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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 03:55

Australie, État de Victoria, en 1998. Mac Faraday est un ancien agent fédéral, qui exerça ce métier durant treize ans. Avec son supérieur Berglin, leur domaine était la lutte contre les trafics de drogue. Quatre ans plus tôt, dans l'affaire Howard Lefroy qui causa la mort du suspect et de sa compagne, Mac fut sur la sellette et quitta le service. Il retourna dans la bourgade où son défunt père s'était installé, à une heure et demie de Melbourne. Il a depuis relancé la forge paternelle, devenant lui-même ferronnier d'art. Il vient d'engager Allie Morris, experte dans ces travaux. Dans cette région campagnarde, les commandes ne manquent pas. En complément, avec le vieux jardinier Stan, Mac participe à des chantiers d'entretien de propriétés, telle celle de Harkness Park qu'ils doivent rénover.

Ned Lowey, vieil Aborigène élevant son petit-fils de seize ans Lew, était le meilleur ami et le voisin du père de Mac. Difficile pour lui de croire que Ned s'est suicidé par pendaison. Tandis qu'il s'occupe désormais de Lew, la police cherche des noises à Mac au sujet de l'héritage de Ned. Son passé d'agent fédéral plaide pour lui. Cherchant à comprendre, Mac consulte les archives de Ned. Six semaines plus tôt, on a retrouvé le cadavre d'une jeune fille de seize ans, morte depuis longtemps, dans un puits de mine. Ce n'est pas si loin de Kinross Hall, où Ned fut autrefois employé et où il est récemment retourné en visite. Cet endroit est un centre d'hébergement pour mineures, censé réinsérer les pensionnaires bien qu'il soit souvent trop tard. Mac ne tarde pas à s'y rendre à son tour.

Marcia Carrier, la directrice, débutait à l'époque où Ned y fut employé. Elle ne maîtrisait pas encore tout. Aujourd'hui, ce centre fonctionne sous la présidence du politicien Crewe, futur ministre de la Justice de l’État de Victoria. Peu après la mort de Ned, le docteur Ian Barbie s'est aussi suicidé par pendaison. Étrange coïncidence, car il fut le médecin traitant de Kinross Hall, au milieu des années 1980. Selon l'épouse du docteur, l'image publique de Barbie était impeccable, mais il était plus tendu en privé, dépendant d'une drogue. Mac interroge le vieux docteur Crewe, père du politicien. Retraité, il exerça à Kinross Hall avant Ian Barbie. Il ne cache pas que l'influence manipulatrice de certaines familles l'exaspérait, celles-ci abusant de leur poids. Son fils s'est introduit dans leurs sphères.

Marcia Carrier, qui a retrouvé un témoignage, incrimine Ian Barbie et Ned dans des cas de viols sur mineures, à l'époque. Pour Ned, Mac en doute complètement. Quant au médecin, il obtient la preuve que c'est faux. Concernant les trafiquants de drogue, pour un certain Algie, le passé de l'ex-agent Mac Faraday n'est pas enterré. Après une menace diffuse, un duo de faux policiers de la route va tenter de le supprimer. Quand il rejoint son amante Anne Karsh à Melbourne, il risque de nouveau sa vie. Ce n'est pas la jalousie du mari qui en est la cause. Si le flic Shea (qui le soupçonna au début) fait bien son boulot, il devrait y avoir des preuves autour de Kinross Hall. Côté mafieux de la drogue, Mac va se retrouver au cœur d'un feu d'artifice qui pourrait lui être fatal…

Peter Temple : La rose de fer (Éd.Rivages, 2016)

Précisons pour les puristes que “La rose de fer” est un des premiers romans de l'auteur, publié initialement avant ses autres titres traduits en français : “La rançon du mensonge”, “Un monde sous surveillance”, “Séquelles”, “Vérité”. Peter Temple y fait déjà preuve d'une belle maîtrise. Tout juste faut-il se mettre en tête que, outre son expérience d'enquêteur, le passé du personnage central n'est pas totalement effacé. D'autant que son ultime affaire traitée fut un échec. Il n'est pas inutile non plus de se souvenir que l'Australie est (aussi) le pays des grands espaces, où cumuler les heures de trajets est courant dès que l'on se déplace.

D'autant que Mac Faraday s'est retiré dans un secteur rural : “Une vie simple dans une simple maison de planches. À travailler avec les outils de mon père dans l'atelier de mon père. À marcher dans ses pas en descendant l'allée trempée et en traversant la route pour aller au pub, ou au terrain de sport. Et à connaître ses amis. Ned, Stan, Lew, Flannery, Mick, Vinnie : chacun y avait contribué en me redonnant une vie qui avait du sens.” Dans un pays où près de 90 % de la population est urbaine, un changement radical pour lui. Mais également une façon de souligner que l'on y masque aisément certains méfaits, tels ceux qui se produisirent peut-être au centre d'hébergement de Kinross Hill.

Exploiter sa forge, rénover un parc, s'occuper du jeune Lew, expliquer la mort de son ami Ned, résister aux trafiquants : l'emploi du temps de Mac est chargé, et fort mouvementé. Sans oublier ses rapports avec les femmes : Allie, Marcia, Anne, relations qui participent à l'intrigue. C'est dire qu'il s'agit là d'une histoire riche en détails et en énigmes, où plane l'ombre de malfaisantes personnes. Un noir suspense dans lequel on s'immerge, dont on suit avec passion les péripéties.

Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 03:55

Libreville, capitale du Gabon. Ici, certaines enquêtes sont confiées à la P.J. ; d'autres à la Gendarmerie. Les policiers Pierre Koumba et Jacques Owoula sont les principaux limiers de la P.J., sous les ordres du colonel Lambert Essono. Chargés par exemple de mettre la main sur les escrocs ayant dérobé le chéquier d'un ex-ministre, pompant tout le fric qu'ils peuvent. Ou d'une affaire de vidéos diffusées sur Internet, montrant deux mineures, qui se sont suicidées ensuite. Voire d'un accident de voiture ayant causé la mort d'une femme et de son bébé. Dans ce dernier cas, Owoula mène une enquête énergique, afin de repérer l'automobile incriminée. Pour les vidéos du web, c'est plus difficile, le coupable jouant probablement avec les IP. Quant aux escrocs de l'ancien ministre, la plus grande banque de la ville est alertée, et signalera quand se présentera un chèque.

Du côté des gendarmes, on s'occupe généralement de crimes sensibles, politiques ou concernant la sécurité du pays. C'est à Louis Boukinda et Hervé Envame que leur supérieur et le Procureur de la République, proches de la famille présidentielle, confient les cas délicats. Le meurtre du journaliste Roger Missang, retrouvé sur la plage non loin des bâtiments gouvernementaux, est à traiter avec précaution. Abattu par balle, après avoir été ligoté, torturé et mutilé, il publiait des articles polémiques. Si la presse est libre au Gabon, il y a des sujets sur lesquels on ne fouine pas. Même la franc-maçonnerie, thème qu'il comptait bientôt aborder, reste de ceux qu'on n'étale guère. Un cadavre si près de la Présidence, il peut aussi s'agir d'un complot, sachant que les élections sont proches. Roger Missang a été exécuté avec une arme de pro, qui servit à tuer le chef de la sécurité du ministre de la Défense. Côté flics, Koumba et Owoula ont réussi à attraper un des escrocs au chéquier. Ce n'est qu'un lampiste au service d'un énigmatique Docteur…

Polars poche : Janis Otsiemi “African tabloïd” chez Pocket

Le Gabon ayant été un des pivots de la Françafrique, c'est un pays que nous pensons un peu connaître, fut-ce superficiellement. La dynastie Bongo, le pétrole et autres matières premières, l'Afrique équatoriale et sa forêt luxuriante, ce n'est pas faux. Il est sans doute plus judicieux de laisser un Gabonais évoquer son pays, présenter sa vaste métropole, Libreville. Batékés, Fangs, et un grand nombre d'ethnies y cohabitant, c'est un subtil jeu (non sans connotations politiques) que de préserver l'unité nationale dans cette ville et sur tout le territoire. Les arcanes du pouvoir y sont aussi obscurs qu'ailleurs. Quant au peuple, il n'ignore pas la corruption qui gangrène ses élites. Outre qu'il s'agit d'un très bon polar, Janis Otsiemi se montre brillant pour suggérer le contexte gabonais. Bien qu'utilisant de savoureux termes typiques, l'auteur ne force pas la dose. Deux équipes d'enquêteurs ne sont pas de trop pour résoudre les cas criminels en cours. Tout en suivant ces affaires sensibles, on n'oublie pas de nous parler de la population. Un suspense de belle qualité !

Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 03:55

À Belfast, en Irlande du Nord, de nos jours. Écrivain sans éditeur, Karl Kane est avant tout détective privé. Il vit avec son assistante et amante Naomi Kirkpatrick. Il s'inquiète encore pour sa fille Katie, récemment victime d'un traumatisme. Il culpabilise de ne pouvoir rien faire pour son père, atteint d'Alzheimer. Dans ses enquêtes, Karl évite soigneusement son ex-beau-frère Mark Wilson, le chef de la police. Il n'aime pas trop qu'Harry McCormack, un flic balèze et sournois, rôde autour de lui. Quand au jeune policier Malcolm Chambers, s'il paraît un peu léger, peut-être qu'il fait son boulot. Ce qui n'est pas forcément le cas d'une partie des flics de Belfast, estime Karl. Tel Edward Phillips, que Wilson dut naguère virer.

En ce matin neigeux, Karl Kane trouve une main tranchée sur le seuil de sa porte. Grâce à des caméras de surveillance, il sait bientôt que l'acte n'est pas intentionnel envers lui. Il s'agit de la seconde main coupée découverte ces derniers temps. Un homme d'affaire offre 20000 livres de récompense à qui découvrira la vérité sur l'affaire. Une somme qui motive Karl. Le détective peut compter sur son ami médecin légiste Tom Hicks, pour quelques indices supplémentaires. Par ailleurs, Karl essaie de sortir de la mouise la jeune prostituée Lipstick. En douceur ou en la menaçant, même si Naomi accepte de la protéger chez eux, pas facile de redresser la situation de Lipstick. Ça pourrait empirer, hélas.

Une cliente s'adresse au détective : Jemma Doyle veut savoir ce qu'est devenu son oncle Thomas Blake, que sa famille a perdu de vue depuis quelques années. Karl doute qu'elle se soit adressée à lui par hasard. Il déniche une piste à Ballymena, petite ville où sévit une flagrante agressivité. Dans un bar, il rencontre Sandy, une femme énergique, qui va le renseigner. L'oncle Blake dirige le principal bordel de l'endroit, et quelques autres trafics. Sandy prévient le détective : “Un petit avertissement, Karl. Quand vous entrez dans une ville fantôme comme Ballymena, faites bien attention à ne pas la quitter sous forme de fantôme.” Karl va bientôt vérifier qu'il y a du danger. Pour lui, mais aussi pour Sandy.

Une troisième main coupée est retrouvée, celle d'un homme qui a également un passé judiciaire. Il s'est fait piéger plusieurs jours plus tôt, avant d'être torturé. Des mains tranchées, ce pourrait aussi bien être un travail de boucher. Karl enquête à l'abattoir de Belfast, qui fut le théâtre d'une sale histoire. Georgina Goodman, patronne du lieu, lui apportera son aide. Le détective est effectivement sur la bonne voie, mais sera maltraité lors d'un sévère interrogatoire de la part des présumés coupables. Tandis qu'une certaine Sarah Cohen est assassinée, Karl reçoit un courrier posthume de l'ex-flic Phillips. Avec une clé de consigne, qui le mène à la gare de Great Victoria Street…

Sam Millar : Un sale hiver (Éd.Seuil, 2016)

Karl Kane est capable de tout. C'est même son slogan : “Kane's able” (qui se traduit aussi par “Caïn et Abel”). Il se charge d'une fille à la dérive, garde un œil sur sa fille et sur son père Cornelius, enquête sur des mains tatouées de piqûres, traîne dans un abattoir maudit et va flairer l'ambiance d'une ville hostile, Ballymena. Autant d'investigations sinueuses et riches en péripéties, énigmatiques avec de cruels passages, ça pourrait faire penser que l'intrigue est noire, très noire. En réalité, si ce scénario est sombre, l'humour (ironique) est également bien présent. Ce n'est pas un maigre atout, dans ces situations.

Car ce diable hémorroïdaire de Karl Kane, au corps suturé de partout, bien plus humaniste qu'il ne veut le montrer, ne manque certes pas de répartie. Si la plaisanterie ne suffit pas à détendre l'interlocuteur, sa poigne s'attaquant aux parties intimes incite au calme les récalcitrants. Face à sa compagne Naomi, il a également intérêt à avoir réponse à tout. En outre, Sam Millar glisse quelques réflexions sur l'Ulster d'aujourd'hui. Processus de paix en cours, c'est vrai, mais les rancœurs sont tenaces, les sectarismes toujours palpables, et la police ne semble pas parfaitement exemplaire. Quant à certaines fortunes, elles paraissent fort mal acquises. Un "roman de détective" dans la bonne tradition, comme on les aiment.

Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 03:55
Penmarc'h du 13 au 16 mai 2016, festival Le Goéland Masqué

Du 13 au 16 mai 2016, le festival du Goéland Masqué rassemble à Penmarc'h l'élite du polar et du roman noir. De nombreuses animations sont au programme, comme chaque année, de Quimper à Saint-Guénolé. Du samedi au lundi, lectrices et lecteurs ont rendez-vous avec de prestigieux auteurs, salle Cap Caval à Penmarc'h.

Les auteurs internationaux : Nadine MONFILS (Belgique), José Luis MUNOZ, Carlos SALEM, José Carlos SOMOZA, Carlos ZANON (Espagne), Eric MILES WILLIAMSON (États-Unis), Naïri NAHAPETIAN (Iran), Francesco de FILIPPO (Italie), Leye ADENLE (Nigeria),

Les auteurs français : Elena PIACENTINI (Corse), Danielle THIERY, Maryse RIVIERE (Prix du Goéland Masqué – 2009), Françoise LE MER, Karen GUILLOREL, Yvon COQUIL (Prix du Goéland Masqué – 2008), Gérard ALLE (Prix du Goéland Masqué – 2002), Pierre BELSOEUR, Christian BLANCHARD, Stéphane BOURGOIN, Hugo BUAN, Dominique DELAHAYE, Gilles DEL PAPPAS, Rémi DEVALLIERE, Sergueï DOUNOVETZ, Jean-Jacques EGRON, Michel EMBARECK, Jean FAILLER (dimanche), Paul FOURNEL, Hervé HUGUEN, Firmin LE BOURHIS, Stéphane JAFFREZIC, Bernard LARHANT, Marin LEDUN, Hervé LE TELLIER, Jean-Luc MANET, Claude MESPLEDE, Jean-Bernard POUY, Patrick RAYNAL, Denis SOULA, François THOMAZEAU, Marc VILLARD.

Les auteurs jeunesse : Claudine AUBRUN, Margot BRUYERE, Patrice MANIC, Ingrid THOBOIS.

Les auteurs en langue bretonne : Yann BIJER, Annie COZ, Pierre Emmanuel MARAIS, Bernez TANGI.

Les auteurs de BD : BRIAC, Jean-Christophe CHAUZY, Germain BOUDIER, Julien LAMANDA.

La Revue Dessinée : Arnaud LE GOUEFFLEC (scénariste), Catherine LE GALL (scénariste), Benjamin ADAM (dessinateur et scénariste), RICA (dessinateur), Sylvain RICARD (scénariste).

Les invités : Hervé DELOUCHE (revue 813), Ida MESPLEDE (Polars sur Garonne), La bibliothèque sonore de Quimper.

Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 04:01

Début des années 1950. Comme tant d'autres jeunes femmes, Penny Smith a été attirée par Hollywood. Dans ce décor clinquant, elle a tenté sa chance comme actrice. Elle a fini par se reconvertir en tant que maquilleuse chez Republic Pictures, une maison de production plutôt modeste. Penny a été la maîtresse de Monsieur D., un ponte dans le milieu cinématographique. Marié, père de six enfants, il l'a finalement larguée sur un coup de téléphone. Certes, il lui a offert un chèque de rupture, plus de sept cent dollars. Mais il est probable que ce goujat demande à sa banque d'y faire opposition. Si Penny n'ignore pas être sur une mauvaise pente, elle prétend conserver le moral. D'autant qu'elle vient de trouver le logement qui lui correspond.

Mme Stahl loue des bungalows autour d'une cour, à Canyon Arms, tout près des lettres géantes Hollywood. Un endroit calme et silencieux, parfumé par les abricotiers, à l'abri de la fureur de cette agglomération. Penny lie bientôt connaissance avec ses voisins, M.Flant et Benny. Un duo de grands buveurs, qu'elle accompagne dans leurs libations. Ils révèlent à la jeune femme que son bungalow n°4 fut le théâtre d'un suicide, douze ans plus tôt. Larry, libraire âgé de trente-cinq ans, bon vendeur qui fréquentait même les studios de cinéma, y mit fin à ses jours. Quand ils évoquent un suicide au gaz, Penny ne réalise pas immédiatement le mode opératoire choisi par Larry. Les livres restés après lui dans le bungalow n°4 ne suffiront pas à apaiser les cauchemars de Penny.

La nuit, elle a des visions, croit entendre de petits bruits répétitifs et agaçants. “Pendant quelques instants, les taches de lumière se brouillèrent et flottèrent, comme liées par un fil ténu. Puis elles se mirent à ressembler aux souris furtives qui, parfois, se faufilaient dans la maison de son enfance… Si elle plissait les yeux très fort, ils ressemblaient même à des petits hommes. Était-ce des souris sur leurs pattes arrière ?” Selon la logeuse qu'elle interroge, il n'y a rien de malsain dans ce bungalow rénové après l'affaire Larry.

Sa situation vis-à-vis de Monsieur D. et ses conséquences perturbent Penny. En discutant avec ses voisins, elle s'interroge : Mme Stahl n'est-elle pas suspecte, elle qui surveille de si près ce bungalow n°4 ? Ne fut-elle pas l'amante criminelle du beau libraire ? Ne laissa-t-il pas un message en guise de dédicace, dénonçant Mme Stahl ? Quand Penny contacte un inspecteur de police, ce dernier consulte le dossier concernant le décès. Les arguments de la jeune femme pèsent peu face aux faits. Il est vrai que, à cause du gaz ou non, le climat dans le bungalow est entêtant. Sans oublier l'ombre de ces petits hommes qui s'agitent chaque nuit devant ses yeux…

Megan Abbott : Les ombres de Canyon Arms (Ombres Noires, 2016)

Le talent de Megan Abbott n'est plus à démontrer, même lorsqu'il s'agit d'une novella telle que ce texte. Cette auteure a souvent exprimé sa fascination pour l'Âge d'or du cinéma américain, pour ces années 1930 à 1950 qui ont servi de décor à plusieurs de ses romans. Elle le confirme ici, dans l'interview qui suit cette nouvelle. Le format court n'empêche pas d'imaginer l'époque, ce monde du cinéma si cruel pour les apprenties comédiennes, si décevant y compris pour les plus obstinées. D'ailleurs, Megan Abbott déclare chercher, comme son modèle Raymond Chandler, à exprimer “la beauté et la noirceur d'Hollywood”.

Son héroïne Penny est une jeune femme vulnérable, déjà quelque peu désabusée suite à tout ce qu'elle a vécu dans cet univers. Être rejetée – et refoulée – par son amant, c'est le "coup de grâce", à l'heure où elle débarque dans ce bungalow particulier. Dépression et hallucinations vont encore compliquer sa vie fragilisée. Ne pensons pas pour autant que la narration soit morbide : elle s'avère limpide et juste, amenant quelques sourires. On aime les subtils romans de Megan Abbott : plus courte, cette novella propose une autre belle facette de cette auteure majeure.

27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 03:55

Nick Corey est le débonnaire shérif de Pottsville, une bourgade rurale, en ce début de 20e siècle. Il habite un logement au dessus du tribunal, avec son épouse Myra et le frère de celle-ci, un demeuré prénommé Lennie. Sa femme étant plutôt vindicative, les disputes sont fréquentes entre Myra et Nick Corey. Il faut dire qu'elle l'a naguère piégé afin qu'ils se marient, peu après leur rencontre lors d'une fête foraine. Pacifique par nature, Nick ne cherche qu'à apaiser les récriminations de Myra. Il n'y a qu'avec son amie Rose Hauck que Myra se montre gentille. Rose est flanquée d'un mari agressif, Tom, qui ne l'aide guère dans leur ferme. Jusqu'ici, Nick a réussi à cacher la liaison sexuelle qu'il entretient avec Rose. Malgré le vocabulaire vulgaire de son amante, Nick apprécie sa disponibilité.

L'élection du prochain shérif est pour bientôt. Sam Gaddis paraît nettement en tête, pour remplacer Nick. Étant donné que c'est le seul métier qu'il connaisse, et surtout le moins fatigant, il y a de quoi se montrer indécis. Ça remonte à son enfance, au temps de son père violent, cette habitude qu'à Nick de préférer les solutions de facilité. Il ne va quand même pas commencer à faire régner la loi dans le Comté de Potts, comme le voudrait Robert Lee Jefferson, le commerçant-procureur ! Néanmoins, il y a quelques situations à assainir : en priorité, ces cabinets publics qui puent sous sa fenêtre. Ce sera au banquier, qui en est un des utilisateurs, de prendre la décision qui convient. Pour le reste, Nick va d'abord consulter son collègue Ken Lacey, shérif dans un comté du genre métropole.

Finalement, Nick a bien assimilé la leçon donnée par Ken et son adjoint servile, Buck. Pas de raison, par exemple, de continuer à subir les railleries et brimades du Frisé et de Caribou, les deux proxénètes de Pottsville. Inquiet que Nick puisse passer à l'acte contre ces deux-là, Ken Lacey vient le relancer : ses fanfaronnades de grand redresseur de torts risquent d'entraîner certaines conséquences. Ensuite, Nick devra s'arrêter sur le cas de Tom Hauck, le mari de Rose, aussi méchant avec les Noirs qu'avec sa femme. Il ne va pas manquer à grand monde, s'il disparaît. Quant à Sam Gaddis, postulant à la fonction de Nick, il existe un moyen de le contrer : semer une graine de ragots, qui deviendront bien vite de florissantes rumeurs, monstrueuses au point de séduire leurs concitoyens.

C'est Amy Mason que Nick voulait épouser autrefois, si cette diablesse de Myra ne lui avait pas mis le grappin dessus. Lorsqu'Amy vient se plaindre du voyeurisme de ce taré de Lennie, c'est l'occasion pour le shérif de renouer intimement avec la jeune femme. Faire des projets ensemble ? Peut-être, mais il y a aussi Rose (qui doit toucher une assurance-vie), ainsi que Myra et Lennie. Sans compter les multiples contrariétés que Nick doit affronter. Éliminer des témoins gênants, ruser pour incriminer Ken Lacey ou Sam Gaddis, bluffer en expliquant pourquoi il n'est pas intervenu lors d'un incendie. Il s'en donne du mal pour montrer aux gens qu'il est honnête, courageux et travailleur, ce qu'il n'est pas…

Jim Thompson : Pottsville, 1280 habitants (Rivages/Noir, 2016)

Il y avait bel et bien 1280 habitants à Pottsville, et non 1275 âmes. On le savait, cette nouvelle traduction nous le certifie. Jean-Paul Gratias a récupéré les pages écartées de la première version française, afin de nous présenter l'intégrale du texte. Et de le rafraîchir, par la même occasion. Petites nuances, telles : “Me voilà de retour à Pottsville, et je vous fous mon billet que c'est bien la nuit la plus sombre de l'année” devient, en gommant l'expression argotique : “Quand je descends du train à Pottsville, il fait tellement sombre que c'est sûrement la nuit la plus noire de l'année.” La fonction de Robert Lee Jefferson est la même dans les deux cas, mais “[il] n'est pas seulement quincaillier, mais aussi aussi attorney général du canton” devient “pas seulement le propriétaire du magasin, c'est aussi le procureur du comté”. Par contre, on notera à propos des deux proxénètes qu'ils se nommaient Curly et Moose, alors qu'ils sont ici Le Frisé et Caribou. Les amateurs peuvent s'amuser à comparer plus amplement les deux traductions.

L'esprit reste évidemment identique :“Je dis pas que vous avez tort, mais je dis pas que vous avez raison non plus” restant le signe de la mollesse apparente du shérif Corey. Il ne peut pas s'en prendre aux puissants, alors il fait le ménage autour de lui, parmi les plus faibles. Faisant en sorte de passer entre les gouttes, il ment et bluffe avec une conviction désarmante. Face à un agent de la Talkington (Parkington, dans la première traduction), il joue les naïfs pour saluer la répression violente contre les ouvriers dont était chargés les hommes de chez Pinkerton. À la fin, la leçon qu'il peut donner à Buck, c'est que quand on n'est pas le plus fort il faut être le plus malin. Cette version rejoint ainsi l'œuvre de Jim Thompson inédite ou retraduite, une vingtaine de titres, dans la version Rivages/Noir. On n'ignore pas l'admiration de François Guérif pour cet écrivain. Même en connaissant déjà l'intrigue, c'est avec grand plaisir qu'on retrouve Nick Corey, shérif futé de Pottsville.

26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 03:55

Bix éprouve autant d'attirance que de rejet envers Toulon et ses environs. Ça remonte à sa jeunesse, à l'époque où il pratiquait le surf avec son défunt frère aîné Tim. Bix n'ayant pas ménagé ses efforts, il était alors un pianiste virtuose, récompensé par plusieurs prix du Conservatoire. Toutefois, c'est la complexité de son parcours qui explique son rapport ambigu avec cette région. Durant une période, Bix fréquenta trop les bars, le Honkiki et surtout l’Éden. De l'abus d'alcool à la toxicomanie, il sombra vite. Il parvint à rebondir, à reprendre des études, après avoir rencontré Léo Leck. Un curieux flic, à la carrière plutôt sinueuse, un baroudeur ayant appartenu à des services secrets fort peu officiels. C'est lui qui guida Bix sur les dossiers, oubliés du grand public, des anciens de l'OAS. Il les traquait depuis des décennies, malgré l'amnistie qui assurait l'impunité à la plupart d'entre eux.

Bix est conscient d'être devenu "l'héritier" du combat de Leck, aujourd'hui décédé. Celui qu'il visait en particulier, c'était le Chef d'Orchestre. Connu sous diverses identités, cet activiste dirigea un petit groupe de fanatiques, et fut responsable d'attentats à Alger, pour l'OAS. Pendant plus de cinquante ans, cet homme a vécu depuis dans la clandestinité. Non sans l'aide d'anciens amis, dont son comparse Sartori. Ce dernier a longtemps évolué en eaux troubles, sans doute dans une semi-illégalité mercenaire, avant de s'établir à Toulon. Comme un certain nombre d'anciens de l'OAS, le poids militaire pesant sur la ville leur convenant peut-être. Du moins, c'est ce que ressentit Bix lorsqu'il en rencontra quelques-uns, en vue de l'écriture d'un livre à leur sujet. Il n'existe pas tant d'ouvrages consacrés à l'OAS : celui de Bix est ainsi devenu une sorte de référence.

Bix fut pendant un temps le compagnon de Pia, la fille du "vieux facho" Sartori. La jeune femme habitait la Villa Mansfield, en référence à l'écrivaine Katherine Mansfield (1888-1923). Pia refusait de réfléchir au passé nébuleux de son père, même si elle ne doutait pas qu'il eût des choses à cacher. D'ailleurs, elle ne gardait en mémoire que peu d'images de lui au temps de sa propre enfance. L'obsession de Bix sur l'OAS agaçait quelque peu Pia. Récemment encore, quand il fut menacé dans un bus par un vieux type armé, elle pensa que Bix virait parano. Pourtant, les sphères de l'OAS existent toujours. La preuve : un des leurs vient d'être assassiné à Toulon. Qu'il se soit fait appeler Ralf, Vial ou Merrain-Lérac, les policiers n'ont pas tardé à imaginer ses liens avec l'Organisation d'autrefois. Ils font appel à Bix comme consultant, puisqu'il est un expert reconnu sur la question.

Ce retour à Toulon, est-ce l'occasion de renouer avec ses parents, qui y vivent toujours ? Bix leur en veut d'avoir occulté une partie de leur passé d'avant sa naissance. Quant à Pia, pas sûr qu'il soit le bienvenu chez elle. D'autant moins, que le suspect n°1 du meurtre n'est autre que Sartori, son père. Nettoyée de toutes empreintes, l'arme du crime retrouvée sur les lieux lui appartient. Imprécision qui ne correspond guère à un type aussi chevronné. Règlement de comptes entre anciens de l'OAS ? Une version qui conviendrait à la police, sachant que la population ne s'intéresse plus à ces vieilles affaires-là…

Vincent Quivy : Brutal Beach (Éd.Wartberg, 2016)

Bien qu'il s'agisse d'une fiction, ce roman noir s'inspire de la réalité, et s'inscrit dans une tradition du polar documentaire. Néanmoins, l'auteur ne commet pas l'erreur de remâcher des faits historiques. On peut consulter çà et là assez d'archives, dont le discours du Général de Gaule du 23 avril 1961 évoquant Un pouvoir insurrectionnel [qui] s'est établi en Algérie par un pronunciamiento militaire […] Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite. Il a une réalité : un groupe d'officiers, partisans, ambitieux et fanatiques… En abordant ce thème, Vincent Quivy nous rappelle à juste titre que, au cœur de ces évènements en apparence si lointains, se trouvaient des terroristes de l'OAS qui ne sont qu'octogénaires aujourd'hui. Amnistiés, beaucoup ont cultivé au sein d'un parti politique les idéaux fascisants qui étaient déjà les leurs à l'époque.

Ce roman dessine avant tout le trajet personnel de Bix. Par facilité, il est courant de renier le passé, d'ignorer volontairement (c'est le cas de son amie Pia) les traces sales d'hier. Nul n'est issu d'une "génération spontanée", pourtant. Et gommer ce qui nous dérange, c'est une lâcheté. À l'inverse, des réminiscences tourmentent Bix. Est-il investi d'une mission ? Pas exactement : ça, c'était le cas de son mentor Léo Leck. Mais penser que des tueurs de civils aient vécu des décennies dans une paisible clandestinité, narguant les autorités, c'est mal supportable pour Bix. Jouant avec la chronologie, baignant dans une ambiance sombre, voilà une intrigue dense très convaincante.

Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 03:55

“Un jardin à la cour”, c'est une centaine de pages où le taulard Hafed raconte ce qu'il a traversé. Comme il débuta tôt dans la délinquance, l'été de ses dix-sept ans, son père maçon l'entraîna en Algérie, en espérant bien qu'il y reste. Mais ce parigot natif sut revenir en France, et salua pour la dernière fois sa famille. Quel voyou n'aurait pas été, en 1979, admirateur de Jacques Mesrine ? Alors, avec ses potes, il braque un restaurant chic de la capitale. Avec succès, du moins jusqu'à ce qu'ils soient tous arrêtés. “Époque bénie où le dernier des cons avait quand même un peu de "mentale"… La prison avait, oui je le dis, une forme d'innocence. Nous étions tous coupables dans une prison encore innocente.” Il faut s'imposer en milieu carcéral, mais on y trouve des amis. On n'y communique qu'au minimum, on parle sans se dévoiler aux autres. L'écriture prend du sens.

Lucide, il l'est pourtant : “La prison, c'est le rendez-vous des cons, je ne le dirai jamais assez, et du fait que j'y ai été par trois fois à ce rendez-vous, ça me donne le droit de l'affirmer sans me vexer moi-même ni les autres.” Double condamnation, deux fois sept ans, commuées en une seule. Impossible de suriner les deux juges d'instruction, pas la chance de s'évader, quelques séjours au mitard puisqu'il refuse le travail en prison. Mais lui, il préfère se cultiver en autodidacte. Gamberger, observer, comprendre. “La police à l'ancienne”, a-t-elle jamais été tendre avec le banditisme ? Les viols entre détenus, plus un mythe destiné à effrayer. La misère sexuelle, fantasmes et branlette, oui. Le suicide de prisonniers : “Va savoir si ce n'est pas un sentiment, la peur, le dégoût ou que sais-je, qui finalement vous assassine malgré vous ?”

Ce qui le débecte, ce sont les idéaux exprimés par M.Poncif, prêt aux compromissions les plus odieuses au nom de principes prétendus sains, ou ceux proférés par M.Cliché, roi de la couardise et du non-argument. Dégoûté de la société, Hafed ne l'est-il pas de longue date ? Puis il y aura les cours de théâtre en prison, avant de suivre durant deux ans la troupe culturelle de Marianne, en province. Ateliers pour prévenir les jeunes, distraire les vieux. Un retour à Paris, sans gloire, avec quelques tentatives féminines où il est, pour lui, plutôt question de sexe que d'amour. L'éjaculation des mots, de l'écrit, ça reste une valeur sûre. Conclusion ? “Alors, j'aurai passé mon existence à être joyeux, tout simplement en misant sur la Joie, et sans chercher à être heureux socialement, ni me pourrir à quêter l'utopie du bonheur. Juste joyeux.”

Abdel Hafed Benotman : Un jardin à la cour (Éd.Rivages, 2016)

La prison, il l'évoque encore dans la nouvelle “Erika”. La nuit, même sous les verrous, il y a toujours un moyen de prendre son pied. Pas en se faisant sauter par un codétenu. Pour la jouissance, il peut compter sur Erika. Si l'on est tant soit peu inspiré, si on sait la caresser même quand elle est toute froide au début, le bonheur ne tarde pas à monter. Si on a du doigté, elle réagit en se faisant entendre : “Le bruit infernal de ta jouissance, Erika, se démultiplie de cellule en cellule, de numéro d'écrou en numéro d'écrou.” Après 22 heures, ça excite évidemment les autres taulards, tant de liberté sonore. C'est en souvenir de son pote Raymond, qu'il se sent la force de chanter en chœur avec Erika.

Ils sont moins hermétiques à son art, les prisonniers, quand ils ont besoin de ses services pour écrire un courrier. Là, c'est bien lui et son Erika qui doivent se substituer à leur inculture de minables voyous. Moquez-vous de l'Écrivain, les gars ! N'empêche que ça dérange ces messieurs les détenus, ça perturbe leur sommeil. Alors, on réclame le maton, qu'il fasse taire les délires orgiaques et nocturnes du copain d'Erika. On requiert même l'intervention du directeur de l’Établissement Pénitentiaire. Direction le mitard, le cachot pour une traversée de quarante jours. Ça cogite dans la tête pendant ce genre de villégiature. De quoi virer dingue. Lui, il pense à son défunt pote Raymond et à sa douce Erika qui l'attend, ça lui apporte une certaine dose d'évasion…

Ce livre présente une quinzaine d'autres textes d'Abdel Hafed Benotman. Dont l'excellent “Parano-rail”, mettant en scène un employé de wagon-bar se voulant bon citoyen mais qui risque de tomber sur un type qui n'apprécie guère sa suspicion. Cette nouvelle fut publiée dans “Tout le monde descend !”, à l'initiative du festival Noir sur la Ville, de Lamballe, en 2009. Elle est née dans le TGV qui, l'année précédente, le ramenait à Paris en remarquant que le serveur du wagon-bar semblait le trouver louche. À retenir aussi “Les jouets de l'Histoire”, illustrée par Laurence Biberfeld, auteure des dessins de “Coco” (2012, Éd.Écorce) sur un texte plein de fantaisie d'Hafed Benotman. Celui-ci considérait que la plupart de ses écrits gagnaient à être lus à haute voix. Sans doute avait-il raison, mais n'en déduisons pas que son écriture ait manqué de puissance littéraire. Au contraire.

Ex-taulard réglo et rebelle, Hafed ne s'est jamais pris pour un intellectuel : “Quand un connard de socio me dit que la lecture et l'écriture avaient dû me permettre de m'évader de ma dure condition d'enfermé… Je ferme ma gueule. Ces cons d'intellos ne savent vraiment pas la vraie beauté risquée d'une évasion. La liberté ou la mort, loin, très loin de leur littérature thérapeutique” écrit-il dans la nouvelle “Erika”. Néanmoins, son autre vie depuis bon nombre d'années, c'était l'écriture. Théâtre, nouvelles, romans, scénarios de films et poésie, il exprima sa force créatrice par tous les moyens. Tous ceux qui liront “Un jardin à la cour”, et les nouvelles qui suivent, réaliseront que par sa tonalité originale, il n'a pas seulement "témoigné" sur son univers… Il a fait œuvre d'Écrivain. Sa générosité et son talent apparaissent dans chaque phrase, dans chaque mot.

Abdel Hafed Benotman : Un jardin à la cour (Éd.Rivages, 2016)

Abdel Hafed Benotman est décédé le 20 février 2015, à cinquante-quatre ans. Son dernier séjour en prison s'est terminé en 2007. Que l'on m'autorise un souvenir : en mars 2008, je pris pour la première fois Hafed en photo, à Rennes. Une relation respectueuse naquit dès cet instant. À chaque fois qu'il vint dans l'Ouest, de Lamballe à Penmarc'h et Mauves-sur-Loire, il émanait d'Hafed une sympathie complice ― qu'ont dû ressentir tous ceux qui l'ont connu sous cet angle. Sa fougue et son œil pétillant restent dans le cœur de ses amis. Merci, Hafed ! Nous avons tellement envie que beaucoup d'autres lecteurs partagent ce plaisir de lire tes écrits.

Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2016
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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 03:55

À Saint-Jean, capitale de la province insulaire canadienne de Terre-Neuve, entre l'estuaire du fleuve Saint-Laurent et l'Atlantique. Anonyme parmi les deux cent mille habitants de cette agglomération, le quinquagénaire Walt vit dans McKay Street. Il a longtemps été marié avec Mary, qui n'est plus là. En repensant parfois à son épouse, Walt admet que leur couple fut déséquilibré. Parce qu'en se mariant, elle voulait surtout fuir sa famille. Et parce que leur foyer resta sans enfants. Peu de relations de voisinages, non plus. Il faut dire que dans le couple Quinton, par exemple, le mari était horripilant. Ça se résume, depuis qu'il est seul, à de la politesse minimale. Solitaire par nature, Walt préfère la pêche à la mouche en rivière, dans les décors vallonnés et boisés de Terre-Neuve.

Il est employé d'entretien dans un supermarché. Sa marotte consiste à collectionner les listes d'achats jetées par certains clients. Il réussit quelquefois à trouver l'adresse de la personne concernée, puis à repérer le plus discret poste d'observation pour la surveiller. Walt n'est pas un voyeur pervers, un agresseur sexuel. C'est son hobby, il est poussé par la curiosité. Ces derniers temps, il cible une femme de vingt-cinq ans, Alisha Monaghan. D'autant plus facilement qu'elle raconte sa vie sur son compte Facebook. Son voyage au Mexique, entre autres. Ce qui permettra à Walt une visite clandestine en son absence, chez elle. Alisha a la sensation d'être pistée, elle découvrira des traces de l'intrusion. Mais les impressions ne sont pas suffisantes pour convaincre la police, ni même ses parents.

Séparé de sa compagne Julie, l'inspecteur Dean Hill fait maintenant équipe avec le sergent Jim Scoville, au sein de la Gendarmerie Royale de Terre-Neuve. Une unité placardisée, que l'on charge d'affaires mal élucidées. Telles les quatre ou cinq encore récentes disparitions de femmes. Le cas de Mary, l'épouse de Walt, trouble Dean Hill. À cause de l'indifférence affichée du mari, en particulier quand ils mènent une énième perquisition à son domicile. Sans inquiétude face à la police, Walt dit ignorer ce qu'est devenue Mary, voilà tout. On ne va pas l'enquiquiner pour ses listes de courses des clientes. D'ailleurs, la police va arrêter bientôt un maniaque, suspect de plusieurs agressions. Les cas de Mary et de Lisa Tapper, autre disparue, ne sont pas résolus pour autant. Pour Dean Hill, Walt est le coupable.

L'année précédent son départ, Mary se montra toujours plus indépendante. Bénévole à l'hôpital St Clare's, elle s'intéressa de près au Dr Patterson. Walt s'infiltra aux urgences, à plusieurs reprises, afin d'observer leur comportement. Peut-être davantage une façon de se prouver qu'il pouvait passer inaperçu, que vraiment par jalousie. Par ailleurs, la cabane isolée en forêt près d'une rivière où Walt aimait se relaxer, il n'a jamais averti la police que s'y trouvait un cadavre de femme. Certes, comme pour Alisha Monaghan, Walt a ses petits secrets. Manquant de preuves malgré le harcèlement policier, les interrogatoires par Dean Hill et Jim Scoville ne semblent toujours pas perturber Walt…

Russell Wangersky : Les courses (Presses de la Cité, 2016)

Avant d'aborder le côté suspect de l'affaire, il serait dommage de ne pas retenir l'aspect sociologique de ce roman. Avec la détestable attitude des clients de supermarchés : “Le seul fait d'être un employé vous rend invisible aux yeux des clients, du moins jusqu'à ce qu'ils aient besoin de vous. Et quand on est chargé de l'entretien, c'est encore pire… Pareil avec les caissières. À croire qu'elles ne sont pas censées entendre quoi que ce soit...” La courtoisie et le respect ont disparu, signe de l'individualisme régnant dans notre monde. En tant que piéton, Walt aimant marcher dans les rues pentues de Saint-Jean, il est tout autant invisible des chauffards. Quant aux "listes de courses", elles sont révélatrices de nos vies, c'est exact. Et puisque de nos jours, telle Alisha, chacun étale ses faits et gestes via les réseaux sociaux, que l'on ne viennent plus réclamer de la confidentialité.

Au centre de l'intrigue, le débonnaire Walt est en partie victime du regard des autres : “Comme je suis un solitaire, les gens se figurent que je me crois supérieur et, à coup sûr, ça indispose la police. On entend tout le temps des histoires sur des flics qui s'en prennent à quelqu'un uniquement parce qu'il paraît bizarre – "C'est forcément lui. T'en connais, toi, des mecs qui jouent du hautbois ?". Ou ce genre de trucs. Ils ont même un mot pour ça : le "rétrécissement du champ visuel". Il leur suffit de trouver un type à l'air étrange et de chercher toutes les raisons pour lesquelles il a forcément fait quelque chose.” Il ne faut pas grand-chose, c'est incontestable, pour désigner un quidam comme suspect. Limiter sa "vie sociale", avoir le goût de s'isoler, choisir le rythme de son existence, sont-ce des critères déterminants qui autorisent à accuser sans raison factuelle ?

À travers sa narration personnelle, avec des images passées et sa vie présente, le portrait de Walt se dessine progressivement. Non sans conserver un certain flou. Soulignons que la notion de voyeurisme est parfois abusivement associé aux pulsions sexuelles. C'est plus subtil dans la tête de Walt. L'inspecteur Dean Hill a lui aussi quelques états d'âme, bien plus que son collègue Jim Scoville. Il faudra bien qu'ils obtiennent des résultats, quand même ! Quelques intermèdes nous présentent encore la jeune Alisha, "victime" jusqu'à quel point ? Non dénué d'un aspect sociétal, un suspense troublant qui installe un certain malaise. Ce dont on ne se plaindra pas, car ce roman est très prenant.

Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 03:55

Ancien comptable âgé de soixante ans, Charles est retraité depuis peu. Avec France, son épouse depuis vingt ans, ils ont quitté Versailles pour s'installer dans le Pays Basque. Plus jeune que lui, France reste journaliste pour un hebdo parisien. Ponctuellement, elle doit s'absenter. D'autant qu'elle prépare un nouveau sujet sur Sylvia Plath, poétesse oubliée dont la vie et le destin furent très sombres. France a le soutien de son rédacteur-en-chef, ce qui rend son mari quelque peu jaloux. S'ennuyant ferme, Charles aurait tendance à abuser des bières. Il finit par s'intéresser à une maison inoccupée, qu'il peut apercevoir de chez lui avec ses jumelles. Elle ne semble pas si vide, puisqu'il remarque de la lumière, la nuit. Charles connaît en partie l'histoire particulière de cette maison.

Au temps où les séparatistes de l'ETA étaient très actifs, quatre d'entre eux se cachèrent dans la maison, dont les ayants-droits n'avaient rien à faire. La réputation violente de ces activistes n'était pas usurpée. Le maire d'alors, Gaston Cester, fut prévenu de la présence clandestine de ce petit groupe. Il dut se débrouiller seul, négocier pour qu'ils s'en aillent. À leur départ, ces membres de l'ETA avertirent qu'ils avaient piégé la maison, qu'elle risquait d'exploser si on y entrait. Bien que le maire ait contacté les autorités, aucune décision de déminage ne fut prise. Pour M.Cester, ça reste une affaire sans dénouement, qu'il raconte volontiers à Charles. Celui-ci retourne dans la maison. Il y rencontre une blonde aux yeux verts d'à peine trente ans, Édith Stern. Les lumières aperçues, c'est elle.

Si Charles évoque l'affaire autour de cette maison avec France, il évite soigneusement de parler de la ravissante Édith. La journaliste promet de se renseigner sur le sympathisant des séparatistes qui fit partie du groupe, un poète connu sous le pseudo de Tuy Pomatuy. Quel fut vraiment le rôle de ce "4e homme" ? Est-ce lui qui fit piéger les lieux ? Excités par une possible présence, Gaston Cester et son petit-fils invitent Charles à les suivre pour intervenir dans la maison piégée. Il ne faut pas qu'ils découvrent Édith : heureusement, France utilise une ruse afin de calmer l'ex-maire. Elle demande à un ami bordelais, le flic retraité Giorgio Cardona, de les rejoindre au Pays Basque. Il enquêta plusieurs années plus tôt sur une mort insolite, qui a probablement un rapport avec tout cela.

Le dossier en question concernait ce qui ressemblait fort à un cas de "mystère en chambre close", car un homme fut emmuré chez lui. Volontairement, ou pas. Armé d'un flingue, Giorgio Cardona explore la maison, suivi par Charles. L'ancien policier y trouve des traces d'Édith, dont la caméra spéciale qu'elle utilise, filmant malgré les obstacles. Giorgio pense que l'intruse appartient à un service de police, peut-être l'Anti-terrorisme. Plus tard, il raconte à Charles et France tout ce qu'il sait sur Tuy Pomatuy, poète ami de l'ETA. Celui-ci fut obsédé par des images fantasmagoriques, liées à un épisode vécu dans sa famille. Sur la notion de "derniers instants de vie", il écrivit un long poème. Quant au secret de la fameuse maison, piégée ou non, il reste à découvrir…

Denis Vauzelle : Au fond (Éditions du Rocher, 2016)

On peut aborder ce roman tel un polar, même s'il n'appartient pas strictement à ce genre littéraire. Il en utilise certains codes, cultivant une ambiance énigmatique et ne se privant pas de rebondissements. Des terroristes d'antan, une mort en "chambre close", une jeune femme hantant une maison isolée (et maudite), un ex-baroudeur de la police, voilà des ingrédients conformes à une belle intrigue criminelle. Le sexagénaire Charles, pour qui la retraite est une rupture, un "coup de vieux", se passionne d'autant plus pour ce mystère qu'il n'est pas insensible au charme troublant d'Édith. À propos de laquelle il ne sait pas grand-chose, si ce n'est qu'il tient à la protéger.

En marge de l'affaire, on revient sur l'histoire dramatique de Sylvia Plath (Boston, 1932-Londres, 1963) et de ses enfants. Car l'épouse de Charles baigne dans l'univers culturel. Occasion d'un hommage à une poétesse de talent, dont quelques initiés se souviennent aujourd'hui. Ce qui offre sans doute un lien indirect avec la partie mystérieuse de ce suspense. Ici, malgré une forme d'enquête et même si la mort est très présente, on ne cherche nullement un coupable. N'en disons pas davantage. Un roman "aux frontières du genre", donc différent des polars ordinaires.

 

Mes chroniques sur d'autres romans parus dans cette collection :

Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 03:55

Divorcée de son mari Gregory, la blonde Darcy McCarthy est une quadragénaire franco-écossaise. Puisque sa fille Alice et sa mère Mathilde sont de grandes voyageuses, Darcy n'a plus tellement d'attaches. Aussi va-t-elle s'installer en Écosse, dans le petit village de Minthill. Elle a obtenu un poste d'enseignante à l'université d'Aberdeen. Son aïeule Claude lui a tellement parlé de cette région, quand elle était enfant. En particulier de Merryton Manor, une demeure pleine de légendes non loin de laquelle Darcy va habiter. C'est là que vivait dans les années 1860 lady Emily Hamilton, une jeune veuve. Au décès de son vieil époux, elle admit ressentir des pulsions intimes envers les hommes. Ce qui dérangeait la gouvernante Mrs Fairfax, mais amusait sa camériste Jackie.

À cette époque-là, le jeune et désinvolte Tom Brenton a tout intérêt à quitter Londres. En trichant aux cartes, il vient de gagner quatre-cent livres, mais son puissant adversaire ne lui fera pas de cadeaux s'il le retrouve. Sir Jeremy Douglas lui ayant octroyé un certificat idoine, Tom Brenton précipite son départ vers l'Écosse. Certes, gérer le domaine de lady Emily n'entre pas spécialement dans ses compétences. Mais sa force de séduction agira sur la jeune femme. D'autant que tous deux partagent un secret d'adolescence. Merryton Manor va alors connaître divers évènements, heureux et malheureux. Tel ce passage de la reine Victoria – à qui on vole un précieux bijou, la Rose du monde – bientôt suivi d'un virulent incendie. Reconstruit ensuite, le manoir n'est désormais que ruines et friches.

Romantique, Darcy rêve parfois de Tom Brenton. Elle croise même une nuit son fantôme devant chez elle. En réalité, il s'agit du jeune et beau sergent de police Stewart Duthie, qui ressemble sans doute à ce Tom. Darcy sympathise avec sa voisine, Mrs Betty Webster. Elle rencontre Angus, neveu de celle-ci, qui tient un pub dans les environs, et vit dans un ancien presbytère impressionnant. Si le policier local Duthie est bel homme, la maturité d'Angus convient davantage à Darcy. D'ailleurs, si elle compte explorer Merryton Manor, ce serait un bon prétexte pour se rapprocher d'Angus. C'est ce que lui conseille d'ailleurs Mrs Webster, plutôt que de s'acoquiner avec le sergent Duthie qu'elle n'estime guère. Hélas, Angus part pour quelques temps en mer, faisant faux-bond à Darcy.

Ce n'est pas son chiot Churchill qui rassurera la jeune femme la nuit, quand l'ambiance se fait inquiétante : “Il y a des bruits chez moi, des coups, ça résonne presque toutes les nuits. Un véritable tintamarre ! Un policier est venu, mais il m'a dit que la maison était vieille, et reliée par des souterrains aux ruines du manoir...” Se réfugier chez Mrs Webster ou – mieux encore – sous la protection de son neveu Angus, et tenter de retrouver le bijou volé à la reine Victoria, voilà un programme pouvant lui donner du moral et de la force. Si elle n'est pas forcément seule, le danger plane quand même autour de Darcy…

Jean-François Quesnel : On a dévalisé la Queen (City Éd., 2016)

L'Écosse, ses paysages pittoresques, ses bourgades conservant l'aspect d'autrefois, le traditionnel thé entre voisins, ses manoirs séculaires et leurs fantômes de légendes. Même si l'urbanisation gagne du terrain, ces images typiques sont certainement préservées dans des secteurs ruraux et côtiers de la région. Nous sommes ici autour de Fraserburgh, à l'Est de l'Écosse, dans des décors qui peuvent encore rappeler les romans classiques du 19e siècle, de la grande époque victorienne. Une partie des scènes nous invitent à revivre en ce temps-là, de Londres à Merryton Manor. Évocations très "visuelles" de lady Emily et de son entourage, de leurs petits ou grands secrets, de leurs aventures. Car la tonalité n'a rien de compassée, de rigide, bien au contraire.

L'essentiel de l'intrigue, qui se passe de nos jours, concerne Darcy McCarthy. La déception sentimentale qu'elle vient de vivre l'amène a chercher ici le nouvel homme de sa vie. Mais ce qui la motive tout autant, c'est ce manoir en ruine que lui décrivit naguère son aïeule, adepte de la marijuana, fin des années 1970. Darcy appartient à une "famille de femmes", toutes assez excentriques. Sa bienveillante voisine Betty, la vendeuse-policière Dorothy : quelques autres femmes l'accompagnent dans cette histoire. Jean-François Quesnel nous propose un très agréable roman d'énigme, souriant et bien construit, animé de multiples péripéties et de retours historiques. Franchement palpitant.

Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 03:55

Mère d'une fillette de dix ans, Kristine Rush est âgée de vingt-sept ans. Elle est assistante en salle d'opération à l'hôpital de Las Vegas. Kristine est originaire de Tonopah, modeste bourgade minière du Nevada. À cause de sa mère junkie, elle n'en garde pas que de bons souvenirs. Le chirurgien Daniel Hawthorne, le fiancé de Kristine, appartient à une famille bien plus aisée. Le défunt père du praticien était vétérinaire. Imogene, sa mère, habite leur propriété familiale près du lac Arrowhead, en Californie. En ce 3 juillet, Kristine et Daniel comptent fêter le lendemain l'Independence Day chez Imogene. Ils roulent depuis Las Vegas sur l'I-15, à travers le désert Mojave, où la température dépasse 40°.

Le couple doit faire halte dans une station-service désaffectée. Alors qu'elle se change dans les WC, Kristine est agressée par un inconnu. De retour à leur véhicule, la voiture est toujours là, mais Daniel a disparu. Des messages SMS via le téléphone du chirurgien vont vite confirmer qu'il a été enlevé. Kristine imagine que c'est une affaire d'argent, qu'une rançon sera bientôt réclamée. Le ravisseur prétend s'appeler Malthus. Il la surveille depuis dix mois, semblant tout savoir de la jeune femme. Sans doute reste-t-il non loin d'elle, lui imposant la suite. Un jeu de piste débute sur l'aire d'un casino, autour d'une attraction, où on remet à Kristine une carte routière indiquant l'étape suivante.

Sur place, Malthus provoque la mort d'un agent de sécurité du casino. C'est Kristine qui risque fort d'être accusée, car on l'aura vue en conversation avec le vigile, puis le frôlant en voiture. Elle prend la fuite, évitant par ailleurs d'expliquer ce qui se passe à Imogene, sa future belle-mère qui la relance par téléphone. La carte indique qu'elle doit s'arrêter à Baker, petite ville du désert, où on lui donnera d'autres indications dans un "diner" (snack-bar). Kristine est contrainte de s'humilier devant la serveuse Lacy et un consommateur, heureusement compréhensif. L'étape d'après la conduit, en début de nuit, dans un parc aquatique à l'abandon. Elle y découvre un homme mourant, vêtu des habits de Daniel.

Kristine est prise en auto-stop par la camionneuse Crystal. Malgré l'aspect malpropre de la jeune femme errante, elle accepte de la déposer à Barstow, en Californie. Mais c'est dans une pouilleuse chambre de motel que Kristine se réveille finalement, sanglante, car il y a un nouveau cadavre auprès d'elle. Comme pour celui du parc aquatique et pour le vigile, tous les indices la désigneront en tant que coupable. Avec cruauté, se vantant de sa méchanceté, Malthus ne se prive pas de le lui rappeler par téléphone. Kristine réussit à voler une moto, mais elle n'ira pas aussi loin qu'elle voulait. Enfin, vient la confrontation directe avec Malthus. Cette fois, Kristine et sa fille Abby sont en danger de mort…

Vicki Pettersson : Survivre (Sonatine Éd., 2016) – Coup de cœur –

Vicki Pettersson n'est pas une néophyte en écriture. Sa trilogie “L'étreinte du Zodiaque” a été traduite en français, depuis 2014. Il s'agissait de romans appartenant au Fantastique, où l'intrépide héroïne Joanna Archer évoluait entre le Bien et le Mal dans les décors de Las Vegas, ville natale de l'auteure. Ici, c'est dans un thriller qu'elle entraîne ses lecteurs. Les personnages viennent toujours de la célèbre ville du jeu, dans le Nevada. Et c'est encore une jeune femme énergique qui va être au centre de l'intrigue. Étrange aventure, certes, mais il s'agit donc d'un jeu de piste sanglant, d'une sorte de course-poursuite perverse, qui s'inscrit dans la meilleure tradition des romans "sous tension". Ajoutons-y la chaleur étouffante du désert Mojave, on imaginera facilement les tourments de l'héroïne.

Si on entre vite dans l'action, pour notre plus grand plaisir, le portrait de Kristine Rush est agréablement nuancé. Cette jeune femme au caractère volontaire s'avoue incapable de pleurer, ce qui n'en fait pas une baroudeuse pour autant. Elle a gravi l'échelle sociale avec intelligence, mais se trouve face à une situation exceptionnelle qui ne peut que la secouer. Elle espère pouvoir saisir sa chance d'en sortir, malgré l'omniprésence dans l'ombre de cet adversaire, pour lequel la vie humaine n'a pas d'importance. Après les douloureuses premières épreuves, le nommé Malthus sera identifié. C'est bel et bien un tueur en série, dont les motivations psychologiques sont obsessionnelles et mortifères.

Magistralement construit, “Survivre” fait partie de ces polars effrénés que l'on dévore, qui rendent accro au point d'en reprendre au plus vite la lecture. Plus on avance au côté de l'héroïne, plus on approche du dénouement en frémissant avec elle, plus on est certain d'un final en apothéose. Voilà un remarquable suspense intense !

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