24 octobre 2014 5 24 /10 /octobre /2014 05:55
James Cain : Retour de flamme / La fille dans la tempête

Ce recueil de dix-sept nouvelles de James Cain (1892-1977) a été publié en France sous deux titres : “Retour de flamme” aux éditions Minerve en 1986, et “La fille dans la tempête” chez Bernard Pascuito Éd.en 2006. On retient de l'œuvre de James M.Cain ses grands romans (Le facteur sonne toujours deux fois, Assurance sur la mort, Mildred Pierce). Toutefois, son talent n'est pas moindre lorsqu'il écrit des textes courts, qualifiés ici de “Dialogues”, et des nouvelles. Peu importe que ces histoires soient ou pas strictement criminelles. Car c'est l'ambiance, si sombre en ces années de dépression économique frappant les États-Unis, qui offre une force à ces textes. Une tonalité entre fatalisme et ironie, en témoigne l'intro de sa première nouvelle “Pastorale” (parue en 1928), contant le destin de Burbie et Hutch : “Burbie va être pendu à ce qui paraît. Eh ben, il l'aura bien cherché, lui qui se croyait si malin !”

Retour sur les deux textes donnant leurs titres aux éditions françaises de ce même recueil.

Retour de flamme” 

(publié en décembre 1936 dans le magazine Liberty)

Depuis deux ans, Paul Larkin a “quitté sa famille pour mener la triste vie de vagabond : trains de marchandises, mendicité, asiles de nuit.” En Californie, il a été engagé dans un camp de travail, touchant un modeste salaire. Un dangereux incendie menaçant les lieux, les ouvriers ont réussi à limiter les dégâts. Le nommé Ike Pendleton a failli être intoxiqué mortellement par les fumées, heureusement que Paul est intervenu à temps. Ce dimanche est un jour où l'on accueille les familles sur le camp. Il y a même un marchand de glaces. Et quelques journalistes en quête de témoignages sur le sinistre. Certaines personnes sont attirées autant par les effets de l'incendie, maîtrisé, que par une visite à leurs proches. C'est le cas d'une jeune femme en robe bleue. Paul se laisse bientôt séduire par cette fille qui ne paraît guère farouche. Mais elle va devoir rejoindre sa famille venue là pour l'après-midi. C'est alors qu'une querelle éclate en public entre Ike Pendleton et la jeune femme. Paul Larkin doit s'interposer, rien ne paraissant calmer la fureur de son collègue Ike…

La fille dans la tempête

(publié en janvier 1940 dans le magazine Liberty)

Originaire de Pennsylvanie, Jack Schwab est un vagabond qui arrive à Hidalgo, petite ville de Californie, après qu'un véritable déluge s'y soit abattu. Tout étant inondé dans le coin, on a évacué la totalité des habitants. Échappant à toute cette eau, Jack essaie de trouver un refuge au sec dans la ville déserte. S'installant dans une maison en construction, il va tenter de se réchauffer en faisant du feu. Une automobiliste vient à son tour s'égarer dans ce décor sans vie. Elle se nomme Flora Hilton. “Ce n'était pas vraiment une jolie fille. Elle était petite avec des cheveux châtains et des tâches de rousseur sur le nez. Mais elle avait un sourire sympathique et au moins, elle ne se lamentait pas sur son sort.” Puisqu'elle a des allumettes sèches, ils font un bon feu. Comme tous deux ont faim, ils dévalisent un commerce voisin délaissé pour l'occasion. Si personne ne vient les sauver à Hidalgo, au moins passent-ils ensemble une agréable soirée, savourant vaille que vaille les mets qu'ils ont dérobés. Un bonheur éphémère pour Jack Schwab, malgré tout…

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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 05:55

Restaurateur de meubles anciens, Willibald Adrian Metzger est un peu expansif de nature. Néanmoins, sa relation amoureuse avec Danjela Djurkovic progresse peu à peu. Croate de naissance et fan de football, la gardienne de l'ancien lycée de Metzger réussit même à le traîner à un match des Kicker Saurias Regis, équipe pro au budget conséquent. “Metzger, que son apparence physique suffit déjà à estampiller objecteur de conscience sportive est assis tout perdu” dans cet univers d'excités. Une ambiance survoltée, où cris et chants racistes visent le gardien de but remplaçant, Kwabena Owuso. Celui-ci reste stoïque, et se montre même un goal brillant, sûr d'avoir mérité sa place. À l'entame de la seconde mi-temps, il tombe bientôt raide mort sur le terrain.

Tandis que son ami le policier Eduard Pospischill s'occupe de ce décès suspect, Metzger se soigne de façon approximative suite au refroidissement qu'il a chopé lors du match. Il s'informe tant soit peu sur ce club de football composé de joueurs mercenaires. Malgré la pompe à finance de la société de BTP Regis, les résultats restent à confirmer. En interne, le climat n'est pas serein. Pospischill annonce une mauvaise nouvelle à Metzger : Danjela a été sévèrement agressée, elle est hospitalisée, dans le coma. Son ami Petar Wollnar sert heureusement de chauffeur à Metzger pour rallier le service de traumatologie. “Une rage monumentale” anime désormais le petit ami de la victime. Mais pour commencer, il doit se charger d'Edgar, le chien de Danjela, lui qui n'a pas d'affinités avec les animaux.

Metzger interroge Zusanne Vymetal, la désagréable et hostile meilleure amie de Danjela. Bien informée, elle sait qu'entre joueurs, “on s'étripait, dans l'équipe comme à l'extérieur”. Le goal titulaire Kreuzberger et Kwabena Owuso échangeaient des coups bas. Après une visite clandestine au vestiaire du club, Metzger se rend à l'Alte Mülhe. Il est préférable que son ami Pospischill l'accompagne dans ce repaire de supporters, cet antre où les fachos racistes sont rois. Le policier peut bien arrêter un des violents clients, le patron de ce bar contacte un intercesseur pour le faire vite libérer.

Si Metger remarque un inconnu sur la bicyclette volée à Danjela, Pospischill fait une trouvaille plus cruciale dans le casier de vestiaire du gardien de but Kreuzberger. Une fiole de poison à base d'aconit désigne le goal titulaire comme probable coupable, d'autant que ce dernier a disparu depuis peu. La police disposant d'un suspect, fils de pharmacien, on va pouvoir faire un grand ménage chez les habitués de l'Alte Mülhe. Pourtant, dans l'ombre, une personne joue avec perversité le rôle de manipulatrice, voire d'exécutrice. Pour le compte de qui ? Ce n'est pas sans prendre de risques que Metzger le découvrira…

Thomas Raab : Metzger voit rouge (Éd.Carnets Nord, 2014)

Le brave Metzger est loin d'être un aventurier chevronné, un cador de l'investigation, un rival des meilleurs enquêteurs. Plutôt, un routinier mollasson se perdant volontiers dans ses pensées : “Chez Metzger, il n'y a pas de télévision, fixer le vide lui paraît largement suffisant.” Même amoureux, il appréhende la vie sans la moindre frénésie : “La journée s'annonce avec une telle lourdeur qu'à côté, les dimanches d'élection passeraient pour une sinécure”. Pourtant, s'il n'est pas un fonceur, puisqu'on s'en est pris à sa douce Danjela, Metzger avance à son rythme dans une enquête parallèle, collectant d'utiles éléments. Il peut compter sur ses amis fidèles : Pospischill et Wollnar, entre autres.

Le thème, c'est le football professionnel, ses équipes souvent artificielles. Ce qui gangrène l'ambiance autour de ces clubs, ce sont les supporters ultras. Il suffit de quelques lignes à l'auteur pour en dresser avec humour le portrait exact :

“…surgit devant lui un crâne rasé à la musculature disproportionnée, vêtu d'un jean moulant, de bottes lacées et d'un blouson d'aviateur, les yeux aussi rapprochés que ceux du flétan, le visage cramoisi comme s'il avait passé la journée suspendu à une corde à linge la tête en bas...” Car c'est en nous invitant à sourire que Thomas Raab montre l'imbécillité raciste de ce milieu. Avec la bénédiction d'une partie des dirigeants de clubs, l'agitation violente leur semblant plus rentable que de faire jouer une équipe harmonieuse.

Malgré son air falot, Metzger est un personnage diablement sympathique et efficace. “Elle a plus d'une fois constaté que c'étaient les gens les plus insignifiants qui présentaient le plus de danger.” Après l'excellent “Metzger sort de son trou” (2013), ce nouvel épisode s'avère tout aussi réussi, mêlant drôlerie et véritable suspense. Si ce n'est pas encore le cas, il est temps de faire la connaissance du modeste Willibald Adrian Metzger.

Thomas Raab : Metzger voit rouge (Éd.Carnets Nord, 2014)

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 07:30
La revue Quinzinzinzili n°26 est disponible

La revue trimestrielle “Quinzinzinzili vient de sortir son 24e numéro en cet automne 2014. La Société des Amis de Régis Messac (1893-1945) poursuit l'exploration de l'œuvre de cet intellectuel très actif durant l'Entre-deux-guerres. Enseignant, Régis Messac écrivit de nombreuses critiques littéraires sur les romans policiers et de science-fiction, ce qu'il considérait comme des genres à part entière. On lui doit une thèse “Le «detective Novel» et l'influence de la pensée scientifique”, publiée en 1929 et rééditée par Les Belles Lettres, récompensée en 2012 par le Prix Maurice Renault de l’association 813. Ce fut un écrivain éclectique ("Valcrétin", "Quinzinzinzili","Le miroir flexible", "La cité des asphyxiés", "A bas le latin !"). Pendant la décennie 1930, Régis Messac fut un des principaux contributeurs de la revue "Les Primaires". Outre les articles culturels, il fut l'auteur d'éditoriaux politiques, à la tonalité pacifiste et sociale, tranchant avec le populisme qui montait alors.

Dans “Quinzinzinzili”, les Amis de Régis Messac ne se contentent pas d'honorer la mémoire de cet intellectuel. Ils soulignent aussi l'importance d'autres personnages de l'époque. Telle Marie Guillot, figure du mouvement ouvrier, pédagogue, pacifiste et féministe, une militante au sens noble du terme... Saint-cyrien, gendre du général Boulanger, le lieutenant-colonel Emile Driant fut un écrivain populaire (probablement démodé depuis bien longtemps) connu sous le pseudo de Capitaine Danrit. Un auteur sur lequel se penche ici un article.

Théo Varlet est un écrivain dont cette revue parle ponctuellement. Analyse de quelques-uns de ses livres de l'époque. On revient aussi sur plusieurs titres publiés par les éditions de La Fenêtre ouverte, co-fondées par Regis Messac et quelques amis, et sur des aspects de l'œuvre de Marcel Boll. Par ailleurs, Jean-Louis Touchant évoque un ouvrage publié en 2014 chez L'Harmattan, “Archéologie de la littérature policière, 1789-1839”. Une étude à la recherche des premiers récits à suspense, de “Caleb Williams” le roman de William Godwin (1794) à l'affaire de l'Auberge rouge qui inspira les auteurs, en passant par les Mémoires de Vidocq (1828). Si chaque numéro de“Quinzinzinzili est riche en informations, ce n°26 ne déroge pas à l'habitude.

Quinzinzinzili coûte 7€ le numéro. On peut s'y abonner (pour 20€ par an/28€ pour l'étranger) en s'adressant à la Société des Amis de Régis Messac (71 rue de Tolbiac, Paris 13e). À Paris, cette revue est disponible chez plusieurs libraires. Les romans et autres écrits de Régis Messac sont réédités aux éditions ExNihilo, 42bis rue Poliveau, Paris 5e.

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 05:55

Retour au bercail pour JD Fiorella, âgé de quarante-quatre ans. Il a exercé plusieurs jobs à New York, dont celui de détective. Pour cet ex-alcoolo migraineux sujet à des cauchemars, il fallait tourner la page. Désargenté, JD est revenu s'installer chez sa mère, quatre-vingt-un ans, à Point Dume. Longtemps isolé, ce quartier de Malibu héberge d'anciennes gloires d'Hollywood, friquées mais pointant comme lui aux réunions des Alcooliques Anonymes.

Restant un garçon nerveux, JD n'hésite pas à se venger de la conductrice chauffarde d'une Porsche jaune, au mépris des conséquences. Son pote Woody lui a trouvé un boulot de vendeur à la concession Toyota du coin. Le nouveau patron est du genre intraitable, mais JD réussit de belles ventes. Ce qui entraîne une altercation avec son collègue Latino, un de ces incidents dont JD est coutumier.

C'est la voiture de sa mère qu'il utilisait faute de mieux. Quand le véhicule est incendié, JD tombe évidemment sur un flic peu coopératif. Obligé de déménager de chez sa mère, qui a prévu les déboires de son fils dans son thème astral, il emprunte un peu d'argent à l'ami Woody. Le soir où il débarque chez son pote à Santa Monica, JD découvre dans sa chambre le cadavre torturé et mutilé de Woody. Un mise en scène carrément macabre. Illico, JD se met en “mode enquête”, recueillant quelques indices et les gardant pour lui, avant d'alerter la police. Les clés de Woody lui permettront plus tard d'utiliser sa voiture, en changeant de plaques. Et il vaut mieux que les flics ignorent que JD possède une arme. Il accorde davantage de confiance à l'enquêteur Taboo Afrika qu'à son collègue Jim Archer. Néanmoins, il faut toujours jouer serré avec les flics.

À cause d'infos confidentielles sur son passé, JD perd son job de vendeur. Une employée très sexy de la concession Toyota, Vikki, lui accorde de chaudes relations intimes. Ce qui n'est pas sans le surprendre, l'incitant à la méfiance : “Un détail ne collait pas, le langage du corps. Pas net.” Quand il fait le bilan, JD est lucide : “Ce tsunami d'accrocs ne pouvait être de pures coïncidences. Pour une raison inconnue, j'étais en tête de la liste noire de quelqu'un.” Grâce à un de ses contacts, il acquiert un flingue plus puissant que le sien. Il est temps de sortir couvert. C'est chez les Alcooliques Anonymes que JD retrouve bientôt la conductrice de la Porsche jaune, Sydnye, et son prestigieux paternel, Karl Swan, producteur de films de science-fiction. Sans doute JD a-t-il méjugé le flic Jim Archer, car ce dernier est sur la piste d'un meurtrier qui a fait au moins onze victimes…

Dan Fante : Point Dume (Éd.Seuil, 2014)

Après la tétralogie consacrée à Bruno Dante (publiée chez 13e Note), son héros JD Fiorella est aussi quelque peu un double littéraire de Dan Fante. Les expériences new-yorkaises qu'il prête à son personnage sont à peu près celles qu'il a vécues lui-même. JD est le fils d'un scénariste détestant l'univers hollywoodien (tel John Fante), qui préférait le calme de Point Dume, à l'ouest de Los Angeles. S'il réussit à rester abstinent, JD admet qu'il ne sera jamais dans la ligne des Alcooliques Anonymes. Pour glaner temporairement un peu d'argent, il a recours à des solutions légales mais peu brillantes. Quand il fait une grosse vente de voiture, il faut s'attendre à un pépin ensuite. Il n'a pas le profil du gagnant, et c'est bien cette déveine quasi-permanente qui le rend terriblement sympathique.

On n'a ni envie, ni besoin de chercher des arguments-choc pour conseiller la lecture de ce roman. Un polar riche en péripéties multiples, et bourré d'humour plutôt décalé ? C'est le cas. Un rythme narratif qui ne s'essouffle jamais, relançant sans cesse l'histoire ? Un anti-héros loser, frondeur, asocial, etc. ? Quelques allusions à Malibu, quartier huppé pour stars déclinantes ? Oui, on aura compris tout ça. Surtout, c'est l'écriture vive de Dan Fante qui nous plonge immédiatement dans le sujet, pour nous entraîner dans le sillage de JD avec un immense plaisir. La qualité principale des meilleurs suspenses, c'est effectivement qu'on les lise avec délectation. Et voilà ce que nous offre ce “Point Dume”, un des polars les plus réussis de l'année.

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 10:40

Les « POLAR » 2014
Palmarès « Bande Dessinée, Roman & Théâtre » 

« POLAR » 2014 du Meilleur Roman International
« Nos désirs et nos peurs » de Wulf DORN / Éditions du Cherche Midi

« POLAR » 2014 du Meilleur Roman Francophone
« Celui dont le Nom n'est plus » de René MANZOR / Éditions Kero

« POLAR » 2014 du Meilleur Roman Jeunesse
« Dossier océan » de Claudine AUBRUN / Éditions du Rouergue

« POLAR » 2014 de la Meilleure Série Francophone de BD
« Jérôme K. Jérôme Bloche » de Alain DODIER / Dupuis

« POLAR » 2014 du Meilleur One Shot Francophone de BD
« Choc » de COLMAN & MALTAITE / Dupuis

« POLAR » 2014 de la Meilleure Pièce de Théâtre
« Une cerise noire » de Benoît AFNAÏM / La Française de Comptages

Prix Polar Cognac 2014 : les vainqueurs (romans, BD, théâtre)

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 05:55

L'affaire Viguier est à la fois proche et lointaine dans l'esprit du public. Récente, sachant que les procès de Jacques Viguier datent de 2009 et 2010. Éloignée, puisque la disparition de Susie Viguier remonte au 27 février 2000. Il est bon d'en rappeler le contexte. Jacques Viguier est âgé de quarante-trois ans quand sa femme ne donne plus signe de vie. En août 1988, il a épousé Suzanne Blanch, vaguement étudiante en droit, la danse et le jeu de tarot la passionnant davantage. Ils ont ensemble trois enfants. Susie Viguier a trente-huit ans lorsqu'elle disparaît. Universitaire à Toulouse, Jacques Viguier enseigne le droit public. Occupant un poste symbole de réussite sociale, il passe pour un notable. Son charisme lui vaut quelques succès auprès de ses étudiantes, avec lesquelles il a des relations. En privé, c'est un homme plutôt sportif et un chasseur.

Depuis 1998, le couple bat de l'aile, bien qu'ils aient démangé dans une nouvelle maison, où il leur est plus facile de cohabiter. Voilà quelques semaines que Susie Viguier invite dans sa famille le commercial sans emploi Olivier Durandet, son amant. Le mari ne paraît pas s'apercevoir de l'intimité existant entre Susie et cet homme. Car, si Jacques Viguier est un brillant universitaire, il montre parfois une naïveté étonnante. Le 27 février vers 4h30 du matin, on pense entendre Susie Viguier rentrer chez elle. On ne la reverra plus. Tandis que l'amant s'inquiète tôt, le mari attend le 1er mars pour signaler la disparition de son épouse au commissariat. Non suspecté, Olivier Durandet s'arrange vite pour influencer les amis de Susie Viguier. Se rapprochant du commissaire Saby, chargé de l'enquête, Durandet porte des accusations accablantes envers Jacques Viguier.

Pour la police, le mari reste généralement le principal suspect. C'est l'opinion d'instinct du commissaire Saby, qui estime que l'universitaire Viguier est arrogant. Soupçons faciles à étayer, car l'intéressé se défend mal. L'amant affiche davantage d'émotion et de pugnacité que le mari. Cumulant les inexactitudes, Viguier se débarrasse du matelas de son épouse, apparaît imprécis sur une histoire de clés, etc. Placé en garde à vue, il sera mis au mois de mai 2000 en détention provisoire jusqu'à l'année suivante. “Pendant huit années, il ne se passe rien de significatif, en ce qui concerne l'enquête. La police ne cherche pas sérieusement une Susie vivante et semble attendre que son cadavre surgisse d'un fond d'un tombeau de fortune, pour coincer définitivement le mari.” Au grand vide, succède le premier procès en avril 2009, devant la Cour d'assises de Toulouse.

Le président Cousté imagine sans doute un procès exemplaire. L'avocat général Gaubert a déjà préparé son réquisitoire. S'il y a des indices troublants, pas des preuves concrètes, c'est davantage le caractère de Jacques Viguier qui permet à l'accusation d'argumenter. Sa maladresse chronique le poursuit. Grâce à un excellent plaidoyer, et en l'absence de corps, Viguier est acquitté. Le Parquet faisant appel, il sera rejugé à Albi en mars 2010. Cette fois, c'est Eric Dupond-Moretti qui assure sa défense. Sa réputation de fonceur n'est pas usurpée. En face, Olivier Durandet est toujours offensif. L'avocate de Clémence Viguier, l'aînée des enfants, démontre le rôle intrusif de l'amant dans le dossier. D'ailleurs, les trois enfants sont convaincus de l'innocence de leur père. La tension est forte, passionnée. Le verdict confirmera l'acquittement de Viguier...

Stéphane Durand-Souffland : Disparition d'une femme (Points, 2014)

Chroniqueur judiciaire, Stéphane Durand-Souffland prend délibérément le parti de Jacques Viguier, dans ce livre restituant les faits et le climat de l'affaire. Comment voir les choses autrement, en effet ? Le parti-pris policier conduit à un acharnement fort dérangeant. La complaisance des enquêteurs envers l'amant, jamais suspecté, est surprenante. Aucun effort apparent pour vraiment rechercher la disparue, c'est plus que bizarre. Des questions basiques curieusement éludées : s'il a tué sa femme, Viguier a trop peu de temps pour cacher définitivement le cadavre… ou alors, si on le suppose si adroit, pourquoi est-il si empoté quand il s'agit du fameux matelas, et assez imprécis sur le nombre de clés. En outre, Susie Viguier projetait de divorcer, son amant le savait, pas son époux.

Dans la plupart des cas judiciaires, la personnalité de l'accusé est au centre du sujet. Ici, c'est plus que jamais l'évidence. Viguier a besoin de jalons (sa femme, ses enfants, ses cours, ses maîtresses, ses loisirs...). L'un de ces repères est soudainement manquant. On attend de lui le comportement-type du compagnon angoissé, tourmenté, alors qu'il reste imperturbable, continue à organiser la vie des siens. Il est la cible, mais contribue à semer un sentiment trouble autour de sa culpabilité. Au final, le doute doit bénéficier à l'accusé. Et une meilleure lecture des faits a permis de disculper un mari qui n'avait, en réalité, pas de raison d'éliminer son épouse. Stéphane Durand-Souffland nous invite à nous forger une intime conviction en détaillant de manière vivante ce dossier particulier.

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 05:50

Installés dans une ferme des environs de Quimper, Gwaz-Ru et sa famille voient arriver les années qui succèdent à la Seconde Guerre mondiale. Ce diable de Gwaz-Ru fut un gaillard qui, jusqu'à là, aboyait fort et mordait quand on le provoquait trop. Passé quarante-cinq ans, il s'est maintenant assagi. Pour son épouse Tréphine et lui, il s'agit de s'occuper de leur progéniture autant que de leurs deux anciens, la tante Marjan et l'oncle Jean-Louis. Sept enfants, nés de 1928 à 1943, ça leur fait une sacrée tablée. Non pas que Gwaz-Ru soit inquiet, car ils gagnent correctement leur vie avec l'exploitation de la ferme. Tant mieux, d'ailleurs, si on les regarde comme un clan cherchant peu le contact des autres. Et puis la fille aînée Angèle seconde parfaitement sa mère, pour se charger des plus petits. Il suffit que tout ce petit monde ne s'avise pas de tracasser Gwaz-Ru plus que nécessaire.

Nicolas, le grand fils, s'est engagé dans l'armée sitôt après la guerre. Direction l'Indochine pour aller pacifier le Tonkin. Il n'a pas été un brillant héros, ce Nicolas. Bien que malade, il a réussi a poursuivre sa carrière militaire durant les prémices des évènements d'Algérie. Ce qui n'a pas amélioré son esprit raciste. Puis on l'a renvoyé pensionné à Goarem-Treuz, la ferme parentale, où on le supporte… Avec leur semblable âme d'ouvriers sans ambition, sinon d'aller habiter dans une maison neuve, ses cadets Maurice et Julienne se sont bien vite mariés. Ils sont accueillis, de temps à autres, chez leurs parents. Toutefois, le conformisme de leur petite vie est plutôt éloigné des vieilles idées rebelles de Gwaz-Ru.

Monique a seize ans quand elle rencontre le beau Fedor dans un bal des environs. Celui du 31 décembre marque le début de leurs amours. Puisqu'il va travailler à l'arsenal de Brest, et qu'elle ne tarde pas à être enceinte, Monique va l'épouser et le suivre. Mais ce couple-là ne connaîtra pas que des moments heureux… Possédant un bon niveau scolaire, sa sœur Irène paraît mieux armée dans la vie. Elle suit un cours privé, afin de devenir secrétaire. Elle s'imprégne de la culture jazz-rock-littérature de son époque. Ayant fait ses preuves, Irène gagne un certain statut social quand elle est engagée chez un chirurgien-dentiste. C'est à Casablanca qu'elle vivra ensuite, avec son dentiste de mari, Marocain. Mais, quelques années plus tard, la famille de Gwaz-Ru est avertie d'une triste nouvelle.

Sur le conseil de son instituteur, le fragile Étienne continua ses études au lycée. Soutenu par l'abbé Coatmeur, il progressera encore davantage. Son père Gwaz-Ru n'aimait guère les calotins, mais il se fit une raison. Quant à Angèle, restée célibataire, elle devient la mémoire de leur famille, aidant autant qu'elle peut ses parents sur leurs vieux jours. Le monde a évolué depuis l'Après-Guerre. L'agglomération quimpéroise s'urbanise, laissant de moins en moins de place à une ferme comme celle de Goarem-Treuz…

Hervé Jaouen : Eux autres, de Goarem Treuz (Presses de la Cité, 2014)

Le premier tome de ce diptyque était centré autour du personnage-titre, “Gwaz-Ru”. Si le bonhomme s'est imposé grâce à sa force de caractère, le contexte n'est plus identique pour sa descendance. Certes, la volonté est toujours un atout favorable. Pourtant, l'avenir s'annonce déjà plus citadin que campagnard. Tréphine et Gwaz-Ru ne renient nullement la ruralité, mais disposant de quelques finances, ils acquièrent une gazinière au butane et un Solex pour leur fille Irène. L'eau courante viendra aussi. Si Gwaz-Ru n'est pas vraiment avare, il ne tolère la coûteuse modernité qu'à petites doses. La première moitié de sa vie ayant baigné dans les conflits et les querelles, il s'efforce de se montre bien plus souple.

Ainsi va l'univers d'un groupe familial, avec ses joies et ses peines, les plaisirs aidant à surmonter les tracas. Les Scouarnec, de Goarem-Treuz, sont-ils une fidèle représentation de familles (pas seulement bretonnes) de l'époque ? Très certainement, oui. En ce sens qu'ils ne sont pas de ceux qui veulent épater les autres, juste mener leur propre existence selon leurs mérites et leurs modestes besoins. Aucun doute, ils ressemblent à beaucoup de gens d'alors, d'un temps qui nous paraît déjà loin dans le passé. Un chassé-croisé de personnalités différentes, chacun ayant son destin, c'est ce que nous raconte Hervé Jaouen. Avec cette tonalité enjouée qui, évitant la dramatisation, offre un récit fluide et tout en finesse. Bienvenue chez les Scouarnec !

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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 05:55

C'est dans la Grosse Cité du futur que vit Gustave Flicman. Ce jeune policier est en poste au commissariat de quartier Adinike® (tout est sponsorisé par des marques dans cet avenir-là). Bien que ce soit un monde très moderne, il est pourtant hanté par bon nombre de lutins. Gustave en a fait l'expérience, certains d'entre eux ne sont pas gentils du tout, pas du tout. “Ne pas croire aux Lutins Urbains, c'était la meilleure façon de les empêcher de se manifester.” Alors, suivant le conseil de son Supérieur Inconnu, il essaie d'oublier ces drôles de créatures.

Pas facile, car il y a tout plein de trucs qui perturbent la ville, en ce moment. Par exemple, les messages SMS sont brouillés, et ça ne fait pas rire le chef de Gustave, le commissaire Velu. La montre du jeune policier, c'est pareil et c'est pas normal, elle indique des heures d'ailleurs dans le monde. Pas pratique pour se déplacer non plus, car le métro est en panne. Il faut marcher dans les rues, qui sont trop éclairées ou alors pas du tout. Et la circulation des voitures, un monstrueux désordre.

Ça fait quand même beaucoup d'incidents, ce qui intrigue Gustave. Dans une déchetterie, il repère un personnage qui ressemble à “un bonhomme de neige qu'on aurait coiffé d'un entonnoir avant de le peindre en rouge, peut-être. Ou alors, le Père Noël qui se serait rasé la barbe pour ne garder qu'une drôle de moustache électrisée.” Le veilleur de nuit de la Très Grande Cathédrale avait déjà croisé un gnome dans ce genre-là. Gustave essaie de prendre en filature ce lutin probablement maléfique.

Il fallait s'y attendre : ses pas le conduisent jusqu'au bâtiment de l'Université d'Onirie, qu'il connaît depuis ses déboires face au Pizz'Raptor. À la porte, c'est la jeune brunette Loligoth qui en est la vigilante gardienne. N'entre pas qui veut, mais Gustave lui, il peut. Le Professeur B se trouve bien là, s'occupant d'une machine compliquée. L'adversaire, celui qui provoque les plus gros fléaux, le bonhomme qui voit rouge, c'est “Bug le Gnome”. Pour le mettre “hors service”, celui-là, sûrement pas simple. D'ailleurs, ça fait le bonheur des catastrophistes. Une fois de plus, le Supérieur Inconnu compte sur Gustave pour résoudre le problème : “Nous devons stopper ce Lutin Urbain au plus vite. Cette fois, le risque, c'est l'apocalypse.”

Renaud Marhic : Lutins Urbains – Le dossier Bug le Gnome (Éd.P'tit Louis, 2014)

Renaud Marhic avait initié petits et grands aux mystères lutinesques de la Grosse Ville du futur avec “L'attaque du Pizz'Raptor” (2013), premier tome de la série. On se doutait bien que ce rêveur invétéré et intrépide qu'est Gustave Flicman serait confronté à de nouvelles aventures. Cette fois, la menace est encore plus sérieuse, vu que c'est à nos technologies que s'en prend “Bug le Gnome”. Avec tout ce qu'a créé le progrès, le bougre ne manque pas de cibles potentielles, au risque de provoquer un cataclysme. Le brave Gustave aura certainement besoin des services de l'Université d'Onirie.

C'est un roman jeunesse fort divertissant, avec de multiples péripéties, qu'a concocté là Renaud Marhic. Un vrai suspense qui, peut-être, nous dit aussi que l'avenir ne s'annonce pas tout rose et facile, que des catastrophes guettent les générations de demain. Ce sera à coup sûr de la faute de diaboliques lutins, comme c'est déjà le cas aujourd'hui. S'il y a du danger, il s'agit également d'une histoire pleine d'humour. Parce que les enfants ont bien le droit de rigoler un peu quelquefois, et les plus grands aussi.

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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 05:55

Voilà quelques lustres que la psychiatrie a inventé une énigmatique formule, “les troubles bipolaires”. Tu es un peu fou, mais pas tout le temps et pas tant que ça, alors on peut te soigner. Super, non ? Peut-être que tu n'es pas cinglé du tout, juste ponctuellement agacé par la bêtise des autres qui te cerne, qui t'étouffe. On va donc te guérir, puisque tu n'es pas malade de la tête. Génial, pas vrai ? Euh, les problèmes neuropsychologiques liées au vieillissement, on pourrait les traiter aussi ? Ça, c'est trop compliqué. Par contre, le môme qui a oublié de relever sa culotte après avoir été aux toilettes, on se charge de lui. C'est le signe de futurs troubles mentaux. Un schizophrène en devenir, le gamin. Bistouquette à l'air, il deviendra un violeur. Rebelle à la bienséance, on suspecte un syndrome du tueur en série. Et si sa mère lui a donné le sein, il mutilera sûrement ses victimes.

On se demande qui édicte ces schémas débiles.

La folie est-elle un sujet de polar ? Ses effets criminels ou ses conséquences conduisant à l'enfermement, sans nul doute. Être fou, c'est constituer un danger pour soi et pour les autres, selon certaines définitions pénales. Pourtant, on ne place pas à égalité un coup de folie meurtrier et une démence profonde. Les drames devenus habituels entre ex-époux, virant au carnage suicidaire, et les tueurs obsédés par les femmes seules isolées, proies si faciles, ça dénote de degrés différents dans la folie. Encore que se poserait la question de l'impunité : fin des poursuites pour le suicidé ayant tué son ex-femme et leurs enfants, simple internement afin d'éviter la récidive pour le criminel tueur de femmes.

Folie ou pas ? Dans “Les fantômes du chapelier” de Georges Simenon, le commerçant fait croire que son épouse est toujours en vie, et tue pour préserver son secret. Dans “Psychose” de Robert Bloch, Norman Bates donne à penser que sa mère est encore vivante, et tue pour la même raison. Le second est fou, et sa victime est une voleuse, ce qui relativise l'acte.

Le noir magazine L'Indic n°19 est disponible

Ce n°19 de L'Indic traite du thème “Folie et polar” sous divers (autres) aspects. À noter aussi une interview de Nicolas Mathieu ("Aux animaux la guerre"), un focus sur l'univers de Carlos Salem, le Verdict sur plusieurs nouveautés du polar et du roman noir, etc. Il est donc temps de se procurer ce numéro de L'Indic...

Abonnement annuel : 4 numéros, 28 Euros. Frais de port offerts.

Paiement par chèque à l'ordre de : Fondu Au Noir - 2 rue Marcel Sembat - 44100 NANTES (n'oubliez pas de préciser votre adresse postale)

Si vous voulez commander d'anciens numéros, faites simplement suivre un chèque du montant correspondant, à l'ordre de Fondu Au Noir (à la même adresse), en précisant les numéros qui vous intéressent.

- Pour les numéros 14 à 19 : 6 € le numéro - Pour les numéros 5 à 13 : 5 € le numéro - Pour les numéros 1 à 4 : 4 € le numéro (le n°1 et le n°8 ne sont plus disponibles) - d'autres précisions ? fonduaunoir44@gmail.com

- À partir du numéro 20 (le prochain) : 7 € le numéro

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Published by Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 05:55

Il était une fois la petite Ophélie. “[Elle] ressemblait à une gamine, avec son mètre cinquante, ses longs cheveux rouges et ses taches de rousseur.” Orpheline, elle habitait un Bruxelles de fantaisie, avec sa tante Amélie. Elle a été éduquée dans une école religieuse de sœurs à cornettes. Où elle s'ennuyait, la pauvrette. Elle ne se séparait pas de son oiseau Ymir, ce qui lui procurait un peu de plaisir. Pendant ses vacances estivales sur une plage de la Mer du Nord, elle fut séduite par un homme aux “yeux d'orage, éclairés par une flamme intérieure, remplaçant le regard.” À la rentrée, Ophélie changea d'école. Elle retrouva bientôt ce Raphaël qui l'avait fascinée, car il y était professeur. Puisqu'elle était prête à le suivre dans un voyage d'amants sur une mer agitée, il lui enseigna l'Amour.

Au fil du temps, Raphaël désirait avoir Ophélie constamment sous la main. “La fillette accepta, le cœur gonflé de rêves fous.” Elle lui obéirait en tout. Jusqu'à là, Raphaël vivait avec sa vieille mère. Il ne pouvait habiter avec Ophélie ailleurs qu'auprès d'elle, dans leur château familial. Cette sombre bâtisse mal entretenue avait de quoi faire frémir la jeune Ophélie. La repoussante mère âgée de deux-cent-dix-sept ans, Morgane, vieille dame aux yeux méchants, qui émettait des sifflements de serpent, se montra vite infecte. Entre Raphaël et son amante, le jeu a déjà commencé. “Il la traitait parfois un peu durement, et la fillette ne parvenait pas toujours à retenir ses larmes. Cependant, elle éprouvait le besoin d'être dominée et commandée.” L'expérience s'annonce riche en surprises.

Entre autres, se produit une rencontre avec un homme symbolisant la mort, qui lui tartine l'entre-cuisses d'un onguent propice à l'excitation. Un autre contact avec le nain Eol, caché dans un recoin de la propriété. Une visite à la marchande de poupées Ondine, qui préfère écrire des poèmes que de vendre ses figurines. “Ne grandis jamais et que la folie soit avec toi” conseille Ondine à la fillette. Est-ce que l'employée du château, Ishtar, pourra la protéger de la vieille Morgane ? Rien de moins sûr. Raphaël l'appelant “mon petit chat”, Ophélie éprouve l'impression de devenir cet animal. D'ailleurs, son amant la promène parfois en laisse. Elle approche un curé pour une tentative de désenvoûtement. Sans doute, son corps est-il possédé, plutôt par un bébé que par le diable…

Nadine Monfils : La velue (Éditions Fragrances, 2014)

Ça fait trente ans que Nadine Monfils publie des romans, des nouvelles. C'est en 1984 que parut “La velue”, son tout premier roman. Elle n'écrivait pas encore ces polars jubilatoires qui ont fait son succès, animés par de singuliers personnages tels le commissaire Léon ou Mémé Cornemuse. Dans les histoires qu'elle raconte depuis ce temps-là, ne cherchons jamais des gens ordinaires, quidams aux vies balisées. Plutôt que ceux qui empruntent les boulevards, Nadine Monfils préfère ceux qui s'égarent sur d'improbables chemins, sur les sentiers cahoteux de l'imaginaire, de la plus pure fantaisie. Dans son vieux sens, le mot "fantasmatique" signifiait : “qui présente un caractère irréel”. Sans nul doute est-ce une bonne définition de l'œuvre, depuis trois décennies, de cette auteure. Si l'on aime ses intrigues polar, il faut aussi redécouvrir ses autres sources d'inspiration.

On classera “La velue” parmi les érotiques. Certes, il faut bien que les étiquettes servent à quelque chose. Et il est vrai que le parcours de la jeune Ophélie n'est pas sans perversité. Pourtant, ce roman ne contient guère de scènes choquantes. Qu'on ne se laisse pas abuser par les mots "fillette" ou "petite" : c'est bien de l'initiation d'une ingénue dont il est question, l'âge restant superfétatoire. “La fillette savait son ami doué d'une volonté et d'une force psychique qui n'appartiennent qu'aux demi-dieux. Il avait deviné qu'Ophélie cachait une graine prête à germer, mais que pour cela, il devrait l'aider.” Comme autant de mouvements d'une symphonie, chacun des chapitres est bercé de tempos différents (Intermezzo, gigue, pavane, etc.). Puis, grâce à la musique des mots, Nadine Monfils nous invite à la suivre dans un univers sensuel et ambigu, maléfique et fascinant.

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