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26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 07:00

À vingt-six ans, Elizabeth Hampton est étudiante à Dover, sa ville natale, dans l’Ohio. Elle est célibataire, bien qu’ayant eu une relation avec Dan, un copain étudiant. Sa famille se résume à trois personnes, son père étant décédé voilà quelques années. Il y a sa mère, Leslie Hampton, âgée de soixante-neuf ans. Celle-ci s’occupe toujours de Ronnie, vingt-sept ans, le frère d’Elizabeth. Ronnie est trisomique, assez autonome pour avoir un petit boulot, et plutôt intelligent malgré son handicap. Il a parfois des crises d’agressivité, que sa mère sait globalement gérer. Il y a aussi l’oncle Paul McGrath, frère de Leslie Hampton, retraité de l’Enseignement. Il est très compréhensif envers Ronnie. Suite à une dispute, Elizabeth s’est éloignée depuis six semaines de sa mère, au caractère souvent exigeant.

La police alerte Elizabeth lorsque Leslie Hampton est retrouvée morte à son domicile. Elle présente des hématomes, ce qui rend le décès suspect. Quelques jours plus tard, il se confirme que la mère d’Elizabeth a été étranglée. La police embarque Ronnie, le plaçant dans un institut psychiatrique. Cette strangulation peut être le fait du jeune trisomique en crise. La pragmatique Mme Hampton avait préparé les documents nécessaires en vue de ses obsèques, ainsi qu’un testament. L’oncle Paul est désigné tuteur de Ronnie, Elizabeth et son frère héritant des quelques biens de leur mère. La jeune femme confie à son ami Dan son sentiment de culpabilité, et ses rapports un peu difficiles avec sa maigre famille. Elle reprend les cours à la Fac, tout en rendant visite à son frère à l’hôpital psychiatrique.

Une femme inconnue est aussi venue voir Ronnie, ce qui perturbé le jeune homme. Paul ne semble pas savoir qui est cette personne. De retour à son logement, Elizabeth croise un homme mûr et trapu qui est entré par effraction dans son studio. Un toxico, estiment les agents de police qui constatent les faits. C’est peu probable, selon Elizabeth et les enquêteurs. Par ailleurs, une femme a téléphoné à l’avocat de Mme Hampton, au sujet de son testament. En effet, la mère d’Elizabeth en avait rédigé un nouveau récemment. Avec certaines modifications, incluant cette inconnue. Le médecin suivant Ronnie se veut rassurant sur son état psychologique. Elizabeth se demande pourquoi, depuis peu, sa mère s’est intéressée aux traumatismes infantiles, commandant un livre sur ce sujet.

Lorsque Ronnie avoue finalement le meurtre de sa mère, Elizabeth ne comprend pas et n’y croit pas. La jeune femme s’entend bien avec le lycéen Neal Nelson, dont le père est une sorte de détective privé. Neal se sent également des talents en la matière. Peut-être saura-t-il trouver la trace de l’inconnue, qui paraît s’appeler Elizabeth Yarbrough ? Quand un homme prend contact avec la jeune femme, il lui révèle tout un pan de la vie de Leslie Hampton dont Elizabeth n’avait jamais entendu parler. Toutefois, l’oncle Paul n’accorde guère de confiance à cet homme. Il est désormais impératif pour Elizabeth d’explorer le passé et la personnalité de sa défunte mère…

David Bell : Ne reviens jamais (Actes Noirs, 2017)

J’avais supposé que Ronnie ne m’appréciait pas plus que ça, surtout parce que j’avais conscience d’avoir érigé un mur entre nous. Je l’avais laissé à la charge de ma mère ces dernières années, gardant mes distances, allant jusqu’à prendre le large chaque fois qu’il y avait des problèmes. J’imaginais qu’il s’en était aperçu- il était trop intelligent pour ne pas le faire – et qu’il avait décidé d’adopter la même approche avec moi.
"Il a chanté vos louanges aujourd’hui. Je crois qu’il se rend compte de ce qui est arrivé à votre famille, et de la position dans laquelle ça vous place tous les deux" a dit le médecin. Puis il a ajouté une phrase toute simple, peut-être celle que j’avais le plus besoin d’entendre. Et peut-être que je l’entendais d’autant mieux qu’elle venait d’une personne extérieure à la famille, une figure d’autorité indépendante : "Vous êtes sa plus proche parente"…

Il faut reconnaître que le "suspense psychologique" peut s’avérer d’un moindre intérêt, en particulier quand les ambiances nous apparaissent artificielles, alourdies par des mystères rendant le récit carrément pesant. Pourquoi ajouter une inutile noirceur énigmatique, alors qu’il est plus logique de camper naturellement les situations auxquelles sont confrontés les protagonistes ? C’est effectivement l’atout majeur de cet excellent roman de David Bell. Au centre, une jeune femme ordinaire, qui n’est pas encore sûre de ses choix de vie. Elle n’a que peu de famille, n’a jamais senti la nécessité de se faire beaucoup d’amis. Tant que sa mère s’en est chargée, le cas de son frère handicapé restait un peu abstrait, d’autant que sa trisomie n’est pas une pathologie extrême. Quantité de famille à travers le monde vivent la même chose dans la réalité, ce qui n’est pas un problème insurmontable.

Ce contexte est parfaitement suggéré par l’auteur, de façon crédible. Au décès de la mère, la vie continue avec les adaptations que cela suppose. Mais plusieurs "grains de sable" ne font que compliquer les faits. Les fameux secrets de famille ! Ils ne sont pas forcément honteux, scandaleux, mais dépendent souvent des époques où ils remontent. C’est ce que David Bell souligne, montrant notamment qu’environ quarante ans en arrière, c’est à la fois loin et proche. Sans être stricte de caractère, la mère d’Elizabeth éluda une part de son passé que ses enfants, il est vrai, n’avaient pas vraiment à connaître. L’image qu’elle donnait d’une femme tranquille n’avait pas a être ternie pour ces souvenirs.

David Bell ne cherche jamais le spectaculaire, les effets exagérés. C’est ce qui fait la force de cette histoire, racontée avec fluidité. Ce qui permet au lecteur de partager les états d’âme et les questions que se posent l’héroïne. Une intrigue absolument convaincante.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 04:55

À Chicago, vers 1960. Âgée de quasiment dix-huit ans, Dona Santos est la fille d’Estrella Santos, une chanteuse devenue célèbre. Après avoir fait carrière dans les clubs et à la télévision, Estrella part pour la Californie, où elle va faire du cinéma. Elle a récemment offert à Dona une Cadillac décapotable couleur crème. La jeune fille est fiancée avec le lieutenant de police Charles Mercer. Mais, dès le départ d’Estrella pour Hollywood, Dona rompt ses fiançailles avec le policier. Car sa mère vient de lui faire une révélation sur ses origines. Au volant de sa Cadillac, Dona part vers le "Deep South", le Sud Profond des États-Unis. Sa destination est Blairville, une bourgade campagnarde située entre Natchez (Mississippi) et Mobile (Alabama). Dans un premier temps, elle descend à l’hôtel.

Si Dona a parcouru mille cinq cent kilomètres en voiture, c’est dans le but de tuer Blair Sterling. À la tête d’une plantation exploitant le coton, c’est le plus gros propriétaire de la région. Riche célibataire, ce Sterling a toujours été un grand consommateur de femmes. Au temps où elle s’appelait encore Beth Wilbur, à l’âge de quinze ans, Estrella fut violée par Sterling. Par conséquent, il est le père de Dona. Prise d’un besoin de vengeance, celle-ci a acheté un revolver à Chicago. Bien que n’ayant aucun plan précis, si ce n’est d’éviter d’impliquer sa mère, Dona est déterminée à assassiner cet homme. Elle trouve l’occasion de louer au lieu-dit Loon Lake un bungalow appartenant à Sterling. C’est ainsi qu’elle fait sa connaissance, et que – séduit par la beauté de Dona – il l’invite à une soirée chez lui.

La jeune fille se familiarise rapidement avec l’ambiance locale. C’est une petite ville bien tranquille, mais où les traditions ségrégationnistes sont encore fortes. Ce que déplorent certains habitants, dont le shérif et son équipe. Ex-militaire en Corée, où il avait le grade de capitaine, Beau Jackson boite depuis qu’il a été blessé durant cette guerre. Ce Noir est désormais étudiant en Droit, assumant quelques jobs pour financer ses études. Il subit les préjugés de ses concitoyens les plus racistes, des petits Blancs moins intelligents que lui. Outre sa prise de contact avec le père Miller, prêtre de Blairville, Dona a surtout entamé une relation ambiguë avec l’avocat Jack Ames. Ce dernier est visiblement amoureux d’elle, mais Dona ne tient pas à l’y encourager. Dans son métier, Jack Ames défend tout le monde, y compris des Noirs.

Tandis qu’un journaliste local prépare un article sur Dona, "fille de star", Sterling continue à rôder autour de sa locataire. Il lui envoie sa jeune employée métisse Hattie pour faire le ménage au bungalow, et peut-être pour la sonder. En ville, un accident de voiture se produit entre Sterling et Beau Jackson. Parole contre parole, tous deux prétendent avoir eu la priorité à ce carrefour. Vu sa position sociale, Sterling entend bien qu’on lui donne raison. Les policiers de Blairville sont assez sceptiques, sachant les emportements de ce notable. Dona réalise l’inanité de son projet criminel. Tuer le hautain Sterling, typique de ces Sudistes détestables, ça ne servirait probablement à rien. Alors qu’elle songe à rentrer à Chicago, les choses vont s’accélérer dramatiquement pour elle… 

Day Keene : Le deuil dans les veines (Série Noire, 1966)

Dona reporta son attention sur Blair Sterling. Il faisait un fort bon maître de maison. Après le déjeuner, il avait insisté pour la conduire en ville à bord de l’une de ses voitures, et veiller au transfert de ses bagages de l’hôtel au bungalow. Quels qu’aient pu être ses mobiles secrets, il s’était conduit en gentleman. Elle étudia son visage, chercha à discerner les points faibles de sa cuirasse. Il en avait deux. D’abord, c’était un Sterling, d’une famille qui appartenait déjà à l’aristocratie terrienne cent ans avant la Guerre de Sécession. Il possédait plus de terres que n’importe qui à Blairville. C’était lui qui avait la plus grande maison, lui qui produisait le plus de coton, lui qui faisait travailler le plus de gens, blancs ou noirs. Et il tirait orgueil de sa qualité de Blanc, du fait qu’autrefois, sa famille avait possédé un nombre considérable d’esclaves.
Le second point faible de Blair Sterling : son exigeante sensualité.

Même si Day Keene (1904-1969) fut un auteur très productif, “Le deuil dans les veines” n’est vraiment pas un banal polar. Ce roman illustre une époque de l’Histoire des États-Unis. Nous sommes dans le Sud du pays, des régions longtemps esclavagistes, enrichies grâce aux plantations de coton. Dans ces contrées d’Alabama, de Géorgie, du Mississippi, la ségrégation raciale et sociale perdura, car elle était considérée comme légitime par les propriétaires terriens fortunés. Ceux-ci méprisaient les Blancs pauvres, mais c’étaient les Noirs qui subissaient les plus constantes humiliations.

Ce roman se passe au temps où furent votées les premières lois favorables aux Noirs. On ne les appliqua qu’avec réticence dans beaucoup de ces comtés, les contestant souvent. L’état d’esprit raciste ne s’éteignit jamais totalement pour une part de la population. “Pas par conviction profonde et raisonnée, d’ailleurs : ce serait plutôt qu’ils se conforment à ce qu’on attend de nous par tradition car, en dehors des vieux durs à cuire et des illettrés des coins perdus du marais, il y en a bien peu parmi nous qui croient que la couleur fait d’un individu l’inférieur d’un autre” explique l’avocat Jack Ames.

Malgré le poids des coutumes, ainsi que le montre Day Keene, la mentalité des habitants était parfois plus positive. Une commerçante, une serveuse, le prêtre, les policiers, en apportent la preuve. Pas de militantisme démonstratif dans cette fiction, mais un regard sur des comportements passéistes ou ayant évolué. Quant à l’épineuse question des mariages mixtes, s’il rappelle que la Reine de Saba fut intime avec Salomon, et que Moïse avait épousé une Éthiopienne, l’avocat avoue que le sujet est franchement compliqué. À travers le personnage de Beau Jackson, on nous rappelle les cas de soldats américains noirs qui ne manquèrent pas de bravoure.

L’intrigue criminelle proprement-dite est exemplaire. L’auteur ne cherche jamais à nous égarer avec de nébuleux mystères, à surcharger le suspense ou la noirceur. C’est un récit vivant et fluide qu’il livre aux lecteurs. Les descriptions, de la ville et de quelques-uns des protagonistes, sont d’une absolue clarté. Les scènes d’une nuit d’orage accréditent une certaine démence, en opposition avec l’aspect paisible de la région. Le moindre rôle, fut-il annexe, a sa fonction dans l’histoire. Un roman remarquable de Day Keene.

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23 juillet 2017 7 23 /07 /juillet /2017 04:55

Camille Magnin est l’épouse de Paul, officier de police au commissariat de Quimper. Ils ont deux jumelles âgées de dix ans, Nina et Pauline. Étant occupé par diverses enquêtes, Paul Magnin a organisé pour Camille un voyage à Londres. Il a réservé dans un hôtel de grand standing, sur Piccadilly. Il sait que Camille apprécie l’œuvre du peintre William Turner. Elle pourra ainsi visiter l’exposition qui lui est consacrée à la Tate Britain, célèbre musée londonien. Faire du shopping et flâner dans cette ville, aussi. Mais, peu après son arrivée, Camille ne répond plus aux appels téléphoniques de Paul. Selon les responsables de l’hôtel, il semble qu’elle n’ait pas passé la nuit précédente dans sa chambre. Paul ne tarde pas à contacter son collègue et ami John Adams, de Scotland Yard. Sans attendre un feu vert officiel, ce dernier entame l’enquête sur la disparition de Camille.

En effet, la jeune femme a été enlevée, sans doute droguée. Elle est séquestrée dans une pièce où est diffusée fortement une chanson agressive. De temps à autres, des personnes portant des sortes de scaphandres l’alimentent. Peu à peu, elle se remémore le début de son séjour à Londres. Elle a retrouvé des quartiers qu’elle connaissait, avant d’aller à la Clore Gallery. Devant les tableaux de Turner, Camille a croisé par hasard une journaliste, Deborah Keynes. Pour le reste, ses souvenirs sont très flous. Elle se demande la raison de son enlèvement, de cette musique, de ce crucifix dans la pièce. Pendant ce temps, John Adams est aussi occupé par une pollution mal explicable aux colorants dans la Tamise. On va bientôt découvrir dix gros rats d’égouts morts, exposés dans la Tate Britain. Mauvaise plaisanterie ou mise en scène à prétention artistique, ces faits ont évidemment un sens.

À l’hôtel, Paul s’est installé dans la chambre retenue pour Camille. Les traces du passage de sa femme ne lui offrent guère de piste sérieuse. Il apprend qu’à l’emplacement du musée, se trouvait au 19e siècle une vaste prison, destinée en particuliers aux déportés. Y a-t-il un lien avec la disparition de Camille, et avec les méfaits commis autour de la Tate Britain ? En ce qui concerne les rats morts, John Adams et lui découvrent la référence à un tableau connu de William Turner. La pollution peut également s’associer à cette toile. Alors que des vêtements de Camille apparaissent, étalés près du musée, le tableau en question de Turner est dérobé. À sa place, une sinistre photographie immense en noir et blanc, et un message indiquant une date. Une précision qu’Adams exploite, cherchant un événement ayant pu se produire le jour indiqué.

Même si Camille est libérée, elle n’aura pas pu voir les visages de ses ravisseurs, ni savoir ce qu’ils lui voulaient alors qu’ils n’ont pas exigé de rançon. Une mort suspecte – meurtre ou suicide – en rapport direct avec le musée relance les investigations de John Adams, et d’une jeune policière de ses services…

Marie Devois : Turner et ses ombres (Éd.Cohen & Cohen, 2017)

Le directeur marchait d’un pas d’automate. Il était blanc comme neige. Lequel de ses salariés s’était-il rendu complice de cette mise en scène ? Il avait visité à plusieurs occasions le blog des employés du musée pour connaître leur ressenti. La plupart de ceux qui s’y exprimaient confiaient qu’ils aimaient la Tate car on y travaillait dans une très bonne ambiance, et ils côtoyaient des artistes et des gens pleins de talent. Certains évoquaient l’extraordinaire et fort divertissant "jeu des questions". Andrew Pill avait soudain l’impression d’avoir été trompé. Humilié. Il était là depuis plusieurs mois et n’avait pas remarqué que le navire prenait l’eau de tous côtés.
Subtilement l’image de la femme qu’il avait vu à différentes reprises à la télévision et sur les clichés qu’on lui avait présentés s’imposa à lui. Était-elle morte quelque part dans une des réserves ? Au point où ils en étaient, il n’était plus convaincu que cela serait impossible. Seulement imprévisible. Il sentit son estomac se serrer…

Dans cette collection Art Noir, aux Éd.Cohen & Cohen, Marie Devois a utilisé en filigrane l’univers de plusieurs peintres : Van Gogh en 2014 (Van Gogh et ses juges), Velàsquez en 2015 (La jeune fille au marteau), Gauguin en 2016 (Gauguin mort ou vif). Cette fois, c’est l’artiste britannique Joseph Mallord William Turner (1775-1851) qui est à l’honneur. Sans doute est-il bon de souligner qu’il ne s’agit pas d’un polar historique, qui replacerait Turner en son époque. L’intrigue est contemporaine, dans le Londres actuel, tournant autour de la Tate Britain (que l’on appelait naguère la Tate Gallery) sur Millbank, face à la Tamise. Un haut-lieu de l’Art, qu’il faut avoir eu la chance de visiter au moins une fois dans sa vie.

Qui dit police, dit enquête. Et dès que c’est Scotland Yard qui s’en charge, cela ne peut qu’exciter notre imaginaire. La Metropolitan Police londonienne conserve une réputation d’efficacité. Toutefois, Marie Devois aime cultiver les ambiances où plane le mystère, non sans une dose de noirceur. C’est ainsi que nous observons Camille durant sa séquestration avec toutes les questions qu’elle se pose. Son mari Paul est loin de se montrer inactif, de même que son confrère anglais. Mais ne faut-il pas s’interroger sur le policier quimpérois, le mieux placé pour faire kidnapper son épouse ? Énigmatique et bien maîtrisée, cette histoire nous offre une très agréable lecture.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 04:55

En 1943, dans le sud de la Tunisie, la petite ville d’El Fétydja a été la proie de combats destructeurs. Une unité de l’Afrika Korps tient sa position, mais le capitaine Mercier et ses artilleurs disposent d’un canon, face aux Allemands. La mission des soldats français est de protéger la banque désertée, dont le coffre-fort contient trois milliards en lingots d’or. Mercier, militaire strict, ordonne de tirer sur quiconque s’approche de la banque, ennemi ou ami. Au milieu de ce chaos, cinq légionnaires se sont réfugiés dans un blockhaus, à une centaine de mètres de la banque. Au milieu des ruines, entre les tirs sporadiques, ces quelques rescapés rêvent de l’or, qui à portée de main. Bien qu’étant le plus gradé, ce n’est pas le capitaine Schotzer qui maîtrise leur petit groupe, mais le sergent Augagneur.

Originaire de Montrouge, Édouard Augagneur garde le fusil-mitrailleur et veille à ne pas gaspiller les munitions. Son copain Félix Boisseau, soldat de deuxième classe jusqu’à là employé au mess, est prêt à suivre le sergent Augagneur pour s’emparer des milliards en lingots d’or. Le caporal Béral, ancien comptable aux Halles, venait d’être enrôlé comme infirmier au lieu d’être exempté pour dysenterie ainsi qu’il l’espérait. Ce n’est pas que le projet d’Augagneur et Boisseau l’excite vraiment, car il est assez peu courageux, mais il ne s’y oppose pas. Contrairement, dans un premier temps, au lieutenant Mahuzard. Ce dernier est un authentique baroudeur. Étant quasiment sûr que l’idée des autres est vouée à l’échec, il s’y associe quand même, quitte à rendre sa part du butin à l’Armée.

Six cent millions chacun, ça mérite de tenter le coup, après tout. Ils ont des explosifs, qui permettront de faire sauter la porte du coffre-fort. Encore faut-il les transporter depuis le blockhaus jusqu’à la banque. Cent mètres sur un terrain parsemé de mines, sous les tirs de l’Afrika Korps, et sous la menace du canon du capitaine Mercier : pas une promenade de santé ! Ce sont Boisseau, Béral et Schotzer qui s’y collent, rampant vaille que vaille vers leur but. Même s’ils réussissent à atteindre la banque, Boisseau et Béral perdent les explosifs en chemin. Rien ne dit qu’ils soient en sécurité car, ayant aperçu du mouvement de ce côté-là, le capitaine Mercier a braqué son canon en direction de la banque. À leur tour, Augagneur et Mahuzard doivent essayer de rejoindre leurs complices.

Vu l’évolution de la situation, les soldats allemands ne tarderont plus à décamper. Il faut s’attendre à une contre-attaque des Alliés, dans un très proche délai. Faute d’explosif et, dans l’urgence, ça limite les possibilités pour les rescapés. Certes, les Allemands ont laissé sur place un Panzer qui pourrait leur servir. Du moins, s’ils peuvent approcher du coffre avec ce tank. Le sergent Augagneur n’a aucunement l’intention de renoncer…

Pierre Siniac : Les morfalous (Série Noire, 1968)

Sur la place, les trois hommes avaient gagné quelques mètres. Ils se déplaçaient avec une extrême prudence, imperceptiblement. Bientôt, ils se retournèrent et purent constater qu’ils étaient assez loin du blockhaus. Ils sentirent confusément leur éloignement, comprirent que, parvenus au point où ils se trouvaient, il ne leur était pratiquement plus possible de revenir en arrière. Le capitaine était toujours en tête. Il avait les mâchoires serrées, le regard extrêmement attentif. Plus loin, le caporal Béral suait à grosses gouttes, ses yeux étaient révulsés, presque fous. Boisseau, pour combattre sa peur, faisait mine de siffloter entre ses dents.
Le capitaine repartit en s’aidant des coudes. Il manqua de peu une mine, son coude se trouva à un centimètre à peine de l’engin presque totalement enterré. L’officier ne put réprimer un sursaut de surprise et se redressa légèrement. Il dut le regretter immédiatement…

Ce livre s’inscrit dans la lignée de romans comme “Un taxi pour Tobrouk” de René Havard, évoquant le destin de soldats perdus au cœur de la guerre en Afrique du Nord. L’intrigue est basée sur le vol des lingots d’or, suggérant qu’il serait presque plus facile d’effectuer un braquage à Paris que dans ces conditions : traverser la Concorde à une heure de pointe est moins dangereux que de faire cent mètres sur un terrain miné d’explosifs.

Un petit groupe d’intrépides s’y hasarde, des Légionnaires aux motivations et aux caractères assez divergents, définis avec soin par l’auteur : le lieutenant Mahuzard accepte par goût de l’aventure, Boisseau est un "suiveur" faisant confiance au sergent, le capitaine Schotzer espère les dissuader de continuer, Béral y va parce qu’il est là, et Augagneur y voit la chance de sa vie. On n’oublie pas le contexte : ponctuellement, on jette un coup d’œil chez les soldats allemands et au poste d’artillerie tenu par le capitaine Mercier. Ces hommes sont des parigots typiques de l’époque. Béral travaille aux Halles, Boisseau vient de la Butte aux Caillles. Ils utilisent le langage populaire, vif et ironique. Quasiment tout se passe dans un décor unique, le récit de leurs tribulations étant rythmé à souhaits. Un vrai roman d’action.

On se souvient sûrement davantage du film d’Henri Verneuil (1984), dialogué par Michel Audiard, avec Jean-Paul Belmondo (Augagneur), Michel Constantin (Mahuzard), Michel Creton (Boisseau), Jacques Villeret (Béral), Marie Laforêt et François Perrot. Précisons que le couple Laroche-Fréon (le banquier et son épouse) n’apparaît pas dans cette "histoire d'hommes", seulement dans l’adaptation cinéma. Néanmoins, quelqu’un va uriner sur un câble électrique, et s’électrocuter (mais pas de “C’est bien la première fois qu’il fait des étincelles avec sa bite”). Dans le livre, c’est le capitaine Schotzer qui déclare : “Les conneries, ça se fait avant d’entrer à la Légion. Pas pendant.” une formule reprise par le lieutenant Mahuzard dans le film, le rôle du capitaine étant occulté. On peut s’amuser à relever les différences entre le scénario et le roman de Pierre Siniac, dont le dénouement n’est pas identique.

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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 04:55

Le lundi 27 juillet 1981, David Umber fut témoin d’un drame. Étudiant en Histoire âgé de vingt-cinq ans, il patientait à la terrasse d’un bar d’Avebury, où il avait rendez-vous. Un certain Griffin devait lui fournir des révélation sur un mystère historique, le cas Junius. Par ailleurs, le passé mégalithique de la petite ville d’Avebury, dans le Wiltshire, n’intéressait pas vraiment David Umber. Ce jour-là, la jeune nounou Sally emmène en promenade les trois enfants de Jane et Oliver Hall. Jeremy a dix ans, Miranda sept ans, la petite Tamsin, deux ans. Cette dernière est soudainement kidnappée par un ou deux inconnus. Sa sœur Miranda meurt en tentant de s’interposer. Brian Radd, un pédophile tueur d’enfants, a finalement avoué l’enlèvement et le meurtre de Tamsin. Probablement enterré, le cadavre de la petite kidnappée ne sera jamais retrouvé. Oliver et Jane Hall se sont séparés.

David et Sally vécurent ensemble, s’éloignant le plus souvent possible de leur pays. Vingt-trois ans après les faits, David est enseignant et guide touristique à Prague. Encore minée par l’affaire, Sally s’est suicidée voilà cinq ans chez son amie Alice, à Londres. Le policier George Sharp est retraité depuis longtemps. Il n’a jamais été convaincu par l’issue fort incertaine de "l’enquête Hall". Dans son combi VW, il va jusqu’à Prague pour renouer avec David Umber. Car Sharp a reçu un curieux courrier anonyme, qui présente un lien avec le mystère Junius. En mémoire de Sally, David accepte de reprendre l’enquête avec Sharp. Même s’il y a peu d’espoir de glaner des éléments nouveaux auprès des parents et des témoins, le duo retourne à Avebury et Marlborough, à cinquante miles de Reading. Quant à enfin identifier le fameux Griffin, qui donna rendez-vous à David, c’est assez illusoire.

Témoin d’alors, Percy Nevinson n’accepte de parler qu’à David, pas à Sharp. Sa théorie sur des forces cosmiques extra-terrestres complotistes ne mérite même pas d’en rire. Le duo rencontre le second mari de Jane Hall, puis la mère des victimes en personne. Jane a choisi de s’en tenir à la version officielle, afin de faire le deuil de ses filles. Un soi-disant Walsh dérobe les archives de David sur le cas Junius. Puis c’est Brian Radd qui est tué en prison par un co-détenu. Du coup, il n’est pas interdit de s’interroger sur le suicide de Sally. David contacte leur amie Alice, qui lui conseille de rencontrer la psychothérapeute qui suivait Sally. Remarié avec la belle Marilyn, Oliver Hall vit à Jersey. Il fixe rendez-vous à David, lors d’un séjour à Londres. Comme son ex-épouse Jane, il a adopté la version officielle du dénouement. Quant à la psychothérapeute, elle admet le suicide de Sally.

David a repris ses recherches historiques sur le cas Junius, peut-être une clé de l’affaire. Oliver Hall engagea à l’époque un détective privé, Alan Wisby, aujourd’hui retraité vivant sur une péniche. Quand David tente de le voir, il tombe sur le fameux Walsh, qui fait preuve d’agressivité. L’ex-policier Sharp s’est rendu à Jersey, mais il a été immédiatement arrêté, victime d’un piège. David se déplace à son tour jusqu’à Jersey, où il rencontre Jeremy et son amie Chantelle. Le jeune homme l’attendait, comme pour clore un chapitre de sa vie. Si les infos du "privé" Wisby lui sont utiles, c’est seul que David devra résoudre cette affaire datant de vingt-trois ans…

Robert Goddard : Les mystères d’Avebury (Éd.Sonatine, 2017)

Walsh avait défait la corde et poussé le bateau loin de la berge. Mais l’autre extrémité de la péniche était toujours attachée, si bien qu’elle commençait à se mettre en travers du canal. Elle était déjà trop éloignée de la rive pour sauter de là où il était. Umber devait rejoindre jusqu’à la poupe s’il voulait regagner la terre ferme. Mais il ne croyait pas un instant que Walsh lui en laisserait la possibilité.
— Vous n’avez rien à faire là, cria Walsh en secouant la tête. Vraiment, vous n’avez rien à faire là.
Son regard se détacha subitement d’Umber. Au même moment, il y eut des bruits de pas sur le toit de la cabine. Umber se tourna juste à temps pour voir un homme athlétique, en treillis, qui le surplombait. Une batte de base-ball décrivait un arc de cercle au-dessus de lui. Il leva le bras pour protéger son visage, la torche serrée dans son poing. La batte visait sa tête, mais c’est le corps en caoutchouc de la torche qui prit le gros de l’impact. De tout cela, Umber n’eut pas véritablement conscience. Quelque chose l’avait frappé avec une force foudroyante. C’est tout ce qu’il savait. Puis son crâne cogna contre le sol quand il s’effondra. Et il plongea dans les ténèbres.

Il est logique qu’un pur roman d’enquête tel que “Les mystères d’Avebury” comporte des rouages complexes. Puisqu’il s’agit de revenir sur un dossier mal résolu, c’est sûrement que les faits d’origine n’étaient pas aussi évidents, que les conclusions étaient fausses. Ce postulat, le lecteur l’accepte d’autant plus volontiers que l’on nous décrit la scène initiale du kidnapping. Ainsi, nous comprenons la psychologie des protagonistes, marqués à vie par un pareil drame. D’autant qu’il se passe dans un décor paisible et charmant, que cela touche une famille plutôt ordinaire. Depuis, les parents ont refait leur vie chacun de son côté, et le fils rescapé s’est éloigné de l’Angleterre. De même que David Umber, un patronyme qui peut se traduire par "l'Ombre". Il convient donc de s’immerger dans cette intrigue, de suivre les investigations de David, les péripéties de ses recherches.

On n’est pas obligés de se passionner pour les arcanes du cas Junius, avouons-le. Ce n’est là qu’un des points du récit, d’autres énigmes attendent leur solution. Celle imaginée par le témoin Percy Nevinson est plutôt destinée à sourire. D’autres aspects s’avèrent plus sombres, voire dangereux, car il apparaît que quelqu’un pèse pour empêcher que la vérité éclate. Si le tempo narratif n’est pas tellement rapide – ce qui n’est pas indispensable, l’auteur compense en variant les lieux (Prague, Avebury, Marlborough, Londres, Jersey). Romancier chevronné, Robert Goddard maîtrise son sujet avec aisance, comme il se doit dans la bonne tradition des enquêtes à suspense.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 04:55

À New York, le dentiste Craig Sheldrake et son épouse Crystal sont divorcés. Craig a demandé au cambrioleur Bernie Rhodenbarr de s’introduire chez son ex-femme en son absence, et d’y récupérer un maximum de bijoux et des montres, ainsi que les quelques centaines de dollars qu’il trouvera. À l’époque de leur mariage, ces bijoux étaient un placement pour masquer des sommes non-déclarées. Bien que l’immeuble soit sécurisé, Bernie Rhodenbarr n’éprouve aucune difficulté à pénétrer dans l’appartement. Pensant être tranquille pour la soirée, il remplit sans se presser la mallette qu’il a apportée. Mais Crystal est de retour plus tôt que prévu, en compagnie d’un amant d’un soir, comme souvent. Bernie est obligé de se réfugier dans la penderie de la chambre de Crystal, où il risque d’étouffer si les ébats de la femme du dentiste s’éternisent.

Bernie a juste oublié sa mallette dans une pièce de l’appartement. Il se retrouve bientôt enfermé à clé dans ce fichu placard. Il est témoin auditif du meurtre de Crystal Sheldrake, qu’il constate avant de quitter les lieux. Sans sa fameuse mallette, qui a disparu. Jillian Paar est la svelte et menue assistante du dentiste Craig Sheldrake, et sans nul doute son amante. Jillian n’ignore pas que Bernie est un cambrioleur, et pense le plus grand mal de l’ex-épouse de son patron. Dès le lendemain, elle contacte Bernie afin de lui apprendre l’arrestation du mari de Crystal. Elle ne peut pas vraiment fourni d’alibi au dentiste. Bernie ne tarde pas à la rejoindre. Deux duettistes de la police, pas franchement désopilants, viennent les interroger. C’est ainsi que Bernie et Jillian vont savoir que la victime a été tuée avec un scalpel de dentiste. Un indice un peu trop évident pour désigner le mari.

Face aux deux flics Todras et Nyswander, Jillian et Bernie font semblant d’être ensemble. Par la suite, elle et lui vont mener chacun leur petite enquête. Dans les bistrots fréquentés par Crystal, Bernie est obligé de s’alcooliser mais ça porte ses fruits. Grâce à Frankie, une amie proche de la victime, il situe trois hommes possiblement suspects. Peut-être furent-ils des patients du dentiste, c’est à vérifier. À ce stade, Ray Kirschmann – “le meilleur flic qu’on puisse se payer avec du fric” – pointe son nez dans cette affaire. La moitié du butin, voilà ce qu’il réclame, après avoir fait part de ses déductions à Bernie.

Pendant ce temps, Craig Sheldrake a été libéré, après avoir balancé le cambrioleur aux flics. Pour se dédouaner, Bernie suit ses principales pistes. L’artiste-peinte Walter Grabow n’est pas facile à retrouver, et il vaut mieux ne pas s’éterniser avec lui. Quant au nommé Knobby, c’est un barman logeant dans un studio pas du tout propre. Bernie y découvre une mallette. Pas la sienne, mais celle-ci contient une forte somme en billets. Ça sent la combine à haut risque, il est donc préférable de cacher ladite mallette au plus tôt. Quand un témoin de l’affaire est assassiné, Bernie devient plus suspect que jamais pour les flics…

Lawrence Block : Le monte-en-l’air dans le placard (Super Noire, 1979)

Jillian était incontestablement une charmante jeune personne. De plus, je préférais de beaucoup être appelé Bernie, plutôt que M.Rhodenbarr que j’avais toujours trouvé un peu pompeux. Ses doigts sentaient bon les épices, et il semblait raisonnable de supposer que cela ne se limitait pas à ses doigts. Jillian était le tendre objet de Craig, bien sûr, ce qui ne me dérangeait pas car je n’avais aucune intention d’aller semer la discorde dans les relations passionnelles d’autrui. Ce n’est pas mon genre. Je ne vole que des espèces et des objets inanimés. Malgré tout, on n’a pas besoin d’avoir des visées sur une jeune personne pour apprécier sa compagnie. Et si Craig était reconnu coupable, Jillian se retrouverait sans emploi et sans amant, tout comme je serais sans dentiste, donc nous n’aurions aucune raison de ne pas nous consoler mutuellement.
Mais pourquoi bâtir des châteaux en Espagne ? Un salaud n’avait pas seulement tué Crystal Sheldrake. Il avait eu le culot de voler les bijoux que j’avais déjà volés. Et j’avais la ferme intention de lui faire payer ça.

Ce roman a été transposé au cinéma en 1987 sous le titre “Burglar”, un film d’Hugh Wilson avec Whoopi Goldberg, dans le rôle principal. Bernie devient Bernice Rhodenbarr, cambrioleuse californienne. Avec un Carl, à la place de sa meilleure amie Carolyn. Le flic malhonnête Ray Kirschmann est présent, mais c’est la dentiste Cynthia Sheldrake qui embauche Bernie et son mari qui sera assassiné. Lawrence Block aurait peu apprécié cette version de son roman. Il est vrai que l’image de la pétulante Whoopi Goldberg colle assez mal avec celle du libraire-cambrioleur Bernie Rhodenbarr. Et que l’ambiance new-yorkaise joue son rôle dans cette série de romans.

Après “Le tueur du dessus” (1978), “Le monte-en-l’air dans le placard” (1979) est la deuxième aventure de Bernie, sur les onze romans dont il est le héros (jusqu’en 2016). Son amie lesbienne Carolyn Kaiser ne figure pas encore au casting. Habitant dans la 71e Rue, côté West End, il n’a pas encore repris la librairie Barnegat Books sur la 11e Rue-est de Greenwich Village. Fortement soupçonné, il a tout intérêt à se sortir du pétrin en retrouvant le vrai coupable : intrigue classique du polar. Évidemment, c’est la tonalité enjouée de Lawrence Block qui fait toute la différence. Bernie étant un charmeur, on verra s’il a des chances de garder la belle Jillian. S’il doit parfois filer en vitesse, il aime beaucoup ruser avec la police, et improviser une identité-bidon afin d’obtenir des renseignements. Nul doute qu’il saura tirer profit de cette histoire, pourtant mal engagée. Le roman noir peut s’avérer souriant, en voici la preuve.

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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 04:55

Il s’agit d’un recueil de nouvelles, dont le titre indique la thématique : il existe toujours un rapport avec un Musée. L’excellent Richard Migneault, apôtre de la littérature québecoise et fervent admirateur du polar francophone, a coordonné cet ouvrage qui réunit dix-huit auteures : Barbara Abel, Claire Cooke, Ingrid Desjours, Marie-Chantale Gariepy, Ariane Gélinas, Karine Giebel, Nathalie Hug, Catherine Lafrance, Claudia Larochelle, Martine Latulippe, Geneviève Lefebvre, Stéphanie de Mecquenem, Florence Meney, Andrée A.Michaud, Elena Piacentini, Dominique Sylvain, Danielle Thiéry et Marie Vindy. Pour ces rendez-vous avec les Musées, ce sont uniquement des femmes qui démontrent leur talent. Des Québécoises et des Européennes, car ce livre est conjointement publié en France par les Éd.Belfond et au Québec par les Éd.Druide.

Parmi les auteures choisies ici, certaines sont plus connues que d’autres. C’est pourquoi Richard Migneault dresse, après la nouvelle, un portrait personnel de chacune. Un regard à la fois précis et tout en nuances, sur ces dix-huit femmes. Sans oublier un hommage à une pionnière du polar québécois, Chrystine Brouillet, et une pensée pour notre défunte amie Patricia Parry. Toutes ces auteures possèdent un style et un imaginaire différents. À chacune sa tonalité, et son univers muséologique. Si ces lieux peuvent sembler austères, ils ont parfois un lien avec le crime. Voici quelques exemples de ces nouvelles, diverses et très réussies.

 

Danielle Thiéry – L’ombre d’Alphonse : Pionnier de la criminologie, Alphonse Bertillon a été agressé à son bureau. La première sur les lieux, c’est Alice, la guide du Musée de la police parisienne, au commissariat du 5e. Le décor dérangé, rien de bien grave. Alice découvre sitôt après le cadavre de Violette, assassinée. La victime était employée du Musée, mais surtout l’épouse du commissaire Malet. Peu avant qu’on retrouve le corps, l’agente de police Agathe a remarqué des détails pas si anodins. Toutefois, elle n’est pas enquêtrice. Comme la mort de sa femme ne va pas modérer l’irascible Malet, Agathe estime qu’il vaut mieux garder profil bas. Pourtant, elle risque bel et bien d’être confrontée à l’assassin…

Elena Piacentini – Dentelles et dragons : Trentenaire, Simon vit dans le Nord de la France. En privé, il est fasciné par les ouvrages en dentelle, autant que par les préparations culinaires sucrées. Si c’est héréditaire, Simon n’en sait rien, car il fut un enfant adopté. Ce dont il se fiche depuis toujours. Mais les hasards de l’existence s’en mêlent, quand la jeune Ania le contacte. Judith, la mère biologique de Simon, est moribonde. Il est encore temps pour qu’elle lui révèle ses origines. Outre le coup de foudre entre Ania et Simon, la situation aura des conséquences plus dramatiques. À Caudry, un Musée symbolise l’obscur passé que Simon se doit d’éliminer. Peu de danger qu’il soit suspecté.

Andrée A.Michaud – Mobsters Memories : Quand vous êtes pourchassé par le caïd Latimer et ses sbires, pour une histoire de femme fatale, mieux vaut se planquer. Par exemple, à l’intérieur de ce Musée présentant une expo sur le grand banditisme américain et ses mafieux légendaires. Al Capone, Meyer Lansky, Bugs Moran, toute une époque ! Il y a là une animation pleine de bruit et de fureur, à l’image de la vie de ces truands d’autrefois. Une ambiance digne des romans de Raymond Chandler. Latimer restant à ses trousses, il doit se comporter tel un dur-à-cuire, ne pas lésiner sur les coups violents. Au risque de causer des victimes collatérales, c’est sûr. Finalement, pourquoi ne pas rêver d’être l’égal d’Humphrey Bogart ?…

Dominique Sylvain – Le chef-d’œuvre : Au Japon, Jungo Hata a une longue carrière de yakuza derrière lui. Cet exécuteur de sang-froid vient d’apprendre qu’un cancer va très prochainement l’emporter. Ce n’est pas tant sa fin qui le tourmente, c’est sa peau. Car Jungo est, en quelque sorte, une œuvre d’art sur pieds. Il est ami depuis leur enfance avec Katsu, qui l’a tatoué sur tout le corps. Katsu figure parmi les meilleurs experts japonais en la matière. Malgré tout, Jungo a peut-être une chance d’obtenir une notoriété post-mortem, grâce à la jeune Annabelle. Finir dans un Musée, ce n’est pas un projet si saugrenu qu’il y paraît. Mais un meurtre va changer le cours des choses…

Crimes au Musée (Éditions Belfond, 2017)

En sortant du taxi, à l’aéroport Montréal-Trudeau, Duquesne aperçut un véhicule de la Sécurité du Québec et deux ou trois autres voitures de la Gendarmerie royale du Canada. Voilà le comité d’accueil, se dit-il. Qu’attendaient-ils ? À moins qu’il se trompe complètement, ils étaient ici non pas pour cueillir les "objets de grande dimension" comme lui avait dit son contact, mais pour parler à ceux qui transportaient ces objets, et il y avait fort à parier que c’étaient les gars de Da Vinci. Les enquêteurs étaient donc arrivés aux mêmes conclusions que lui, ce qui accréditait sa thèse. Il passa les portes. À l’intérieur, il se retrouva face-à-face avec Latendresse qui faisait les cent pas, un téléphone rivé à l’oreille. Voilà pourquoi il n’était pas parvenu à le joindre. Le journaliste n’avait aucunement l’intention de se faire discret. Il se planta devant lui. En l’apercevant, le policier raccrocha. (Catherine Lafrance, “Le Christ couronné d’épines”)

Stéphanie de Mecquenem – La mystérieuse affaire du codex maya : Tiphaine Dumont est coroner au Québec. Elle accompagne à Venise son ami et complice sir James Jeffrey, pour un congrès d’épigraphistes, la passion de ce dernier. Lors d’une visite au Palais des Doges, Ferdinand de Brassac – président de ce congrès – semble pris d’un malaise et fait une chute mortelle. En réalité, c’est un empoisonnement à l’arsenic qui est cause de sa mort. Dès la veille au soir, Tiphaine et sir Jeffrey avaient senti une certaine tension autour de la victime. Le cahier où figurait sa théorie sur un codex maya avait été égaré. En outre, le décryptage de codex est une activité fort coûteuse. Pour quels vrais motifs l’a-ton tué ?…

Barbara Abel – L’Art du crime : Grande soirée de vernissage au Musée d’Art Contemporain, où sont exposées les nouvelles œuvres de Vera Charlier. Si c’est la consécration pour cette artiste, son amie Louise n’éprouve aucun plaisir à participer à l’événement. Elle n’est là que pour accompagner son mari Denis Moretti, maire de la ville. Que Denis ait été l’amant de Vera Charlier par le passé, c’est une secret de polichinelle dans la région. Le trio qui s’affiche ensemble, ça fera sûrement jaser. Toutefois, Louise a une autre sérieuse raison de se sentir mal. Si elle en parle à Denis, cela aura des conséquences désastreuses pour elle. À cause de l’ambiance oppressante, il est préférable que Louise s’isole quelque peu…

Marie Vindy – Charogne : Même une policière expérimentée, près de vingt-sept ans de métier, peut s’avouer troublée par une scène de crime. Ça se passe dans le logement de fonction d’un minuscule Musée, dans une bourgade rurale. Un couple a été abattu en plein acte sexuel. Aline et Samuel, amants tragiques trentenaires, font penser à une estampe de Rodin. Elle était mariée à un notable local. Lui état le conservateur de ce tout petit Musée. Unis dans la mort, romantisme meurtrier. Duo beau et émouvant. Tableau obsédant qui méritera une séance chez la psy. Pour la policière, impossible de chasser de son esprit cette funeste scène, de se concentrer sur l’enquête. D’autant que le principal suspect possède un très bon alibi…

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 04:55

Au mois de juillet, dans les années 1960. Âgée de vingt-quatre ans, Annette Letellier est en vacances dans un chalet en Isère avec son fils Michel, quatre ans, et sa mère. Cette parisienne est avertie par un policier grenoblois que son mari vient de mourir carbonisé dans un accident de voiture, du côté d’Avallon, dans l’Yonne. Annette est surprise : employé de banque à Paris, André Letellier ne devait les rejoindre qu’une semaine plus tard. Il lui avait demandé de réserver un séjour dans un hôtel suisse du canton de Berne.

Venu de Paris, l’inspecteur Lucien Lentraille ne lui explique pas grand-chose des circonstances du décès de son époux. La ramenant vers la capitale, ils font juste un détour par Vézelay afin qu’Annette identifie le corps. Ils ne verront rien des fêtes de la Madeleine, un pèlerinage à la basilique sur le thème de la paix existant depuis l’après-guerre. Par contre, un certain Clovis – photographe forain – participe à la Foire en question.

À Paris, c’est le commissaire Verdier qui explique les faits à la jeune femme. Le vendredi après-midi, André Letellier a volé une énorme somme à sa banque. Plus d’un million de Francs en billets, c’est-à-dire cent millions de centimes. Bien qu’étant repéré, André a fui en voiture. La police peut supposer que c’était pour rejoindre Annette en Isère, l’Yonne étant à mi-chemin. Verdier est informé de la lettre où André demandait à la jeune femme de réserver un séjour en Suisse. Contradictoire avec le fait que le couple s’entendait mal. S’il était plutôt bon conducteur, l’excitation de la fuite pourrait être la cause de ce dramatique accident de voiture.

Après une nuit chez elle, Annette reçoit la visite de son amie blonde Thérèse Gerbaut, du même âge qu’elle. Elle sait que Thérèse, secrétaire de direction dans une entreprise pétrolière, était la maîtresse de son mari. Ils ont récemment passé un week-end ensemble vers La Rochelle et Royan. Selon Thérèse, l’essentiel du butin n’a pas brûlé dans l’incendie de la voiture d’André. Le fric ne s’est sûrement pas envolé. Elle suspecterait volontiers l’inspecteur Lentraille qui, en effet, arriva sur le lieu de l’accident dès qu’il fut connu.

Les deux amies s’adressent au détective privé Castagner, lui faisant part de leurs soupçons. Cet homme mûr ayant de bons rapports avec la police ne tient pas à se mouiller. Par contre, son fils Jean-Pierre, âgé d’environ dix-huit ans, propose ses services au duo. Annette et Thérèse n’ont pas trop confiance en lui. C’est davantage une "association" pour se partager le butin qui intéresse le fils Castagner.

Le commissaire Verdier interroge plus officieusement Annette. S’il fait preuve de courtoisie, tout son bla-bla-bla se résume juste à des hypothèses. Néanmoins, que l’accident se soit produit du côté de Vézelay n’est probablement pas un hasard. La police interroge Thèrèse au Quai des Orfèvres, car elle connaît bien la région. Lentraille relance Annette, pas forcément pour l’enquête. Elle a maintenant envie de savoir la vérité…

Jean Amila : Noces de soufre (Série Noire, 1964)

Dites-moi, ma petite, savez-vous quel jour nous sommes aujourd’hui ? Nous sommes dimanche. Mettez bien dans votre petite tête que nous aussi, dans la police, nous avons des jours de congé. Et si je me trouvais là-bas, c’est que j’étais parti le vendredi après-midi pour passer le week-end chez des amis, à Vézelay. Il se trouve que nous aimons notre métier. Nous acceptons d’être disponibles vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cent soixante-cinq jours dans les années non bissextiles… Dès qu’il a eu connaissance de l’accident, le commissaire Verdier a averti son inspecteur le plus proche du lieu, sans tenir compte qu’il était en congé… L’inspecteur a répondu immédiatement à l’appel, a relevé les premiers indices, n’a pas dormi de la nuit, a fait mille kilomètres, et il prend encore la peine de venir ce matin à domicile pour vous éviter toute peine, même légère… Est-ce que cela vous suffit comme explication ?

Jean Amila : Noces de soufre (Série Noire, 1964)

Onzième roman publié dans la Série Noire par Jean Amila (Jean Meckert, 1910-1995) “Noces de soufre” date de 1964. Il fut réédité dans la collection Carré Noir en 1972, puis de nouveau dans la Série Noire en 1984. Cette année-là, il fut adapté en téléfilm, par le réalisateur Raymond Vouillamoz et par l’auteur. Agnès Soral, Jean-Luc Bideau, Capucine, Jean Bouise, Michèle Gleizer, Claude-Inga Barney, Hugues Quester, en interprétaient les rôles principaux. Depuis 1999, “Noces de soufre” figure au catalogue Folio Policier.

Jean Amila fut un des grands noms de la Série Noire, parmi les auteurs français. Si l’on trouve ici des policiers enquêtant sur la mort de l’employé de banque-voleur, l’intrigue est bien celle d’un roman noir. Car c’est la jeune Annette qui reste au centre du récit. La mort de son mari ne la perturbe pas du tout, au départ. Si son couple fonctionnait mal, c’est avant tout par manque de maturité sexuelle chez elle. Annette fait partie de ces femmes de son époque, peu préparées à une harmonie intime, frisant la frigidité. En commettant ce vol, son époux n’a-t-il pas voulu la reconquérir ? La voici entraînée dans un suspense riche en péripéties et en suppositions… Un très bon polar.

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