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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 04:55

Un immeuble en chantier sans gardien, rue du Laos, Paris 15e. Dans la cave, le cadavre d'une quadragénaire morte là depuis plus d'une semaine. La victime ligotée a été mutilée, torturée, bras brûlé et langue sectionnée. Étrange constatation : ces blessures ont été soignées, et le corps martyrisé déposé tel un gisant médiéval. C'est une ado anonyme qui a donné l'alerte en pleine nuit. Le groupe du commandant Bastien Carat, de la Brigade Criminelle, est chargé de l'enquête. Une équipe un peu bancale et démotivée, marquée par l'exclusion d'un des leurs, Colin Mansour, meilleur ami de Carat. Il a été remplacé par Franka Kehlmann, venue de la Brigade Financière, protégée par la divisionnaire Christine Santini. La nouvelle ne demande qu'à faire ses preuves, malgré un frère embarrassant, Joey. Enfants d'une défunte chanteuse et d'un universitaire agressif, Franka et son frère ont une histoire familiale chargée. Pour elle, leur père fait figure de “chacal”.

L'heure serait à l'efficacité, en récoltant rapidement un maximum d'élément, bien qu'on ne dispose ni d'empreintes, ni de traces ADN. Car on a probablement affaire à un prédateur, un méchant dingue cruel et précis. Si Bastien Carat se méfie de sa supérieure Christine Santini, il peut compter sur le soutien amical du juge d'instruction Seimourt. Garder un contact positif avec son ex-collègue Mansour, qui est en soins psys, paraît de moins en moins possible. Les ouvriers du promoteur Victor Frey ayant travaillé sur le chantier figurent parmi les premiers suspects. L'un d'eux, Teddy Brunet, aurait le profil adéquat. On procède à son arrestation musclée chez son ancienne petite amie sage-femme. Un coupe-boulon peut incriminer Brunet. Il sera défendu par un célèbre avocat, Louis Bagneux, qui ne semble pas redouter l'accusation contre ce véhément client.

Quand Colin Mansour prend contact avec Franka, c'est visiblement dans le but de semer la discorde dans le groupe de Carat. La jeune policière garde le cap dans l'enquête, notant les petits troubles de santé de son chef. Maître Bagneux, ami du promoteur Frey, s'affiche en esthète bienveillant : il a remarqué les qualités de photographe de Joey. Peut-être cet avocat joue-t-il un trouble jeu. Néanmoins, on finit par réaliser que la nervosité de Brunet était explicable. La victime est enfin identifiée : Victoire Pélissier était médecin au Samu.

Tu baigneras dans la lumière. Tu seras noyée dans l'étang de feu” : cette formule tirée de l'Apocalypse indique aux enquêteurs qu'ils ont affaire à un prédateur mystique. Un ami du juge Philippe Seimourt, historien spécialiste de la torture, cerne pour Carat l'esprit de l'assassin. La calligraphie intervient sûrement dans son processus mental. Plus tard, on s'apercevra que des phénomènes naturels sont aussi prétextes déclencheurs. L'enquête devient fatigante pour Carat, qui aimerait consacrer plus de temps à son épouse Garance, chef cuisinière. Pour Franka, les tentatives de retour de leur père nuisent quelque peu à sa concentration. Une affaire datant d'une dizaine d'année présente des analogies avec le cas de Victoire Pélissier. Un homme retrouvé dans un canal avait aussi été amputé de la langue…

Dominique Sylvain : L'archange du chaos (Éd.Viviane Hamy, 2015)

Ce n'est évidemment pas un ordinaire roman d'énigme, avec assortiment de suspects et enquête rectiligne, que nous propose Dominique Sylvain. Auteure confirmée, elle entraîne son public sur les pas d'un assassin mystique, en prenant bien garde de ne pas “surdoser” ses effets. Elle sait qu'il serait contre-productif de charger l'ambiance, de miser sur l'excès de croyances délirantes, dans cette intrigue ou la motivation criminelle est autre. Finesse et méandres vont agréablement de pair dans le récit.

Certes, un climat de mystère règne ici, mais c'est davantage à travers chaque personnage et son univers privé. Ce sont des portraits fouillés, riches en nuances, voire en demies-teintes, que dessine Dominique Sylvain. Ainsi, sous son air de catcheur, Bastien Carat masque une part de fragilité. Ou encore, le suicide passé de leur mère crée entre Franka et Joey un lien fort subtil. Et l'on peut discerner que le cas de Colin Mansour n'est pas si extérieur, bien sûr. En somme, si tous portent leur croix, celle de l'adversaire des policiers s'avère la plus pesante. Notons que l'auteure glisse la différence entre les tueurs-en-série américains, souvent cruels par goût, et les quelques cas français. Toutefois, la férocité du prédateur reste mortelle jusqu'au bout de cette affaire. Un suspense aussi sombre que palpitant, une belle réussite.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 04:55
Homicide à New York, la victime est morte 55 ans plus tard

Voilà une info évoquée par Le Point (25 janvier 2015) d'après une actualité du New York Times, qui pourrait inspirer les auteurs de noirs polars.

À New York, Antonio Ciccarello est mort d'un coup de couteau, suite à une agression datant des années 1950. Selon l'autopsie, Antonio Ciccarello est bien décédé, à 97 ans, du point de vue de la médecine légale, du coup de couteau qui l'a touché il y a environ cinquante-cinq ans. Son certificat de décès authentifie la cause de sa mort : complications d'une occlusion intestinale "causée par une hernie ventrale due à une profonde laparotomie [une incision de l'abdomen] réalisée pour traiter une blessure par arme blanche au torse". S'agissant d'une blessure "infligée par un tiers", c'est bien un "homicide". Ce qui fait de son agresseur d'autrefois un meurtrier présumé.

Chaque année, la police new-yorkaise recense quelques affaires de ce genre, indique New York Times, mais le cas d'Antonio Ciccarello détient le record de temps entre les faits et la mort de la victime. L'homicide étant avéré, les policiers new-yorkais ont ouvert une enquête pour meurtre. Sans preuve, ni témoin, ni indice. Sans même savoir avec certitude dans quel hôpital la victime a pu faire soigner sa blessure. Ils suivent la piste de ceux qui étaient à l'époque collègues de celui qui était gardien dans un immeuble de la 5e avenue. "Le problème, c'est qu'il n'y a plus tellement de gens vivants, a déclaré le lieutenant chargé de l'enquête. Il a vécu toutes ces années sans problème. Et subitement, c'est un homicide." Quant au meurtrier, il est certainement décédé depuis longtemps.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 04:55

La vie de W. a basculé vers 1979-80 en Italie, quand il a rencontré un certain Dan. Celui-ci dirigeait un groupuscule anti-communiste, le Gladio. C'est sur une base de l'OTAN que son adjoint Gus entraînait des tireurs d'élite, des baroudeurs qui seraient envoyés plus tard en mission. Avec une préparation idéologique, afin que ces exécuteurs réalisent les bienfaits de l'économie capitaliste mondiale, pour laquelle ils allaient œuvrer. Être grassement payé afin d'éliminer les grains de sables qui nuisent à l'ultra-libéralisme, sans contact avec les commanditaires. Ne pas exister, mener des opérations occultes pour un résultat efficace. Voilà ce qu'on attendait de W. et de ses semblables. Il arriva qu'il coopère avec des gens exerçant le même métier particulier.

À Samarkand (Ouzbékistan), c'est avec Dimitri qu'il accomplit sa mission. C'était l'époque post-Gorbatchev, où l'on faisait le ménage autour de Gazprom afin que ça devienne un puissant holding. W. est intervenu depuis dans d'autres pays du monde. Y compris aux États-Unis, à la demande de l'industrie céréalière. C'est cette fois-là qu'il découvrit les Struggle For Live, un groupe de rock trash. Leurs musiques violentes accompagnent généralement ses missions, depuis cette époque. Quant à lui, W. n'est pas du tout opposé au système, qui lui permet de gagner des fortunes avec une activité “infralégale”. Que ses employeurs soient puissants, tandis que W. reste discrètement dans la marge, voilà ce qui lui garantit une certaine sécurité.

Il y a plus de vingt ans qu'il est exécuteur sur contrats. Le Gladio de Dan, c'est du passé. Il compte sur son ami trader new-yorkais Jack pour gérer au mieux son patrimoine. En abattant naguère un duo de maîtres-chanteurs, W. rendit un sacré service à Jack. En ce début septembre 2001, W. s'est installé au Chelsea Hotel, en plein cœur de New York. Il a une nouvelle mission lucrative à remplir, dans une des tours du World Trade Center. Buter un inconnu, récupérer sa mallette de documents, la transmettre à un contact, sans rien savoir des raisons de l'opération, parfait pour W. Tout se déroule comme prévu. Sauf qu'il remarque une femme qui le surveille et, surtout, que la tour du WTC se met à trembler. Dimitri est présent, lui aussi, venu là pour supprimer sur contrat son collègue W.

W. avoue avoir été déstabilisé par la situation inattendue, même si l'obstacle principal n'était pas Dimitri. Descendre avec la foule fuyant l'immeuble, sortir du guêpier encore inexplicable, regagner le Chelsea Hotel, c'est ce que lui dicte son instinct de survie. Il se procure au plus vite des armes. Après un périple dans la ville paniquée, W. pense que le Chelsea Hotel est surveillé. Se réfugiant dans une église, il s'aperçoit que les documents de la mallette qu'il a récupérée possèdent une très forte valeur.

Il est temps de faire son débriefing personnel. Et de se demander pourquoi il est, à son tour, devenu une cible ? Il a pourtant toujours privilégié le business, ne pratiquant jamais de politique. Lorsqu'il rentre clandestinement à l'hôtel, repérant des gens en surveillance, W. est sûr que plusieurs camps le traquent. Une nommé Lila, probablement employée par un service secret, lui offre une opportunité de négocier. Leur cavale ne sera pas sans causer quelques nouvelles victimes….

Jean-Paul Chaumeil : Ground Zero (Éd.Rouergue Noir, 2015)

Il serait un peu trop facile de classer ce livre parmi les “romans d'espionnage”, ou de lui donner la même étiquette que ces “thrillers internationaux” traitant de la guerre secrète. Il est vrai que l'auteur souligne le cynisme de la finance mondiale, de son mépris de tout ce qui gêne son essor exponentiel. Ce qui a déteint sur le personnage central, narrateur de cette histoire, converti à l'ultra-libéralisme. S'il garde en lui une certaine rébellion, elle est musicale, à travers les chansons ponctuant ses missions. Pour le reste, le fric est plus motivant que tout, à ses yeux. Ce genre d'exécuteur sur contrat est-il crédible ? Ne dit-on pas que, au nom de la Raison d’État, certains pays utiliseraient les services de tueurs ? Des financiers usant de méthodes mafieuses pourraient assurément faire de même.

Le héros qui se trouve “au mauvais endroit, au mauvais moment”, c'est une des grandes traditions du polar. Quand il s'agit d'une tour du World Trade Center, le 11-Septembre, on est fatalement entraîné dans une situation extrêmement complexe. Notons qu'une partie de l'affaire se passe au Chelsea Hotel : un lieu judicieusement choisi, car c'était encore à l'époque une joyeuse pétaudière où tout pouvait se produire. Nous voilà plongés dans un tumultueux roman d'aventure, où plane un danger omniprésent.

Ce suspense possède un atout supplémentaire : sa tonalité d'écriture. Le narrateur interpelle le lecteur, ne cachant rien de son état d'esprit, de son activité, de son passé. Les dialogues sont peu nombreux, internes au texte, indiqués en italiques. Ça correspond à la logique d'un récit qu'il nous raconterait de vive voix, type “témoignage vécu”. Surtout, la méthode étant bien maîtrisée, ça offre un tempo bienvenu à l'intrigue. Un premier roman de très bon niveau.

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 10:20
Le Goéland Masqué, deux jours de fête les 30 et 31 janvier

Les vendredi 30 et samedi 31 janvier, le festival du Goéland Masqué (Penmarc'h, 29) propose des animations exceptionnelles sur quatre sites différents. Le 30 janvier à 18h, à l'Auditorium de la médiathèque des Ursulines à Quimper, lecture-spectacle d'Hafed Benotman. Le 31 janvier à 10h30, rendez-vous à Pont-L'Abbé, salle polyvalente du Triskell, pour une conversation débridée avec Jean-Bernard Pouy et Lucas Fournier (de l'émission de France Culture, Les Papous dans la tête). À partir de 14h, ce même samedi après-midi, on peut participer (sur inscription) à l'atelier d'écriture animé par Hafed Benotman, au local du Goéland Masqué, à St Guénolé-Penmarc'h. Dès 17h, quatrième rendez-vous au bar Chez Cathy (port de St Guénolé), avec J.B.Pouy, Patrick Raynal, Lucas Fournier et Hafed Benotman, pour de joyeux exercices de style dont ils ont le secret. Deux jours de fête autour du Goéland Masqué, à ne pas manquer pour les amateurs !

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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 04:55

Originaire du Sénégal, Pénélope Cissé est depuis peu en poste à la brigade criminelle de Sète. À son âge, elle devrait mériter mieux que son grade de lieutenant. Par son caractère indépendant et ses méthodes jugées contestables, c'est une mutation disciplinaire qui l'a conduite dans cette ville. Ce qui gêne quelque peu le commissaire Garamont, mais le juge d'instruction Éric Monteil semble apprécier la jeune femme. Quant à la grossièreté du Dr Bigard, le légiste, elle s'en accommode. Pénélope doit accepter comme adjoint l'aspirant policier Thomas Dujardin, pour cette nouvelle enquête que lui attribue Garamont. Il sait qu'elle va détonner dans cette affaire, qui devrait d'ailleurs être confiée aux gendarmes.

Ludovic Gallieni a été récemment réélu maire de Castellac, un village de la région sétoise. Charmant décor bucolique que cette bourgade au milieu des garrigues et des combes, où le bistrot de Maurice constitue la centre de l'animation communale. Pour l'essentiel, la population locale est composée de “natifs”, souvent chasseurs. Quand le maire Gallieni est retrouvé mort dans la campagne des environs, ça crée un émoi certain. Sauf pour Marianne Grangé, candidate malheureuse face à Ludovic Gallieni au dernier scrutin. Elle fut même agressée physiquement par des amis du maire, à cette occasion. Son téléphone portable a été découvert près de la bergerie des Aulas, sur les lieux du crime.

La version officielle évoque en priorité un suicide. En réalité, sous prétexte de soirée entre chasseurs, c'est une orgie qui se déroulait à cet endroit. Pratiques sexuelles perverses et drogues fortes étaient au programme. Pénélope interroge José Vidal, premier adjoint et beau-frère de Gallieni, époux de sa sœur Anita. Celui-ci ne cache pas son vif agacement contre les nouveaux habitants néo-ruraux de Castellac. Vidal défend son terroir, fait l'éloge des Gallieni, maires de père et fils depuis l'Après-Guerre. N'ont-ils pas fait des “donations” de terrains, afin que les habitants puissent vivre de la vigne ? Cet état d'esprit villageois serait à l'opposé de celui des étrangers récemment installés, selon lui.

Entre autres, le comité de Marianne Grangé et de son ami Fred est contre l'implantation d'une décharge de déchets nucléaires. Il est possible qu'ils aient entraîné Jérémie, le fils unique de Gallieni, dans leur combat idéologique. Disposant de photos de la bacchanale à laquelle participa le maire, Pénélope fait interroger par la police sétoise tous les gens qui étaient présents. Ce qui énerve son supérieur Garamont. Anita Gallieni a gardé le contact avec Simon Janssens, un Juif de Belgique qui vécut ici durant leur enfance. Il peut lui apporter un certain soutien moral. Quand Marianne et Fred sont blessés après avoir été cibles d'un 4x4 et de coups de feu, l'affaire prend une tournure plus tendue encore…

Martine Nougué : Les Belges reconnaissants (Éd.du Caïman, 2015)

L'évolution péri-urbaine amène, depuis deux à trois décennies, de plus en plus d'habitants vers des communes où l'on vivait “entre soi” jusqu'à là. D'un côté, l'accueil n'est pas si chaleureux de la part des gens qui ont toujours vécu à leur rythme. Pas question de remettre en cause des projets municipaux non plus, par exemple. De l'autre, des néo-ruraux veulent rapidement imposer leur seule vision des choses. Chant du coq, bouses de vache, cloches de l'église, dérangent certains. On connaît des bourgades où les nouveaux ont manœuvré pour évincer de la mairie les villageois d'origine. Rivalités et mésententes qui assombrissent parfois le contexte local. Y compris avec une part de violence.

C'est un agréable roman policier traditionnel que nous propose Martine Nougué. Quand un paisible village “bien de chez nous” est frappé par une affaire criminelle, ça crée quantité de remous. Ce qui donne lieu ici à une intrigue balisée, une enquête de bon aloi. On aurait pu souhaiter une tonalité plus percutante, davantage de mordant, l'ambiance s'y prêtant. Néanmoins, le tempo narratif est fluide, et les personnages sont fort bien dessinés. La policière reste une observatrice attentive. Entre sa fille qui l'attend à Dakar pour de proches vacances, et le sympathique libraire Luigi, Pénélope Cissé essaie de cerner les caractères autant que les us et coutumes de cette bourgade. Et les éventuels dérapages. Un bon polar du terroir de forme classique.

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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 04:55

Le commissaire divisionnaire Robert Laforge et son adjoint Étienne Brunet en ont vu “des vertes et des pas mûres” en trente ans de carrière. Pourtant, dans cette affaire-là, ils sont “restés comme deux cons”. Le rondouillard et caractériel Laforge autant que le grand et fidèle Brunet, ils croyaient tenir le coupable dès le départ. Élodie Favereau, vingt-sept ans, prof de français, a été assassinée chez elle avec une hachette. Le tueur l'a mutilée, posant en vue la tête décapitée de la jeune femme. Mise en scène sordide, perverse. Grâce à des caméras de surveillance, le suspect est très vite identifié. Antoine Deloye, vingt-huit ans, est le fiancé d’Élodie. Il a des vêtements identiques à ceux des vidéos, et son ADN est sur les lieux du crime. Pas d'empreintes, à cause dune maladie génétique, l'adermatoglyphie. Les yeux très clairs d'Antoine, captés en vidéo, suffiraient presque de preuve.

Bientôt arrêté et interrogé, le suspect accuse son frère Franck. Ce serait un être malsain, jaloux, qui aurait autrefois tué un chien à la hache, et entraîné la mort prématurée de leurs parents. Ce Franck est effectivement son jumeau, à l'identique : les policiers en sont tout surpris quand il se présente à leurs bureaux. Franck a l'air affable, bouleversé quand il apprend le crime. Quand le commissaire Laforge se montre affirmatif, Franck refuse de croire en la culpabilité de son frère Antoine. Non seulement ils ont le même ADN, mais le jumeau n'a pas d'empreintes non plus. Pour Laforge et Brunet, les deux pistes sont autant valables, à suivre à égalité. Franck est pris en filature par un flic. Si Antoine réclame son avocate, rien d'urgent pour Laforge. D'abord comprendre comment le tueur a éliminé tout le sang qui a dû gicler sur lui, et pourquoi il est entre-temps sorti acheter des roses.

Le lieutenant Hervé Pauchon, trente-et-un ans, blessé en service, est un maladroit aux yeux du colérique Laforge. Brunet l'envoie dans l'immeuble d’Élodie pour une enquête de voisinage. L'appartement de la jeune femme donne une impression d'abandon. Ça faisait plusieurs jours qu'elle en était absente. Les Marchand, couple de vieux voisins, ont-ils vraiment eu le pressentiment qu'un malheur devait arriver à côté ? Pauchon persiste à chercher témoignages et éléments sur place, tandis que Laforge consigne noir sur blanc pour son équipe tout ce qu'on sait déjà. Un des deux frères a un alibi : il a passé la soirée dans un bar avec Fabrice Peyrot, collègue d'Antoine, connaissant également Franck.

Sans doute les policiers ignorent-ils que, dès l'enfance, les jumeaux se montrèrent plutôt joueurs, mais aussi très turbulents. Ils brouillaient les pistes pour que leurs parents ne puissent pas les identifier. À l'âge de cinq ans, ils eurent une sœur, Claire, dont le décès subit ne leur causa pas d'émotion visible. En grandissant, les parents ne furent plus en mesure de maîtriser Antoine et Franck, sans qu'on sache lequel était le plus méchant. Le docteur Catherine Daout, gynécologue aujourd'hui âgée, avait fini par être effrayée par cette famille, par ces jumeaux monstrueux. Pour les policiers, le premier face-à-face des frères ne sera guère concluant, chacun accusant toujours plus ou moins vivement l'autre…

Jacques Expert : Deux gouttes d'eau (Sonatine Éditions, 2015)

Dans la réalité, ce type d'affaire serait un casse-tête pour n'importe quel enquêteur. Nul doute qu'un vrai policier ou un juge d'instruction n'auraient qu'une envie, être dessaisi du dossier au plus vite. Peut-être même, de quitter le métier. Tenir le coupable, tout en étant dans l'impossibilité de désigner lequel d'eux, terrible dilemme. Mais l'expérimenté Robert Laforge n'est pas de ces flics qui renoncent, quitte à éclater de rage ou a accuser un de ses subordonnés (ici, le jeune Pauchon) quand le cas est difficile à résoudre. Son adjoint ne sait trop sur quel pied danser, non plus. L'un et l'autre ont un suspect différent.

Le théoricien du polar S.S.Van Dine recommandait (règle n°20, alinéa F) d'éviter comme procédé de présenter “le coupable frère jumeau du suspect ou lui ressemblant à s'y méprendre”. Certes, mais en affichant cette gémellité ou l'aspect identique dès le début, on contourne aisément ladite règle. G.J.Arnaud le démontra déjà dans “Les imposteurs” (Fleuve Noir, 1980). Notons la présence furtive d'un Professeur Mesplède (spécialiste des maladies orphelines), ce qui ressemble fort à un clin d'œil à Claude M. On l'aura compris, c'est la notion de jeu que Jacques Expert cultive dans cette histoire. Jeu entre l'auteur et le lecteur, entre le commissaire Laforge et ses collègues, et bien sûr entre les jumeaux. Bien malin qui dira quel est le criminel. Une intrigue solidement racontée, ce qui n'exclut pas de belles occasions de sourire.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 16:00

Admirateur de San-Antonio et de Joël Houssin, Pascal Candia débuta en 2007, ses premiers polars étant publiés aux Editions du Valhermeil. D'excellents romans d'action. On apprend tardivement le décès de ce jeune romancier né en septembre 1968, décédé fin juillet 2014. Retour sur ses deux premiers titres.

“Argenteuil, c'était un accident” - Cette nuit-là, Christian cause l’incendie accidentel du pavillon familial, ce qui provoque la mort de ses parents. Après son hospitalisation, l’orphelin sympathise avec le commissaire Lambrosi. Ayant eu un passé perturbé, celui-ci se montre protecteur. Christian doit habiter chez sa tante, qu’il connaît à peine, et son oncle irascible. Heureusement, leur fille Valérie est amicale avec son cousin Christian. Leroy, le fourbe assureur, fait preuve d’hostilité. Il met en doute la vérité de l’accident, afin de ne pas payer. Christian s’énerve contre Leroy, bien que Lambrosi tente de le calmer. Dans la maison sinistrée, l’orphelin récupère un coffret contenant les économies de son père. Un inconnu l’agresse, et lui dérobe l’objet. Lambrosi et Christian identifient le voleur, Leroy. Celui-ci s’enfuit, prenant Valérie en otage. Le policier repère la planque de l’assureur, qui s’échappe. Leroy est un individu dangereux. Il essaie d’attaquer chez eux Christian et Valérie. L’orphelin bouscule l’ex-associé de l'assureur pour le faire parler. Leroy continue à harceler Christian, qui est bientôt aidé par son ami Yvan...

Hommage à Pascal Candia (1968-2014)

“Chefs d'oeuvres meurtriers” - Christian et Yvan ont dû se cacher en Espagne, suite à leurs précédents ennuis. Par besoin d’argent, et parce qu’il n’oublie pas Valérie, Christian estime qu’il est temps de retourner dans la Val d’Oise. Chauffeur-livreur ami d’Yvan, Arnaud leur propose un coup fructueux. Il va transporter en toute discrétion un lot d’œuvres d’art, dont le Portrait du docteur Gachet de Van Gogh. L’opération préparée par un nommé M. Joshua consiste à intercepter le convoi. Ensuite, un commanditaire paiera leurs services, une fois les toiles réceptionnées par M. Joshua. En réalité, cet ancien mercenaire (Kleiner, de son vrai nom) a l’intention de se débarrasser des trois complices sans payer. Le braquage effectué, Christian et ses amis (dont Valérie, qui les a rejoints) sont méfiants. La livraison tourne mal : Kleiner tire sur Arnaud, file avec les toiles, tandis qu’Yvan et Christian doivent fuir. Lambrosi espérait retrouver Christian avant qu’il n’aille trop loin. Informé de la disparition de Valérie et du vol des tableaux, il comprend que son jeune protégé est dans de sales draps. Le Japonais qui a assuré la sécurité du convoi traque, lui aussi, les coupables...

Pascal Candia en publia un troisième "Danse avec les flics", avec les mêmes personnages. Puis c'est aux Éditions Sirus qu’il signe le premier opus de la collection Régio-police, "Au-delà du périph". Chez le même éditeur, il sera l'auteur de deux épisodes de Blade "Les lions ailés de Janthor", et "Le secret des lions ailés", n°205 et n°206, puis d'un épisode de Kira B, "Crisis". Récemment, il publia "Le boucher du Capitole", un polar historique aux éditions Marabout.

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20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 05:40

Février, à l'époque de la Saint-Valentin. Roger Broome est un gros costaud de vingt-six ans passés. Il habite Carey, un village de la montagne, avec son frère Buddy, vingt-deux ans, et leur mère Dorothy. Ils y fabriquent des bibelots en bois, des ustensiles de cuisine. Plusieurs fois par an, Roger Broome parcourt deux cent quatre-vingt kilomètres de Carey jusqu'ici, pour venir les vendre en ville. Cette fois, il a loué une chambre meublée pas chère chez l'aimable Mme Dougherty. Ce matin, Roger compte s'adresser aux policiers du 87e District d'Isola. Devant le commissariat, il hésite. Il croise le repris de justice Clyde, qui lui explique les pratiques des flics. Ce qui fait encore reculer Roger.

Quand il fait la connaissance de Ralph, un drogué traficoteur récidiviste, ça ne s'arrange pas. Ils tombent sur l'inspecteur Andy Parker, du 87e. Ce que préférerait Roger, c'est de discuter avec un flic plus sympa que celui-là. Auquel il parlerait de la rousse Molly Nolan, âgée de trente-trois ans, originaire de Sacramento. Une femme pas si attirante au départ, à vrai dire, qu'il a rencontrée dans un bar. Téléphoner à la police ? Pour leur dire quoi, finalement ? Il vaut mieux que Roger passe du bon temps avec la jolie vendeuse noire du drugstore, Amelia Perez. À vingt-deux ans, Amelia a déjà une maturité certaine. Flâner ensemble et s'embrasser sur la Promenade au bord de l'eau, une parenthèse agréable.

Malgré tout, il faut bien que Roger retourne sur Grover Avenue, au 87e. Il y remarque un inspecteur qui a l'air ouvert, un prénommé Steve. Roger l'observe dans ce restaurant français, ou Steve déjeune avec son épouse pas causante. De retour à sa chambre meublée, Roger constate que sa logeuse a appelé la police pour un cambriolage. On lui a volé un vieux réfrigérateur poussiéreux remisé à la cave. Les inspecteurs Hal Willis et Cotton Hawes interrogent les clients de Mme Dougherty, y compris Roger. Ce montagnard n'a pas le profil pour commettre ce genre de larcin. Quand même, il est prudent que Roger brûle un foulard compromettant, avant de retrouver la jolie Amelia…

Ed McBain : Entre deux chaises (Série Noire, 1965)

Il s'agit du dix-neuvième titre de la série consacrée au commissariat du 87e District. Peut-être un des plus originaux, car Steve Carella et ses collègues policiers n'y apparaissent qu'en tant que seconds rôles. C'est Roger Broome, brave jeune campagnard, candide car peu habitué à cette liberté que lui offre son séjour en ville, qui est le héros de l'affaire. On comprend bien que ce garçon soit si hésitant pour contacter la police, lui dont la place est dans son petit village, auprès de sa mère et de son frère.

À l'opposé de ce côté naïf, Ed McBain témoigne d'une autre réalité : la relation entre un homme blanc et une femme noire. À l'époque, au milieu des années 1960, c'est encore très inconvenant. La jolie Amelia confie même à Roger un épisode malsain de sa prime adolescence. C'est là tout le charme des romans de cet auteur, approcher les réalités de son temps, montrer de vraies facettes de l'Amérique. Cette histoire ne manque pas d'une ironie bienvenue. Un des excellents suspenses de cette série.

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19 janvier 2015 1 19 /01 /janvier /2015 04:55

En Finlande, le terrain de camping de Vehmerranta appartient au couple Kilkki. Situé au bord du poissonneux lac de Pyhäjärvi, ouvert pour l'été à partir de mai, il se compose seulement d'une demie-douzaine de bungalows. Ces chalets sont principalement loués d'avance par des habitués. Il s'agit de passionnés de pêche, tel le fluet et taciturne Ilpo Kauppinen accompagné de son épouse Hilkka. Bientôt retraité, il y passe ses journées jusqu'à l'automne, le matin près de la rive, l'après-midi en eaux plus profondes, pêchant à la ligne ou au lancer. Il alerte la police ce matin-là, après avoir reçu sur sa barque un message de détresse par CB de Hilkka, restée au bungalow. Le quadragénaire capitaine Sudenmaa est chargé de l'affaire, l'épouse d'Ilpo ayant effectivement disparu du chalet.

Même si une battue avec des volontaires ne la retrouve pas, le policier préfère considérer que Hilkka est encore en vie. Nul cadavre noyé dans le lac, non plus. Tout en enquêtant, Reijo Sudenmaa garde un œil sur sa fille adolescente Mariska, qu'il élève seul car sa mère Irene n'est guère exemplaire. Le policier s'aperçoit que Ilpo Kauppinen divorça de la robuste Seija Kauppinen, avant de se remarier à la sœur de celle-ci, Hilkka, bien plus terne. Telle une furie mal contrôlable, l'amazone Seija accuse son ex-mari Ilpo d'avoir assassiné sa femme, sa sœur à elle. Ils n'ont été mariés qu'un an, mais les obsessions halieutiques du pêcheur exaspéraient Seija. Celle-ci est la seule à parler d'une mésentente dans le couple Hilkka et Ilpo. Sa sœur a souscrit une assurance-vie en faveur de Seija.

Osmo Kilkki, fils des propriétaires du camping, fait un possible suspect. Âgé de vingt ans, défiguré lors d'un incendie durant son enfance, il apparaît assez simplet. Ce bricolo sans vraie activité n'a pas d'alibi sérieux. Il fut accusé d'une tentative de viol sur une femme mûre, par le passé. Sudenmaa visite l'appartement des Kauppinen, où rien ne semble manquer parmi les affaires personnelles de Hilkka. Il remarque les trophées de Ilpo, ses “crânes”, têtes de poissons correspondant à ses records de pêche.

Au camping, un voisin habitué aussi du lac admet ne pas avoir de relations avec Ilpo. Un coin de la propriété abrite une décharge puante, remplie de poissons mort, futurs appâts pour Kauppinen. Ilpo continue à passer une grande partie de son temps sur le lac. “L'eau, perfection incarnée”, indispensable pour lui. Ignorant toujours si Hilkka est vivante ou défunte, Reijo Sudenmaa espère que cesseront les addictions de son ex-femme Irene, pour l'équilibre de Mariska. Par contre, le policier n'empêchera certainement pas une nouvelle disparition...

Martti Linna : Le royaume des perches (Babel Noir, 2015)

Il paraît que la Finlande compte 187.888 lacs, la plupart assez petits : c'est dire que Martti Linna a choisi le décor le plus typique de son pays. En conséquence, on imagine que les pêcheurs finlandais sont très nombreux. Probablement pas tous aussi obsédés par les gardons, les brochets et surtout les perches, que Ilpo Kauppinen. Ça reste une activité saine, proche de la nature. Sauf, peut-être, quand on s'entraîne à la pêche au lancer dans une piscine. La psychologie du mari de la disparue fait parfois sourire, disons-le.

Quant à l'enquêteur Sundemaa, il a son lot de soucis privés, ce qui influe finalement peu sur le rythme de ses recherches. Il n'irait pas plus vite, ne serait pas plus efficace, s'il n'y avait le cas de son ex-épouse, divorcée depuis neuf ans. Le contexte agreste incitant à une agréable lenteur, l'intrigue avance sans précipitation. Déterminer les circonstances de la disparition, établir une petite liste de suspects, comprendre la relation de couple chez les Kauppinen, l'enjeu est classique et non dépourvu d'intérêt. Tout ça se passera dans le climat de plénitude où baigne ce roman. Par sa tonalité, ce suspense de Martti Linna est doté d'un charme évident.

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 04:55

Parmi les polars disponibles en format poche dès ce mois de janvier 2015, en voici deux qu'il faut absolument retenir.

Zygmunt Miloszewski : "Les impliqués" (Pocket, 2015)

Varsovie, juin 2005. Magistrat âgé d'environ trente-cinq ans, Teodore Szacki a déjà les cheveux blancs. Il est marié depuis dix ans à Weronika, conseillère juridique employée à l'hôtel de ville, et passionnée de football. Ils ont une fille de sept ans, Hela. Teodore Szacki n'est, en tant que procureur, qu'un des modestes rouages de la justice polonaise. Avec son ami policier Oleg, ils se complètent fort bien. Les dossiers ne manquent pas, dont beaucoup en attente de CSS, classement sans suite. Il parvient parfois à en relancer un, tel le viol et le meurtre d'une ado disparue, dont le cadavre fut enterrée dans une cour d'école. L'affaire sera semi-élucidée. Dans un autre cas, face à une meurtrière ayant tué son mari non sans raison, le procureur Szacki ne retiendra qu'un crime accidentel.

Le docteur Cesary Rudzki a organisé durant le week-end un exercice thérapeutique pour quatre de ses patients, louant des locaux à l'église de la Vierge Marie de Czestochowa. Le dimanche matin, le cadavre d'Henryk Telak est découvert, tué d'un coup de broche à rôtir dans l'œil. Une affaire à sensation, sur laquelle la belle journaliste Monika voudrait obtenir des détails. Bien que mari fidèle, Szacki s'avoue désirer une relation intime avec Monika. Selon le premier rapport d'Oleg, le psy Rudzki ferait un bon suspect. Szacki interroge les patients, la prof Hanna, la comptable Barbara, et Ebi Kaim. Le docteur Rudzki explique au procureur la méthode utilisée pour cette thérapie, des jeux de rôles très intenses. Henryk Telak était le cas principal, ce week-end. Car l'ambiance familiale de la victime est assez mortifère. Jadwiga Telak, l'épouse de la victime, confirme. Le fils de quatorze ans, malade en sursis, est également interrogé. Sur son dictaphone, Henryk Telak enregistra entre autres un message d'adieu...

Bien que l'énigme soit le moteur de ce premier roman de Zygmunt Miloszewski traduit chez nous, on trouve ici bien d'autres aspects passionnants. D'abord, à travers la personnalité du procureur. Il sait que sa fonction est sans prestige, exigeant pourtant un discernement humaniste. Outre qu'il a d'autres dossiers en cours, on le voit troublé à la fois par cette curieuse thérapie qui entraîna un meurtre, et aussi par sa relation avec une journaliste. Dans un cas criminel, le doute habite toute personne sensée : le portrait nuancé de ce magistrat enquêteur s'avère très réussi. Ce qui distingue un roman noir, c'est son contexte. Nous sommes ici dans la Pologne postcommuniste, une quinzaine d'années après l'avènement de la démocratie. À travers le métier de Weronika, l'épouse du héros, on constate que des lourdeurs administratives restent présentes. Le procureur gagne correctement sa vie, mais semble attentif à ne pas gaspiller d'argent… Voilà un suspense noir qui ne possède que des atouts très favorables.

Polars poche 2015 : Zygmunt Miloszewski (Pocket) - Walter Mosley (Babel Noir)

Walter Mosley : "Les griffes du passé" (Babel Noir, 2015)

Âgé de cinquante-quatre ans, Leonid McGill a longtemps participé au plus sales activités de la vie new-yorkaise. Ce Noir encore athlétique, boxeur amateur, a tourné la page en devenant détective privé. Ses relations avec les flics restent diverses. À son égard, la policière Bonilla fait preuve d’empathie, mais l’inspecteur Kitteridge espère toujours le coincer pour ses méfaits passés. Quant au capitaine Charbon, c’est l’adversaire le plus dangereux du détective. Côté familial, pas brillant non plus pour McGill. Son épouse Katrina et lui sont aussi infidèles l’un que l’autre. McGill reste obsédé par la belle métis Aura Ullman. Elle l’a quitté pour le directeur financier gérant l’immeuble prestigieux où il a ses bureaux.

Sur le conseil de son fils, le détective engage la toute jeune Mardi Bitterman. Celle-ci ayant déjà connu de lourdes épreuves, elle va se montrer une secrétaire efficace. McGill connaît des contrariétés avec ses garçons. Twill, le fils très débrouillard de Katrina, et Dimitri, l’ombrageux fils de McGill, se sont entichés de filles de l’Est. Ils ont disparu avec elles, restant vaguement en contact. Katrina s’inquiète à juste titre. Pas sorcier d’imaginer que ces trop jolies filles appartiennent à un réseaux mafieux. En l’occurrence, celui d’un slave nommé Gustav. Si McGill ne craint guère les sbires de ce type retors, une explication invoquant une erreur ne suffit pas à régler la situation. Alphonse Rinaldo, conseiller spécial de la ville de New York, est en réalité un caïd mafieux auquel McGill ne peut refuser aucun service. Sans s’expliquer, Rinaldo exige que le détective retrouve et protège Angélique Tara Lear. C’est d’abord sur un double meurtre que tombe McGill. Une certaine Wanda Soa, fille de riches parents brésiliens, a été assassinée avec violence. Son meurtrier, un inconnu, est également mort dans la même pièce. Les flics étant sur l’affaire, ils posent d’embarrassantes questions à McGill. L'affaire s'annonce pleine de coups tordus...

Après “Le vertige de la chute”, la deuxième aventure de Leonid McGill, aussi excitante que la première. De plus en plus foisonnante, même. Le fil conducteur étant l’enquête autour d’Angie, le détective utilise ruse et force pour progresser. L’univers de McGill est bien loin d’investigations linéaires, ponctuées de quelques effets et de révélations soudaines. Son expérience s’est construite sur des erreurs, il le sait trop bien. Si son existence est encore plus compliquée que pour la moyenne des new-yorkais, McGill s’en accommode. Il se souvient chaque jour des leçons que lui inculqua son père idéaliste. Son principal enseignement étant, sans doute, qu’il faut toujours trouver un moyen de se sortir des situations périlleuses. C’est un pur bonheur de suivre les nouvelles tribulations de Leonid McGill, véritable héros humaniste de roman noir.

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