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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 04:55

À Oslo, c'est l'hiver, bientôt Noël. Selon Olav Johansen, il exerce le métier d'expéditeur. La réalité est plus prosaïque : il est tueur à gages. Conducteur trop repérable, braqueur raté, dealer incompétent, proxénète risquant de tomber amoureux, mauvais en maths, c'est le seul métier à sa mesure pour Olav. S'il aime écrire, c'est laborieusement qu'il réussit à traduire en mots ses sentiments. Pourtant, il n'est pas inculte : il a même lu une version abrégée des Misérables, de Victor Hugo. Derrière son style british, Daniel Hoffmann est un caïd redoutable, régnant sur le "milieu" norvégien. Bien qu'un autre mafieux, Le Pêcheur, lui fasse de la concurrence, Hoffmann dispose des meilleurs atouts. Quand il a besoin de faire supprimer quelqu'un, c'est au professionnel efficace Olav qu'il fait appel.

Cette fois, Daniel Hoffmann est prêt à payer cinq fois les honoraires habituels pour qu'Olav élimine sa seconde épouse. Nettement plus jeune que lui, Corina a un amant. S'installant dans l'appartement d'en face, le tueur commence par surveiller celui des Hoffmann. Olav est rapidement séduit par l'allure de Corina. Elle reçoit effectivement des visites d'un homme, un amant qui se montre brutal. Imaginant qu'il la fait chanter, Olav prend seul l'initiative de le buter. Une très mauvaise idée, qui ne convient absolument pas à Daniel Hoffmann. Pour protéger d'urgence Corina, qui risque d'en subir les conséquences, Olav l'accueille chez lui, une adresse qu'il n'a jamais donné à personne. Ils vont bientôt devenir intimes, ce qu'il n'osait espérer. Et avoir des projets de fuite ensemble, vers Paris.

Depuis la disparition de son père, un bon-à-rien, Olav est quelqu'un sachant conserver son sang-froid. Bien qu'il ait supprimé trois des sbires du Pêcheur, pour le compte d'Hoffmann, il n'hésite pas à contacter l'adversaire de son ex-client. Le mafieux n'apparaît pas hostile, car ce serait l'occasion pour lui de mettre la main sur l'ensemble du marché de la drogue, et autres activités illégales. S'il a besoin d'un coup de main, Olav a déjà son plan, basé sur l'utilisation de cercueils. Certes, les hommes d'Hoffmann sont à ses trousses, mais il met KO l'un d'eux dans le métro, et fait preuve d'encore davantage de prudence. Son objectif reste d'abattre Hoffmann, puis de filer avec Corina. À défaut, il y a aussi Maria, ancienne prostituée handicapée à laquelle il est très attaché depuis qu'il l'a aidée…

Jo Nesbø : Du sang sur la glace (Série Noire, 2015)

Depuis le temps que les polars nous racontent des histoires de tueurs à gages, on ne peut rien espérer d'innovant sur ce thème. Par contre, certains auteurs sont capables d'installer une tonalité particulière en utilisant le sujet. C'est le cas de l'expérimenté Jo Nesbø, dans ce suspense. Malgré la relative brièveté du roman, il réussit à nous faire adhérer à cette intrigue de très belle manière. Olav, le narrateur-tueur autodidacte, n'avoue-t-il pas avoir des difficultés avec l'écriture ? Non pas qu'il manque d'intelligence, au contraire, mais il a coutume d'aller droit au but, d'agir en fonction des circonstances. Son métier est singulier, mais c'est un brave type. Sa timidité envers les femmes, qui pourrait passer pour une faiblesse ou de la naïveté, est également assez touchante.

Olav a été très marqué par “Les Misérables”. Au point de comparer quelque peu sa vie à celle de Jean Valjean, qui avait lui aussi enfreint la loi, si romantique dans sa relation avec la pauvre Fantine. Même les malfaiteurs ont du cœur, parfois. Une allusion à un nom de famille français figure parmi les aspects souriants de ce récit, qui n'est pas simplement sombre. L'auteur nous présente même un double dénouement, un final à apprécier à sa juste valeur, ce qui démontre une sacrée maîtrise. Autant d'éléments réunis pour que les lecteurs apprécient ce fort sympathique suspense.

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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 04:55

À trente-quatre ans, Frank Decker est sergent de police à Lincoln, Nebraska. Il est marié à Laura, avocate d'affaires, mais leur couple sans enfants lui apparaît agonisant. Frank a de bonnes chances de succéder au chef de la police locale. Le kidnapping de Hailey Marie Hansen, afro-américaine de cinq ans, va bousculer sa vie. La fillette habite avec sa mère Cheryl, jeune femme Blanche, dans un quartier modeste pas pauvre. Un simple moment d'inattention a suffi pour que Hailey disparaisse, avec son jouet fétiche, le cheval Magique. De gros moyens sont mis en œuvre d'urgence. Willie Shaw, collègue Noire de Frank, ne tarde pas à venir l'assister. Parmi les équipes de police mobilisées, la brigade canine tente de sentir une piste. Les délinquants sexuels du quartier semblent fort peu suspects.

Frank va gérer les relations avec les médias. Les bénévoles, volontaires pour une battue dans les environs, doivent être avant tout sévèrement encadrés. Des spécialistes du FBI vont apporter leur concours. Le père Noir de Hailey eût pu faire un bon suspect, mais il est mort depuis trois ans. Cheryl, la mère, est une ancienne alcoolique, soupçonnable selon les collègues flics de Lincoln. Pourtant le test du détecteur de mensonge prouve qu'elle n'a nullement menti. Malgré un dispositif très complet, Frank fouille même dans les bennes à ordure. Une profileuse lui précise que les ravisseurs ne répondent guère à l'image de vieux pervers récidivistes. La rapidité d'action n'a pas permis de retrouver la gamine. L'enquête est un échec, mais Frank promet à sa mère de ne jamais lâcher cette affaire.

Quelques temps plus tard, la disparition de la petite Brittany Morgan entraîne également des recherches intensives. Cette fois, le suspect Gaines est bientôt interpellé. Un coriace, qui s'offre un très bon avocat, tandis que la police a peu de preuves. Quand on découvre le cadavre de Brittany, le cas Gaine va être réglé. Toutefois, il n'est pour rien en ce qui concerne Hailey. Frank démissionne de son poste, et part sur les routes américaines avec l'espoir de dégoter une piste. Les chansons de Bruce Springsteen l'accompagnent durant près d'une année. Il reste en contact régulier avec Cheryl. C'est finalement à Jamestown, dans l’État de New York, qu'une coiffeuse lui donne un indice sérieux. Un toxico, réfugié au sein des gangs de Kingston, près de l'Hudson, fait un peu progresser ses investigations.

Une visite clandestine dans la ferme des Benson, un couple de hippies, s'avère décevante. Aucune trace chez eux de la petite Hailey, qui a maintenant six ans. C'est au cœur de New York, où il s'est installé dans un hôtel peu coûteux, que Frank explore sa seconde piste. Clayton Welles est un photographe professionnel très renommé. Ce vendredi-là, il est parti passer le week-end dans son cottage du secteur résidentiel des Hamptons. Grâce à Shea Davies, jeune égérie de Clay Welles, Frank peut se joindre à la fête chez le photographe. Ce dernier ne garde aucun souvenir d'avoir croisé Hailey. Néanmoins, Frank remarque que la belle mannequin Shea présente une certaine ressemblance, en plus âgée, avec la petite fille. C'est plus une impression qu'un fait concret.

De retour à New York dès le lendemain, Frank est prié par le flic Andy Russo de ne plus ennuyer Clayton Welles, qui l'emploie parfois à titre privé. Malgré tout, il montre à Frank la réalité de la prostitution new-yorkaise, y compris chez les mineures. Avec Tracy, une collègue de Russo, ils rencontrent une religieuse qui tente d'améliorer le sort des filles du tapin, puis font une visite au bordel tenu par Madeleine Chandler (dont ce n'est pas le vrai nom). Celle-ci sait quelles rumeurs courent autour des prostituées et de leur clientèle. Le policier Russo et Shea Davies insistent pour que Frank quitte au plus tôt la ville. Ce qu'il ne fera qu'une fois sa mission accomplie…

Don Winslow : Missing : New York (Éd.Seuil, 2015)

Don Winslow est une "valeur sûre" du noir polar, avec une quinzaine de titres traduits en français. Cette première enquête de Frank Decker porte sur un sujet réaliste, la disparition de jeunes enfants. Aux États-Unis, où les kidnappings semblent nombreux, ces affaires sont peut-être encore plus sensibles qu'ailleurs. Ce n'est pas la Megan's Law, obligeant le recensement des délinquants sexuels, qui résout quoi que ce soit. Au contraire, puisque ce sont des agissements souvent non criminels qui alimentent ces fichiers. La profileuse citée ici montre bien qu'on est généralement dans la caricature lorsqu'on évoque les prédateurs pédophiles. Par ailleurs, on nous décrit aussi le problème de la prostitution dans des villes comme New York, qui inclut quantité de mineurs, filles et garçons.

En effet, derrière la pure intrigue à suspense, les investigations de Frank Decker prennent l'allure du reportage. À commencer par les opérations policières autour d'un kidnapping, décrites en détail (et avec la tension que ça suppose) par l'auteur. Winslow émet quelques réserves sur les battues basées sur le volontariat. Il ne sous-estime pas le rôle aujourd'hui important des réseaux sociaux, pour retrouver des disparus. Bien sûr, sans obstination, on n'obtient guère de résultats : c'est le caractère principal de son héros, intervenant dans tous les milieux, chez les gangs de dealers comme auprès des gens honnêtes, et même au cœur de la haute société. Il ne reste au lecteur qu'à suivre le sillage de cet enquêteur de choc, animé par l'espoir de sauver au moins une de ces fillettes disparues.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 04:55

La nuit, même en prison, il y a toujours un moyen de prendre son pied. S'envoyer en l'air, mais pas en se faisant sauter par un codétenu : “Vous sortiriez bien de vos cellules me la mettre profond… Hein, les hommes ! Pas pédés, les gars, mais là vous me casseriez bien les fesses ! Je vous fracasserais la gueule, quitte à me faire détruire la mienne.” Non, pour la jouissance, il vaut mieux compter sur Erika. Si l'on est tant soit peu inspiré, si on sait la caresser même quand elle est toute froide au début, le bonheur ne tarde pas à monter. Si on a du doigté, elle réagit en se faisant entendre : “Le bruit infernal de ta jouissance, Erika, se démultiplie de cellule en cellule, de numéro d'écrou en numéro d'écrou.” Après 22 heures, ça excite évidemment les autres taulards, tant de liberté sonore.

Pourtant, c'est juste en souvenir de son pote Raymond, qu'il se sent la force de chanter en chœur avec sa belle Erika. Ils sont moins hermétiques à son art, les prisonniers, quand ils ont besoin de ses services pour écrire un courrier au juge, au procureur, à l'avocat, à leur famille, à leur femme probablement infidèle pendant leur incarcération. Dans ces cas-là, c'est bien lui et son Erika qui doivent se substituer à leur inculture de minables voyous. Moquez-vous de l'Écrivain, les gars !

Il n'empêche que ça dérange ces messieurs les détenus, ça perturbe le sommeil de ces braves prisonniers. Alors, on réclame le maton, qu'il aille chercher ses clés pour faire taire les délires orgiaques et nocturnes du copain d'Erika. On requiert même l'intervention du directeur de l’Établissement Pénitentiaire. Direction le mitard, le cachot pour une traversée de quarante jours. Ça cogite dans la tête pendant ce genre de villégiature. De quoi virer dingue aussi à fantasmer, si on a le moral à zéro. Lui, de penser à son défunt pote Raymond et à sa douce Erika qui l'attend, ça lui apporte une certaine dose d'évasion…

Hafed Benotman : Erika (Éd.du Horsain, 2015)

Le cœur d'Abdel Hafed Benotman a lâché le 20 février 2015, il avait cinquante-quatre ans. Apatride, braqueur récidiviste plusieurs fois condamné, son dernier séjour en prison s'est terminé en 2007. Pourtant, l'autre vie d'Hafed Benotman, depuis bon nombre d'années déjà, c'était l'écriture. Théâtre, nouvelles, romans et poésie, il exprima sa force créatrice par tous les moyens. Ces dernières temps, l'échange avec des scolaires et diverses animations l'ont rendu très heureux, avec la satisfaction de partager ses passions.

Hafed, ex-taulard réglo et rebelle, ne s'est jamais pris pour un intellectuel : “Quand un connard de socio me dit que la lecture et l'écriture avaient dû me permettre de m'évader de ma dure condition d'enfermé… Je ferme ma gueule. Ces cons d'intellos ne savent vraiment pas la vraie beauté risquée d'une évasion. La liberté ou la mort, loin, très loin de leur littérature thérapeutique” écrit-il dans cette nouvelle, publiée post-mortem. Un texte à découvrir, à lire (et à relire, afin de savourer) pour soi ou à haute voix. D'ailleurs, Hafed avait fait de cette nouvelle une lecture-spectacle. Voilà comment celles et ceux qui ont connu l'écrivain Abdel Hafed Benotman se souviendront de lui, et même si l'on n'a pas eu cette chance de le côtoyer, il faut lire des textes tels que celui-ci.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2015
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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 04:55

À Florence, durant l'été 1963. Le commissaire Bordelli est un célibataire âgé de cinquante-trois ans. Cet ancien combattant se montre bienveillant avec les gens modestes, fussent-ils des petits délinquants. Il circule en Coccinelle, apprécie les bons plats de son restaurant habituel, aime bien la mûre prostituée Rosa actuellement en vacances. Bordelli a noté les qualités du jeune policier Piras, dix-huit ans, originaire de Sardaigne. Pendant la guerre, le père de celui-ci fut le plus proche ami soldat de Bordelli. Malgré la chaleur, le commissaire va devoir enquêter sur une mort suspecte. Une riche vieille dame nommée Rebecca Peretti Strassen semble avoir succombé chez elle à une crise d'asthme. Toutefois, certains indices obligent à douter de cette version, tel ce flacon de médicament trop bien vissé.

Diotivede, le médecin légiste âgé de soixante-dix ans, partage les soupçons de son ami policier. On ne peut guère se fier au témoignage des voisines, affirmant entendre des cris et des coups dans la maison de la défunte. Le docteur Bacci, médecin traitant de la dame, précise que Rebecca Peretti Strassen était allergique à un pollen tropical. Après avoir entendu la déposition de Maria, dame de compagnie de la victime, le commissaire fait la connaissance de Dante, le frère de la défunte. C'est un scientifique, ou plutôt un inventeur farfelu aux allures de savant fou. Ce qui n'est pas pour déplaire à Bordelli. Pas plus que sa sœur, Dante ne fait confiance à leurs deux neveux, Anselmo et Giulio Morozzi. Ils risquent une grosse surprise à l'ouverture du testament de leur vieille tante Rebecca.

Les frères Morozzi étaient en vacances au bord de la mer, à Marina di Massa. Tandis que l'autopsie renforce les soupçons de meurtre, les neveux sont interrogés au commissariat. S'ils ont tous les deux un alibi en commun, une soirée de fête où beaucoup les ont vus, ils restent assez tendus face à Bordelli. Son ordinaire bienveillance ne s'appliquera pas à ce duo-là. D'ailleurs, avec le jeune Piras, il ne tarde pas à aller vérifier sur place si l'alibi des neveux est valable, ce qui semble le cas. Pourtant, un ami milanais des deux hommes, qui leur avait prêté sa puissante voiture, l'a retrouvée éraflée ensuite. Pas exactement une piste, bien sûr, mais une interrogation supplémentaire pour le commissaire.

De son côté, le légiste confirme qu'il n'y a pas d'erreur possible sur l'heure de la mort. S'il émet des hypothèses, le jeune Piras se perd en conjectures quant au mode opératoire du crime. Pénétrer dans la demeure de la victime, c'est explicable, mais comment a-t-on pu profiter de son allergie ? Le repris de justice Botta, fin cuisinier, a concocté un délicieux et surprenant menu pour les amis que le commissaire a invité à dîner. Non, ce ne sera pas en cette occasion que le policier fera toute la lumière sur l'affaire en cours. Un peu d'intuition et quelques preuves finiront par susciter des aveux…

Marco Vichi : Le commissaire Bordelli (Éd.Philippe Rey, 2015) – Coup de cœur –

Un nouveau personnage de commissaire de police, qui nous vient d'Italie ? On ne peut que se montrer curieux : sachant que l'intrigue se passe il y a un demi-siècle, s'agirait-il d'un énième clone de Jules Maigret, du même genre d'enquête ? Certes, c'est d'une affaire criminelle classique dont il est question, mais les caractéristiques du héros apparaissent sensiblement différentes. Le tolérant Bordelli ne croit pas en la prospérité économique affichée en Italie, dans ces années-là. La misère est encore bien présente : “Je suis fou parce que je refuse de condamner les pauvres gens et parce que je déteste ce pays ivre de rêves qui croit en la Fiat 1100.” On nous cite encore l'exemple de ce fonctionnaire rencontré par Bordelli, dont personne n'ouvrait les rapports depuis des années. Et puis, ces politiciens ex-serviteurs du fascisme, s'étant recasés dans la Démocratie chrétienne.

Le contexte n'est pas sans importance, en toile de fond. La guerre est toujours dans les esprits, datant d'il y a vingt ans. Bordelli l'a vécue, y pense souvent, et en parle entre amis. Au quotidien, le commissaire est ouvert aux rencontres, et rend même service à son cousin Rodrigo, touché par une passion amoureuse inattendue. Typique des années 1960, amusant à nos yeux, Bordelli commence à s'inquiéter de la nocivité du DDT, insecticide que l'on croyait la panacée… Et l'enquête, alors ? Elle progresse, sans précipitation mais sans lenteur non plus. C'est le “comment” qui est le plus compliqué à déterminer. Voilà donc un commissaire fort sympathique et humain, dans de savoureuses investigations. On espère vivement lire bientôt ses autres aventures, puisque l'auteur en a écrit plusieurs.

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 04:55

Le 18e opus de “Temps Noir”, la revue des Littératures policières, vient de paraître en ce printemps 2015. Il ne faudrait pas assimiler cette série d'ouvrages (de référence) à de simples magazines traitant de l'univers du polar. Depuis 1998, c'est un regard ethnologique sur ce genre littéraire qui offre son originalité à “Temps Noir”. On peut le vérifier une fois encore par la richesse des thèmes abordés, des dossiers d'une rare qualité.

Jacques Viot, “écrivain et scénariste du continent noir”, est un auteur injustement oublié. Outre des romans policiers publiés avant-guerre sous le nom de Benoît Vince, il fut également le scénariste de grands films français. Une œuvre à redécouvrir… Même les plus férus de romans policiers ne se souviennent pas forcément des enquêtes du commissaire Vasseur au temps de l'Occupation, une série signée Georges Saint-Bonnet. Avant-guerre, celui-ci fut journaliste politique et de faits divers, pamphlétaire, proche des idées de Charles Maurras et Léon Daudet. Il fut responsable de “Scandales, revue des affaires criminelles”, qui traitait avec une certaine ambition d'affaires judiciaires. À partir de 1941 et jusqu'en 1944, il publie neuf romans aux éditions Fasquelle, ayant pour héros le policier Vasseur. Deux autres titres seront publiés par ailleurs en 1945 et 1946, Georges Saint-Bonnet ayant eu à répondre au Comité d’Épuration à la fin de la guerre.

La Série Noire célèbre cette année ses soixante-dix ans. Franck Lhomeau évoque, lui, les collections qui précédèrent celle-ci, chez Gallimard, dans les années 1920 et 1930. Si “Les chefs d'œuvre du roman-feuilleton”, première initiative vers une littérature populaire, ne sont pas une réussite, “Les chefs d'œuvre du roman d'aventure” viennent concurrencer la collection Le Masque d'Albert Pigasse, avec davantage de succès. Il est vrai qu'on trouve bien plus d'auteurs étrangers dans cette seconde mouture de la collection Gallimard. Dont Edgar Wallace, Austin Freeman, S.S.Van Dyne. Bientôt, ce seront les romans de Dashiell Hammett qui vont être publiés par cet éditeur. Parmi les auteurs francophones, Gallimard choisit les romans de très bons écrivains tels Noël Vindry, Jacques Decrest ou Pierre Véry. Sans oublier, bien sûr, les romans durs de Georges Simenon, et ceux de Sax Rohmer ou de Leslie Charteris (Le Saint). Avec la collection Le Scarabée d'Or, on sera déjà dans les prémices de ce qui deviendra, après la guerre, la Série Noire.

Puisqu'on parle des uns, évoquons les autres : “Avènement et irrésistible ascension du roman policier” de Jacques Baudou recense les origines du genre policier en France, et les premières collections mettant en valeur ces romans spécifiques (telles les coll.“Les romans mystérieux” ou “A ne pas lire la nuit”), s'éloignant des basiques romans populaires d'alors. Certes Arsène Lupin et Sherlock Holmes sont les rois de l'édition policière de ce début du 20e siècle. Mais la création de la collection Le Masque va booster tout ce petit monde, entraînant la parution de collections rivales. Transformation décisive en faveur du roman policier, relatée ici en détail par un des grands spécialistes de cette littérature.

Le n°18 de “Temps Noir” est disponible - la culture polar à l'honneur

Honneur au plus célèbre des détectives, dans un dossier réalisé par Pierre Charrel : “Sherlock Holmes, variations sur un mythe”, avec des études de Xavier Mauméjean et Andre-François Ruaud (Sherlock Holmes, une vie), de Luc Brunschwing et Cecil (Holmes, 1854-1891?), Jacques Baudou et Paul Gayot (Le dico Sherlock Holmes), Pierre Charrel (Détective conseil, une déclinaison ludique du mythe holmésien). On ne finit jamais de faire le tour de l'univers du compagnon du Docteur Watson.

Ce numéro présente aussi une série d'interviews : de Christophe Carpentier, Pablo de Santis, Céline Minard, David Peace, Olivia Rosenthal, François Rivière. Plus un entretien exceptionnel avec Claude Mesplède, anthologiste du polar. Il nous ouvre son album-photo de famille, nous offre quelques précieux documents personnels. Claude Mesplède revient sur sa carrière de syndicaliste, sur la passion qui l'a animé pour recenser tous les romans de la Série Noire, sur plusieurs de ses rencontres importantes, avant d'en arriver à ce Dictionnaire des Littératures Policières, que l'on appelle le “DiLiPo” ou, plus souvent encore, “Le Mesplède”. Sa bibliographie indique la multiplicité de ses écrits sur le thème. Passionné, il l'est toujours, avec un éternel besoin de partager ses plaisirs de lecture.

Explorant la culture polar et ses origines, ce “Temps Noir” n°18 s'avère plus passionnant que jamais. Un bel ouvrage pour tous les amateurs de littératures policières.

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 04:55

Originaire de Salem, dans l'agglomération de Stockholm, Leo Junker est aujourd'hui âgé de trente-trois ans. Quand le policier émérite Charles Levin remarqua les qualités du jeune agent Leo Junker, il lui fit intégrer le service des Affaires Internes. Non pas dans le rôle d'enquêteur sur d'éventuelles bavures de ses collègues, mais comme superviseur de ces dossiers sensibles. Leo se montra très efficace, jusqu'au fiasco d'une opération de police sur l'île de Gotland. Le but réel semblait être de piéger les flics. C'est ainsi que Leo tira sur un de ses confrères. Mis en congé-maladie, soigné psychologiquement, il comprit qu'on faisait de lui le bouc-émissaire dans cette affaire. Levin ne pouvait rien pour lui. En outre, il y avait eu quelques temps avant sa séparation d'avec la tatoueuse Sam Falk. À cause de l'accident qui lui fit perdre le bébé alors qu'elle était enceinte. Désormais, Leo ingurgite des calmants et se remémore le passé.

Salem n'était pas une ville agréable, avec ses pavillons tristounets, ses tours d'habitation trop hautes et trop grises, son château d'eau. C'est près de ce dernier bâtiment que Leo sympathisa avec John Grimberg, à l'époque de leur adolescence. Klas et Diana Grimbert formaient un couple moins équilibré qu'il y semblait. Leur fils “Grim”, comme il se faisait appeler, gérait beaucoup la vie de famille, et protégeait sa jeune sœur Julia. Créatif, Grim l'était sans doute. Ce fut bientôt en confectionnant de faux papiers d'identité, qu'il en fit la démonstration. Ce qui l'obligea à séjourner dans un camp d'été pour pré-délinquants. Ou il fut impliqué dans un incident, causé par un de ses amis. Pendant son absence, Julia et Leo vécurent une relation amoureuse de plus en plus intime. Elle veilla à ce que son frère ignore leur romance. Leo eut même l'occasion de partager un repas avec leurs parents. Mais l'affaire tourna finalement mal pour Julia.

Dans l'immeuble de Léo, un meurtre a été commis au foyer associatif accueillant pour la nuit des SDF. Âgée d'environ vingt-cinq ans, Rebecca Salomonsson était une junkie et une dealeuse. On l'a abattue de très près. Bien qu'étant interdit de se prévaloir du titre de policier, Leo est le premier sur les lieux. Il remarque le collier que la victime serre dans sa main. L'objet a appartenu à quelqu'un que Leo connaissait bien. Il en dit le moins possible à son collègue Gabriel Birck. Il évite de lui parler des messages anonymes reçus depuis peu sur son téléphone. Par contre, l'aide de Charles Levin ne sera pas inutile, car celui-ci a une secrétaire qui fournit très rapidement les renseignements voulus. Leo contacte son ex-compagne Sam, proche de milieux underground. Si elle ne peut s'afficher avec un flic, même suspendu, elle essayera néanmoins de glaner des infos pour Leo. Si Rebecca était visée, pourquoi ne pas l'éliminer dans un endroit moins risqué ? s'interroge Sam.

Alors que lui-même est suspecté par la presse dans l'affaire Rebecca, Leo est certain que ce crime a un lien direct avec son ancien ami Grim. Mais voilà environ dix ans que John Grimberg a totalement disparu des sources officielles. Certes, il était expert en faux-papiers, toutefois choisir la clandestinité demande plus d'organisation. Ce qui était à la portée d'un type très intelligent tel que Grim. Quand Leo se confie à Charles Levin, ce dernier se souvient fort bien d'avoir naguère proposé à Grim de mettre ses compétences au service de la police. Si l'exécuteur de Rebecca se dénonce, c'est pour diriger Leo sur la piste adéquate, via le vieux Joseph Abel, qui a une enveloppe à lui remettre…

Christoffer Carlsson : Le syndrome du pire (Ombres Noires, 2015)

Si le titre français est bien pensé, le titre original se traduirait par “L'homme invisible de Salem”. En effet, l'adolescence de Leo Junker avec John et Julia Grimberg, dans cette ville de banlieue qu'est Salem nous est racontée en alternance avec les faits actuels. C'est là que prend racine cette histoire, car on ne doute pas un instant qu'existe un lien entre les deux époques. Le “double récit” est mené avec une finesse exemplaire, soulignant le contraste entre l'ado Leo, qui s'est trouvé un ami et une petite copine, et le flic désabusé qu'il est devenu à cause de circonstances mal éclaircies. Heureusement pour lui, Leo le solitaire est moins seul qu'on pourrait le penser, pour cette enquête parallèle. Grâce aux réminiscences qui le hantent, de possibles réponses se font jour.

Excellent roman noir jouant sur les ambiances autant que sur les caractères de singuliers personnages, “Le syndrome du pire” (récompensé par un jury suédois) offre aussi de courtes pauses un brin plus souriantes. En particulier quand Leo fréquente le “bar” tenu par l'étudiante Anna. Pour le reste, la tonalité reste plutôt tendue, voire conflictuelle, même au temps d'un certain bonheur entre Julia et Leo. Par exemple, lorsque Grim ado gagne un pari, on sent qu'il faut impérativement payer, ne pas le décevoir. On s'attache très vite au trio principal, autant qu'aux mystères entourant la mort de la jeune droguée. Un suspense subtil et excitant, de qualité supérieure.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 16:40
Ian Manook à Toulouse avec Polars sur Garonne 1er et 2 avril 2015

Polars sur Garonne invite Ian Manook

auteur de “Yeruldelgger”, le polar aux multiples récompenses

Rencontres dédicaces

1er avril - 20 h : Librairie La Préface à Colomiers

2 avril - 18h - Librairie Ombres Blanches à Toulouse

Yerulddelgger - Les temps sauvages

Quand le vent du Nord s’abat sur les steppes enneigées d’Asie centrale, personne ne vous entend mourir. Pour Yeruldelgger, le salut ne peut venir que de loin, très loin… Après le grand succès de “Yeruldelgger”, couronné par de nombreux prix, Ian Manook retrouve la Mongolie et ses terres extrêmes dans un thriller d’une belle originalité.

Ian Manook à Toulouse avec Polars sur Garonne 1er et 2 avril 2015

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 16:30

Le premier Salon du polar de la Vienne se déroulera à Saint-Cyr le samedi 25 avril 2015, de 10h à 18h. A l’initiative de l’association L’instant polar, avec la participation de la Commune de Saint-Cyr (86, Vienne), ce salon réunira 18 auteurs de polar, 3 auteurs BD et 2 auteurs jeunesse. Les parrains du salon sont Martine Nougué et Maurice Gouiran. Les élèves de l’école de St-Cyr présenteront le livre réalisé avec Laurent Audouin tout au long de l’année scolaire : «Mirette à Saint-Cyr». Les Editions du Caïman (42) et Ecorce Editions (87) débattront de la place et du rôle de l’édition indépendante dans le monde du polar et du noir : un débat animé par Jean-Michel Richet, ancien libraire poitevin. Une exposition des photos de Manuel Vimenet (Incarcération) sera présentée.

Les auteurs annoncés : Patrick Amand, Guillaume Audru, Franck Bouysse, François-Xavier Cerniac, Jean-François Delage, Arnaud Develde, Patrick K. Dewdney, François-Xavier Dillard, Michel Embareck, Maurice Gouiran, Cyril Herry, Cyrille Legendre, Jean-Luc Loiret, Maud Mayeras, Jean-Louis Nogaro, Martine Nougué, Hervé Sard, Raphaëlle Thonont… Auteurs jeunesse : Laurent Audouin, Luc Turlan. Auteurs BD : Marek, Didier Quella-Guyot, Alexeï Kispredilov.

Samedi 25 avril 2015, salon du polar à Saint-Cyr (Vienne, 86)

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 04:55

À l'instar de l'Affaire Landru, assez comparable, l'Affaire Petiot fait partie de ces dossiers criminels dont le public se souvient dans les grandes lignes. Au printemps 1944, le docteur Marcel Petiot est recherché et bientôt arrêté pour les meurtres de vingt-sept personnes, au moins. Pour parodier le titre d'un célèbre film, “l'assassin habite au 21” rue Lesueur, à Paris. En réalité, il vit avec son épouse Georgette et leur fils Gérard rue Caumartin, où se trouve son cabinet. Ce médecin possède une large clientèle et une bonne réputation. Voilà onze ans qu'il s'est établi dans la capitale. On n'ose pas dire “qu'il y exerce”, son parcours ayant été chaotique depuis. Pour comprendre Petiot, sans doute faut-il remonter le temps.

Marcel Petiot a été un gamin turbulent, indiscipliné au point d'être renvoyé de toutes les écoles où il est passé. Adolescent, il commet des petits méfaits qu'il ne sait expliquer. Il a dix-sept ans quand un médecin-expert note dans un rapport son “anormalité” congénitale. Marcel Petiot poursuit de vagues études de médecine. Blessé léger durant la Première Guerre, un diagnostic fait là encore état de ses troubles mentaux. Tout en étant pensionné par les autorités militaires, il termine poussivement ses études. En mars 1922, le jeune médecin Petiot s'installe à Villeneuve-sur-Yonne, gagnant bientôt une clientèle. Il réussit même, profitant d'une situation confuse, à se faire élire maire de cette ville dès 1926.

Bien que fort contesté, Petiot parvient à se faire réélire quelques temps plus tard. On le sait kleptomane, il sera également jugé pour vols, nouvelle occasion d'évoquer son état mental perturbé. Sa gestion municipale hasardeuse s'avérant catastrophique, Petiot est révoqué en tant que maire, mais réussit à se faire élire conseiller général. Il finira par être démis de tous ses mandats, après quelques procès. Malgré des rumeurs allant jusqu'à évoquer des comportements malsains et des morts suspectes, Petiot profite d'une certaine impunité. De toutes façons, il a décidé de quitter Villeneuve-sur-Yonne pour Paris. Avec sa famille, il s'y installe, ouvrant un cabinet en septembre 1933, rue Caumartin.

Charlatanisme et escroquerie, reproche-t-on rapidement au docteur Petiot. Il est aussi inquiété pour trafic de stupéfiants, à destination de toxicomanes notoires. En 1936, il sera jugé pour une affaire de vol et de violences. Son cas psychologique est étudié : puisqu'il s'agit d'une démence complexe, un internement d'office est exigé par la Justice. Petiot s'appuie sur la relativité des rapports médicaux pour ne pas être enfermé trop longtemps. Alors qu'arrive la guerre et l'Occupation de Paris, l'acheteur compulsif qu'est Marcel Petiot continue à acquérir meubles et bibelots. Qu'il va stocker dans un ancien hôtel particulier délabré et inhabité dont il devient propriétaire, au 21 rue Lesueur.

Claude Quétel : L'effrayant docteur Petiot (Éd.Points, 2015)

C'est sous le nom de Docteur Eugène qu'il organise un prétendu réseau permettant de fuir la France. Des familles juives, mais aussi des truands désireux de quitter Paris, passent à cette adresse puis disparaissent sans laisser de traces. Après un procès pour avoir fourni de la morphine à des toxicos, Petiot va connaître des ennuis avec la Gestapo française. Emprisonné à Fresnes, il est torturé, mais prétend n'être qu'un rouage du réseau aidant des gens à quitter le pays. Libéré, il poursuit ses activités. Le 21 rue Lesueur finit par être repéré, à cause d'une chaudière trop fumante. Outre une curieuse pièce triangulaire, on y trouve des débris humains et de la chaux vive. Petiot s'arrange pour ne pas être pris.

Tandis que le commissaire Georges Massu mène l'enquête, c'est la libération de Paris. Le docteur Petiot joue au Résistant, jusqu'à son arrestation quelques mois plus tard. Face au juge d'instruction, il raconte appartenir à des réseaux de Résistance, se justifiant plutôt mal que bien. Depuis sa fuite, les médias font largement écho à cette affaire. Son procès, où il est défendu par l'avocat René Floriot pour la deuxième fois après l'affaire de drogue, en fait une célébrité. Les vingt-sept meurtres retenus contre lui sont tellement évidents, qu'on en oublie quasiment de revenir sur le cas psychiatrique de Petiot. Pourtant, durant les débats, il apparaît assez délirant. Il sera condamné à mort, et exécuté en 1946.

Le sous-titre de ce livre, “fou ou coupable ?” l'indique : Claude Quétel s'est intéressé tant à l'aspect psychanalytique de Petiot, qu'aux faits criminels bien connus. “Il n'en subsiste pas moins qu'être médecin marron, mythomane et kleptomane, c'est une chose, et que se mettre à tuer, c'en est une autre, même si les circonstances de l'époque ont favorisé un tel passage à l'acte” écrit l'auteur dans sa conclusion. Effectivement, en retraçant avec précision le parcours personnel et mental de Petiot, des éléments apparaissent, qu'on ne trouvait pas forcément dans les ouvrages déjà parus sur cette affaire. Son statut social de médecin, et même de maire, en faisait un notable, catégorie de gens qu'on ne condamnait pas à la légère. Toutefois, son dossier médical restait chargé. “L'effrayant docteur Petiot” offre une excellente occasion de se pencher à nouveau sur ce cas criminel historique.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2015
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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 04:55

Si le tribunal vient de condamner James Bentley pour le meurtre de sa logeuse, Mrs McGinty, le super-intendant Spence n'est pas du tout certain de la culpabilité de l'accusé. Sa propre enquête n'était pas si catégorique. C'est pourquoi il fait appel à son ami Hercule Poirot, afin qu'il aborde l'affaire avec un œil neuf. Le détective chevronné va s'installer à Broadhinny, près de Kilchester, logeant chez Mr et Mrs Summerhayes. Cette dernière apparaissant plutôt désordonnée au rigoureux détective. Hercule Poirot ne cache nullement sa mission, quand il rencontre les principaux habitants de ce village tranquille.

Outre John et Maureen Summerhayes, on trouve ici le docteur Rendell et sa nerveuse épouse Shelagh, Laura Hupward et son fils Robin qui se présente comme auteur de théâtre, Mrs Eve et Mr Guy Carpenter qui semble avoir quelques ambitions politiques, le couple Weterby et leur fille Deirdre Henderson issue d'un premier mariage. La brave Mrs McGinty faisait le ménage chez tous ces gens-là. Il est probable que ce soit parmi eux qu'il faille chercher le véritable assassin. Encore faudrait-il comprendre pourquoi on l'a supprimée. Peut-être est-ce en rapport avec une des affaires récemment évoquées par un journal du dimanche. Quelqu'un qui tiendrait à ce qu'on ne sache rien de son passé.

Comme à son habitude, Hercule Poirot observe et écoute tout ce petit monde qui n'a, en apparence, rien à se reprocher. Il peut se demander pourquoi la plupart d'entre eux n'habitent le village que depuis quelques années, après la guerre. Peut-être aurait-il besoin de l'aide de Maude Williams, ex-collègue de James Bentley ? Des papotages de Mrs Sweetiman, la postière locale ? Ou des soupçons d'Ariadne Oliver, cette romancière envahissante qui l'agace souvent, déjà rencontrée dans plusieurs affaires précédentes ? Le détective ne voudrait pas trop contrarier l'auteure, mais il ne croit guère dans l'intuition féminine. La réflexion, les petites cellules grises, il n'y a que ça qui fonctionne ! Selon Poirot, le mobile du crime ne peut qu'être complexe. Se sentant menacé, l'assassin va frapper une nouvelle fois… Sans doute, une fois de trop…

Agatha Christie : Mrs McGinty est morte (1952)

Il s'agit d'un roman typique de l'univers d'Agatha Christie. Si l'incontournable Hercule Poirot vieillissant apparaît moins fringant que dans de précédentes enquêtes, il n'en reste pas moins le maître des déductions. On sait qu'Ariadne Oliver personnalisait quelque peu Agatha Christie elle-même, ce qui était une manière d'agiter les aventures de Poirot. Le procédé de la reine du crime est bien rôdé : une flopée de suspects, une vieille affaire mal résolue en toile de fond, un village pittoresque sans histoire, et une réunion finale afin de désigner l'assassin. Face aux diverses pistes, on se prend évidemment au jeu. Il est amusant de savoir que dans la première adaptation au cinéma de ce roman, un film de George Pollock en 1964, c'est Miss Marple qui remplace Hercule Poirot et Ariadne Oliver. Une version téléfilm plus conforme, avec David Suchet, date de 2008. Il est fort plaisant, de temps à autre, de retrouver ce genre de classiques de la littérature policière.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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