2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 05:55

Un procès à New York, au début des années 1950, présidé par le juge Bardoley. Toutefois l'affaire remonte à dix-sept ans. Elle concerne un meurtre commis le 28 juillet 1935. Des faits nouveaux ont permis de rouvrir le dossier. Ce procès a été confié au juge Bardoley, alors qu'il revenait de longues vacances, à la suite du décès de son épouse. L'affaire l'embarrasse un peu, car il fit autrefois partie de l'entourage social de l'accusée.

Valentina Abbott était à l'époque l'épouse du docteur Pound, un médecin mondain. Séduisante jeune femme, Valentina contribuait à la notoriété de son mari. Dans leurs cercles, elle ne manquait pas d'admirateurs, dont Bardoley et son ami Leonard Coombs. Ce n'était pas le premier mariage de Valentina. Française d'origine, elle avait d'abord été mariée à Michael Arum. Après son second divorce, d'avec le docteur Pound, elle épousa un M.Abbott. Elle fit venir de France une vieille tante, Émilie Constant, afin qu'elle vive auprès d'elle.

En juillet 1935, le couple Lecoq habitait dans un immeuble new-yorkais. Dans la nuit du 28, M.Lecoq fit une chute depuis leur appartement du sixième étage. On le retrouva mort, à peine identifiable. Cet homme n'était autre que Michael Arum, et la femme vivant avec lui, c'était Valentina. M.Abbott, son mari, la croyait en vacances à Atlantic Beach, en compagnie de Mme Constant. À vrai dire, le mari en titre de Valentina avait des doutes. Via son avocat, il avait fait engager des détectives pour être fixé. Le couple divorça peu après cette affaire, mais ne fut pas impliqué dans la mort brutale de Michael Arum.

Dans le procès présidé par le juge Bardoley, tout paraît accuser Valentina. En particulier, la dispute ayant précédé la mort de Michael Arum. Elle affiche également un certain cynisme de mauvais aloi concernant son mariage avec le médecin. Sa disparition au moment de la mort d'Arum plaide contre elle, autant que sa désinvolture en répondant aux questions gênantes. Le juge se remémore les faits dont il a été témoin dix-sept ans plus tôt. Ce qui ne rend pas plus facile sa compréhension du dossier, ni de la vérité…

John Stephen Strange : L'accusée (Éd.Ditis, 1954)

John Stephen Strange était le pseudonyme de la romancière américaine Dorothy Stockbridge Tillet (1896-1983). Quelques-uns de ses romans furent publiés chez Le Masque : 65 place des Vosges (1957), Pas de crime parfait (1959), Revanche d'un policier (1959), Fanny écrivait trop (1963), Au bénéfice du doute (1963). Let the Dead Past” (1953) fut publié en français sous le titre L'Accusée (Éditions Ditis Genève, 1954) puis réédité la même année dans la collection Détective-club, en 1957 dans la collection La Chouette et chez J'ai Lu Policier en 1965. La traduction fut assurée par Gabrielle-A Catelot et Georgina Arnao.

Un roman policier largement diffusé, on le vérifie. Il est vrai que l'ambiance est très réussie : l'auteure entretient un doute permanent, et offre progressivement des éclairages divers sur l'affaire. Certes, la base pourrait manquer de réalisme, n'importe quel juge est dessaisi lorsqu'il connaît de près un accusé. Mais c'est vite gommé par la construction de l'intrigue, par son habile mécanisme. Un classique du polar à redécouvrir, sans nul doute.

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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 05:55

Marco Benjamin est lieutenant de police à Lyon. Âgé de quarante-trois ans, il est divorcé de Caroline. Marco et elle ont une fille de seize ans, Chloé. Son ex-femme vit désormais avec l'artiste-peintre Julio Savenaze. Le commissaire Massé, son supérieur, n'ignore pas l'impétueuse nature de Marco Benjamin. Il l'a pourtant désigné comme chef de groupe, pour enquêter sur un tueur en série qui s'attaque à des adolescentes. Le coupable est un cruel sadique qui torture à mort ses victimes. La dernière disparue est une fugueuse âgée de seize ans, Jennifer. Telle sa fille Chloé, celle-ci a pu fréquenter des concerts de rock, et y croiser un pseudo-photographe qui l'aurait enlevée. Un guérisseur apprécié des notables lyonnais, Ismaël, pourrait probablement aider Marco.

Le policier se rend dans une ferme ardéchoise afin de rencontrer cette espèce de gourou, sosie d'un Jésus-Christ idéalisé. Ses visions semblent précises. Marco se lance dans une opération en campagne, entre une vache excitée et un corbeau mort. Il découvre bientôt la cabane où a été torturée Jennifer, ensanglantée et moribonde. Image fantomatique qui ne va plus le quitter, jusqu'à ce qu'il mette la main sur le tueur. Un tel choc entraîne pour Marco quelques séances chez un psy. Auquel le policier préfère parler des comics Marvel et des super-héros de bédé, plutôt que de son état de santé. Marco invente un personnage à son image, Suicide-Man. Il crée un site Internet à la gloire de ce héros dépressif mais invulnérable. Sur les photos, Marco arbore le tee-shirt de Superman.

Entre son ex Caroline et Chloé, qui demande à prendre la pilule, le moral ne risque pas de s'améliorer pour Marco. Son collègue Paul est blessé d'un coup de couteau le soir où Marco et lui pensent avoir identifié le tueur. Après avoir pris en otage une fillette, l'homme s'enfuit. Suicide-Man a sauvé la gamine, c'est le plus important. Tout juste âgée de dix-huit ans, la rousse Elsa est une fervente admiratrice du site de Suicide-Man. Elle a fugué, ce qui se conçoit quand on constate la bêtise de son père. Marco accepte d'héberger la jeune fille, malgré l'ambiguïté de leur différence d'âge. Le policier et Elsa consultent à nouveau Ismaël, au sujet du tueur qui a blessé Paul avant de disparaître. Le spiritisme du gourou ne donne cette fois que des indications imprécises.

Disposant d'un appât, Marco et Ismaël vont traquer avec succès le criminel. Toutefois, le policier reste insatisfait, imaginant que leur suspect a été piégé par son donneur d'ordres. Pour le commissaire Massé, les clowneries de Suicide-Man ont suffisament duré. Joanna, l'assistante d'Ismaël, va requinquer sexuellement Marco. Au grand dépit de la jalouse Elsa. Le policier va être accusé d'un meurtre. Ça n'est pas pour déplaire à son collègue Lanson. Si Suicide-Man n'a pas dit son dernier mot, il lui faut d'abord échapper à la police…

Alain Gagnol : Un fantôme dans la tête (Le Passeur Éd., 2014) – Coup de cœur –

Certes, les enquêtes de police ordinaires ne sont pas sans charme. Un flic bedonnant qui fume la pipe, collecte les indices, interroge les témoins puis le suspect, un scénario de bon aloi. Néanmoins, quand le flic est beaucoup plus déjanté, pas loin d'avoir “les fils qui se touchent”, au point de se transformer en personnage de bédé pour éviter de sombrer dans la plus noire dépression, ça devient nettement plus excitant. Quand il s'occupe des crises de somnambulisme de son ex-épouse, s'inquiète de l'obsession pour la pilule de sa fille, se fait casser les oreilles dans des soirées rock pour djeunes, ça le rend plus attirant. Quand il s'invite dans une sorte de secte façon hippie, écoute un Jésus-Christ réincarné, se laisse séduire par une adepte bronzée, c'est peu conventionnel et bien plus piquant.

Marco Suicide-Man ne perd jamais de vue la monstruosité du tueur qu'il pourchasse. Mais lui-même applique des méthodes pouvant laisser perplexes sa hiérarchie et ses collègues. C'est dire qu'il s'embarque (et le lecteur avec lui) dans des aventures mouvementées et pleines de risque. Sans se départir d'un humour mi-jovial, mi grinçant : “J'aime bien quand tu te compares à des hémorroïdes, Lanson, cela prouve qu'il te reste encore des moments de lucidité.” Vêtu d'un vieux tee-shirt défraîchi de Superman censé le protéger, notre héros bouscule avec bonheur les investigations classiques. Sourires et succession de péripéties sont au programme de cet excellent suspense. Bravo à Alain Gagnol pour ce polar, un des plus endiablés de l'année. Coup de cœur.

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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 05:55

Recueil de quatre nouvelles.

"Vend Peugeot 306" : Cette femme a une vie rêvée, entre son mari Yan (hélas trop absent, trop occupé) et leur fils Paul. Vivre en bord de mer, y faire des balades, c'est très plaisant. Songer à leurs vacances sous le soleil d'Espagne, tout autant. Un acheteur potentiel est prêt à acquérir sa voiture, une 306 en bon état. Si son autoradio diffuse du Gainsbourg, c'est plutôt le succès de Zanini “Tu veux ou tu veux pas ?” qu'elle devrait fredonner.

"Le congélateur" : Âgée de trente-neuf ans, Mme Vidal est mère de famille et employée de bureau. Comme pour tout le monde, son entourage est peuplé d'importuns, de gêneurs. Dans sa société, elle aimerait être débarrassée de deux fâcheux, par exemple. À l'école de son fils, la directrice est une enquiquineuse, elle aussi. Son amie Perrine lui apporte une idée qui, semble-t-il, a déjà fait ses preuves : “Il suffit de prendre en photo la personne à l'origine de tes tourments et de mettre la photographie au congélateur : la personne en question sera aussitôt neutralisée.” Mme Vidal va tester ce procédé, genre vaudou façon esquimaux, qui fonctionne très bien. Elle en use et même elle en abuse, au point que son congélateur n'y suffit pas. Il y a tant de malfaisants, de par le monde. Mais elle va bientôt se heurter à une adversaire pas moins tenace qu'elle.

"Jean-Pierre" : Épouse de Mathieu Ravon, Lucie est enceinte d'environ sept mois. Ce sera un garçon. Tout se passerait pour le mieux, si son mari n'émettait une idée contrariante pour la jeune femme. Il tient à prénommer leur fils Jean-Pierre. Certes, la liste des Jean-Pierre célèbres est longue, mais quelque peu datée. Des quinquagénaires, au minimum, peuvent s'appeler ainsi. D'ailleurs, en se renseignant sur l'impact du prénom sur les intéressés, Lucie le vérifie illico : son voisin et son collègue de bureau, ils ont tous des têtes de Jean-Pierre. Un prénom comme Thomas, qui est celui du père de Lucie, ça sonne plus actuel, moins vieillot. Il faudra ruser pour convaincre Mathieu.

"Maman !!!" : Murat est un quadragénaire qui n'a jamais fait grand-chose dans sa vie. Il cohabite avec sa mère, qu'il adore et qui s'occupe de tout dans leur quotidien. Bien sûr, Murat est parfaitement conscient que sa mère vieillit. Même s'il n'a que de vagues idées sur la cryogénisation, puisqu'ils possèdent un bon congélateur, son projet est de congeler sa mère. Pour un incapable comme Murat, ça suppose quand même des complications. Sa mère pourra être hébergée chez une certaine Mme Bazinc. Toutefois, cette solution idéale et si sympathique ne va durer qu'un temps.

Pascale Dietrich : Le congélateur (Éditions In8, 2014)

Sans aller jusqu'à parodier “l'enfer, c'est les autres”, la formule de Jean-Paul Sartre dans sa pièce Huis-Clos, du moins faut-il admettre que “les autres” sont envahissants. Un mari voulant imposer un prénom obsolète au bébé, des casse-pieds à foison autour de soi, un acheteur de voiture dérangeant les pensées de la vendeuse, même se faire cryogéniser ne suffit pas à être tranquille. On a bien raison de penser que, si notre vie est pleine de désagréments alors qu'on la voudrait heureuse et sereine, c'est à cause des autres.

Dans ces quatre histoires, Pascale Dietrich nous propose une galerie de portraits dessinés avec une belle ironie. “Je ne pus articuler un mot de toute la soirée, obnubilée par l'idée que quelqu'un, quelque part, jouait le même jeu que moi. C'était un peu comme si la seule puissance nucléaire du monde découvrait qu'un pays concurrent détenait l'arme atomique” se dit, par exemple, celle qui congèle les gens détestables. Si la nouvelle qui introduit le recueil reste fantasmatique, les suivantes vont s'avérer plus criminelles. Rien de sanguinolent, car le sourire domine. Une tonalité fort séduisante, donc à découvrir.

- "Le congélateur" de Pascale Dietrich est disponible dès le 9 octobre 2014 -

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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 05:55

Pour éviter de virer racaille en Seine-Saint-Denis, le jeune Joe est devenu apprenti-curé, “aspirant en herbe” ne délaissant pas tout-à-fait les pétards. Le père Walter lui confie une mission. Le curé Denisov, aussi marginal que Joe à l'origine, était en poste à Montmirail, dans la Marne. Son décès brutal mérite explication. Il s'agira pour Joe d'aller fouiner dans cette bourgade aux confins du pays champenois, vêtu de sa soutane. Inspirer confiance, c'est plus facile en tenue sacerdotale. Joe contacte une amie du défunt curé, Suzanne Hichorn. Ancienne artiste de cirque réputée, elle mesure à peine un mètre. Elle vit dans l'ancienne gare de Montmirail, qu'elle a héritée de sa sœur journaliste, décédée. Suzanne et Joe s'entendent bien, mais l'aspirant prêtre est sûr de n'être pas le bienvenu ici.

À Paris, Daniel Bensila aurait pu devenir un écrivain et scénariste valable, si l'éditeur et producteur de films Krieber avait été plus fiable. Une nuit, au volant de la MG de Krieber, il renverse une jeune femme dans la rue, avant de s'enfuir. Or, il y avait un témoin, ancien flic qui connaît quelque peu la famille de Maria, la victime. À Montmirail, les Affatigati possèdent une entreprise vendant toutes sortes d'objets religieux. Belle clientèle dans le clergé international, pour les trois fils de Cesare Affatigati et leur sœur Maria, même si leur production n'est pas toujours de bon goût. Paris n'est qu'à quatre-vingt-dix kilomètres de Montmirail : les frères ne tardent pas à y régler leurs comptes, avant de ramener chez eux Maria, désormais handicapée. Ce qui n'arrange pas les affaires de Daniel Bensila.

Joe a pu penser qu'un motard défiguré, pilotant un engin décoré d'une flamme rouge et d'une queue verte, pouvait être son ennemi. En réalité, Kevin Cheramy est le fils d'un gendarme local et il fut un vrai ami du curé Denisov. Dans la cave de la gare de Suzanne, Joe découvre le cadavre d'un homme à l'état de squelette. Sa mère pourra ainsi faire une croix sur l'éventuel retour de ce Fabre. L'architecte François Laurens n'apprécie guère non plus la petite enquête de Joe. Ce dernier commence à en avoir marre de la soutane, bien qu'elle l'ait aidé jusqu'à là. À Paris, toujours surveillé par l'ex-flic, Daniel Bensila cherche un éditeur. Ce qu'on lui propose finalement n'est pas de haute volée. Joe va faire éclater un scandale, lorsqu'il trouve des preuves de la vie secrète de Montmirail…

Hervé Mestron : Marionnettes (Éd.Wartberg, 2014)

Les visiteurs qui chercheraient Godefroy de Montmirail dans cette ville de 3800 âmes seraient déçus. Il y a bien un château et le souvenir d'une bataille napoléonienne, mais ce n'est pas la plus attractive des villes de la région, question tourisme. L'ancienne gare est proche du cimetière, dans un décor très campagnard. À cause de l'exode rural, il semble qu'on se résigne à vivoter ici, comme dans beaucoup de bourgades oubliées. L'ambiance est-elle aussi peu animée que nous le décrit l'auteur ? C'est probable. Ça ne s'excite guère que chez les Italiens qui commercialisent des bondieuseries. Quand un curé vient du 93, il a intérêt à prétendre arriver d'ailleurs en France. La tranquillité règne à Montmirail. Ce ne sont pas deux ou trois décès qui viendront la perturber.

C'est un chassé-croisé de personnages insolites qu'Hervé Mestron met en scène. Des curés hors norme, un écrivain sans le moindre avenir, un motard rockeur et sa protégée quasi-muette, une famille où frères et sœur forment une curieuse fratrie, une artiste de cirque naine, et quelques habitants du cru. C'est sur une tonalité enjouée qu'il raconte une histoire fort bien construite. Nul besoin de crimes trash, ni d'enquête façon experts de la police scientifique, juste des morts vaguement suspectes pour alimenter une intrigue où plane un mystère diffus. Au final, un suspense réussi, laissant une excellente impression aux lecteurs.

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 11:44

Certes, Jean-Jacques Pauvert ne publia pas de littérature policière. Néanmoins, ce fut un éditeur inspiré et courageux. Il fut le premier à oser publier intégralement Sade, et le roman érotique "Histoire d'O": l'éditeur français à la carrière tumultueuse Jean-Jacques Pauvert est mort samedi à 88 ans, victime d'un AVC. Il est décédé dans un hôpital de Toulon (sud-est), a annoncé à l'AFP une de ses filles, Camille Deforges, dont la mère, l'écrivaine et éditrice sulfureuse Régine Deforges, est elle-même décédée en avril dernier. "Mon père était un très grand éditeur, un défenseur des libertés contre toute forme de censure, comme ma mère, ils étaient des êtres libres", a déclaré sa fille.

A 21 ans, pour la première fois dans l'histoire de l'édition, Jean-Jacques Pauvert avait publié intégralement Sade, mettant son nom et son adresse sur les couvertures des livres, ce qui l'entraînera dans un procès de sept ans, début d'une carrière tumultueuse. Il est également connu pour avoir édité en 1954 "Histoire d'O", d'une mystérieuse Pauline Réage. On sait aujourd'hui que ce roman a été écrit par Dominique Aury, qui fut secrétaire générale de la Nouvelle Revue française (NRF). Il avait raconté ses nombreux faits d'armes éditoriaux dans ses mémoires, dont le premier tome "La traversée du livre", fut publié il y a 10 ans. Le second tome en projet n'a pas été publié.

Pauvert a relancé la carrière d'un auteur qu'on ne lisait guère, Boris Vian, a ressuscité également Raymond Roussel, a édité Malraux, Aymé, Gide, Queneau puis André Hardellet ou Albertine Sarrazin. Il fut le dernier éditeur d'André Breton et sortit Georges Bataille de la clandestinité. (source texte AFP)

L'éditeur Jean-Jacques Pauvert est décédé le 27 septembre 2014

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 05:55

Petit hommage à Pierre Nemours, qui fut un des piliers de la collection Spécial-Police du Fleuve Noir d'autrefois, de 1964 à 1983. Beaucoup de ses romans mirent en scène le commissaire Marc Vieljeux, que nous trouverons dans le premier titre. Le second est l'avant-dernier roman publié par Pierre Nemours, décédé en 1982, probablement un de ses plus réussis.

"La mort au tournant" (Fleuve Noir, 1975)

Marc Vieljeux est un ancien commissaire de la Police Judiciaire. Compte tenu de sa grande expérience, il s'est reconverti en enquêteur-conseil. En ce mois de juillet, c'est le début des vacances pour Vieljeux, en villégiature dans sa propriété de Sens. Une charmante jeune femme, Lelia Torelli, vient lui soumettre une affaire. Elle affirme que son amant, Antonin Lépagneul, a été assassiné. Pourtant, l'enquête sur la mort de cet ingénieur mathématicien a conclu à un accident. Ce qui rend Lelia Torelli sûre d'elle, c'est que la précieuse serviette à documents de Lépagneul n'a pas été retrouvée. Les premiers éléments recueillis par Vieljeux indiquent que ça mérite de nouvelles investigations.

Toute l'affaire tourne autour du projet de construction d'un barrage EDF à Castelbazas, une bourgade des Pyrénées. Voilà le dossier qu'étudiait Lépagneul, celui qui se trouvait dans sa serviette. Se rendant sur place, Vieljeux s'aperçoit que l'agent immobilier Paul Carmona est en train d'acheter de nombreux terrains sur le site du futur barrage. Ou, plus exactement, aux abords du site. En ce milieu de la décennie 1970, les scandales touchant l'immobilier sont constants, telle l'affaire Scopa. Des magouilleurs, certes, mais sont-ils prêts à tuer pour arriver à leurs fins ? D'ordinaire, ils tentent de convaincre, de séduire. Quand l'adversaire s'attaque directement à sa cliente, l'ex-policier Vieljeux doit faire preuve d'intuition pour se protéger lui-même. C'est en retournant à Castelbazas, qu'il espère dénouer les mystères de ce dossier…

Pierre Nemours : La mort au tournant (1975) + Delphine ou le crime parfait (1982)

"Delphine ou le crime parfait" (Fleuve Noir, 1982)

Delphine Rochetti habite Saint-Brigue-sur-Loire. Cette demoiselle sexagénaire a toujours vécu dans cette petite ville. Elle est extrêmement pieuse, au point qu'on la qualifie de bigote, de grenouille de bénitier. Chaque après-midi, elle s'occupe de la bibliothèque municipale. Depuis peu, elle se confie à son journal intime… Le jeune Régis Gaillard a été assassiné. Un chaud lapin, le rejeton des garagistes locaux. On soupçonne d'emblée son amie Fabienne Sourgues de l'avoir tué. D'autant que deux indices la désignent comme coupable. Ça rappelle à Delphine le drame de sa propre jeunesse, durant l'été 1939. Son amant René mourut à la guerre, alors que venait de débuter leur histoire d'amour. Delphine ne veut pas que Fabienne endure des situations comparables.

Durant la garde à vue de la jeune fille, Delphine commet un second meurtre dans les mêmes conditions que le premier. Tuer le pharmacien Alcide Rigouret, homosexuel menant une vie secrète, ce n'est pas vraiment un péché selon les critères de Delphine. Les enquêteurs doivent relâcher Fabienne. Ce qu'ils auraient fait de toutes façons, car les indices retenus contre elle n'étaient pas concluants. Delphine essaie de gommer de sa mémoire ce crime “pour rien”. Tout en se tenant informée de l'enquête, grâce à la femme du brigadier-chef de gendarmerie, Mme Bolquert. C'est qu'elle est bavarde, son amie Simone. Alors que Delphine essaie toujours de trouver le meurtrier de Régis Gaillard, l'arrivée du commissaire Horowitz va la contraindre à ruser. La vieille demoiselle imagine que Régis était mêlé à quelque trafic. La police est aussi active que Delphine, qui devra se montrer habile pour ne pas être suspectée...

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27 septembre 2014 6 27 /09 /septembre /2014 05:55

Explorons une fois encore les enquêtes de l'avocat Perry Mason, le personnage créé par Erle Stanley Gardner. Il s'agit de deux romans qui, malgré leurs vraies qualités, n'ont jamais été réédités après leur parution initiale. Le premier titre est traduit par Hélène Claireau, le second par Maurice-Bernard Endrèbe. Des intrigues pleines de mystères, de mensonges et d'hypothèses, comme il se doit...

"La brunette bouclée" (Un Mystère, 1951) 

Quelqu'un a publié une annonce pour engager une jeune femme brune correspondant à des critères extrêmement précis, si possible accompagnée d'une dame de compagnie. En apparence, rien d'illégal. Néanmoins, la brune Eva Martell et Adele Winters consultent l'avocat Perry Mason au sujet de cette curieuse annonce. Le comportement des visiteuses ne paraît pas tellement franc. En fait, Eva Martell “remplace” la nommée Helen Reedley. Cela signifie-t-il que cette jeune femme a été assassinée, comme le croit sa tante Adele Winters ? Pas du tout. Finalement, la victime n'est autre que Robert Hines, l'homme qui les avait engagées. Eva et la tante Adele ne possèdent pas d'alibi très clair pour l'heure supposée du meurtre de Hines. L'arme ayant servi au crime appartient à Adele Winters, ce qui ne plaide pas non plus en sa faveur.

D'autres personnes ne sont pas moins suspectes. Helen Reedley, dont le mari Orville est un homme au caractère dur qui refuse de divorcer. Daphne Gridley, qui est la maîtresse d'Orville Reedley. Ou Arthur Clovis, l'amant d'Helen. Ou encore Carlotta Tipton, la jalouse amie de Robert Hines. Il n'est pas simple pour Perry Mason de protéger Eva Martell, tout en assurant la défense d'Adele Winters. D'autant que cette dernière peut être une fieffée menteuse. Gulling, le substitut du procureur, ne fera pas de cadeau à Perry Mason. Il essaie même de le faire sanctionner par le Grand Jury pour parjure. Toutefois, si Gulling est un magistrat adepte de la rigueur, son imagination lui fait défaut. À l'inverse de l'avocat Perry Mason, qui a coutume de jouer avec la loi, et de dénouer des scénarios criminels tortueux…

Erle Stanley Gardner : La brunette bouclée + La reine-mère

"La reine-mère" (Presses de la Cité, 1967)

Ellen Adair affiche incontestablement une allure royale. Néanmoins, l'avocat Perry Mason devine vite que c'est aussi la plus grande des menteuses. S'il existe des parcelles de vérité dans ce qu'elle raconte, il devra opérer un sacré tri. Vingt ans plus tôt, Ellen Calvert fut élue reine de beauté à Cloverville, et obtint de tourner un bout d'essai à Hollywood. Puis elle choisit de disparaître, sous le nom d'Ellen Adair. Elle prétend qu'elle était enceinte, et qu'Harmon Haslett – fils d'un magnat local – l'aurait laissée tomber. Aujourd'hui encore, elle ne tient pas à ce que le journal de sa ville natale retrouve sa trace. Perry Mason va donc s'arranger pour que l'avocat Lovett, le détective Jarmen Dayton et le factotum de la société Haslett, un certain Garland, ne puissent en savoir davantage sur Ellen. Il va les berner grâce à une assistante de son ami le détective Paul Drake.

Mais à cette occasion, il obtient le témoignage d'une ancienne amie d'Ellen, Maxine Edfield. Celle-ci affirme que jamais Ellen n'a été enceinte. À la supposée mort d'Harmon Haslett, les données du problème changent. Il y a maintenant un gros héritage à la clé. Ellen veut prouver que Wight Baird, son fils, est le légitime descendant du défunt. Le témoignage de l'infirmière Agnes Burlington eût été capital, mais celle-ci vient d'être assassinée. Des indices accusent Ellen – ou son fils – de ce meurtre. À l'heure où le camp adverse a toutes les chances de recueillir le fameux héritage, l'avocat Perry Mason doit déterminer le vrai du faux dans les déclarations de sa cliente. Dès l'audience préliminaire, il doit batailler ferme. D'autant que lui-même pourrait douter de l'innocence d'Ellen...

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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 06:10

Au début de la décennie 1990, Ray Lamar est un quinquagénaire ayant pas mal bourlingué ces dix dernières années. Dans son activité de porte-flingue, il a montré qu'il était un pro. Il effectua de nombreuses missions pour Memo père et fils, des caïds du trafic de drogue. Aujourd'hui, Ray a besoin de raccrocher, de retourner dans sa ville d'origine, Coronado au Nouveau-Mexique. Il l'a quittée il y a dix ans, suite à une affaire dramatique, mais Ray a encore des proches là-bas. Coronado est un de ces endroits qui se sont développés grâce au pétrole. Un essor qui attira des travailleurs, pour lesquels on construisit des maisons désormais désertes. Car les puits de pétrole se sont bientôt épuisés, et Coronado perd de la population au fil des ans. Toujours en vie, Gus, le vieux père de Lamar, en a fait l'amère expérience. Il s'est enrichi avec le pétrole, puis a tout perdu en espérant une embellie.

Après l'armée, Ray travailla un temps avec son père. Il épousa Marianne, ils eurent un fils. À l'époque, c'était Angela Lopez qui gérait à Coronado le trafic de drogue pour un cartel. Le shérif du comté était alors Tomás Herrera, le cousin germain de Ray, fils de son oncle Luis. Un accident de voiture, provoqué selon Ray, causa la mort de sa femme Marianne. À cause de ça, son fils est resté handicapé depuis. Il a été élevé par Gus, depuis que Ray a fui Coronado. Il se produisit une seconde affaire, parallèle à la première. Qu'elle ait été ou pas responsable de l'accident de Marianne, Tom Herrera soupçonna Angela Lopez. Il finit par abattre malencontreusement cette trafiquante. Qui laissa une orpheline, Elena, depuis adoptée par des amis de Tom. S'il échappa à une condamnation, le shérif Herrera perdit son poste. Devenu presque un paria, ces dix dernières années ont été cruelles pour lui.

Ray accepte une ultime mission pour le fils Memo, parce que ça va se passer à Coronado. Il est accompagné de Jimmy Sanchez, vingt-six ans, le neveu de Memo. Intercepter une livraison de douze millions d'héroïne du cartel adverse, pas si difficile pour Ray. Mais il est obligé de buter un des hommes, tandis que le jeune Sanchez laisser filer le second qui n'est que blessé. Le type hospitalisé, Ray devra le supprimer. Edna Kelly est l'actuelle shérif de Coronado. Elle fut l'adjointe de Tom. Edna reste amicale envers lui, même si le maire de la ville déteste toujours son ex-shérif. D'ordinaire, il n'y a pas de crimes aussi spectaculaires ici. Certes, elle sait que le patron de bar Dario Campo a succédé à Angela Lopez, pour diriger les trafics. L'aide de Tom Herrera ne lui serait pas inutile. Les cousins Ray et Tom se retrouveront fatalement. Quant à assainir cette ville, c'est improbable…

Urban Waite : Les charognards (Actes Noirs, 2014)

Après “La terreur de vivre” (2010, disponible dans la collection Babel), voici le deuxième roman noir d'Urban Waite. Une pure noirceur hante effectivement cette histoire. D'abord, par son décor. Coronado est une ville subissant un déclin industriel inexorable, qui aura peut-être disparu vingt ans plus tard. Maisons vides, terrains vagues, boulots rares. Ce qui n'empêche pas une bataille de territoires entre deux gangs du trafic de drogue. Même en temps de crise, ce bizness continue. Et cause des morts. Un scénario autour d'une guerre entre bandes, aussi acharnée soit-elle, n'offrirait pas grand-chose de nouveau. Ce que l'on retient, ce sont les personnages, et les liens entre eux.

Le fataliste Gus, père de Ray. L'oncle Luis, alcoolique invétéré. Tom Herrera, ancien shérif qui paie toujours sa faute. Edna Kelly, essayant de ne pas être trop larguée dans son rôle de policière. Le jeune Sanchez, plus frimeur que tueur à gages compétent. Et surtout, Ray Lamar, qui n'est “plus le même homme” depuis le drame qui l'a éloigné de sa ville. Ce n'est pas seulement un froid professionnel du crime. Son fils, ses proches, malgré ce qu'ils ont tous subi, Ray garde un lien viscéral avec eux. Bien sûr, son retour s'annonce sous le signe du sang, de la cruauté. Dès le début de la mission, le meurtre du vieux Burnham donne le ton.

Urban Waite nous invite chez les durs, les desperados, marqués par un sombre destin : un roman noir authentique, sans pitié.

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25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 05:55

Vigo Vasquez, surnommé Le Noir, “un chef de bande, un bandit sans foi ni loi comme on n'en faisait plus. Un tueur.” Belle réussite, quand fut arrêté ce truand aujourd'hui âgé de cinquante-quatre ans, emprisonné en Alsace. En plus de diriger son gang, Vigo était aussi un pédophile et un tueur en série d'enfants. Après que plusieurs juges d'instruction aient échoué, l'affaire fut rondement menée par l'ancien patron de la P.J., Rollin. Succès qui lui a permis de monter en grade, devenant préfet de police. Le policier Erwan Lauterbach participa à la conclusion de cette enquête. Pour lui, le bilan est nettement plus mitigé. Il est veuf, père d'une fillette de quatre ans qu'il élève avec sa propre mère.

Divorcée du mafieux corse Matéo Rizzo, Nathalie Ruiz fit partie des avocats de Vigo Vasquez. Si ses défenseurs furent souvent efficaces, impossible de le sortir du pétrin cette fois. Meurtres de plusieurs enfants, ça ne pardonne pas. D'autant qu'un témoin capital, le malchanceux Elvio Vitalli fit pencher finalement la balance de la Justice. Sans états d'âme, le juge Tranchant condamna Vigo Vasquez. D'ailleurs, il existait des preuves, et l'ADN du coupable fut retrouvé autour d'un des crimes. Toutefois, on pouvait se demander comment un tel cador du grand banditisme s'était abaissé à tuer une série de gamins. Rollin masqua habilement ce genre d'interrogations, l'essentiel étant d'avoir capturé le fauve.

Cinq enfants viennent d'être séparément kidnappés, avant d'être séquestrés ensemble sur un bateau. Pas n'importe quels mômes, d'où l'obligation faite aux parents de garder secret ces enlèvements. Il s'agit de la fille de Nathalie Ruiz et de Matéo Rizzo, de celle du juge Tranchant, de la fillette du policier Lauterbach, des fils de Rollin et d'Elvio Vitalli. Le responsable des ravisseurs s'est bientôt manifesté : c'est Vigo Vasquez, qui est parvenu à s'évader de prison grâce à des circonstances particulières. Il exige que la vérité soit faite, que les parents avouent leurs fautes, car il confirme n'être pas le tueur. Le préfet Rollin entend mener l'affaire à sa manière, interdisant que les autres parents interviennent.

Parmi les captifs, le fils Vitalli et la fille de l'avocate envisage de s'enfuir. Échec partiel, car ils ignorent dans quel port ils sont. Matéo Rizzo, l'ex de Nathalie Ruiz, reste un homme d'action, et ne compte que sur lui-même pour retrouver leur fille. Erwan Lauterbach suit la même piste que le Corse, dans un bar servant de repaire à des truands. Bien qu'ils n'aient pas les mêmes valeurs, l'objectif de sauver leurs filles les réunit. De son côté, un ancien flic enquête pour le juge Tranchant, suivant la piste de jeunes Gitans. Lauterbach et Rizzo débarquent dans un port de la Mer du Nord, où une certaine Marie-Louise Mariani semble avoir un rôle dans l'organisation de Vigo Vasquez. L'enquête mouvementée du duo va les mener jusque dans un club de vacances en Belgique…

Jacques-Olivier Bosco : Quand les anges tombent (Éd.Jigal, 2014)

Films policiers, romans noirs, d'Auguste Le Breton ou André Héléna à nos jours, sûrement un peu de Michel Audiard, Jacques-Olivier Bosco s'est nourri d'une large “culture polar”. Il en connaît toute la mythologie. Aussi bien ce qui concerne le grand banditisme, les destins fatals des losers, sans oublier les corrompus de tous poils. Il n'ignore pas qu'un roman d'action ne captive les lecteurs que s'il est réellement percutant. Mettre en harmonie un tempo très rythmé et une intrigue de bon niveau n'est pas un exercice si facile. Le scénario se doit d'être vraiment solide, et les personnages absolument convaincants. Cet équilibre, Jacques-Olivier Bosco l'obtient dans les aventures agitées qu'il nous raconte ici.

Bien que soient en cause des meurtres d'enfants puis un quintuple kidnapping, il n'est pas question de tomber dans le pathos. Si le truand et ses acolytes sont des durs, les parents restent également déterminés. Moins froidement que l'adversaire, mais avec volonté. Le cas du manipulateur et cynique préfet Rollin ne nous est pas caché. Ambiance tendue, qui n'empêche pas des pointes d'humour. Un enquêteur parallèle se nomme Burma, non pas Nestor mais René Burma. Outre les clins d'œil à quelques amis, notons des passages tels que celui-ci : “La salle était vide, des patères aux murs (…), des douches à faire peur à Stephen King lui-même, avec leur carrelage de boucherie et la tuyauterie rouillée et tordue.” Ces sourires sont complémentaires d'une histoire sombre mais vivante, possédant tous les ingrédients qui séduiront les amateurs des meilleurs polars.

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Published by Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 05:55

Sheryl Gibson aurait pu rester vivre à Gallup, au Nouveau-Mexique, où son père tenait un garage sur la Route 66. Mais, en cette seconde moitié des années 1960, la Californie est plus attirante que jamais. Car le LSD et toutes sortes de drogues y circulent. Surtout si on entre dans la Famille, le cercle d'adeptes de Charles Manson. Au Spahn Ranch, autour de celui qui se proclame le nouveau Jésus-Christ, c'est sexe et drogues à volonté. Blonde et bronzée, Sheryl en a profité ces derniers mois. Elle s'avoue plutôt sympathisante, que réellement fascinée par les délires de Manson. Néanmoins, Sheryl fait partie du groupe qui pénètre dans une propriété de Cielo Drive, ce samedi 9 août 1969. Au nom de la Famille, ces prédateurs vont commettre un carnage, massacrant l'actrice Sharon Tate et plusieurs autres personnes présentes. Écœurée, Sheryl s'enfuit dès que possible.

La jeune femme se cache autant des flics, qui mènent une enquête active, que des fêlés de la Famille. Le nommé Cacho Sullivan la fait entrer dans sa troupe de strip-teaseuses, se produisant dans les bleds de la côte Ouest. Un bon job pour une jolie fille. C'est ainsi que Sheryl va rencontrer un jeune Noir appelé Meredith Hunter, dit Murdock. Il se garde bien de lui révéler ses véritables activités. Le trafic d'armes volées est aussi florissant que celui de la drogue en Californie. Avec son fournisseur Travis, les mitraillettes Uzi, les Remington et autres flingues ne sont jamais en rupture de stock. Alors que Sheryl vient habiter chez son amant noir, celui-ci est prêt à livrer un arsenal aux Hells Angels d'Oakland. Leur chef Big Walters paye cash les armes récemment dérobés dans un bled des environs, Lindsay.

Les flics ne tardent pas à repérer les flingues des Hells Angels d'Oakland. Le vindicatif Big Walters est furieux, comptant bien faire payer cette embrouille à Meredith Hunter. Avec sa bande, bien que le Black ait déménagé par prudence, ils vont vite retrouver la planque de Meredith et Sheryl… Tandis que Charles Manson et plusieurs adeptes sont en prison, les Rolling Stones viennent de perdre leur guitariste Brian Jones. Malgré tout leur tournée continue, tel un hommage. Les voici en Californie où, à soixante-dix kilomètres de San Francisco, sur le circuit automobile d'Altamont, ils vont attirer trois cent mille spectateurs. Même si les Stones se déchaînent, la violence et la mort rôdent sur l'évènement. Pour Sheryl, c'est une nouvelle étape dans les épreuves qu'elle doit traverser, pas la dernière…

Marc Villard : Sharon Tate ne verra pas Altamont (Cohen & Cohen Éd., 2014)

Marc Villard reste le grand styliste français de la nouvelle et du roman court. Utiliser pour contexte des épisodes entremêlés de l'histoire californienne, c'est déjà une sympathique idée. À la fin du livre, se place d'ailleurs une chronologie des faits. Toutefois, les lecteurs n'attendent pas une simple reconstitution de l'époque, et l'auteur n'est pas de ceux qui tomberaient dans cette facilité. Ce qu'il nous raconte, c'est le parcours d'une jeune femme dans l'univers débridé qu'était la Californie d'alors. Durant cette décennie, le mouvement hippie s'est développé, fort attirant pour toute une jeunesse.

Goûter aux drogues était une manière de se libérer du conformisme. C'est l'expérience que veut vivre la belle Sheryl. Notre héroïne a la malchance de fréquenter le cercle de Charles Manson, la Famille. Concernant ce personnage halluciné et cruel, soulignons que l'aura satanique de Manson n'a guère faibli quarante-cinq ans après son arrestation. Par ailleurs, si les révoltes de 1968 et Woodstock ont marqué l'apogée du Flower Power, du Peace and Love, Marc Villard n'ignore pas ce que symbolise le concert d'Altamont. Dont il décrit admirablement l'ambiance. Par la suite, la “contre-culture” va se marginaliser, et perdre son caractère rebelle. Avec son habileté coutumière, l'auteur nous plonge dans le bain de ces années-là, pour un roman (d'une centaine de pages) de très belle qualité.

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