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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 03:55

Élise Andrioli est célèbre pour avoir vécu des aventures criminelles agitées, racontées par une romancière. Cette année, accompagnée de l'indispensable Yvette Holzinsky, Élise va pouvoir profiter de l'effervescence du Festival de Cannes. Car l'adaptation cinéma de “La mort des bois”, avec Jodie Foster et Vincent Cassel dans les rôles principaux, est projetée à cette occasion. On a invité Élise, qui va loger avec Yvette au Majestic, à faire partie du jury Jeunes Talents. Sur son fauteuil roulant high-tech, doté d'un ordinateur vocal, Élise en oublierait presque qu'elle est tétraplégique, aveugle et muette, capable d'utiliser sa seule main gauche. Non, elle ne risque pas de gommer ses handicaps, mais c'est bien excitant d'évoluer parmi les stars. À commencer par son chouchou, Hugh Laurie, le Dr House.

Dès l'arrivée, les mondanités s'enchaînent. Élise fait la connaissance des autres jurés et de trois ados marseillais surdoués, héros d'un film de Mehdi Boualem. À noter un incident sans gravité qui conduit la maman de la jeune Gwendoline à l'hôpital. Frissons pour Élise, à la montée des marches du Palais, avant un beau succès à la projection de “son” film. La poétesse et jurée Valeria Fortine meurt noyée dans une piscine lors de la fête qui suit. Fort étonnant pour une si bonne nageuse. Personne autour n'a rien remarqué. Le capitaine de police Kevin Isidore, fan du chanteur Sting, champion de boxe thaïe, s'occupe de l'affaire. Élise l'imagine sans mal, et ne tarde pas à le surnommer pour elle-même Fernandel Columbo. Selon la légiste Véra Martineau, la victime a été droguée.

Le lendemain, Élise et Yvette sont bloquées dans les toilettes par un cadavre qui entrave l'accès. Il s'agit d'un vigile du Festival, un certain Derek. La probabilité de deux décès consécutifs dans un même espace était pourtant infime. La mort de ce Derek s'explique mal, car il ne se droguait pas. Cocktails et visionnages de films se poursuivent pour Élise, sous la houlette d'Yvette. Celle-ci est sous le charme de Charles Moroni, un vieux barman cannois de belle prestance. Le troisième jour, se produit un accident : l'attachée de presse Maëva Osmond fait une chute mortelle. En attente de l'accouchement de son épouse, le policier Isidore tâtonne. Le jour d'après, c'est le jeune cinéaste Loïc Safran qui est, à son tour, supprimé. Une fléchette dans la carotide, ça ne pardonne pas.

Si Mehdi Boualem fait un bon suspect, toutes les hypothèses sont ouvertes. Est-il possible qu'Élise ne soit pas visée elle aussi, dans cette série de drames ? Elle y aura droit également. Mais ce sont d'autres victimes qui, les jours suivants, sont encore à déplorer. Nouveau papa, Kevin Isidore est perplexe : “Rien ne tient debout. À croire que quelqu'un s'amuse à bâtir un échafaudage branlant pour que je m'y casse la comprenette. Mais je tirerai le fil jusqu'à l'extérieur du labyrinthe.” Il serait bon que le policier se presse et qu'il garde un œil sur Élise, car l'ambiance va bientôt chauffer au Palais des Festivals…

Brigitte Aubert : La mort au Festival de Cannes (Éd.Seuil, 2015)

C'est une magnifique comédie noire qu'a concoctée ici Brigitte Aubert, offrant de nouvelles aventures à l'héroïne de “La mort des bois” et de “La mort des neiges”, Élise Andrioli. Si elle reste lourdement handicapée depuis un attentat alors qu'elle n'avait que trente-six ans, Élise a un mental d'acier. Et une capacité à nous raconter ce qu'elle entend, ce qu'elle perçoit, ce qu'elle devine. Si elle accepte qu'on lui ouvre le chemin dans les méandres du Palais des Festivals, elle ne tient nullement à susciter la pitié. Surtout pas avec les stars qu'elle vénère autour d'elle. D'ailleurs, dans toutes les péripéties qu'elle traverse, Élise ne cesse d'évaluer une situation qui échappe autant aux policiers qu'aux invités.

On ne peut s'empêcher de citer deux ou trois délicieux extraits : “Nous autres, les Hercule Poirot de banlieue, on a toujours des suspects en réserve. C'est comme ça dans tous les bons polars. L'auteur sort les suspects de son clavier plus vite qu'un magicien les lapins de son chapeau.” Car Élise compte bien écrire elle-même un roman : “L'enquêteur de mon polar sera d'un calme à toute épreuve, en plus d'être beau, costaud, drôle et cultivé. À se demander pourquoi il se retrouve célibataire et alcoolique. Ben oui, tous les détectives sont mal rasés, pochtrons et ténébreux.” Si on la flatte, Élise pense : “Un compliment sur mon physique ! Je m'en ferais presque pipi dessus de joie, comme un chiot – eh oui, on ne dit pas "chiotte" pour les femelles, Dieu merci.” Quant à l'utilisation abusive du téléphone portable, elle en deviendrait nostalgique : “Et pourtant, nous n'étions pas plus angoissés qu'aujourd'hui… On est tous transformés en bébés qui pensent que leur mère a disparu dès qu'ils ne la voient plus. On n'a plus confiance dans le lien, dans la vie.”

Humour, noirceur et suspense, telles sont les qualités des meilleurs polars de Brigitte Aubert. Cette incursion ravageuse au Festival de Cannes démontre une fois de plus qu'elle est une romancière chevronnée et d'un grand talent. Une intrigue mouvementée, que l'on savoure avec un réel plaisir.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 03:55

Originaire du 6e arrondissement de Paris, Georges Dupin est commissaire de police depuis quatre ans à Concarneau, dans le sud du Finistère. S'il lui reste encore bien des choses à découvrir sur les mœurs bretonnes, Dupin connaît déjà l'archipel des Glénan. Dont l'école de voile est universellement réputée. N'étant guère amariné, le policier n'était jamais allé là-bas. On vient de découvrir les cadavres de trois quinquagénaires sur l'île du Loch, qui fait partie des Glénan. En ce mois de mai, avec une marée coefficient 107, la tempête de la nuit passée en mer a pu entraîner un naufrage fatal. Arrivés sur le site, les enquêteurs n'oublient pas de tenir compte des courants, même si on leur rappelle aussi les légendes qui font partie de la tradition locale, avec sa part de surnaturel.

Le commissaire Dupin s'ancre sur l'île Saint-Nicolas, principal lieu de vie de l'archipel, tout en restant en contact téléphonique permanent avec son assistante Nolwenn. Le bar des Quatre-Vents, tenu par la jeune veuve Solenn Nuz et ses filles, devient naturellement son quartier général. Le homard qu'on y déguste est un plaisir pour le gourmet policier. On va identifier dès les premières heures deux des disparus. Champion de nautisme, Lucas Lefort est un des propriétaires de l'école de voile, avec sa sœur Muriel. Tous deux possèdent des maisons sur l'île. L'autre victime est Yannig Konan, un proche de Lefort, homme d'affaires ami du préfet. Bien qu'étant en déplacement, le préfet exige que l'enquête soit prioritaire. Heureusement que le policier Dupin peut joindre par téléphone le médecin légiste.

Un troisième disparu a été signalé, mais cet Arthur Martin ne paraît pas être le dernier quinquagénaire des Glénan. Lefort et Konan, qui ont passé la soirée de la veille au bar des Quatre-Vents, n'étaient pas des néophytes : en cas de tempête nocturne, ils pouvaient s'en sortir. Le légiste apprend au commissaire Dupin que l'on a fait absorber à Lefort et Konan un puissant sédatif. Pour le policier, celui qui les a intoxiqués était forcément un des clients du bar, la veille au soir. Ses collègues Le Ber et Labat interrogent tout le monde. Lui se concentre sur la charmante Muriel Lefort, et son assistante à l'école de voile, Maela Menez. Par ailleurs, un plongeur a repéré un bateau à moteur naufragé. Il appartient à Grégoire Pajot, qui est la troisième victime retrouvée sur l'île du Loch.

Ayant voulu développer des projets touristiques, Lucas Lefort ne manquait pas d'ennemis. Le parcours de Yannig Konan, qui s'est enrichi dans les affaires, pouvait causer quelques jalousies, aussi. Le policier Dupin est rentré pour la nuit sur le continent. Ce qui lui permet d'interroger le lendemain le maire de La Forêt-Fouesnant. Une piste anonyme désigne à la fois la société Medimare et la station de biologie marine de Concarneau. Le directeur de la station ne se montre pas du tout coopératif. Les policiers poursuivent leurs investigations aux Glénan. Où ils devront passer la nuit suivante, car la tempête interrompt les liaisons téléphoniques autant que la possibilité de rentrer…

Jean-Luc Bannalec : Étrange printemps aux Glénan (Ed.Presses de la Cité, 2015)

On avait fait la connaissance du commissaire Georges Dupin dans “Un été à Pont-Aven” (2014). Après la cité des peintres, ce policier qui n'a pas le pied marin met le cap sur les îles des Glénan. Son enquête va durer à peine trois jours. On comprend bien qu'il ne soit pas pressé de quitter ce bel archipel aux allures tropicales, dont La Chambre peut faire penser à un lagon. Entre Solenn Nuz et Muriel Lefort, il est agréablement entouré, au risque d'en oublier sa compagne Claire Chauffin, chirurgienne parisienne. Par rapport à l'état d'esprit des Bretons, fiers de leur territoire et de leurs coutumes, comme sur les questions de protection du littoral ou d'algues vertes, le policier citadin s'acclimate très bien dans la région concarnoise. Sans doute à l'image de l'auteur, habitué des lieux : c'est un écrivain allemand, utilisant un pseudonyme à consonance bretonne.

Il décrit de belle manière les décors des Glénan et l'impression qu'on y ressent. Hommage à Simenon, c'est à L'Amiral, sur le port de Concarneau, que Dupin prend ordinairement ses repas. Évacuons quand même les points qui s'éloignent de la réalité : il n'existe pas de Conseil national breton (un Conseil régional, oui) ; jamais un préfet finistérien ne serait missionné dans les îles anglo-normandes ; et surtout, la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer) ne dispose que de canots tous-temps, pas d'une flottille d'hélicoptères (ce sont des appareils militaires). Ce sont là des détails, ignorés de la plupart des lecteurs, qui ne gâtent absolument pas l'intrigue proprement-dite. Car notre vaillant commissaire dirige sans faillir son enquête, téléphone portable en main, explorant toutes les hypothèses possibles, n'excluant pas les pistes moins probables. Sympathique histoire, dans la bonne tradition du roman policier.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 03:55
Poche et grands formats : inédits ou rééditions, priorité à la qualité

Il semble subsister un fréquent malentendu entre format poche et grand format, ce qui s'applique au polar comme aux autres genres littéraires. Il est probable que, dans l'esprit de la majorité du public, le format poche soit toujours une réédition. Ou alors un livre de qualité moindre, ne méritant pas le grand format. Sans jouer aux nostalgiques, c'est oublier un peu vite qu'à partir de l'après-Guerre, ont été publiées des collections de polars en poche marquantes dans l'histoire de l’Édition. À commencer par la Série Noire, fêtant cette année ses soixante-dix ans. Mais aussi le Fleuve Noir Spécial-Police, les collections Un Mystère, Le Masque ou Crime-Club, et bien d'autres. Tous ces éditeurs ne publiaient (quasiment) que des romans inédits, dont bon nombre de petits chefs d'œuvres. C'est principalement à partir de la décennie 1970, que les polars en grand format furent plus courants. Au tournant des années 1980-90, le format poche déclina sévèrement.

Ces dernières années, le monde de l'édition a privilégié le grand format, quitte à diminuer ou faire l'impasse sur la production des poches. Développant les rééditions Folio Policier, Gallimard et la Série Noire ne publient plus que des grands formats. Le Masque tente encore quelques petits formats, mais semble préférer aussi la visibilité du grand format. Fleuve Éditions ne fait plus de poches. On pourrait continuer longtemps l'énumération. Néanmoins, le format poche inédit est loin d'avoir disparu. Chez Baleine, la collection Le Poulpe l'a montré depuis vingt ans. Le catalogue des éditions 10-18, en Grands Détectives ou en Domaine Noir, présente ponctuellement des inédits. On en trouverait aussi chez J'ai lu, Le Livre de Poche, Points (qui fête ses trente ans cette année), Pocket, etc. Même si pour l'essentiel, ce sont des rééditions, ce ne sont pas les exemples d'inédits paraissant en poche qui manquent.

Depuis une quinzaine d'années, des éditeurs basés en régions ont bien compris l'intérêt du "poche" pour leurs collections de polars inédits. On réduit le coût de fabrication, donc le prix de vente est plus attractif. Un principe appliqué, entre autres, par les collections Polar en Nord (lancée par Gilles Guillon), les éditions du Palémon (créées par Jean Failler), les éditions Alain Bargain, les éditions du Caïman (crées par Jean-Louis Nogaro), certains romans publiés chez Charles Corlet, etc. Initiative de "petits" éditeurs ? Pas exactement, si l'on considère qu'ils sont bien référencés et souvent diffusés hors de leurs régions. Quant à la qualité de ces romans, puisqu'il faut bien aborder cette question, elle réserve très souvent de bonnes surprises. N'ayons pas le snobisme de les mépriser, ce serait absurde.

Poche et grands formats : inédits ou rééditions, priorité à la qualité

Puisque ce "débat" a été lancé par mes amis Bruno, Pierre et Serge, autour d'un roman de Carlos Salem, “Un jambon calibre 45” réédité chez Babel Noir, souvenons-nous de son premier titre. “Aller simple” a été publié (assez confidentiellement, disons-le) chez Moisson Rouge en 2009, par Judith Vernant qui avait découvert cet écrivain. Avant que Carlos Salem n'intègre la collection Actes Noirs, c'est grâce à la réédition poche de “Aller simple” en Babel Noir que s'est élargie nettement la notoriété naissante en France de l'auteur. On vérifie que le format poche est, dans un tel cas de figure, à l'intersection du quasi-inconnu et du presque-inédit. Et nous parlons-là d'un auteur d'une riche originalité.

La qualité, donc ? François Guérif et Jeanne Guyon ont remis les choses en place dans une récente interview chez mes camarades du site Unwalkers : “Pour ce qui est du passage en grand format d’auteurs comme Christian Roux ou Dominique Forma, cela ne signifie pas du tout que leurs nouveaux livres "méritent" le grand format contrairement aux précédents. Il n’y a pas de différence qualitative entre Rivages/noir et Rivages/Thriller. En revanche, le poche, même inédit, étant largement ignoré par la critique (on ne parle pas de vous), il nous est devenu nécessaire de donner deux vies à nos auteurs français chaque fois que possible : en grand format, puis en poche de façon à conserver ce qui nous tient à cœur : que les livres restent financièrement accessibles…”

Peut-être est-ce aux éditeurs eux-mêmes de clarifier les différences. Prenons un exemple avec “Dernière conversation avec Lola Faye” de Thomas H.Cook, publié chez Points en 2014. Il s'agit bien d'une première édition. Sans le bandeau amovible, le fait qu'il s'agisse d'un inédit était peu signalé. De même, chez Rivages/Noir et chez 10-18, ou d'autres éditeurs, on ne remarque pas forcément le mot “Inédit” sur la couverture. On ne veut pas charger les mentions diverses, c'est vrai. Mais ça pourrait figurer en plus gros caractères, et ça deviendrait un argument de vente supplémentaire.

Un mot sur la formule de Jeanne Guyon : “Le poche, même inédit, étant largement ignoré par la critique”. Elle a en grande partie raison, bien entendu. Toutefois, c'est aussi le résultat du marketing des éditeurs (pas seulement chez Rivages, soyons clairs) : Si on assiste à une énorme promotion pour le nouveau James Ellroy, locomotive incontestée, on va moins s'intéresser dans les médias à d'autres auteurs, et c'est le format poche qui en pâtit en premier. Ce serait vrai pour Stephen King, Harlan Coben, Franck Thilliez, etc. bénéficiant d'échos en grand format. Souvent les médias “volent au secours de la victoire” et n'évoque qu'avec parcimonie le reste. C'est leur choix, que l'on respecte, mais ça n'aide guère le format poche, admettons-le.

Poche et grands formats : inédits ou rééditions, priorité à la qualité

Reste la question des rééditions qui semblent hâtives, soulevée par Pierre. Si plus ou moins deux ans entre la parution d'origine et la version poche est assez courant, il n'existe pas de délai "minimal". Sachant que certains auteurs continuent à présenter leurs ouvrages grands formats dans des festivals et salons, c'est au lecteur de choisir parfois entre cette version et celle déjà publiée en poche. Cela dit, même pour des polars de belle qualité, il faut reconnaître que leur première carrière est quelquefois fort courte. S'ils ne sont pas "rattrapés" par un prix littéraire (ce fut le cas de “Monsieur le Commandant” de Romain Slocombe, par exemple), c'est direct en collection poche. Soyons autant que possible objectifs : cela tient aussi à la pléthore de polars publiés, tous ne peuvent d'emblée rencontrer un large public. La réédition est une seconde chance.

Inédits ou rééditions, les formats "poche" ont quelques atouts. Comme le rappelait l'ami Bruno : “On sait que certains lecteurs n'ont pas les moyens de s'offrir des livres à 23 ou 25 €, et l'édition poche c'est quand même pour accéder à ces œuvres. Enfin, pour avoir discuter parfois avec des libraires, l'actualité d'un grand format c'est en moyenne trois mois, cinq dans le meilleur des cas, après il est relégué dans les rayonnages et oublié.” Deux ou trois livres pour le prix d'une nouveauté, pas négligeable. Serge B. complète en soulignant : “Il est un autre attrait que financier pour le format poche : le gain de place sur les étagères (chez tout lecteur passionné sommeille souvent un collectionneur compulsif…)” Quant aux grands noms du polar et du roman noir jamais (ou mal) réédités, c'est extrêmement regrettable.

Merci à Serge, Bruno (Passion-Polar) et Pierre (BlackNovel1), de m'avoir offert l'occasion d'aborder un sujet qui serait encore plus vaste à traiter, sans nul doute. L'essentiel, c'est bien sûr de lire… des polars.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 03:55

Un quartier familial et tranquille dans une banlieue d'Île-de-France, où l'on trouve la rue Edmond-Petit, bordée de maisons jumelles. Au n°26, habitent Sylvain et Tiphaine Geniot, avec leur fils adoptif Milo. Le mari est architecte, l'épouse est horticultrice. Voilà quelques années, ils ont perdu leur enfant de six ans, Maxime. Aujourd'hui âgé de quinze ans, Milo était le fils de leurs voisins décédés. Ayant obtenu la tutelle, Tiphaine et Sylvain élèvent ce jeune garçon depuis huit ans. Milo se montre quelque peu rebelle, comme tous les ados. Tiphaine reste marqué par l'épisode dramatique qu'ils ont traversé. Au n°28, une nouvelle famille vient de s'installer, après le décès de la vieille dame qui y habitait.

D'origine marocaine, Nora Amrani est une jolie femme de quarante-quatre ans. Après une crise de couple apparaissant sans solution, Nora a fini par rompre avec son mari, Alexis Renard. Ce dernier est avocat, passionné par son métier. Ils ont deux enfants. L'aînée, Inès, a treize ans. Elle a hérité du charme de sa mère. Ce que ne tardera pas à remarquer son nouveau voisin, Milo. L'ado est assez maladroit avec elle, alors qu'Inès ne cache pas être attirée, elle aussi. Son petit frère de huit ans se prénomme Nassim. Nora a réussi à se faire embaucher comme assistante-maternelle à l'école des Colibris. Un travail aussi passionnant qu'exigeant, y compris sur la question des horaires.

De Nassim à Maxime, des prénoms ayant la même consonance. Pour Tiphaine, c'est très perturbant, au point qu'elle sent dans un premier temps un rejet envers le petit Nassim : “Tiphaine, quant à elle, réalisa avec angoisse qu'elle allait tout simplement être incapable de supporter la présence de cet enfant.” Néanmoins, elle sympathise bientôt avec Nora. La voisine ne pouvant compter sur son amie Mathilde pour garder son fils quand elle rentre plus tard de l'école, Tiphaine accepte de s'en charger. À plusieurs reprises, c'est chez Nora qu'elle assure la garde du gamin. Gagnant une relative complicité avec Nassim, Tiphaine ressent un certain apaisement par rapport au drame auquel elle fut confrontée.

Alexis Renard se souvient d'une précédente affaire impliquant les défunts habitants de ces maisons mitoyennes. Il a toujours cru en l'innocence de David Brunelle, son client. Le fait que Sylvain Geniot semble jouer au séducteur avec Nora incite l'avocat à se renseigner davantage. Au bureau d'état-civil, il parvient à glaner des infos qui lui confirment que tout ça n'est pas clair. Car le fils adoptif des Geniot est, donc, celui de son ex-client Brunelle et de sa femme Laetitia, tous deux morts. En persévérant, Alexis Renard risque de se mettre en danger. Ce n'est pas le tandem de flics ressemblant à Laurel et Hardy qui sauront éclaircir les choses, le concernant. Assez rapidement, la situation va s'envenimer entre Nora et la possessive Tiphaine. Jusqu'au jour où la police est appelée à intervenir…

Barbara Abel : Après la fin (Pocket, 2015)

On retrouve ici le contexte tourmenté de “Derrière la haine”. Il ne s'agit pas strictement d'une suite, puisque cette seconde histoire peut se lire sans connaître la première. L'auteure est habile à suggérer quelques points de repère suffisants, relatifs au titre précédent. Le talent de Barbara Abel consiste à nous présenter, dans leur quotidien, des personnages conformes à la réalité. Rien de spectaculaire ni de criminel ne devrait se produire. Sans doute, des maladresses relationnelles et des petits incidents de voisinage ne sont pas à exclure. Bien sûr, le traumatisme de Tiphaine n'a pas été effacé avec les années. Toute à sa nouvelle vie, Nora ne perçoit pas forcément les problèmes à venir.

L'attirance entre les deux ados devrait même être facteur de bons rapports entre les deux familles. Pourtant, la tension est perceptible, pour nous qui (comme la mère Bourgeon) sommes témoins des faits. Et des pensées de Tiphaine, en particulier. Maîtrisant de A à Z cette intrigue en apparence limpide mais bien plus perverse, Barbara Abel réussit à nous fasciner. Peut-être parce qu'elle nous donne l'impression que ça se passe tout à côté, chez nos propres voisins.

Un excellent suspense.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 03:55

Âgé de vingt-six ans, Patrick Cusimano vit à Ratchetsburgh, dans la banlieue de Pittsburgh (Pennsylvanie). Célibataire, il est employé de nuit dans une station-service. Il est amateur de films d'horreur et de hard rock métal. Il habite avec son frère Mike et sa petite amie Carolyn dans la maison de leur père. John Cusimano est en prison après avoir, en état d'ébriété avancé, heurté et tué un enfant dans un accident de voiture. La population ne cache pas son hostilité envers ses fils Patrick et Mike, qui ont tardivement alerté la police. Sur Internet, on réclame la vengeance aussi à leur encontre. Troublé après un choc avec un cerf, Patrick ne veut plus conduire. Laisser sa voiture garée devant chez les voisins ne va guère leur plaire. Par ailleurs, au hasard d'une absence de Mike, Caro couche avec Patrick. Pour ce dernier, si proche de son frère, difficile d'effacer cette trahison.

Jeff Elshere est pasteur d'une communauté catholique radicale. Son épouse et lui ont deux filles. L'aînée, Layla, est une lycéenne âgée de dix-sept ans. Elle doit son prénom à une chanson célèbre d'Eric Clapton, avant que ses parents n'adhèrent à la religion. Son look gothique, Layla l'a choisi depuis l'an dernier, après un problème au lycée, polémique dans laquelle son père joua un certain rôle. Depuis, elle joue les rebelles avec une bande d'amis provocateurs. Entrant au lycée, sa jeune sœur Verna subit les conséquences de la pagaille semée par Layla. L'anonymat, elle ne doit pas y compter. Un groupe d'élèves imbéciles la surnomme Vénérienne, en raison de son prénom curieux. Il n'y a que le jeune Jared qui lui montre un peu de sympathie en cours de dessin. Au fond, Verna admet que Layla n'a pas tort de la traiter de "zombie obéissante", conforme à l'attente de leurs parents.

Tandis que Verna suit Layla et sa bande d'amis marginaux, allant jusqu'à se teindre les cheveux à l'exemple de sa sœur, la gothique Layla a fait irruption dans la vie de Patrick. Elle vient l'asticoter à la station-service, le relance ensuite pour qu'ils sortent ensemble. Le jeune homme sait que neuf années de différence, Layla étant mineure, ça risque de poser un sévère problème. Caro commence à vraiment s'inquiéter des menaces contre les frères Cusimano. La maison est toujours au nom de leur père : certains vengeurs pourraient bien faire pression pour qu'elle soit vendue. Se marier avec Mike, mener leur vie ailleurs, Caro ne sait si ce serait mieux. Pour l'heure, afin d'éviter un problème de voisinage, il faut vider le garage des affaires du père pour y ranger la voiture de Patrick.

Au lycée, Verna se forge une carapace pour résister : “Elle s'en fichait. Elle était coriace. Elle était du titane.” Après les saloperies des forums Internet, les graffitis sur son casier, et un "cadeau" de très mauvais goût, Verna est agressée et humiliée par le groupe de lycéen(ne)s hostile, qui filme la scène. La direction du lycée ne l'aidant pas, Verna rejoint sans complexe Justinien et les amis rebelles de Layla. La gothique et Patrick sont devenus de plus en plus intimes, même si le jeune homme ne sent pas de sentiment pour elle. Car il y a aussi Caro. Sans oublier tout le reste de leurs ennuis présents et à venir. Règlements de comptes et dérapages funestes sont à craindre…

Kelly Braffet : Sauve-toi ! (Rouergue Noir, 2015) – Coup de cœur –

Quelle place peuvent espérer les jeunes des classes moyennes modestes dans l'Amérique actuelle ? Le monde est-il si exemplaire, qu'il suffise de suivre un chemin tracé ? Est-il normal qu'on les confine dans des jobs sans intérêt, qu'on instrumentalise leurs esprits au nom d'une religion ou des codes traditionnels ? Pourquoi accable-t-on des fils pour la faute d'un père, pourquoi laisse-t-on l'impunité à des cadors de lycée persécutant les plus faibles ? Pourtant, ces jeunes gens sont simplement issus du quotidien et ne réclament que la paix, une vie tranquille. Qu'on leur accorde plus de confiance ou de liberté, face aux valeurs strictes en vigueur, est-ce si grave ? S'ils se marginalisent après avoir été montrés du doigt, n'est-ce pas la société qui risque d'en faire des monstres ?

Ces questions-là, Kelly Braffet ne les formule pas ouvertement. Néanmoins, c'est bien ce qu'elle illustre à travers cette histoire. Le regard qu'elle porte sur un aspect des États-Unis incite à la réflexion, non pas à juger les personnages. Leurs douleurs intimes, elle nous les transmet avec une belle empathie. C'est l'oppression "des autres" qui les perturbe, qui complique leur vie ordinaire. La force de se défendre, Layla l'a peut-être trouvée. Sa jeune sœur tente d'y parvenir. Patrick s'est replié sur lui-même, avec une part d'indifférence. Caro et Mike croient encore au futur. Une intrigue aussi sombre que fascinante de réalisme et de crédibilité, une sorte de témoignage sociologique, voilà ce que Kelly Braffet nous présente dans cet excellent roman noir humaniste.

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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 04:30
© photos Claude Le Nocher – Penmarch 2014

© photos Claude Le Nocher – Penmarch 2014

Le festival du Goéland Masqué est annoncé à Penmarch (salle Cap Caval) du 21 au 25 mai 2015. Les lecteurs pourront y rencontrer entre autres Sam Millar, Giancarlo de Cataldo, Graham Hurley, Martyn Waites, William McIlvanney, Joseph Incardona, Nadine Monfils, Marc Villard, Hervé Sard, Patrick Raynal, Stéphane Heurteau, Elsa Marpeau, Sophie Loubière, Anne Martinetti, Hugo Buan, Jean Failler, et bien d'autres auteurs.

Présidé par Jean-Bernard Pouy (qui succède à Jean-François Coatmeur), le jury du Goéland Masqué (Penmarc’h, Finistère) a attribué son Prix Littéraire 2015 à Nicolas Mathieu pour son roman noir “Aux animaux la guerre”, Ed. Actes Sud, mars 2014. Récemment récompensé par le Prix Mystère de la critique, l'auteur sera présent pour l'occasion.

Pour la bédé, le Prix Mor Vran 2015 du Goéland Masque est décerné à Briac et Arnaud Le Gouëfflec pour leur album "La nuit Mac Orlan" publié chez Sixto (2014).

Les Prix du Goéland Masqué 2015 à Penmarch

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 03:55

Nicolás Sotanovsky est un Argentin approchant des trente ans, aspirant à devenir écrivain. Il vivote à Madrid depuis six mois, largué, désœuvré. Il a réussi à se loger chez une rousse nommée Noelia, actuellement absente, qu'il ne connaît pas. Quand débarque un costaud que Nicolás surnomme illico “Jambon calibre 45”, ce mastard exige qu'il lui indique où se trouve Noelia. S'il l'ignore, Nicolás n'a qu'à la trouver. L'Argentin hésite entre filer au plus tôt ou jouer au détective de roman façon Chandler. Intervient alors Nina, la meilleure amie de la disparue. “Je vais essayer de t'aider. Mais je ne te promets rien. Avec Noelia, tout est possible : elle peut retourner à la vie sauvage dans un hameau d'Andalousie ou s'envoyer des Arabes dans un hôtel cinq étoiles de Casablanca” déclare la sensuelle Nina.

Le couple est pris en filature par “Jambon calibre 45”, qui se nomme en fait Serrano et ne se cache pas. Dans l'appartement de Noelia, Nicolás cherche quelques éléments sur elle. Un DVD où elle apparaît nue prouve toute la grâce de cette jeune femme. Nina confirme, à travers ses souvenirs d'étudiante, que son amie a toujours attiré les hommes en affichant sa fragilité. Nicolás se rend dans le quartier de Lavapiés, où l'on trouve des Argentins en exil. Un de ses compatriotes montre une amertume et une fierté qui agacent Nicolás. C'est sa copine Lidia, avec laquelle il en resta à des amours platoniques, qu'il est venu voir. Par son contact dans la police, l'inspecteur Manolo Sáinz, elle peut obtenir des renseignements utiles sur Serrano et son patron Menéndez, qui se fait appeler La Momie.

Après avoir collé une sévère raclée à Nicolás, les deux truands lui accordent un peu plus de temps pour retrouver Noelia et le paquet. Faire une tournée dans les bars du quartier Malasaña n'aide guère Nicolás, si ce n'est qu'il y rencontre un chat qui dialogue avec lui. Il est de nouveau pisté, mais par un pitoyable détective privé, Felipe Mar López. Qu'il ne tarde pas à baptiser Philip, référence à Chandler oblige. Il a eu pour cliente Noelia, qui ne l'a pas payé. Il est lucide : “Je sais perdre, Sotanovsky. J'en ai l'habitude. Si c'était une discipline olympique, j'aurais toutes les médailles...” Ils sont faits pour s'entendre. De son côté, Lidia a glané des infos sur Nina et surtout sur La Momie, récemment sorti de prison après un coup fumeux et sans rentabilité visant la banque Financur.

Quand Nicolás arrive à son rendez-vous chez Felipe Mar López, le détective a été occis. Il tenait un journal intime confirmant ce qu'il avait dit. Le dimanche, au Marché aux puces, Nina et Nicolás rencontrent Violeta, une vendeuse de fringues qui croit avoir aperçu Noelia il y a peu de temps. Il est possible que, dans sa robe rouge, la belle rousse rôde en effet autour de Nicolás. Dès le lundi, il adopte l'allure Bogart version “privé”, émettant des hypothèses sur le lien entre Noelia, La Momie et la Financur. Jusqu'au vendredi suivant, ultime délai, il va au bout de ses investigations, non sans déception, ni victimes…

Carlos Salem : Un jambon calibre 45 (Babel Noir, 2015)

Lire un roman de Carlos Salem, c'est comme embarquer pour une croisière nocturne en pleine tempête sur un navire en mauvais état : si on fait confiance au capitaine pour que la traversée se passe aussi bien que possible, on ignore en permanence quelles surprises ce voyage nous réserve. Selon sa fantaisie, et même en gardant le cap, le commandant Salem suscite, par sa façon de piloter le bateau, un frisson d'excitation mêlé de crainte. Afin que l'on oublie tout le reste, il nous présente des personnages singuliers, bigarrés, improbables. Il nous fait beaucoup rire, aussi, à travers les déboires de son Nicolás, qui lui ressemble quelque peu. On espère qu'il a réellement croisé cette Nina nymphomane.

La narration est enjouée, entraînante. Avec des portraits précis, en peu de mots, tel celui de La Momie : “Un drôle d'oiseau, vols à main armée, spécialiste des coffres-fort, un type maigre et blafard, soupçonné de plusieurs crimes dont un seul a été prouvé il y a des années...” Bien sûr, le nom du costaud est une allusion au jambon, et Philip Marlowe n'est jamais loin, lui non plus. Qu'on ne s'y trompe pas, Carlos Salem est avant tout un auteur qui cultive avec talent son style personnel, une excentricité créative particulièrement séduisante. Chacun de ses romans est un bonheur de lecture.

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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 03:50
Cascade de polars supérieurs en format poche - 2015

Parmi les nouveautés de ces premiers mois de 2015 en format poche, présentons plusieurs titres qui se distinguent par leur qualité supérieure. Plutôt que d'en faire une compilation, voici les liens qui (en cliquant sur chacun) vous permettront de retrouver mes chroniques concernant ces titres.

Commençons par Le Livre de Poche, avec l'auteur canadien Matt Lennox, dont le roman "Rédemption" est puissant.

Adrian McKinty est natif de Belfast, en Irlande du Nord (Ulster). C'est dans ce décor qu'il place ses romans noirs, tel "Dans la rue j'entends les sirènes", disponible chez Le Livre de Poche.

On ne présente plus Didier Daeninckx. Les faits historiques sont souvent à l'origine de ses romans noirs. C'est un épisode méconnu de l'histoire de la Corse qu'il illustre dans son "Tête de Maure", disponible chez Folio Policier.

Chez Folio, ce sont généralement les romans de Science-Fiction signés Jack Vance qui sont à l'honneur. Pourtant, cet écrivain fut également récompensé pour "Méchant garçon", un des plus étonnants polars qu'on ait écrit. Un titre disponible en Folio Policier.

Pour conclure cette sélection, l'auteur gabonais Janis Otsiemi est à l'honneur en format poche chez Pocket. L'an dernier, fut réédité "Le chasseur de lucioles", toujours disponible. Avec "La bouche qui mange ne parle pas", c'est son deuxième titre repris au catalogue de cet éditeur. Une bonne manière de (re-)découvrir un véritable écrivain africain qui use merveillement du langage, sans négliger ses intrigues. Direction Libreville, sa population et ses sombres affaires criminelles.

Cliquez sur les liens pour retrouver chacune de ces chroniques.

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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 03:55

Une autoroute longue de quelques dizaines de kilomètres, dans le Sud-Ouest de la France. Un axe routier avec son bitume, son béton, ses ponts appelés “ouvrages d'art”, ses aires de repos et ses aires de service, ses restaurants, ses parkings. Ce ne sont pas seulement des milliers de véhicules qui transitent par l'autoroute, ce sont des quantités de personnes qui passent ou qui y sont employées. Malgré tout, un ressenti d'anonymat, où des drames se produisent quelquefois, en plus des accidents de la circulation. Des gens disparaissent, des jeunes filles. Comme Catherine Mangin, en septembre dernier. Comme Lucie Castan, en janvier. Comme aujourd'hui, en ce week-end du 15 août, la petite Marie Mercier, âgée de douze ans, qui s'était éloignée de ses parents ayant une discussion d'adultes.

Pierre Castan, la cinquantaine, a été médecin légiste pendant dix-sept ans. Si la mort de sa fille est probable, ça ne lui fait pas peur. Voilà plusieurs mois qu'il erre, d'aire en aire, allant et venant sur ce ruban bitumé, à la recherche d'un indice, du prédateur. Pendant ce temps, son épouse Ingrid se morfond chez elle, confinée dans la solitude, mélangeant une flopée de sentiments. Pierre observe ceux qui passent, ceux qui restent. Une pute trans telle que Lola, car le sexe a toute sa place autour de l'autoroute. Une femme étrange, Tía Sonora, plus ou moins devineresse. Des tas de couples tous différents, bien sûr, dont un voyageant en side-car. Les gens qu'il remarque le moins, c'est le personnel de restaurants, évidemment. Il croit davantage en son instinct que dans un soutien psychologique.

Alerte-enlèvement pour Marie Mercier. C'est la capitaine de gendarmerie Julie Martinez qui est chargée de l'enquête. Avec son collègue Thierry Gaspard. Les parents, Sylvie et Marc Mercier, ils sont déboussolés, ils culpabilisent à mort. Déjà que leur couple battait de l'aile. Le duo de gendarmes n'obtient que peu de collaboration de Gérard Lucino, le directeur des restaurants de l'autoroute. Il a d'autres chats à fouetter, un peu de coulage dans le stock, et surtout un chiffre d'affaire en berne. Il y a un moment où Lucino risque de réaliser qu'il n'est qu'un rouage, pas à la hauteur, qui ferait aussi bien de foutre le camp. Les vidéos de surveillance, ça n'aidera pas vraiment les deux gendarmes. Il s'aperçoivent qu'il y a des caméras factices, et des angles morts permettant au ravisseur de sévir impunément.

Pascal Folier, trente-et-un ans, quasi-sourd mais lisant sur les lèvres, cuisinier et employé modèle des restaurants de Lucino. Il habite dans son combi Volkswagen aménagé, propret et mobile s'il doit changer d'aire de service pour son poste. À l'opposé de tant d'autre sur cette autoroute, Pascal n'est pas un sexuel. Parfois, ça devient confus dans sa tête, que l'on a réparée aussi bien que possible. Tandis que le journaliste Chacal bénit ce fait divers, la gendarme Julie Martinez fatigue de ne pas venir à bout de l'enquête. Quelqu'un qui connaît les leurres des caméras, c'est qu'il travaille ici, mais qui ? Pierre poursuit sa traque d'indices, sous la chaleur, et malgré une grève créant des embouteillages…

Joseph Incardona : Derrière les panneaux il y a des hommes (Éd.Finitude, 2015)

Dans son roman “Autoroute” (1977, Rivages/Noir n°165), Michel Lebrun nous montra déjà quel enfer pouvait devenir ces grands axes routiers. À sa manière, dans un style qui peut rappeler son titre “Trash Circus” (2012, Éd.Parigramme), Joseph Incardona nous invite à revisiter le sujet. Autour de ce qui, dans la fiction comme dans la vraie vie, attire un mélange de sentiments, l'enlèvement d'enfants. Avec sa dose de curiosité : “Pierre se faufile jusqu'au bar. Derrière lui, d'autres gens affluent. Les curieux. Ceux qui passent par là et ont su par la radio que c'est à l'aire des Lilas que se trouve le "spot". Au cœur de l'événement. Le centre du monde. Surfer sur le pli de la vague. L'attrait du morbide. Peut-être quelques bonnes âmes parmi eux. Des sincères, des généreux, des Mère Térésa. Ou alors ni l'un, ni l'autre. Une exception. Un exalté…”

Un polar métaphysique, dans le sens où il interroge sur les comportements humains, sur les réactions en lien ou sans rapport avec un drame ? Sans doute, oui. Si la tonalité du récit apparaît saccadée, c'est en partie pour extérioriser ce que chacun des protagonistes garde en soi-même. Ce qui se transformerait en hurlements, dans certains cas, si nous n'étions pas civilisés. Telle semble être l'ambition de l'auteur, montrer une noirceur intime. Nous connaissons le criminel, mais saurons-nous discerner son état d'esprit ? En suivant Pierre dans ses investigations, ou la gendarme Julie Martinez, plus quelques autres personnages, comprendrons-nous les tourments qui les agitent ? Tout cela dans un décor contradictoire, vivant et artificiel. Loin du simple cas de kidnapping, une intrigue singulière par sa narration, son écriture.

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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 04:20

La blogosphère est-elle juste virtuelle, se bornant à des échanges via Internet ? En ce qui concerne le petit univers du polar, il arrive que l'on se croise lors de festivals spécifiques. Ambiances sympathiques, avec une certaine excitation. Plus rares sont les rencontres en privé entre blogueurs. Il s'agit là d'occasions à ne pas louper. Nul n'ignore que le site des Unwalkers est un de mes favoris. Quand l'ami Holden, dit le Boss, est en vacances dans un petit coin de Bretagne chez un des chroniqueurs de ce site, Wollanup, une évidence s'impose : il faut que nous passions un peu de temps ensemble.

Holden, le Boss du site Unwalkers

Holden, le Boss du site Unwalkers

Rendez-vous est pris ce mardi 14 avril 2015.

On peut affirmer que ce fut une demie-journée passionnante autant que passionnée. Que ce soit dans la courette chez Wollanup, où il était prudent de s'abriter d'un ardent soleil printanier, ou au restaurant (merci Holden pour ton invitation), nous avons débattu tous les quatre, avec la compagne de Wollanup, elle aussi fervente lectrice (de Westlake, de Thomas H.Cook, et de bien d'autres).

Wollanup et sa compagne

Wollanup et sa compagne

Nous n'avons pas à 100 % les mêmes admirations, c'est logique, et c'est ce qui alimente notre conversation. Nous parlons aussi des États-Unis, que Wollanup aime énormément. Un peu de nos vies, un peu de nos sites Internet, un peu de l’Édition, beaucoup de nos z'amis les z'auteurs.

Wollanup aime l'Amérique, même son mug le prouve

Wollanup aime l'Amérique, même son mug le prouve

Bien sûr, nos sites vivent grâce à nos chroniques, à nos infos. Mais quoi de plus chaleureux que ces rencontres entre soi, entre amis. Internet, ce n'est pas que du virtuel, et c'est là que ça devient encore plus intéressant.

Holden sait aussi se montrer attentif, contrairement à sa légende.

Holden sait aussi se montrer attentif, contrairement à sa légende.

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