23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 05:55

Sheryl Gibson aurait pu rester vivre à Gallup, au Nouveau-Mexique, où son père tenait un garage sur la Route 66. Mais, en cette seconde moitié des années 1960, la Californie est plus attirante que jamais. Car le LSD et toutes sortes de drogues y circulent. Surtout si on entre dans la Famille, le cercle d'adeptes de Charles Manson. Au Spahn Ranch, autour de celui qui se proclame le nouveau Jésus-Christ, c'est sexe et drogues à volonté. Blonde et bronzée, Sheryl en a profité ces derniers mois. Elle s'avoue plutôt sympathisante, que réellement fascinée par les délires de Manson. Néanmoins, Sheryl fait partie du groupe qui pénètre dans une propriété de Cielo Drive, ce samedi 9 août 1969. Au nom de la Famille, ces prédateurs vont commettre un carnage, massacrant l'actrice Sharon Tate et plusieurs autres personnes présentes. Écœurée, Sheryl s'enfuit dès que possible.

La jeune femme se cache autant des flics, qui mènent une enquête active, que des fêlés de la Famille. Le nommé Cacho Sullivan la fait entrer dans sa troupe de strip-teaseuses, se produisant dans les bleds de la côte Ouest. Un bon job pour une jolie fille. C'est ainsi que Sheryl va rencontrer un jeune Noir appelé Meredith Hunter, dit Murdock. Il se garde bien de lui révéler ses véritables activités. Le trafic d'armes volées est aussi florissant que celui de la drogue en Californie. Avec son fournisseur Travis, les mitraillettes Uzi, les Remington et autres flingues ne sont jamais en rupture de stock. Alors que Sheryl vient habiter chez son amant noir, celui-ci est prêt à livrer un arsenal aux Hells Angels d'Oakland. Leur chef Big Walters paye cash les armes récemment dérobés dans un bled des environs, Lindsay.

Les flics ne tardent pas à repérer les flingues des Hells Angels d'Oakland. Le vindicatif Big Walters est furieux, comptant bien faire payer cette embrouille à Meredith Hunter. Avec sa bande, bien que le Black ait déménagé par prudence, ils vont vite retrouver la planque de Meredith et Sheryl… Tandis que Charles Manson et plusieurs adeptes sont en prison, les Rolling Stones viennent de perdre leur guitariste Brian Jones. Malgré tout leur tournée continue, tel un hommage. Les voici en Californie où, à soixante-dix kilomètres de San Francisco, sur le circuit automobile d'Altamont, ils vont attirer trois cent mille spectateurs. Même si les Stones se déchaînent, la violence et la mort rôdent sur l'évènement. Pour Sheryl, c'est une nouvelle étape dans les épreuves qu'elle doit traverser, pas la dernière…

Marc Villard : Sharon Tate ne verra pas Altamont (Cohen & Cohen Éd., 2014)

Marc Villard reste le grand styliste français de la nouvelle et du roman court. Utiliser pour contexte des épisodes entremêlés de l'histoire californienne, c'est déjà une sympathique idée. À la fin du livre, se place d'ailleurs une chronologie des faits. Toutefois, les lecteurs n'attendent pas une simple reconstitution de l'époque, et l'auteur n'est pas de ceux qui tomberaient dans cette facilité. Ce qu'il nous raconte, c'est le parcours d'une jeune femme dans l'univers débridé qu'était la Californie d'alors. Durant cette décennie, le mouvement hippie s'est développé, fort attirant pour toute une jeunesse.

Goûter aux drogues était une manière de se libérer du conformisme. C'est l'expérience que veut vivre la belle Sheryl. Notre héroïne a la malchance de fréquenter le cercle de Charles Manson, la Famille. Concernant ce personnage halluciné et cruel, soulignons que l'aura satanique de Manson n'a guère faibli quarante-cinq ans après son arrestation. Par ailleurs, si les révoltes de 1968 et Woodstock ont marqué l'apogée du Flower Power, du Peace and Love, Marc Villard n'ignore pas ce que symbolise le concert d'Altamont. Dont il décrit admirablement l'ambiance. Par la suite, la “contre-culture” va se marginaliser, et perdre son caractère rebelle. Avec son habileté coutumière, l'auteur nous plonge dans le bain de ces années-là, pour un roman (d'une centaine de pages) de très belle qualité.

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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 16:30

L'édition 2014 du Festival Polar de Cognac se déroulera du 17 au 19 octobre. L'évènement fait la part belle au cinéma et à la télévision. Mais les auteurs de polars et de bédés ne sont pas oubliés.

Petit survol des animations présentées cette année :

Les Cérémonies des « POLARS » 2014 : Vendredi 17 octobre à 20h30 (BD - Littérature – Théâtre) - Dimanche 19 octobre à 14h30 (Cinéma – Télévision)

Hommage à José GIOVANNI : Samedi 18 octobre à 20h30 (4 Projections, les 17/18/19 octobre) + Édition d'une Nouvelle

Clin d’œil à Georges SIMENON : Rencontre samedi 18 octobre à 10h00 – Théâtre dimanche 19 octobre à 15h30

Clin d’œil à Georges LAUTNER : rencontre samedi 18 octobre à 15h30

Compétions Cinéma et Télévision : 15 Films et Séries, 45 acteurs, producteurs, réalisateurs, scénaristes + Les Avant-premières : 3 de Télévision & 1 de Cinéma + Le Prix des Bibliothèques + Les Expositions (La Salamandre / Les Récollets) + Les Cartes Noires : Antigang / Corbeaux / Jack L'éventreur.

Festival Polar Cognac, les 17, 18 et 19 octobre 2014

La Grande Librairie : samedi 18 & dimanche 19 octobre (40 Auteurs).

Les romanciers annoncés (auteurs en bleu = liens) :

Claudine Aubrun, Guillaume Audru, Jean-Baptiste Baronian, Christian Blanchard, Jacques-Olivier Bosco, Philippe Bouin, Hugo Buan, Sandrine Collette, François-Xavier Dillard, Wulf Dorn, Christian Drillaud, Claire Favan, Sylvain Forge, Matthieu Frachon, Olivier Gay, Karine Giebel, Emmanuel Grand, Jacques Humbert, David-James Kennedy, Pierre-Jean Lancry, Marin Ledun, René Manzor, Olivier Maurel, Peter May, Bernard Minier, Joseph Ouaknine, Bertrand Puard, Gérard Streiff, Sébastien Tessier…

Les auteurs de bédés annoncés :

Philippe Berthet, Max Cabanes, Stéphane Heurteau, Jacques de Loustal, Jörg Mailliet, Eric Maltaite, Alain Queireix, Roman Renard, Sandro, Philippe Tomblaine, Jörg Ulbert.

Un rendez-vous à ne pas manquer !

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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 05:55

Gillian Carax, c'est la flic de choc de la police lilloise. Elle s'autorise une vraie liberté dans sa vie intime, entre son pizzaïolo préféré et son collègue Dubois. Ce dernier est marié à Sandy, psychologue scolaire, ce qui les oblige à interrompre leur relation. Leur complicité de policiers reste intacte, y compris face à leur supérieur Pelletier. Tenu par l’Égyptien Bachir Hassan, le Bar des Îles est un des endroits que Gillian fréquente volontiers. On vient d'y retrouver le cadavre au visage mutilé de Djamila, serveuse dans ce bar, et prostituée à l'occasion. C'était une des indics de Gillian. Le corps a été tué ailleurs, puis déposé ici. Déjà sur l'affaire, Paul Dubois va être rejoint par son amie Gillian. Bachir dit ne rien savoir, mais on ne peut pas lui accorder une totale confiance.

Dans l'appartement de Djamila, Gillian découvre des vêtements de luxe. Facile de deviner que la victime faisait des extras, participant à des soirées sexuelles. La laide prostituée Soraya, Égyptienne d'origine aussi et copine de Djamila, n'aide pas tellement Gillian. Le proxénète Sergio ferait un possible suspect, mais ce n'est pas un type si violent, et il a un bon alibi. Il y aurait encore un certain Mustapha, mais son arme habituelle n'est pas celle du crime. La victime étant cliente de la discothèque Le Pirate, Gillian y tente sa chance. Elle fait la connaissance d'un cardiologue quadragénaire, Albin Lefébure, dit “Frédéric”. Elle se fait appeler “Mélissa”. Il lui propose bientôt de participer à des soirées sado-maso où, vu son allure de guerrière, elle jouera de façon convaincante le rôle de dominatrice.

C'est du côté de Courtrai, en Belgique, qu'une certaine Marilyn tient un club SM. Première soirée un peu trop simplette pour Gillian-Mélissa, si ce n'est qu'elle reconnaît un client de l'endroit, un magistrat lillois. L'enquête avançant trop lentement, Gillian se permet une visite clandestine chez le couple Lefébure. Elle y dérobe l'ordinateur et le portable du fameux “Frédéric”. L'expertise n'y trouvera rien de vraiment compromettant, le médecin et son ami magistrat s'avérant prudents. Par contre, il se confirme que “Frédéric” possède un alibi solide le jour de la mort de Djamila.

Une branche familiale égyptienne de la victime semble pratiquer l'intégrisme religieux. Peut-être les enquêteurs devraient-ils chercher de ce côté ? Quand Gillian provoque une nouvelle rencontre avec “Frédéric”, il lui propose un scénario plus élaboré que la première fois. Chez Marilyn, va avoir lieu un simulacre de cérémonie héritée de l’Égypte ancienne, dans une sorte de temple antique reconstitué. Avec le magistrat et deux jeunes femmes, Eva et Audrey. Cette fois, les choses vont s'accélérer. Les coupables éliminent les traces, compliquant la tache de Paul Dubois et Gillian. Celle-ci prétextera finalement un voyage à Londres pour régler quelques comptes...

Lucienne Cluytens : La panthère sort ses griffes (l'Atelier Mosésu, 2014) – Coup de cœur –

S'il est un roman qui répond exactement à la définition du polar d'action et de suspense, c'est bien ce nouveau titre de Lucienne Cluytens. Elle a concocté une solide histoire, ce qui tient au fait que l'auteure n'est nullement une néophyte. Elle publie depuis dix ans, chez Liv'Éditions (deux romans), puis chez Ravet-Anceau (quatre titres dans la collection Polars en Nord), ainsi que chez Krakoen. Lucienne Cluytens est une romancière qui maîtrise ses intrigues, sachant dans le cas présent exploiter une tonalité rythmée. Car ça bouge sans temps mort, dans cette aventure trépidante de la fonceuse Gillian.

Voilà donc une héroïne intrépide qui pourrait rivaliser avec les plus redoutables flics de la littérature policière ou du cinéma, sans craindre les adversaires dangereux, musclés ou rusés. C'est dans le cadre de “soirées spéciales” qu'elle va intervenir. En effet, la Belgique frontalière a la réputation d'abriter des clubs sulfureux. Si, dans la majorité des cas, le SM sert juste de piment à des jeux sexuels assez ordinaires, des séances scénarisées sont sûrement plus extrêmes. Pas de voyeurisme exagéré : l'érotisme reste ici lié à l'affaire criminelle. Quoi qu'il arrive, la détermination de Gillian-la panthère à éclaircir l'affaire est sans faille, qu'on se le dise ! Un polar très excitant, dans la meilleure tradition.

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21 septembre 2014 7 21 /09 /septembre /2014 05:55

De son vrai nom Marie-Anne Devillers, Mario Ropp naquit le 18 décembre 1917 à Héricourt en Haute-Saône. Elle est décédée le 20 décembre 2007 à Tonnerre, dans l'Yonne. De 1957 à 1983, elle a produit quatre-vingt-quinze titres pour la collection Spécial-Police du Fleuve Noir, plus sept romans signés Dominique Dorn dans la collection La Chouette chez Ditis. Certains de ses confrères auteurs du Fleuve Noir trouvaient qu'elle était exploitée par leur éditeur, en raison d'un succès bien réel. Ses intrigues possédaient, comme l'a souligné l'expert Michel Lebrun, d'excellents points de départs, mais avaient tendance à se diluer. Il ne s'agissait pas de “remplissage”, plutôt d'ajouter des sinuosités énigmatiques ou des hypothèses sans grande utilité. Pour autant, les suspenses de Mario Ropp restent fort agréables à lire. En voici deux exemples.


"Jeux de clés" (Fleuve Noir, 1965) :

Un petit village dans la région de Troyes. L’arrivée de Pierre n’a aucune chance de passer inaperçue : cet homme mûr est vêtu exactement comme un cow-boy de western. Insolite dans cette bourgade. Les gamins qu’il croise le surnomment immédiatement Zorro, bientôt imités par toute la population locale. Pierre s’installe à l’unique auberge, celle de Victor… Angeline, vingt-cinq ans, habite depuis près d’un an et demi chez sa cousine quadragénaire Florence, romancière, à la sortie du village. Angeline a vécu un certain nombre d’années en Afrique. Elle semble en avoir conservé de bons souvenirs, mais aussi d’autres plus douloureux. Un petit incident, au sujet de la clé du portail la trouble plus qu’il ne serait logique.

Tous se posent des questions concernant Zorro. L’aubergiste Victor qui n’a pas envie d’évoquer son séjour en Guyane… Richard, petit caïd d’une bande de jeunes du coin… Roger Dreux, qui fit de la prison pour le meurtre de son épouse, et vit ici avec sa fille (qui fricote avec Richard)… Véra, la fille adoptive de Victor, qui trouve Pierre très attirant. Angeline sent que Pierre est là pour elle. Bien sûr, elle ne le connaît pas, mais elle est certaine que c’est lui qui a “emprunté” la clé. Elle se confie partiellement à Roger Dreux. Celui-ci (dont Florence fut probablement un peu amoureuse quelques temps plus tôt) se laisse volontiers séduire par la jeune femme, et devient son amant.

Pierre gêne les habitant du village que, pourtant, il ne menace pas. On voudrait bien qu’il parte… La clé ayant encore disparu, Angeline et Roger vont monter la garde pour surprendre Pierre. Mais, au matin, Florence découvre Roger, assassiné. Les soupçons de tous se portent évidemment sur Pierre. Mais il est innocent, et reste calme. Il est temps de mettre les choses au point avec Angeline. Oui, Pierre a bien un rapport direct avec son passé, avec son mariage, avec sa façon de traiter les hommes. Et il ne quittera pas le village sans elle… ni sans avoir découvert qui a tué Roger Dreux. Sa petite enquête parallèle portera ses fruits.

Mario Ropp : Jeux de clés + Mais à qui appartient Victor ?

"Mais à qui appartient Victor ?" (1980) :

Marc Servier part en vacances. Sur la route, la voiture qui le précède est priée d'appeler un numéro de téléphone. Dès qu'il le peut, Marc transmet le message à la conductrice, une jolie Eurasienne. Elle s'en moque, repartant bientôt. Marc la prend en filature. Quand il la voit s'arrêter, il stoppe un peu plus loin. Il voit la jeune femme pousser son véhicule dans le canal. Rebroussant chemin, il la prend à son bord. Marc constate que le chien de l'Eurasienne est hostile à sa maîtresse. Celle-ci semble même ignorer le nom de l'animal. Alors qu'il dîne avec la jeune femme, Marc appelle discrètement le numéro de téléphone qui était indiqué. Pas de réponse, mais l'annuaire lui permet de savoir que ça correspond à Norbert Turondeau, le mari de l'Eurasienne Yo.

Marc oblige Yo à retourner chez elle. C'est ainsi que tous deux découvrent le cadavre de Norbert. Se sentant amoureux de Yo, Marc ne veut pas croire qu'elle soit la meurtrière. Décidant de rester à son côté, il contacte la police. Les soupçons de l'inspecteur Gerry Mellaud envers l'épouse du mort restent relatifs. Puisqu'il y a eu également vol, on peut s'interroger sur le véritable motif du crime. Deux autres personnages font leur apparition dans l'affaire : Ada Gerald, la maîtresse de Norbert, et Gérard Hyppolite, un ami de Yo que l'on surnomme Hippo. Ces deux-là avaient aussi de bonnes raisons de supprimer Norbert.

Quelqu'un d'autre intrigue fortement le policier Gerry Mellaud : Victor. Quel est donc le rôle de ce chien qui accompagnait Yo, à qui est-il ? En réalité, l'Eurasienne se trouvait dans la voiture d'Ada. Néanmoins, cette dernière affirme ne pas connaître ce chien. S'agit-il du chien d'Hippo ? Non, il possède un animal, mais pas celui-ci. Alors, ce pouvait être le chien de Norbert ? Certainement pas, car il n'en avait pas, et même détestait les bêtes. Quand Victor s'enfuit, il devient improbable d'identifier le maître de ce chien. Si, dans cette histoire, chacun présente sa version des faits, peut-être l'assassin finira-t-il par se couper dans ses explications ?...

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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 06:40
50e salon du livre du Saguenay-Lac Saint-Jean 25 au 28 septembre

La 50e édition du salon du livre du Saguenay-Lac Saint-Jean rassemblera des dizaines d'auteurs québécois du 25 au 28 septembre 2014 au Centre des Congrès Delta Saguenay 2675, boul. du Royaume Jonquière.

Un grand rendez-vous avec les lecteurs du Québec !

Toutes les infos en cliquant sur le site de cet évènement.

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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 06:30

Luke Nightingale est un gamin de six ans. Il habite à New York, tout près de Central Park. Le vaste appartement où il vit avec sa mère Claire se trouve sur la 106e Rue, après la 5e Avenue. Claire Nightingale a hérité de la maison d'éditions que Venetia, sa défunte mère, avait créé avec la fortune familiale. Elle organise régulièrement chez elle de petites soirées mondaines, avec des invités artistiques. Luke a aussi un père, James Tomasi. Ce dernier est en train de refaire sa vie avec une autre femme. Ce qui amène des tensions entre la mère et le père de Luke. C'est dans Central Park, son terrain de jeu tant qu'il ne va plus en classe, que Luke rencontre Daniel. Un compagnon idéal de son âge, sans attache. Pour le bien de son fils, Claire va “adopter” aussi le jeune Daniel.

Cet hiver-là, le trio va déménager sur Fire Island. L'ambiance n'y est pas très joyeuse, car l'humeur de Claire s'avère difficile à comprendre pour Luke et Daniel. Celui-ci apprécie néanmoins cette île : “Luke et elle erraient dans la maison tels des fantômes, mais je ne m'étais jamais senti aussi fort, aussi vivant… J'adorais le silence de cet endroit.” Daniel est quelque peu mis à l'écart de la relation entre Luke et sa mère. Il s'en accommoderait, si on n'offrait à son copain un chiot baptisé Minuit. Il va devoir réagir, par la ruse. Le psy de Manhattan qui suit Luke chercherait lui aussi à séparer Daniel de son ami. Les Nightingale reviennent bientôt s'installer au cœur de New York, dans un nouvel appartement. Ce qui va signer la rupture entre Luke et Daniel.

Ils vont se retrouver douze ans plus tard. Les instincts suicidaires de Claire Nightingale ne lui permettent pas de s'occuper de Luke, dix-huit ans. Lycéen, il doit s'installer dans la deuxième famille de son père. Daniel se montre discret, car son ami va toujours chez le même psy de Manhattan. Entre le football américain et ses copains de lycée, dont Omar, Luke préserve un certain équilibre de vie. Plus tard, il entre à l'Université, s'y fait d'autres relations. Daniel est toujours auprès de Luke, le vampirisant un peu. L'état de santé de Claire paraît se stabiliser. Mais c'est un jeu pervers entre eux qui se joue encore…

Brian Deleeuw : L'innocence (Super 8 Éditions, 2014)

Après le petit résumé factuel qui précède, il est préférable de ne rien ajouter. Les futurs lecteurs découvriront eux-mêmes l'univers de ce roman. Un suspense psychologique ? Ce pourrait être une définition de l'histoire, oui. Car, dès l'intro, on ne nous cache pas que la mort va planer sur ces personnages. Pourtant, le climat n'est jamais strictement morbide. Au contraire, c'est avec une sacrée subtilité que nous sont racontés les rapports entre Luke, Daniel, et Claire Nightingale.

Un récit enjoué et très astucieux, même. Fort bien servi par la traduction de Claro, semble-t-il. Si les intrigues faisant appel à la psychologie sont légion sous l'étiquette polar, celle-ci s'avère franchement originale. Un roman qui ne tarde pas à fasciner ses lecteurs et les tient en haleine jusqu'au bout, ça ne se refuse pas.

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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 05:55

Parmi les excellents polars disponibles en format poche, retenons deux auteurs majeurs réédités chez Points. Ambiance décalée pour le magnifique roman d'Harry Crews, climat magouilleux pour l'excellent titre de Deon Meyer.
 

Harry Crews : "Nu dans le jardin d’Éden"

Garden Hills est une petite localité de Floride, située non loin de l'autoroute reliant Tampa à Orlando. En cette fin des années 1960, il n'y reste qu'une douzaine de maisons habitées. Cette cité minière a pourtant été florissante, pendant un temps. Des ingénieurs y ayant détecté du phosphate en quantité, Jack O'Boylan acheta les terrains disponibles afin de construire une usine pour traiter le minerai de phosphate extrait du sol. Ce qui attira bon nombre d'ouvriers, pour lesquels Jack O'Boylan fit bâtir une ville, dans le creux des terres déjà exploitées. Celui qui profita le plus de la manne financière, ce fut Mayhugh Aaron, dit Fat Man. Peut-être finit-il à moitié fou, mais il avait négocié sans céder un sacré pactole. Cette fortune profite aujourd'hui à son fils, Fat Man Junior. Il habite la plus riche maison de Garden Hills, sur une butte dominant la ville quasi-morte. Car entre-temps, le phosphate s'épuisant, Jack O'Boylan cessa son industrie ici, et la plupart des ouvriers partirent.

Le fils Fat Man tenta de maintenir un semblant d'activité à Garden Hills, répandant lui-même la rumeur illusoire selon laquelle Jack O'Boylan reviendrait un jour relancer la ville. Fat Man pèse désormais près de trois cent kilos, pour un mètre soixante-cinq. Il végète au milieu de ses milliers de livres achetés au poids. Fat Man est assisté par Jester, ancien jockey pesant quarante-cinq kilos, qui conduit sa Buick Sedan aménagée. En réalité, même s'il reste passionné de cheval, la carrière de jockey de Jester fut très brève. Il fut ensuite employé dans un cirque. C'est là qu'il rencontra “Nestradidi, la Noire princesse africaine”, singulière contorsionniste prénommée Lucy. Il s'installa à Garden Hills avec elle, à l'époque où il fut engagé par le père de Fat Man Junior. Celle qui espère redonner vie à Garden Hills, c'est Dolly Furgeson. Jolie fille préservant sa virginité, elle fut élue Reine du Phosphate à l'âge de seize ans. C'est alors qu'elle partit pour New York. Malgré ses échecs, elle sut tirer de vraies leçons de cette expérience. La Floride est une région qui attire les touristes. Un peu de publicité sur l'autoroute, un télescope payant braqué sur les curiosités de Garden Hills, il y a des projets à mener...

C'était le deuxième titre de cet écrivain, pourtant on y sent déjà une vraie maturité. Pour dessiner les portraits des personnages, Harry Crews ne se borne pas à un récit linéaire où chacun aurait sa part de vicissitudes. Avec souplesse, il revient sur tel épisode de leur vie, qui va expliquer leur comportement à l'heure où l'espoir renaît à Garden Hills. Ainsi, quand Wes retourne dans son trou (inutile) de foreur, juste pour participer au projet de Dolly, on comprend sa démarche. S'il est pitoyable, surtout quand il ne peut plus se vêtir correctement, Fat Man n'est pas malhonnête, au fond. À chacun, aussi ridicules soient-ils, l'auteur offre une évidente humanité. Dolly domine la situation, ayant mieux compris le monde après ses tribulations new-yorkaises. La tonalité est ironique, pas si cruelle. Quelle que soit l'étiquette, noire ou pas, un roman remarquable.

Polars poche 2014 : Harry Crews et Deon Meyer aux Éditions Points

Deon Meyer : "7 jours" (dispo dès le 2 octobre 2014)

Policier sud-africain, Benny Griessel considère avoir raté bien des choses dans sa vie. Son mariage, même s'il reste en contact avec ses deux enfants. Sa carrière de flic, même s'il a intégré le prestigieux service des Hawks. Son rôle d'ange gardien auprès de son amie de cœur, la chanteuse Alexa, même s'il a limité l'alcoolisme de celle-ci. Benny lui-même reste sobre depuis environ deux-cent-trente jours. Alexa commence à replonger, car son proche retour sur scène la rend nerveuse. L’État-major de la police confie à Benny une affaire des plus délicates. Un sniper menace d'abattre des policiers, un par jour, si on ne relance pas l'enquête sur le meurtre de l'avocate Hanneke Sloet. Qu'il s'agisse d'un terroriste ou d'un dingue, ses mails mélangent connotations religieuses et politiques. Benny aura un œil neuf sur ce dossier, jusqu'à présent absolument insoluble pour ses collègues. Nxesi, le jeune flic chargé de l'enquête initiale manquait, il est vrai, d'instinct ou d'intuition.

Bien que Benny n'apprécie guère le travail d'équipe, il n'est pas fâché que la capitaine Mbali Kaleni soit désignée pour traquer le sniper. Elle commence par définir le probable emploi du temps du tireur, et par s'informer sur le type de silencieux dont il se sert. Le sniper a mis sa menace a exécution, allant jusqu'à viser un officier du poste de police de Green Point. De son côté, Benny a visité l'appartement neuf de Hanneke Sloet, examiné son bureau perso, contacté l'assistante de la victime. L'avocate d'affaires était une jeune femme très ambitieuse, qui consacrait plus de temps à son métier qu'à sa vie privée. Suspecter le gardien de l'immeuble, qui n'était pas encore sécurisé au jour du meurtre, ou l'ex-fiancé de l'avocate, Egan Roch ? Ils ont des alibis, même si ça reste à vérifier. Le directeur du cabinet d'avocat employant Hanneke Sloet est coopératif. La transaction financière dont elle s'occupait à son décès n'avait rien d'exceptionnel. Montage complexe entre une société minière et un groupe d'investissement, dont les rouages échappent un peu à Benny...

La page de l'apartheid est définitivement tournée en Afrique du Sud. Il est évident que ce pays, un des plus riches du continent africain, attire toutes les convoitises. Avec diverses combinaisons financières qui ressemblent à de la corruption, des arrangements au sein de l'élite qui sentent fort la magouille. Éternelles malversations, dès qu'on a accès à une parcelle de pouvoir. Bien qu'apparu dans deux précédents romans de l'auteur, il n'est pas indispensable de connaître par avance Benny Griessel. Flic tourmenté, alcoolo en voie de sevrage, ce serait un portrait trop simplifié du personnage. Maîtrisant mal ses soucis tout en faisant bonne figure, on le sent en décalage avec la société. Benny s'efforce de poursuivre ses investigations, dans une enquête fatalement tortueuse. Grâce au format long du roman, le lecteur peut s'immerger dans leur univers, les côtoyer pendant sept jours. Un noir suspense qui se lit avec plaisir.

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17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 05:55

L'Unité est une organisation qui, depuis les débuts de la 5e République, n'existe pas. Quel que soit le régime, son rôle est d'éradiquer ceux pouvant être nuisibles à la démocratie. Limiter le foutoir dans notre société en déséquilibre. Voilà trente ans que le sexagénaire Berthet est un des exécuteurs au service de l'occulte Unité. Souvent agissant seul, comme quand il élimina un trésorier-payeur-général du Bloc Patriotique. Parfois en trio avec Couthon et la redoutable Desmoulins, telle cette mission visant des personnages du Moyen-Orient. Supprimer des citoyens lambda, à l'occasion, ce qui est plus embarrassant pour Berthet. Les ordres viennent de Losey, qui n'a rien d'un simple bureaucrate de ministère, sans doute présent depuis les débuts de l'Unité. Quand il n'est pas en mission, Berthet privilégie la poésie et le bien-vivre, profitant d'une de ses multiples planques.

Alors qu'il séjourne à Lisbonne avec son amante noire, Amina, Berthet s'aperçoit qu'on veut l'assassiner, à son tour. Peu surprenant pour lui, car la modernisation de l'Unité est en cours. On aurait juste pu sélectionner des tueurs plus reluisants. Barbouzerie foireuse. S'il a été décidé de tuer Berthet, ce n'est pas tant une question d'âge ou parce qu'il en sait trop. Depuis une vingtaine d'années, en parallèle des opérations pour l'Unité, Berthet protège une gamine originaire d'un quartier modeste de Roubaix. Les plus mesquins l'ont cru pédophile, alors que ses sentiments sont purs. Berthet a senti le potentiel de la jeune fille, l'a accompagné sans se faire remarquer dans sa progression politique. Kardiatou Diop est désormais une politicienne incontournable, la secrétaire d’État préférée des Français. Raison de plus pour la protéger encore et toujours, au risque de se faire tuer à Lisbonne.

Compagnon de la prof Hélène Rieux, ancien enseignant lui-même, Martin Joubert est un pigiste de l'édition. Âgé de près de cinquante ans, il avoue un bilan déprimant. Même si son jeune ami et agent Alex Guivarch lui soutient le moral. Écrire des pornos pour mémés, publier des chroniques sur un site Internet extrêmement droitier, et maintenant se voir proposer la rédaction d'un livre destinés aux fachos, ça devient impossible. Refuser la toute dernière offre, c'est même se mettre en danger pour Alex et lui. Les nazillons Gruber et Delrio font appel à Stanko, le n°1 de la sécurité au Bloc Patriotique, pour dérouiller avec ses sbires ces récalcitrants.

C'est alors qu'intervient Berthet. Car Berthet a besoin de Martin Joubert. Il lui faut un écrivain pour raconter noir sur blanc toute la vérité sur l'Unité. Pour garantir la sécurité de Kardiatou Diop, tout en se protégeant lui-même, grâce à ses révélations. La très populaire secrétaire d’État est candidate à Brévin-les-Monts, face à la leader du Bloc Patriotique. Berthet sent que c'est un coup fourré de l'Unité, une manœuvre qui pourrait conduire à de sérieux ennuis pour Kardiatou. Après élimination de quelques skins, Berthet et Martin Joubert entrent en clandestinité, dans les parages de Brévin-les-Monts…

Jérôme Leroy : L'ange gardien (Série Noire, 2014)

Saint-John Perse (1887-1975), à la fois poète et diplomate, a écrit : “La démocratie, plus qu'aucun autre régime, exige l'exercice de l'autorité.” En effet, la stabilité politique se doit d'être encadrée par des institutions solides. Pas de méthodes répressives à l'exemple des dictatures, pas d'oligarchie élitaire concentrant les pouvoirs, la démocratie consiste à faire appliquer un respect des règles communes pour le bien de tous. Que reste-t-il donc de ce simple principe dans nos sociétés ? Sont-elles gangrenées par des réseaux occultes, par la propagande aujourd'hui appelée communication, par la parole décomplexée autorisant à insulter tout adversaire, par l'immédiateté interdisant de réfléchir plus loin ? Vaut-il mieux désigner une bourgade du Limousin comme repaire de terroriste, afin de faire oublier aux citoyens que nos supposés dirigeants de tous bords ne sont plus que des comptables ?

Non, Jérôme Leroy ne pose pas ces questions dans ce roman. Pourtant, elles sont là, juste derrière la carrière de tueur de Berthet, le quotidien déprimant de Martin Joubert, ou l'ascension politique de Kartadiou Diop. Le train de la démocratie a déraillé depuis longtemps, il cahote hors de la voie tracée, et nous faisons comme si tout allait bien. On veut croire à un renouveau, à une courageuse ministre de la Justice, à une Rama Yade ou une Najat Vallaud-Belkacem rayonnantes. Même si l'hystérie populiste gagne du terrain. Berthet est de ceux qui défendent cet espoir jusqu'au bout. Alors, ces officines secrètes genre l'Unité, ces think tank (ou laboratoires d'idées, c'est plus joli), ces économistes et politologues disant tout et son contraire, on s'en débarrasse quand ? Sans doute jamais, car “La démocratie exige l'exercice de l'autorité”. Jérôme Leroy illustre toutes ces failles de nos sociétés, ces errements et ces approximations. Et nous rappelle que, si la poésie n'a pas de valeur marchande, elle permet de se sentir quelquefois plus apaisés.

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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 17:00
Grand Prix de Littérature Policière 2014 : les vainqueurs

Voici la liste des 28 titres qui étaient sélectionnés pour le Grand prix de Littérature policière 2014.

Les auteurs français :

Chainas, Antoine « Pur » Gallimard (Série noire) - Marc Charuel « Chiens enragés » Albin Michel - Couao-Zotti, Florent « La traque de la musaraigne » Jigal - Grand, Emmanuel « Terminus Belz » Liana Levi - Guez, Jérémie « Du vide plein les yeux » La Tengo - Hervouët, Daniel « Le grand sacrifice » Rocher (Ligne de feu) - Ledun, Marin « L’homme qui a vu l’homme » Ombres noires - Manook, Ian (Patrick Manoukian) « Yeruldelgger » Albin Michel - Maravelias, Eric « La faux soyeuse » Gallimard (Série noire) - Mathieu, Nicolas « Aux animaux la guerre » Actes sud (Actes noirs) - Ragougneau, Alexis « La madone de Notre-Dame » Viviane Hamy - Sanders, Louis « La chute de Mr Fernand » Seuil (Seuil. Policiers) - Suaudeau, Julien « Dawa »  R. Laffont - Vix, Elisa « L'hexamètre de Quintilien » Rouergue (Rouergue noir).

Les auteurs étrangers ;

Berg Alex « La marionnette » Actes sud (Actes noirs) - Burke, Shannon « 911 » Sonatine - Camilleri, Andreas « La danse de la mouette » Fleuve Editions - Cook, Thomas H. « Le dernier message de Sandrine Madison » Seuil - Desai, Kishwar « Témoin de nuit » L’Aube (Aube noire) - Gonzales Ledesma, Francisco « Des morts bien pires » Rivages - Hobbs, Roger « Ghostman » R. Laffont - McKinty, Adrian « Dans la rue j’entends les sirènes » Stock - Mishani, Dror «Une disparition inquiétante » Seuil (Seuil policiers) - Pötzch, Oliver « La fille du bourreau » J. Chambon - Rash, Ron « Une terre d’ombre » Seuil (Cadre vert) - Stokoe, Matthew “Empty Mile” Gallimard (Série noire) - Unsworth, Cathi « Zarbi » Rivages (Rivages/Thriller) - Waites, Martyn « Né sous les coups » Rivages (Rivages/Thriller).

Grand Prix de Littérature Policière 2014 : les vainqueurs

Le Grand Prix de Littérature Policière 2014, domaine français et domaine étranger, a été attribué officiellement ce mardi 16 septembre 2014 aux romans suivants :

Prix du Roman français : « Pur » d'Antoine Chainas, Gallimard (Série noire)

« Chiens enragés » de Marc Charuel, Albin Michel (Thrillers) arrive deuxième - « Aux animaux la guerre » de Nicolas Mathieu, Actes Sud (Actes noirs) est troisième.

Prix du Roman étanger : « Une terre d’ombre » de Ron Rash, Seuil (Cadre vert)

« 911 » de Shannon Burke, Sonatine, est deuxième - « La marionnette » d'Alex Berg, Actes Sud (Actes noirs) est troisième.

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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 05:55

Parmi les meilleurs polars parus en format poche durant le mois de septembre 2014, on peut retenir ceux de deux romancières.

L'une, Anglaise, manipule le mystère et le suspense avec une jolie souplesse. L'autre, Allemande, nous entraîne dans une affaire d'espionnage très actuelle. Deux talents différents, dans la manière et l'inspiration, pour des romans de belle qualité.

 

Belinda Bauer : "Le voleur d'enfants tristes" (Éd.10-18)

En Angleterre, dans le parc national d'Exmoor, autour du village de Shipcott, on a déjà vécu des affaires meurtrières. L'agent de police Jonas Holly reste suivi par une psy, depuis que son épouse a été assassinée. L'inspecteur Reynolds n'est pas pressé de voir Jonas reprendre du service. Avec sa collègue Elisabeth Rice, ils vont devoir revenir enquêter dans ce secteur dont Reynolds apprécie peu les habitants. Âgée de treize ans, Jess Took a disparu en forêt, attendant son père pratiquant la chasse à courre. Plus certainement un kidnapping qu'une fugue, le ravisseur ayant laissé un message écrit : Vous ne l'aimez pas. Il est vrai que John Took n'est pas des plus sympathiques. Endetté, il se peut qu'il compte quelques ennemis, ce que les deux policiers vont vérifier.

Un deuxième rapt se produit peu après sur un parking. Pete Knox, neuf ans, attendait ses parents dans leur voiture. Le même message a été laissé à la place du petit Pete. Après cet autre enlèvement, Reynolds doit prendre l'affaire encore plus au sérieux. Steven Lamb a dix-sept ans. Il habite avec sa mère, sa grand-mère, et son jeune frère Davey. Ce dernier va fréquemment jouer avec son copain Shane dans des endroits qu'on leur a interdit d'explorer. Steven éprouve une vive suspicion envers Jonas Holly. Il a connu son épouse, qui semblait malheureuse, et pense que l'agent de police l'a assassinée. Par ailleurs, Steven découvre l'amour, grâce à la jeune Emily. Elle va l'initier au monde du cheval, sa passion.

La psy qui traite le cas de Jonas Holly n'exclut pas des réactions violentes de sa part. Ce qui ne l'empêche pas de signer pour qu'il reprenne son poste. Elle hésite à parler de ses doutes à Reynolds. Ce dernier organise une battue pour retrouver les enfants, qui dure trois jours et mobilise plus de cent personnes, dont les habitants des environs. Jonas Holly y participe, ayant repris ses fonctions. Malgré ces gros moyens, on ne repère aucune trace de Jess Took ou de Pete Knox. C'est à l'occasion d'un salon du cheval que Charlie Peach, enfant handicapé, est à son tour enlevé. Comme Steven et Emily, Jonas est sur les lieux, mais sans doute est-il déjà trop tard pour retrouver le gamin…

Pour tout lecteur, il est bon de se laisser guider par la curiosité. Avec ce roman de Belinda Bauer, c'est une excellente surprise qui nous attend. En particulier par la «ruralité» du contexte, montrant réellement l'Angleterre non-citadine. Mais, au lieu d'un quotidien logiquement sans histoire, on s'y attaque à des enfants. La bonne interrogation est : dans quel but, quel travers psychologique anime le ravisseur, plutôt que de vouloir l'identifier formellement. Ce qui fait planer le mystère, présent sans la moindre lourdeur. Bien qu'il y ait enquête policière, avec Reynolds (et ses implants capillaires) ou Elisabeth Rice (quelque peu maladroite), c'est le fascinant tableau d'ensemble de Shipcott et des environs qui donne le ton de ce suspense subtil.

Une très belle réussite.

Polars poche : Belinda Bauer (Éd.10-18) et Alex Berg (Éd.Babel Noir)

Alex Berg : "Zone de non-droit" (Éd.Babel Noir)

Valerie Weymann est avocate à Hambourg. Avec son mari Marc, elle a deux filles, Leonie et Sophie. Associée au cabinet du paternel Kurt Meisenberg, Valerie traite de dossiers internationaux. À l’heure où un grand sommet politique doit se tenir à Hambourg, en ce mois de décembre, elle doit faire un aller-retour rapide pour une réunion à Londres. À l’aéroport, Valerie est interpellée par la police sans qu’on lui fournisse d’abord d’explication. Elle va être interrogée par un enquêteur allemand, Eric Mayer, et un agent de la CIA en fin de carrière, Robert F.Burroughs.

Il s’agit de son amie pédiatre Noor al-Almawi, dont Valerie est sans nouvelle. Noor mène des actions humanitaires en Syrie, ce qui lui a causé quelques ennuis. Puisqu’on ne veut pas lui dire ce qui est reproché à Noor, Valerie ne coopère pas. Pendant ce temps, son mari Marc s’inquiète, d’autant que Mayer perquisitionne bientôt chez eux, lâchant le nom de Noor al-Almawi. Celle-ci serait complice du récent attentat meurtrier, ayant tué plusieurs enfants à Copenhague. Il est vrai qu’elle est proche de Mahir Barakat, cerveau supposé de l’attentat, et de Safwan Abidi, l’exécutant présumé. Valerie connaît elle aussi ces deux hommes. Trois ans plus tôt, elle a même eu une brève liaison avec Abidi.

Si l’Américain Burroughs est sûr que l’affaire de Copenhague est due à Al-Quaida, Eric Mayer estime que c’est plutôt un acte isolé. Leur collègue canadienne Marion Archer n’a pas d’idées préconçues, mais se méfie de l’agent de la CIA. Tous deux se doutent que Burroughs a exfiltré Noor al-Almawi vers une prison secrète, afin de lui extorquer des aveux. Une bombe est signalée à la gare hambourgeoise de Dammtor, ce qui n’est pas une fausse alerte. Une série d’explosions va causer cinq morts et une vingtaine de victimes. La vidéo surveillance permet d’identifier rapidement le coupable de ce nouvel attentat, Safwan Abidi...

Voilà une intrigue qui, sans nul doute, va nous réconcilier pour de bon avec les romans d’espionnage. Certes, les histoires d’agents secrets face au terrorisme ont parfois donné des résultats riches en aventures. Ici, le sujet prend une tournure plus noire et originale, évoquant les abus de pouvoir dans la lutte contre les ennemis. Dans notre monde devenu paranoïaque, pas si éloigné de la réalité, un simple soupçon peut entraîner des dérapages, couverts par des lois d’exception.Les prisons secrètes de la CIA, naguère l’antichambre de Guantanamo, ce n’est hélas pas un fantasme. Personne n’approuve la violence terroriste, contre laquelle on doit riposter. Mais avec clairvoyance. Tel est l’engrenage que l’auteure dénonce. Tout en ménageant un intense suspense sur le rôle des divers protagonistes, autant que sur le sort de Valerie. Une lecture à dévorer, car c’est un roman extrêmement prenant.

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