chaulieu sur son lit. Son visage a dû heurter le ballast de plein fouet. Pas beau à voir. Je détourne la tête, réprimant ma nausée. L'attitude glaciale de Duchemin m'incite à garder le silence. Le pistolet, voisin de cabine, dernier témoin à l'avoir vu en vie, ça commence à faire beaucoup.” Dutheil est attentif au récit d'un témoin concernant une vieille affaire. Il en existe plusieurs versions, où il est question de cocu, de meurtre, de chantage. Les transmettre au policier Duchemin ? Publier ces informations ? Dutheil a probablement mieux à faire…

Gérard Delteil : Le nouveau crime de l'Orient-Express (Fleuve Noir, 1985)

Tout le monde connaît “Le crime de l'Orient-Express” publié en 1934 par Agatha Christie. Évidemment, Gérard Delteil se démarque de l'intrigue de la "Reine du crime". Néanmoins, l'ambiance de ce prestigieux train reste en toile de fond de ce roman de 1985. L'auteur traite l'énigme avec une certaine légèreté, offrant un roman plus souriant que l'original. Il ne néglige pas pour autant le suspense, et sème des indices, propose des pistes, donne à suspecter quelques personnages, jusqu'à la révélation de la vérité. Le dénouement est aimablement amoral, ce qui correspond fort bien à l'esprit. Un sympathique petit polar !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 03:55

Venus d'Alsace depuis longtemps, Lazare et Sylvia Vorstein ont implanté leur famille de Gitans à Marseille. Ils ont quatre enfants adultes. Ari, l'aîné, possessif avec les femmes, seconde son père pour leurs trafics. Puis viennent Ivo et Toni, avant la dernière, Dolora. Tous s'impliquent dans les affaires du clan Vorstein, y compris quand il faut supprimer des gêneurs. Toni a déjà séjourné en prison. Il ne fera désormais plus de mal à quiconque : la mère de la fillette qu'il avait violée vient de le tuer, avant de l'enterrer. Elle doit bander ses mains blessées suite à ce funeste règlement de comptes, mais justice est faite. Le plus urgent, c'est que sa fille de douze ans et elle-même s'éloignent de la région marseillaise. En ce mois de juillet, parmi la foule des vacanciers, la Corse est une destination propice.

Anorexique depuis le viol, la fillette s'est isolée en se passionnant pour les livres. Sa mère est médecin urgentiste. Son père les a quittées depuis quelques temps, leur préférant sa maîtresse Lila. L'ambiance était lourde entre eux, la mère étant obsédée par Toni Vorstein. Le père reste en contact avec sa fille par SMS… Pour la mère et la fillette, embarquement à Nice, direction Bastia. Puis elles roulent en 4x4 vers le Cap Corse, où un hôtel d'Ersa les attend. Sur le ferry, elles avaient remarqué deux hommes plutôt typés en BMW. Le même duo apparaît à l'hôtel où elles se croyaient tranquilles. Elles doivent fuir au plus vite. Ari et Ivo maltraitent le réceptionniste afin de savoir vers où ont filé la femme et sa gamine. Ils n'hésitent pas à éliminer l'employé, ni à incendier l'hôtel avant leur départ.

Mère et fille roulent jusqu'à Corte. La mère a besoin d'une pause, d'un peu de confort et d'un véritable repas. Plutôt mutique, sa gamine n'exprime guère ses sentiments, suivant le mouvement sans trop broncher… Ari et son frère sont allés du côté de Bastia, espérant prendre contact avec un ami dans un bar, le SiouXie. C'est un club où, pour peu qu'on paie bien, les prostituées sont à disposition. Pour Ivo, pas de problème, mais Ari s'avère très violent avec une des putes, la blessant gravement. Au Siouxie, on s'en souviendra. Ça ne les empêchent pas de poursuivre leur périple à travers la Corse.

La mère a été victime d'un sérieux incident, à cause d'un piège à renard, sur les terres de la bergerie d'Orsanto Biancarelli. Ex-repris de justice, celui-ci vit à l'abri des regards avec sa chienne Chica. Il la soigne sommairement, avant qu'un discret ami médecin s'occupe de la jeune femme. Convalescente à l'hôtel, elle garde un flingue à portée de main. Quand sa fille remarque la voiture d'Ari et Ivo, un nouveau départ rapide s'impose, malgré son handicap. Le meilleur endroit où trouver refuge, c'est évidemment chez Orsanto. Si, à son tour, Dolora Vorstein se lance dans la traque, ça promet des étincelles…

Marie van Moere : Petite louve (Pocket, 2015)

Il y a certainement deux lectures possibles de ce roman. La plus claire, c'est la course-poursuite entre le duo de fugitives et les deux hommes à leurs trousses. Mère et fille se précipitent-elles dans un piège, sachant qu'une île est sans issue ? Malgré les embûches, elles conservent la tête froide. Les Gitans sont plus sanguins, venant venger leur jeune frère violeur, supprimé par la mère. Dont il connaissent l'identité, car elle les menaça avant son passage à l'acte. Au fur et à mesure, on apprendra des détails sur chaque camp en présence. Œil pour œil, dent pour dent, le talion est la règle de part et d'autre. Les frères Vorstein sont assez bien renseignés, on verra pourquoi. C'est un destin chanceux qui permet à la mère et à sa fille de croiser Orsanto Biancarelli.

Une autre lecture, plus obscure, peut suggérer le drame (incontestable) du viol, avec ses conséquences familiales. La relation mère-fille est incertaine, un séjour en forme de fuite n'aidant pas à gommer les séquelles de l'agression sexuelle. Le bienveillant Orsanto peut, selon cette approche, représenter une embellie, voire l'espoir d'un nouveau départ. Faut-il vraiment privilégier la psychologie dans cette histoire ? Sans doute pas, même si c'est inclus dans le scénario. Car ce sont les tribulations des unes et des autres que l'on suit réellement avec passion. Le suspense prime, l'action est présente, voilà ce qu'on demande à un bon polar comme celui-ci.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 03:55

Il existe une vraie tradition littéraire des journaux d’écrivains où, généralement en marge de leur œuvre, ils se racontent à travers des propos personnels. C'est ce qu'a fait Hervé Jaouen depuis 1977, transmettant sa passion pour l'Irlande à travers plusieurs ouvrages : Journal d'Irlande (de 1977 à 1989), Chroniques irlandaises (de 1990 à 1995), La cocaïne des tourbières (2002), Suite irlandaise (2008). L'intégrale de ces quatre livres est réunie maintenant en un seul volume, publié aux Éditions Ouest-France.

Quand Hervé Jaouen débarque pour la première fois en Irlande, il n'a encore guère de repères. Mais c'est un pays où se nouent vite les contacts, pour peu qu'on aime causer, que l'on ne refuse pas de boire, et qu'on soit attentif à leur parler anglais avec l'accent local. À cette époque, les Irlandais ne peuvent être insensibles à la situation en Ulster. Sur ce point, il faut qu'un continental soit clair à leur égard. D'ailleurs, la franchise est toujours la plus payante avec ces farouches îliens. Observer, aussi bien les châteaux que chacun des paysages traversés, et surtout la population qui reste souvent typique, c'est ainsi que le voyageur s'acclimate lors de ses premières virées dans ce pays.

Mille anecdotes, comme celle-ci dans un pub de Galway : “Aux murs en pierres apparentes sont accrochés des cadres de tailles variées… Il y a une grande huile d'un jeune homme qui tient sa canne à mouche comme un sauvage sa sagaie. En cinq heures, un jour de juin 1947, il a pris onze saumons. Ses bottes sont au centre de l'éventail arrangé par le peintre… À gauche du comptoir est épinglée une carte : l'Europe vue par les Irlandais. Rayée de la carte, l'Angleterre. J'ai pensé à ce bistrot de Quimper autrefois : "Interdit aux chiens et aux Français".” C'est en sillonnant de manière aléatoire l'Irlande, non sans profiter du plaisir de la pêche dès que l'occasion s'en présentera, qu'Hervé Jaouen s'initie (le mot n'est pas trop fort) à l'esprit irlandais.

Ces périples sont aussi source d'inspiration pour le romancier : “Comment ne pas terminer cette glorification de la fishing widow par l'évocation de son contraire, je veux parler de la pécheresse, la veuve de pêche, infidèle, qui mouche son chagrin dans l'adultère. Sauf à mon insu, je n'en ai fréquenté que de littéraires […] J'ai moi-même, dans "Histoires d'ombres", créé un personnage de fishing widow, adultère et maléfique, inspirée d'une certaine réalité. Par la toute-puissance du narrateur, elle sera précipitée du haut d'un rocher, dans une rivière.” Tant de rencontres inopinées ou devenant plus courantes, de situations parfois insolites, dont Jaouen pourra se servir dans ses romans irlandais, tel "Le testament des McGovern" (pour n'en citer qu'un).

Hervé Jaouen : Carnets irlandais (Éd.Ouest-France, 2015)

Passent les années, le couple Jaouen continue à découvrir les multiples facettes d'un pays, que l'écrivain retrace dans les trois premiers tomes. Dans "Suite irlandaise", l'Irlande change en ces années 2000, et la population accepte cette évolution. Craignant un peu de ne plus trouver autant de personnages attachants ou particuliers, et de lieux de pêche satisfaisants, Jaouen constate la modernisation. Avec sa coutumière lucidité, sans porter de jugement. Joséphine, qui les accueillait depuis dix-huit ans à Cushlough House va prendre une retraite méritée. D’autres farmhouses n’intéresse le couple que s’il y sent une ambiance amicale, sincèrement chaleureuse. Peut-être chez Mary Lydon ? À Ballrinrobe, le pub de J.J.Gannon où ils avaient leurs habitudes a été refait à neuf. Pas si mal. L’important est d’éviter le tourisme friqué, de traquer l’authenticité.

La pêche est toujours le prétexte de leur voyage. Même si certaines sorties sur les lacs, en baie de Ballynalty ou sur la Cong River, sont parfois risquées. Même si truites et saumons se font rares. Même si les tarifs des droits de pêche frisent l’escroquerie (l’Irlande change). L’essentiel, c’est la population : “Je ne sais pas si c’est une question de chance. Plutôt une question de résonance magnétique entre l’Irlande et le voyageur. Mais bon, pour ne pas assassiner les rêves de ceux qui poursuivent les cerfs-volants avec des semelles de plombs, disons, oui, que la chance me sourit”. Hommages aux écrivains, aussi, y compris ceux du roman noir : “Le Galway que décrit Ken Bruen dans ses polars serait-il une réalité ? Un Galway hanté par une population de marginaux, alcooliques, junkies, trafiquants en tous genres, au milieu desquels son personnage Jack Taylor ex-flic viré de la Garda, consommateur lui-même d’un tas de substances vénéneuses, mène des enquêtes déjantées… Le roman noir est un roman de légère anticipation.”

On connaît les romans d'Hervé Jaouen. Son œuvre littéraire comporte également cet aspect-là, ces souvenirs qu'on ne saurait qualifier de "touristiques". Du vécu, des récits où l'on retrouve la tonalité fluide, amusée, lucide, tendre, de l'auteur. Grâce à cette intégrale des quatre titres, c'est un regard ethnologique (et vivant) sur l'Irlande depuis près de quarante ans qui nous est proposé.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 03:55

Jessica Ferrera est aujourd'hui âgée de plus de seize ans. Elle habite Paris, avec sa mère Sophie, en mauvaise santé. Jessica est une jeune fille autonome, au caractère volontaire, qui n'a pas besoin de beaucoup de sommeil. Elle aura pu faire une carrière sportive. Elle a été goal dans une équipe de foot féminin. Peut-être parce que ça lui provoquait de noirs cauchemars, Jessica n'a pas poursuivi. Lola, sa meilleure amie, un peu envahissante dans son genre, est plutôt adepte de sports de combat. Lola aime papillonner, s'amourachant du dernier beau garçon qu'elle croise, même un bad boy. À l'inverse, Jessica n'en vise qu'un : Pedro, joueur de volley un peu plus âgé qu'elle. C'est avec lui, pas un autre, que la jeune fille compte perdre sa virginité. À condition qu'il finisse par se décider.

Jessica est très heureuse quand Pedro a un service à lui demander. Une sorte de mission au Touquet. Elle est parfaitement capable de sécher les cours sans attirer l'attention, pas de problème. Sur place, Jessica doit se rendre au bar de l'Enduro : “Là, à treize heures cinquante précises, un Anglais vient s'asseoir derrière toi, tu le reconnaîtras, je viens de t'envoyer sa photo. Sa valise à roulette est identique à la tienne, il va la ranger juste à côté…” Échange de valise, puis rendez-vous avec Pedro en fin de journée à l'appartement dont il lui donne l'adresse. Rien de bien compliqué. Sauf que, virée de chez sa mère, Lola s'invite pour ce voyage au Touquet. D'autant qu'elle a vu la photo de l'Anglais en question, et qu'elle a immédiatement flashé sur lui, comme si c'était le prince charmant.

De l'autre côté de la Manche, Terry Christensen est agent immobilier. Possédant un petit avion, il affirme vendre des propriétés de la Côte d'Opale à de riches compatriotes. C'est grâce à l'argent d'Ida, son épouse, qu'il a monté son agence. Ida est très pieuse, mais pas vraiment naïve. Son jeune frère James, un type désinvolte sans activité réelle, claque des sommes importantes, couche avec des mannequins russes : très mauvaise fréquentation pour son mari Terry. Concernant ce nouvel aller-retour jusqu'au Touquet, Ida tient à en avoir le cœur net. Peu lui importe que, du côté de la jetée du Palace Pier de Brighton, le mafieux nommé Floyd gère à distance ses affaires. Pour Jessica, la mission confiée par Pedro s'avère moins simple que prévu, car l'Anglais n'est pas au rendez-vous…

Karim Miské : Les filles du Touquet (Petits polars du Monde, 2015)

En 2012, le roman de Karim Miské “Arab Jazz” (Éd.Viviane Hamy) a été récompensé par le Grand Prix de Littérature Policière, ce qui n'est pas un mince référence. En 2013, c'est le Prix du Goéland Masqué qui lui est décerné à Penmarc'h. En 2014, il remporte le Prix du meilleur polar des lecteurs de la collection Points. Nul doute que les mésaventures d'Ahmed Taroudant, grand lecteur littérature policière habitant dans le 19e à Paris, et des policiers atypiques Rachel Kupferstein et Jean Amelot, aient séduit un large public. Si Karim Miské s'est essentiellement fait connaître comme réalisateur de documentaires, il ne manque pas de talent en tant qu'auteur de fictions, non plus.

Illustrée par Florence Dupré Latour, cette nouvelle est diablement bien construite. Jessica, l'héroïne, pourrait être une jeune fille actuelle, quelque peu paumée, prête à "faire plaisir" à un amant malintentionné, prenant des risques à sa place. Son profil apparaît nettement plus nuancé que cela, car elle est très déterminée. Le rôle de sa copine Lola fait sourire, et celui de l'Anglaise Ida Christensen, respectée de sa communauté à Hastings, ne sera pas négligeable du tout dans cette histoire mouvementée. Il y a de fortes chances que ce soient les femmes qui sortent gagnantes dans cette affaire-là.

Dans cette saison 4 des Petits polars du Monde, le journaliste Jean-Michel Boissier offre aux lecteurs son approche de chaque ville concernée. Après Marseille, La Baule et Lyon, voici donc une “Échappée au Touquet”. C'est à la fin du 19e siècle que le notaire Jean-Baptiste Dalloz et qu'Hippolyte de Villemessant, nouveau propriétaire du journal Le Figaro, lancèrent cette station balnéaire située sur la Manche, dans le Pas-de-Calais, en baptisant cet endroit Le Touquet-Paris-Plage. Fréquenté par des princes, des maharadjah, des stars de cinéma, des écrivains, l'endroit connut un succès mondain durant quelques décennies. Mais on peut aujourd'hui apprécier Le Touquet pour diverses autres distractions, dont nous parle ici Jean-Michel Boissier.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 03:55

Watertown est une ville du Massachusetts, au Nord-Est des États-Unis, dans la banlieue de Boston. On y trouve un quartier mal famé, les Bellams. Le reste de Watertown est typique des villes américaines sans atout particulier. À part peut-être son Grand Hôtel des Congrès datant de 1927. Marié, père de deux filles, Paul McCarthy est le shérif de Watertown. Sa famille reste son point de repère, même si leur vie est sans grande fantaisie. Dans son métier, il compte sur ses adjoints, Gomez et les autres, pour l'assister efficacement. Ce soir-là, le septuagénaire Jimmy Henderson est assassiné et mutilé, dans son propre pick-up, au cœur de la ville. Le shérif McCarthy le connaissait depuis longtemps. Henderson, un vieux bonhomme sans histoire ? C'était sans doute moins vrai ces derniers temps.

En effet, Laura Henderson, la fille de la victime, s'est acoquinée avec Alexander Marshall, un repris de justice. “Ils se sont d'abord associés pour revendre de la came, puis ils ont habité ensemble. Alexander a rapidement eu des vues sur la fille de Laura, Julia.” Quand on sait quel fut le parcours délinquant de Marshall, et si on y ajoute une possible affaire de mœurs autour de la jeune Julia, il apparaît comme le principal suspect du meurtre. Peut-être un coupable trop idéal ? Wilde, un flic venu de l'extérieur pour renforcer l'équipe du shérif, estime que Marshall n'a pas le profil dans ce cas. D'autant que le meurtrier n'a rien volé. Au fond, McCarthy n'est pas si sûr, non plus. Avec Gomez, il interroge un cousin de Henderson. La seule piste plausible serait un club de fitness, base d'un trafic de drogue.

Franck dirige en dilettante une agence de détectives new-yorkaise. Il est de passage à Watertown. Adepte de Joséphin Peladan (1858-1918), Franck est un dandy cocaïnomane affichant des opinions anti-conformistes, pouvant surprendre la population d'une telle ville. Installé au Grand Hôtel des Congrès, il s'intéresse bientôt au meurtre étrange de Jimmy Henderson. Ayant intercepté des infos en surveillant le shérif, il se penche sur le dossier d'un ancien acteur de films pornographiques. Celui-ci dirige un club de fitness, où passe de la drogue. Club dont le propriétaire n'est autre que Lance Le Carré, un homme d'affaire que Franck a approché. S'il organise des réceptions mondaines, c'est surtout un puissant caïd mafieux. Le détective a coutume de ne pas sous-estimer ce genre de personnes.

Après avoir croisé un romancier à succès, auteur de polars noirs à grands tirages, Franck se rend au Jaguar Club, pivot du trafic de drogue à Watertown. Il y retrouve Lyllian, un flûtiste sans doute talentueux, qui a grand tort d'abuser des drogues de synthèse. De leur côté, les policiers avancent dans l'enquête. Pour aider sa petite-fille Julia à s'en sortir, il est possible que Jimmy Henderson ait commis des délits…

Quentin Mouron : Trois gouttes de sang et un nuage de coke (Ed.de La Grande Ourse, 2015)

Lorsqu'un auteur non-Américain situe un roman sur le territoire des États-Unis, le lecteur est en droit d'éprouver un certain scepticisme. Certes, on peut s'être documenté sur les lieux évoqués : souvenons-nous qu'après les attentats du marathon de Boston, en avril 2013, c'est à Watertown que s'est achevée la course-poursuite avec les deux terroristes. Toutefois, un polar n'est pas seulement géographique, et un contexte superficiel ne suffit pas. Dans ces conditions, Quentin Mouron va-t-il nous convaincre ? La réponse est "oui". D'abord, l'intrigue proprement dite n'est pas réduite à une enquête ordinaire, balisée. Et ce que l'on retient surtout, c'est la tonalité de cette histoire, son écriture.

“Sacrée Linda ! pense [le shérif] McCarthy. Pour être folle, elle n'en est pas moins attachante. Elle peut fulminer, récriminer, se braquer contre la terre entière, elle ne fera jamais de mal à une mouche. Au fond, elle fait ce qu'elle peut.” Si, d'un côté, nous avons un policier professionnel et attentif, menant une existence plutôt routinière, c'est une galerie de personnages décalés que nous découvrons, d'autre part. À commencer par le singulier détective Franck, influencé par le sâr Péladan. Il explique à son assistante : “Cette affaire n'est motivée par rien de raisonnable, ni même de passionnel. Je vous l'ai dit : il ne s'agit que de curiosité… Que ferais-je à New York ? Éventrer des poubelles ? Brasser des ordures ménagères ? Non merci ! Il ne s'agit pas d'une "affaire". Considérez cela comme un divertissement, un caprice. Et de la première importance.” On retiendra aussi quelques portraits, dont ceux du repris de justice et du romancier best-seller. Voilà un polar noir différent, d'une belle originalité.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 03:55

Un hold-up spectaculaire est commis aux caisses d'une grande surface. Un coup audacieux dont l'organisateur est l'énigmatique Raner, l'homme le plus recherché de France en ce début des années 1970. Un braquage qu'il a bien préparé, non sans arrière-pensée. Il a engagé deux bandes distinctes pour commettre ce hold-up. La première se compose de petits truands possédant un passé chargé, vaguement politisés. La seconde est un groupe de nazillons ayant besoin de financer leur cause. Sans doute sont-ils plus dangereux que leurs complices issus du banditisme. Du point de vue des braqueurs, le coup est réussi, non sans causer deux victimes parmi les personnes présentes. Raner et les voleurs partent se cacher dans une ferme isolée. Chacune des bandes n'a qu'une envie : éliminer les autres et supprimer Raner pour empocher le butin.

Le massacre a effectivement lieu, laissant néanmoins quelques survivants. Raner se charge de les retrouver, et de récupérer les trente millions de Francs. Patron du magasin attaqué, Delanay était en réalité le co-organisateur du hold-up. Il lance son adjoint Frantz, un ancien SS, sur les traces des derniers voleurs, avec mission de buter aussi Raner. Ce dernier a senti le vent tourner. Frantz rapporte bel et bien le butin, mais risque de se montrer trop présomptueux. Delanay a prévu de passer en Suisse avec le fric détourné. La tranquillité qu'il espère sera de courte durée. Raner n'a pas dit son dernier mot. D'autant que personne d'autre que lui ne sait vraiment ce qu'il a en tête. Son rôle dans cette affaire était nettement plus obscur que l'ont pensé les autres…

Claude Klotz : Casse-cash (Ed.Christian Bourgois, 1971)

De 1971 à 1975, les éditions Christian Bourgois ont publié treize titres dans cette série de polars, écrits par Patrick Cauvin (1932-2010). À l'origine, le héros s'appelait Reiner : son nom fut changé en Raner (suite à un procès intenté par un homonyme) lors de la réédition aux éditions du Fleuve Noir, quelques années plus tard. La meilleure description de Raner figure dans le Dictionnaire des Littératures Policières (Éd.Joseph K.) :

“Âgé d'une trentaine d'années, ce séduisant athlète d'un mètre-quatre-vingt est fidèle à sa compagne, une ancienne call-girl, la très belle Laurence. Splendide et tout aussi intelligente, Laurence dépense sans compter. Certes, l'argent ne leur manque pas : il est le fruit de leurs vols, de leurs escroqueries, et parfois même de leur labeur. Mercenaire dont les services coûtent très cher, Raner vient de temps à autre au secours de l'humanité. Aguerri aux techniques de combat, il se moque des dangers auxquels il fait face avec sang-froid au cours d'aventures mouvementées qui le mènent aux quatre coins du monde. Sous des apparences de baroudeur, ce personnage est toutefois d'une réelle complexité…”

Deuxième titre de cette série, “Casse-Cash” est un très bon exemple de l'ambiance qui y règne. Un polar d'action, mouvementé et violent, d'une sacrée noirceur car les meurtres se succèdent à un rythme effréné. Les rebondissements abondent dans un tourbillon de scènes percutantes. On est loin d'une simple histoire de truands réalisant un braquage, et se supprimant les uns les autres ensuite. Raner est l'archétype du héros froid et cynique, manipulateur à tous les niveaux, préservant son mystère. Si l'on a publié depuis beaucoup de romans à suspense très agités, cette série et ce personnage de Reiner/Raner peuvent faire figure de précurseurs.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 03:55

Eliza Blake est une journaliste de télévision new-yorkaise, présentant la session matinale d'infos "Key to America". Elle élève seule sa fille de sept ans, Janie. Elles sont encore sous protection depuis que la gamine a été victime d'un kidnapping durant cinq jours. Eliza à pour ami de cœur son collègue Mack McBride, trop absent car en poste à Londres. Avec BJ et Annabelle, Eliza forme une bonne équipe pour son programme, sans oublier son amie psy Margo Gonzalez. La journaliste a ses entrées dans la haute société de New York. Elle est proche de Vincent et Valentina Wheelock. Cette dernière fut gouverneur de l’État de New York, puis ambassadrice des États-Unis en Italie. Un long séjour à Rome que Vincent, conseiller officieux de son épouse, apprécia beaucoup et dont il est nostalgique.

De retour depuis quelques temps, le couple s'est installé à Tuxedo Park, dans la demeure familiale de Valentina. Leur fils étudiant Russell y loge aussi, tout en se consacrant à son avenir. Situé à soixante-dix kilomètres au nord-ouest de New York, Tuxedo Park est un site paysager tranquille réservé à l'élite. Le chef de la sécurité Clay Vitalli, père d'une jeune fille handicapée, veille strictement aux accès de cet endroit. Vincent a fait rénover la vieille demeure par le brillant architecte Zachary Underwood. Devenu idolâtre de Saint François d'Assise, Vincent a décidé de tout, et rebaptisé la maison "Pentimento" (tel le "repentir" en peinture). Le couple organise une grande fête qui sert d'inauguration, mais qui est surtout dédiée à Saint François d'Assise. Ils reçoivent une centaine d'invités, dont Eliza Blake.

À la surprise générale, après un discours aux personnes présentes sur le thème de la repentance, Wheelock se suicide dans la serre de la demeure. Eliza a pris des photos en cachette, mais pas pour les diffuser. À la télé, elle souligne néanmoins le fait que Vincent s'est infligée des stigmates comparables à ceux du Christ. Annabelle et BJ remarquent sur une photo un pot de terre portant une double inscription. Cet indice laissé par Vincent, ils vont bientôt en découvrir le sens, ça concerne Tuxedo Park. Quelqu'un estime qu'Eunice, l'employée de maison des Wheelock, est un témoin gênant. Son décès passera pour une chute accidentelle. Pendant ce temps, Valentina prépare les funérailles de Vincent, selon les volontés de celui-ci. On y lira "Le cantique de Frère Soleil", de Saint François d'Assise.

Tandis que le politicien Peter Nordstrut, vieil ami des Wheelock, apparaît inquiet, Zachary Underwood l'architecte pense que Vincent a laissé un puzzle d'indices qui a un sens. Voilà encore un témoin à supprimer. Comme elle l'avait programmé, Eliza Blake va s'installer dans un cottage de Tuxedo Park. Ce qui facilitera son observation des faits. Le barman Bill O'Shaughnessy, employé depuis plusieurs décennies par les notables de Tuxedo Park, et le père Gehry, qui ne peut trahir le secret de la confession, en savent sans doute long sur les secrets que Vincent Wheelock voulait voir dévoilés après son suicide. Mais, en cherchant la vérité, Eliza Blake se met directement en danger…

Mary Jane Clark : Vengeance par procuration (Éd.L'Archipel, 2015)

Un suspense impeccable peut se comparer à une fine mécanique d'horlogerie. Pour que tout fonctionne avec précision, chaque élément doit trouver sa place au millimètre. Toute improvisation est interdite à l'expert, qui aura en main la moindre pièce et la placera au bon endroit. Le sentiment que l'on ressent à la lecture de ce roman de Mary Jane Clark, c'est que l'intrigue y a été peaufinée afin d'approcher une perfection d'horloger. Dans la construction du récit, bien sûr, plus de cent-cinquante scènes courtes se complétant avec harmonie pour former un tableau complet. Ainsi que par la présentation détaillée, nuancée des personnages, ayant un rôle à jouer dans l'affaire, même lorsqu'il semble flou. Tout ça permet, on s'en doute, de suggérer une belle galerie de suspects.

Certes, ce n'est pas l'Amérique populaire ou le New York des bas-fonds dont il est question ici. On évolue dans la société de haut-rang, entre notions intellectuelles, religieuses, et politiques. C'est l'ambiance dans les sphères dirigeantes, familles possédant du pouvoir et de la fortune depuis bien longtemps, qui est décrite dans cette histoire. Avec une belle part d'hypocrisie, et parfois quelques indicibles secrets. Éminente star de l'info, Eliza Blake peut fréquenter ce monde-là, qui s'affiche raffiné. On la suit, de même que les autres protagonistes, avec grand plaisir dans cette énigmatique affaire. Un excellent suspense, il faut le répéter.

 

- Ce roman est disponible dès le 1er juillet 2015 -

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 03:55

La Baule, mardi 28 juillet. Le cadavre d'un quinquagénaire vient d'être découvert sur la plage, au petit matin. Capitaine de police, Guillaume Féval arrive sur les lieux. Il s'agit du corps de Jean-Philippe Gleizes, un promoteur immobilier important de La Baule. Marié à Agathe de la Trébaudière, il a des fils âgés de quatorze et seize ans. Ce sont des habitués du restaurant du très chic hôtel L'Hermitage. La mort de Gleizes ne ressemble pas à un suicide : on a lui serré une corde autour de l'abdomen, et on l'a lesté d'un lourd poids. Avec les rochers de la côte environnante, le polyester de la corde s'est vite tailladé. C'est l'œuvre d'un amateur, très certainement. Le policier Féval commence par interroger les moniteurs saisonniers du club de voile voisin, qui connaissaient fort bien la victime.

Un meurtre en plein cœur de la saison estivale, à l'heure où le tourisme apporte l'essentiel des revenus de la ville, ce n'est pas fait pour plaire à Gilbert Becquerel, maire de La Baule. Il ne veut aucune publicité autour de cette noyade sur la plage, et il espère une enquête rapide. Ce qui le navre, c'est que le décès de Gleizes risque fort de mettre un coup d'arrêt à un projet immobilier auquel lui aussi tenait. Le promoteur voulait créer un bel ensemble résidentiel dans les marais de Guérande. Une sorte de "Port-Grimaud de l'Atlantique", une marina qui aurait ajouté du prestige à une station balnéaire comme La Baule. Associé de la victime, Michel Bosco est un administratif qui n'a pas la fougue des affaires, autant que Gleizes. La mort de son partenaire n'est pas vraiment une bonne chose pour lui.

Il restait une parcelle non négligeable à acquérir pour le projet des marais de Guérande. Elle appartient à un sexagénaire de la région nommé Fabrice Daviaud, un saunier trouvant de bons prétextes pour faire monter les enchères. Féval le rencontre dans les marais salants, lui apprenant la mort de Gleizes. Dans tout projet de cet ordre, il est inévitable que des écologistes s'opposent. Ne cachant pas leur hostilité, on peut considérer qu'Éric Bottereau et Marc Salles se sont même montrés menaçants envers Jean-Philippe Gleizes. La presse locale n'est guère favorable à leur association de défense des marais, pas plus que le maire Becquerel. Finalement, chacun des camps s'accuse mutuellement. Guillaume Féval va devoir définir qui haïssait le plus le promoteur immobilier…

Emmanuel Grand : Pavillon rouge à La Baule (Petits polars du Monde, 2015)

Publié en 2014, “Terminus Belz” d'Emmanuel Grand a été récompensé par le Prix polar du festival de Lens, et aussi par le Prix Tenebris 2015 du meilleur roman policier francophone diffusé au Québec. S'il situait alors son intrigue en face de Lorient, dans le Morbihan, c'est un peu plus au sud que se place l'action du présent Petit polar. Enquête traditionnelle avec son lot de suspects, et son enquêteur consciencieux. Il convient de garder en tête que La Baule, une de nos plus anciennes stations balnéaires, toujours très prisée des touristes, est un bel exemple du contexte bourgeois. De Pornichet jusqu'au Croisic en passant par Le Pouliguen et jusqu'à Guérande, une opulence plus ou moins discrète règne en ces lieux. Le raffinement de la haute société va de pair avec ses larges moyens financiers. Irait-on jusqu'à tuer pour un projet immobilier controversé ? Telle est la question.

Illustrée par Pierre Place, cette nouvelle est complétée (nouveauté de cette 4e saison des Petits polars du Monde) par un mini-guide signé Jean-Michel Boissier. Dans “Échappées à La Baule”, le journaliste retrace la longue et belle histoire de cette agglomération côtière, avec sa “plus belle plage d'Europe” de sable fin, et les multiples célébrités ayant fréquenté ces villas aujourd'hui classées. Très proche de Saint-Nazaire, la ville connut également des périodes plus sombres. Il faut l'avouer, La Baule ne se destine pas à accueillir les jeunes : “Transformer cet endroit aussi merveilleux en une sorte de maison de retraite géante, c'est désolant” estime le consultant sportif Pierre Ménès. “Échappées à La Baule” nous fait découvrir d'autres atouts locaux, quand même.

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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 03:55

Lui demander son identité serait inutile, et peut-être imprudent. C'est un Parisien, qui fait le maximum pour passer inaperçu. En tenue de ville, costume passe-partout, on est moins repérable qu'en jogging typé banlieue. Pour traiter ses affaires illégales et lucratives, il est perpétuellement en mouvement, méfiant à l'extrême, genre parano. Vis-à-vis de tous ses contacts, c'est lui qui fixe les règles. Ça lui rapporte des fortunes, judicieusement placées dans l'immobilier plutôt qu'en banque. Il opère dans le trafic le plus juteux actuellement. Non pas celui de la drogue, comme tant d'autres. Ayant appris la langue croate, il importe des armes depuis les Balkans. Lui-même n'apparaît jamais directement, nulle part. Sauf lorsque son business se détraque quelque peu, et qu'il faut réagir au plus tôt.

C'est ce qui s'est produit à Marseille. Freddy, son comparse local, avait la garde d'un stock d'arme plaqué dans un box. Des petits malins, peut-être par hasard car tout est possible à Marseille, ont mis la main sur cet arsenal. Le Parisien est donc obligé de descendre sur place, en costard malgré la chaleur, sa tenue de camouflage habituelle. Il a rendez-vous avec Freddy sur le Vieux-Port. Son contact, c'est le petit truand méridional dans toute sa splendeur. Il a l'air très heureux de rencontrer pour la première fois le Parisien, qui lui fait gagner 10 % à chaque transaction d'armes. Un job très rentable, mais grosse perte en cas de vol. Quant à ceux qui ont fauché le stock, Freddy est "presque sûr" de savoir de qui il s'agit. Car ils ont proposé de revendre lesdites armes à un de ses sbires.

Le plan de Freddy est limpide : un Comorien de ses amis, chez qui ils dégustent un repas goûteux dans les quartiers-nord, va se faire passer pour l'acheteur du stock disparu. Une fois la transaction lancée, le Parisien et Freddy n'auront plus qu'à intervenir et récupérer les armes. Évidemment, le scénario ne va pas se dérouler d'une façon aussi simpliste. Pas mal de viande froide qui va rester sur le carreau, finalement. Certes, le Parisien s'empare d'un pactole en argent liquide et en armes. Mais, pour aller au bout de cette affaire-là, il doit pactiser avec l'Indien. Un peu chtarbé à cause de l'abus de coke, ce caïd marseillais de pacotille. S'il n'a qu'un lointain rapport avec l'Amérique, l'Indien est néanmoins capable de rejouer Little Big Horn quasiment à lui tout seul. Ça va encore saigner…

Jérémie Guez : Là-bas, c'est Marseille (Petits polars du Monde, 2015)

Récompensé par le prix SNCF du polar 2013 avec “Balancé dans les cordes”, Jérémie Guez est un des jeunes talents à suivre de près. Excellent choix que de débuter cette quatrième saison des Petits polars du Monde par cet auteur. Il nous dessine le portrait vivant d'un trafiquant d'armes d'aujourd'hui, possédant une morale personnelle : “L'éthique, quand on vend des armes, c'est toujours bizarre. Mais bon, on trouve toujours des trucs pour s'arranger avec la réalité. Pour se dire qu'on n'est pas un salaud, et qu'on fait quelque chose de logique puisqu'on vend ce que les gens achètent, et si c'est pas moi alors c'est un autre… blablabla […] De tous ses vieux principes à la con, il n'en a gardé qu'un. Il ne vend qu'aux pirates de la rue. Pas aux terroristes. Il ne peut rien contre la revente de son propre matos, mais fait tout pour que seuls les voyous en bénéficient.”

Illustrée par Jacques Ferrandez, cette nouvelle de Jérémie Guez s'avère mouvementée, non sans une part d'ironie. L'apparente cordialité des volubiles Marseillais, qui vantent volontiers leur bonne humeur méditerranéenne, ne peut faire oublier que c'est de longue date la ville de tous les trafics, braquages et rackets. Étranger à Marseille, heureusement pour lui, le héros est en permanence sur ses gardes…

Ce texte est suivi d'un mini-guide signé Jean-Michel Boissier, “Échappée à Marseille”. Sur les traces de ce Petit Polar, le journaliste fait un petit tour informé et amusé des rues et des monuments, des jolis coins et des bonnes adresses, de l’esprit des lieux et de l’humeur des habitants. Ici, il découvre que le Vieux-Port s’humanise, que le MuCEM a de la gueule, que le Panier a ses bobos, que la Bonne Mère est bien haute, que Le Corbusier n’était pas si fada et que la ville n’est pas si facile. Sans oublier d'évoquer Jean-Claude Izzo.

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 16:10

Le Grand Prix de Littérature policière sera attribué le mercredi 23 septembre 2015. Les membres du jury ont retenu 28 titres (11 français, 17 étrangers) pour leur sélection finale. Autant de romans à découvrir, avant qu'ils se prononcent sur le meilleur titre de chaque catégorie.

Les titres français sélectionnés :

Trait bleu, de Jacques Bablon (Jigal) - Une valse pour rien, de Catherine Bessonart (Ed.de l'Aube) - Les initiés, de Thomas Bronnec (Série Noire) - Personne n'en saura rien, de Sylvie Granotier (Albin Michel) - Derrière les panneaux il y a des hommes, de Joseph Incardona (Ed.Finitude) - Hors la nuit, de Sylvain Kermici (Série Noire) - Au fer rouge, de Marin Ledun (Ombres Noires) - Trabadja, de Jean-Paul Nozière (Rivages/Noir) - L'alignement des équinoxes, de Sébastien Raizer (Série Noire) - Adieu Lili Marleen, de Christian Roux (Rivages/Thrillers) - Des forêts et des âmes, d'Elena Piacentini (Ed. Au-delà du Raisonnable).

Grand Prix de Littérature Policière 2015 : les sélectionnés

Les titres étrangers sélectionnés :

La vérité et autres mensonges, de Sascha Arango (Albin Michel) – Toutes les vagues de l'océan, de Victor del Arbol (Actes Noirs) – A mains nues, de Paola Barbato (Denoël Sueurs Froides) – Trame de sang, de William Bayer (Rivages/Thrillers) – Perfidia, de James Ellroy (Rivages/Thrillers) – Jackpot, de George Dawes Green (Le Livre de Poche) – L'enfer de Church Street, de Jake Hinkson (Gallmeister) – Ne reste que la violence, de Malcolm Mackay (Ed.Liana Levi) – Le moineau rouge, de Jason Matthews (Le Cherche-Midi Ed.) - Les assassins de la 5eB, de Kanae Minato (Seuil Policiers) – Ratlines, de Stuart Neville (Rivages/Thrillers) – Linda, de Leif GW.Persson (Rivages/Thrillers) – Le bourreau de Gaudi, d'Aro Sainz de la Maza (Actes Noirs) – Finsterau, d'Andrea Maria Schenkel (Actes Noirs) – Retour à Watersbridge, de James Scott (Seuil Policiers) – Missing : New York, de Don Winslow (Seuil Policiers) – Dernier meurtre avant la fin du monde, de Ben H.Winters (Super8 Ed.)

 

Ci-dessous, vous pouvez cliquer sur les liens avec quelques-unes

de mes chroniques concernant certains de ces titres.

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 03:55

Né en 1952, David Lamb est aujourd'hui âgé de cinquante-quatre ans. Il exerce le même métier depuis dix-neuf ans. Sans être fortuné, Lamb est aisé. Séparé de Cathy, il a pour amante Linnie, qui ignore qu'il ne vit plus avec sa femme. Dans la banlieue de Chicago, Lamb vient d'assister aux obsèques de son vieux père. Dans la rue, il est abordé par une enfant de onze ans, sorte de jeu entre élèves d'une classe de 5e. Cette fillette malingre, avec ses tâches de rousseur, se prénomme Tommie. Lamb la situe bientôt : “Une gamine livrée à elle-même. Qui obtient tout juste la moyenne à l'école. Ni jolie, ni sportive, ni intelligente. Simplement une gamine qui a grandi moins vite que les autres mais qui veut rester dans la course...” Tommie vit dans un quartier très modeste avec sa mère et le compagnon de celle-ci, Jessie. Pas malheureuse, mais rien de très chaleureux dans son existence.

Dès leur deuxième rencontre, une complicité naît entre Lamb et Tommie. Peut-être parce qu'ils sont tous deux plutôt solitaires. Il sent que cette enfant a besoin d'une autre vie, et lui parle d'aller camper ensemble quelques jours. Au fil de leurs rendez-vous, Lamb lui fait miroiter les décors des grands espaces, des prairies de l'Amérique rurale montagneuse. À son travail, on comprend que Lamb ait besoin de prendre du recul après le décès de son père. Normal qu'il prenne des vacances en ce beau mois de septembre. Pour Tommie, leur relation n'est pas conventionnelle, mais acceptable : “Et qu'est-ce que sa démarche avait de répréhensible ? Qu'un type comme lui offre un bon déjeuner à une gamine comme elle, qu'il la gâte un peu ? À elle, cela lui faisait du bien. Lui, cela agissait comme un remontant pour son cœur meurtri. N'est-ce pas ?” Ils vont effectivement partir ensemble, en pick-up.

De Chicago, ils voyagent vers le Wyoming et le Nebraska. Lamb l'apprivoise, joue au guide à travers les paysages si différents qu'elle découvre, s'improvise conteur lors des étapes en motels. La nuit étoilée, elle ne la remarque jamais en ville à cause des lumières. L'idée de rentrer la titille, forcément, car elle sait que leur périple passerait facilement pour un kidnapping. D'ailleurs, pendant ce temps, que se passe-t-il du côté de Chicago ? Lamb et Tommie arrivent à destination, une propriété campagnarde sur El Rancho Road. Il y a un chalet, qui mérite une sérieuse remise en état. Leur installation restera précaire, même s'ils complètent par quelques achats pour la fillette dans une petite ville des environs. Il ne faudrait pas que le vieux voisin Forster s'intéresse de trop près à eux. Ni que les souvenirs douloureux de Lamb remontent à la surface, gâchant cet épisode paradisiaque…

Bonnie Nadzam : Lamb (Éd.Points, 2015) – Coup de cœur –

En 2011, ce roman fut couronné par le Flaherty-Dunnan First Novel Prize. Les flagrantes qualités humanistes de cette histoire ont assurément pesé dans l'attribution de ce Prix littéraire. Il figura parmi la vingtaine de titres sélectionnés du "Women's prize for fiction 2013". Il s'agit bien d'un "roman noir", davantage au sens sociétal de cette appellation, qu'au niveau criminel. Néanmoins, une mineure de onze ans partant à l'aventure avec un quinquagénaire qu'elle connaît à peine, c'est assimilé à un enlèvement, au moins dans tous les pays occidentaux. Qu'elle soit consentante, qu'il soit généreux, qu'il la traite amicalement en la surnommant "porcinette", que cette initiative n'ait absolument rien de sordide, l'adulte est coupable. Même si la tendresse, la gentillesse ne sont pas des crimes.

Pourtant, le but de David Lamb est clair : “Tu verras, tout le monde va en sortir gagnant. Ça renforcera l'amour que [ta mère et Jessie] éprouvent l'un pour l'autre, et l'amour qu'ils ressentent pour toi… Tu posséderas en toi la quiétude de la terre. Tu sauras tellement plus de choses. Tu auras touché du doigt l'âme secrète de ce pays. Tu en seras même imprégnée. Et tu la transmettras aux autres.” Subsiste-t-il des ambiguïtés dans le rapport entre la fillette et l'homme ? La psychologie de Lamb est à la fois plus tortueuse et plus subtile que celle d'un ravisseur d'enfant. C'est un besoin profond qui explique cette espèce de fugue avec la jeune Tommie, comme la nécessité d'une étape hors des sentiers battus, en décalage avec la normalité du monde, avant une possible suite. Pas un strict polar, mais une remarquable intrigue, digne d'un sincère "Coup de cœur".

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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 03:55

Hermosillo est la capitale de l’État de Sonora, au Mexique. La température y est de trente-six degrés, en ce mois de mai. Venu de Washington, P.Z.Evans s'y trouve en compagnie de son confrère mexicain Alejo Díaz. Ce sont des agents fédéraux, des exécuteurs. Leur cible actuelle n'est autre que Alonso María Carillo, aussi connu sous le surnom de Cuchillo, le “Couteau”. On le soupçonne d'être à la tête d'un des cartels de Sonora, responsable de plusieurs milliers de morts, et trafiquant de drogue. “Aux yeux du monde, Cuchillo était un homme d'affaire audacieux doublé d'un philanthrope… Apparemment, il avait fait fortune en créant des entreprises honnêtes et florissantes, réputées pour traiter correctement leurs employés tout en étant respectueuses de l'environnement.”

Dans sa propriété d'Hermosillo, cernée d'un haut mur équipé d'un fil électrifié, Carillo est entouré d'une sécurité maximale, sous la direction du garde José. Les bâtiments sont dotés de vitres blindées. Carillo n'est pas seulement un businessman affichant sa loyauté et son intégrité, c'est un homme distingué et cultivé. Collectionneur de livres rares, donc fort coûteux, il dispose d'une vaste bibliothèque abritant vingt-deux mille ouvrages. Des éditions originales, avec souvent des autographes de ces écrivains. “Les gens refusent d'accepter que je sois simplement un homme d'affaires. Ils pensent que si je réussis, c'est parce que je suis un criminel et que je mérite donc d'être attaqué. C'est injuste !” Carillo sait qu'on lui prête l'intention de commettre un attentat contre un bus de touristes.

À Washington, Billings est l'organisateur de l'opération visant Carillo. La dangerosité du Mexicain lui paraît désormais plus douteuse. Il ne se comporte pas du tout tel un mafieux. Un gentleman âgé de cinquante-sept ans, plutôt qu'un chef de cartel ? Néanmoins, Billings confirme l'exécution, exigeant la destruction complète des preuves qui pourraient prouver une intervention des Fédéraux. Pour Evans et Díaz, le point faible de Carillo, ce sont les livres : voilà la base sur laquelle ils élaborent leur plan d'attaque. Puisqu'on doit lui apporter un exemplaire rarissime d'un livre de Charles Dickens, “Le magasin d'antiquités”, ce sera Díaz qui va s'en charger à la place du vendeur habituel. Carillo en profite pour lui faire visiter les lieux, en particulier sa bibliothèque personnelle…

Jeffery Deaver : Châtié par le feu (Ombres Noires, 2015)

Cette longue nouvelle (ou novella) de Jeffery Deaver traite un sujet criminel, comme il se doit. Les “gentils” agents gouvernementaux ont pour mission d'abattre le “méchant” caïd mafieux. Du moins, est-ce ainsi qu'on a présenté la situation aux Fédéraux. Ceux-ci vont introduire un objet piégé chez leur cible, le supposé mafieux. Du moins, est-ce ainsi que l'auteur nous raconte les faits. On verra ce qu'il adviendra, au fil du récit. Comprenons quand même que, avant tout, cette histoire est un hommage aux livres.

La bibliothèque d'Alonso María Carillo recèle des éditions très rares de nombreux grands classiques, n'omettant pas des romanciers beaucoup plus grand public : “…les auteurs de romans policiers ou de romans populaires maîtrisent souvent mieux leur art que les auteurs soi-disant littéraires. Les lecteurs le savent : ils préfèrent de bonnes histoires à des artifices prétentieux.” C'est ainsi que Conan Doyle et Dashiell Hammett côtoient Proust et F.Scott Fitzgerald, que Graham Greene et Ian Fleming sont près de Virginia Woolf ou de William Faulkner.

À la fin de “Châtié par le feu”, on trouve un entretien avec J.Deaver. Outre son métier, son inspiration, il y évoque certains auteurs de polars qu'il apprécie. Un roman court à l'intrigue et au contexte fort agréables.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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