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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 05:55

Au début des années 1970, le Montana compte à peine 700.000 habitants. État du nord des États-Unis, où se trouve la petite ville de Midbury, 1500 âmes dans un comté qui en recense 3500 à 4000. Quadragénaire, Chick Charleston en est le shérif depuis quelques années. Âgé de dix-sept ans, étudiant doué pour le base-ball, Jason Beard est un supplétif dans l'équipe du shérif, trop jeune pour être adjoint. Néanmoins, Charleston lui accorde sa confiance pour certaines missions. Ce soir-là, il y avait un pique-nique au clair de lune, sur le territoire vallonné de Midbury. Buster Hogue a été abattu d'une balle dans la tête. Sa tête chauve, avec ou sans son chapeau, faisait une belle cible. Il est transporté par Jason aux urgences d'un hôpital proche. Rien n'indique qu'il survivra malgré les soins apportés par le Dr Ulysses Pierpont, qui est psy et non généraliste comme Old Doc Yak.

Veuf, père de Buster Junior et du simplet Simon, Buster Hogue est un gros propriétaire de la région, cumulant les terres et les troupeaux. C'est peu dire qu'il a beaucoup d'ennemis dans la contrée. Souvent, il s'agit de bisbilles sans conséquences entre voisins. Comme avec Guy Jamison, qui tient un ranch pour touristes qu'il n'a pu étendre à cause de Hogue. Jason et le shérif vont ensuite interroger Ben Day, dans son ranch minable. Lui aussi a eu des embrouilles carabinées avec le puissant Buster Hogue. Le plus taiseux des témoins qui étaient au pique-nique, c'est le vieux McNair. Il déteste les flics, qu'il traite de “taons”. Assez copain avec Hogue, il a récupéré son chapeau abîmé. Moitié-Français, moitié-indien, Pierre Chouquette est une sorte d'ermite qui ne s'occupe que de son boulot, ramasser du bois. Que Buster Hogue ait été blessé grièvement ne l'intéresse nullement.

Pratiquant la pêche à la ligne après une averse, Jason trouve la douille de l'arme du crime. La mort de Buster Hogue venant d'être annoncée, il s'agit officiellement d'un meurtre. Le shérif doit calmement remettre les choses au clair avec Buster Junior, qui l'a publiquement provoqué pour son manque d'efficacité. Jason et Charleston rendent visite au Professeur Hawthorne (avec sa fille Marguerite). Cet ancien géologue dans le pétrole, devenu écolo, est un collectionneur d'armes anciennes. Un de ses fusils a disparu, probablement l'arme du crime. Ne résidant que ponctuellement ici, le psy Pierpont vient parler au shérif du cas de Simon Hogue, son patient. Une semaine passe jusqu'aux obsèques de Buster Hogue, sans progrès de l'enquête. Neuf jours plus tard, c'est au tour de Ben Day d'être assassiné dans sa ferme, d'un coup de feu. Ce qui ne trouble guère sa veuve.

La vieille Mrs Jenkins perdant la tête, elle a dû être confiée à un lointain hôpital. Jason l'y a conduite. Au retour, il fait la connaissance par accident de Mike Day, le frère de Ben Day. Un homme assez malin dans les investissements, semble-t-il. La police de l’État a envoyé un enquêteur à Midbury, Gus Gewald. Ce dernier pense qu'il s'agit d'une affaire d'adultère entre Buster Hogue et Ben Day, non sans envisager d'autres hypothèses improbables. Le shérif a collecté plus d'indices qu'il n'y paraît. Il va bientôt piéger le coupable…

A.B.Guthrie Jr : Retour de bâton (Série Noire, 1994)

Alfred Bertram Guthrie, Jr. (1901-1991) se fit connaître en France avec deux westerns : “La Captive aux yeux clairs” (Denoël, 1947) et “Oregon-Express” (Denoël, 1956), Prix Pulitzer 1950. Ces romans ont été réédités en 2014 chez Actes Sud, collection «L’Ouest, le vrai» sous le titre “La Route de l’Ouest”. La Série Noire publia plusieurs romans de la série ayant pour héros le shérif Chick Charleston : “Retour de bâton” (1994 - Wild Pitch), “Le produit d'origine” (1996 - The Genuine Article), “Les loups sont innocents” (1981 - No Second Wind). Deux autres titres avec Chick Charleston, Playing Catch-up (1987) et Murder in the Cotswolds (1989) n'ont jamais été traduits en français.

Si Nicholas Evans, James Lee Burke, et quelques autres romanciers ont pris depuis pour décor le Montana, A.B.Guthrie Jr les précéda avec autant de talent. Cette histoire racontée par le jeune Jason Beard, c'est avant tout la chronique d'une petite localité du Montana. Un pochtron qui est plutôt mieux en cellule que dehors, un incident avec le vieux cheval du vieux Plenty Toogood, Mabel Main la standardiste gardée malgré l'automatisation du téléphone, la vieille Mrs Jenkins qui chantonne n'importe quel air, Jason assez bon sportif qui rend de menus services à chacun, tout cela constitue la vie d'une bourgade telle que celle-ci. Dans ce pays peu peuplé, les distances avec les villes voisines font également partie du rythme de leur quotidien.

Décrire l'ambiance ne signifie pas que l'intrigue soit mineure, bien au contraire. Mais ça explique que le shérif Chick Charleston ne se précipite pas dans son enquête, qu'il ne compte nullement sur des empreintes ou des témoignages décisifs. À côté de son équipe routinière d'adjoints, la jeunesse de Jason est un atout qu'il ne néglige pas. Au final, on s'aperçoit que la construction du roman est plutôt subtile. Cette première enquête du duo offre un suspense de très belle qualité.

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 05:55

Jeudi 21 décembre, quatre jours avant Noël, il neige sur l'agglomération d'Isola. Cotton Hawes et Steve Carella, inspecteurs du 87e district, sont appelés à l'immeuble Harborview. Mme Marian Esposito a été mortellement poignardée sur le trottoir devant le bâtiment. En parallèle, dans l'appartement 304, on trouve le cadavre du quinquagénaire Gregory Craig, lardé de dix-neuf coups de couteaux fatals. Sa compagne Hillary Scott a alerté la police. Sosie de l'épouse de Steve Carella, elle est medium. Bien que la sécurité de l'immeuble soit stricte, le lieu du crime a été fouillé, laissant un grand désordre. On s'apercevra que trois cent dollars ont été volés, et surtout pour 83.000 dollars de bijoux. Même si Hillary ne croit pas au simple cambrioleur, la police ne peut que retenir le vol.

Gregory Craig était l'auteur du best-seller “Ombres mortelles”, histoire de fantômes qui prétendait s'inspirer de faits vécus. Sa fille Abigail n'était pas en bons termes avec son père. Ses parents ont divorcé trois ans plus tôt, peu avant le décès par noyade de sa mère dans le Massachusetts. Étrange mort pour une ex-championne de natation. Les “visions” d'Hillary sont moins utiles que le témoignage du gardien de l'immeuble. Ce jeudi-là vers dix-sept heures, Craig a reçu la visite d'un certain Daniel Corbett. Ce dernier est directeur littéraire chez l'éditeur de “Ombres mortelles”. Recevant Steve Carella et Cotton Hawes, il leur fournit un alibi, une coucherie avec une collègue, qui sera bientôt confirmé. Selon lui, l'écriture du futur livre de Gregory Claig s'avérait plus que laborieuse.

La mort de Marian Esposito semble une affaire connexe. Si son mari Warren Esposito est furieux que l'enquête néglige ce décès, la police apprend finalement que cet homme fut violent avec son épouse. Un élément qui a son importance ? L'alibi du mari, présent dans un bar à l'heure dite, pourrait bien être vérifiée. Hillary a une sœur jumelle, Denise, autre sosie de Teddy Carella. Sachant que l'inspecteur a aussi des jumeaux, les coïncidences abondent. Au lendemain de Noël, c'est Daniel Corbett qui est assassiné chez lui, poignardé comme Mme Esposito et Gregory Craig. Selon sa voisine aigrie, il fréquentait beaucoup d'homosexuels. Alex Harrod, ami Noir de Corbett, confirme qu'était prévu un trio sexuel avec les deux hommes et l'amante actuelle du défunt directeur d'éditions.

Bientôt, c'est Denise Scott qui est agressée dans la rue. Nul doute qu'on l'ait confondue avec sa sœur Hillary. Accompagné de la medium, Steve Carella se rend à Hampstead dans le Massachusetts. Les dossiers ne permettent pas d'en avoir le cœur net sur la noyade de Stephanie Craig. Hillary Scott et Carella sont bloqués là par la tempête de neige. Ce qui offre au policier l'occasion d'en savoir plus sur “Ombres mortelles”. C'est le 29 décembre qu'on pourra enfin arrêter l'assassin…

Ed McBain : Un poulet chez les spectres (Série Noire, 1981)

Ce roman fut traduit par Rosine Fitzgerald en 1981, puis fut publiée une réédition revue et augmentée par Pierre de Laubier en 1999. Il s'agit une enquête typique du commissariat du 87e. C'est principalement Steve Carella qui mène les investigations. D'ailleurs, on va entrevoir son épouse sourde et muette, leur maison de Riverhead, leur gouvernante Fanny Knowles, avec des allusions à leurs enfants. Malgré tout, c'est le travail d'une équipe de policiers qui importe dans cette série, plus que les cas individuels : “Ça explique donc pourquoi Carella se prenait pour le héros du drame… Il ne lui venait même pas à l'idée que Hawes pouvait aussi se prendre pour un héros.” Par ailleurs, l'inspecteur Meyer Meyer est aussi obligé d'assurer son service le jour de Noël et d'Hanouka, tombant à la même date.

Roman d'enquête, bien sûr. Pourtant, rien à voir avec la traditionnelle galerie de suspects, chère à beaucoup de romans d'énigme. Il faudra plus de deux cent pages pour s'assurer du nom du coupable présumé. Ce qui prime, ce sont les progrès des policiers dans une ambiance neigeuse afin de déterminer les circonstances précises des trois meurtres, peut-être quatre. Sans oublier l'origine de l'affaire criminelle. Même dans le Massachusetts, non loin de Salem et de ses sorcières, le cartésien Steve Carella n'est pas obligé de croire aux fantômes (“Ghosts”, titre original). Un très bon exemple des affaires traitées par le 87e.

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16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 05:55

Londres, début des sixties, un vendredi soir. Gelina, employée âgée de vingt-cinq ans, est blasée de ces clubs de la rive nord, où elle séduit les hommes avec trop de facilité. Cette fois, elle compte explorer les quartiers populaires de la rive sud. Elle va goûter l'ambiance d'une salle des fêtes municipale où a lieu un bal. C'est le quinquagénaire Edgar Cuthbert, marié et patron des Charbons Cuthbert, qui est l'organisateur de ces soirées, ainsi que de combats de boxe au même endroit. Demain soir samedi, le jeune boxeur Bimmy Rex (“Le grand espoir de Knightsbridge”) sera opposé à Roy Flinch, en début de séance. À cause de ses violents maux de tête, Bimmy a décidé que ce serait son dernier combat, mais qu'il donnerait le maximum. Pour l'heure, il suit son copain Tony la Gamberge (qui se prend pour un grand voyou) pour un petit casse qui ne leur rapportera que quelques Livres.

Modeste vendeur vivant chez sa mère, Jack Webber est un habitué de ces soirées festives. Néanmoins, il a peu de succès avec les jeunes filles, au final. Il est assez surpris de se faire draguer par Gelina. Quand la jeune femme fait la connaissance d'Edgar Cuthbert, elle sent qu'il s'agit d'une bonne cible. Après leur mauvais coup, Bimmy et Tony se sont invités au bal. Le boxeur tente sa chance avec Gelina, attentive à son parcours pugilistique. Plus tard, quand il lui confie sa décision d'arrêter à cause de ses douleurs, Gelina parvient à l'en dissuader. Toute la soirée, la jeune femme navigue entre ses trois soupirants. Edgar Cuthbert va amasser un petit pactole ce week-end. Il envisage sérieusement de quitter sa vie ordinaire pour en profiter au soleil avec Gelina. Celle-ci se dit d'accord pour le suivre dès le lendemain soir, samedi, une fois empoché la caisse du combat de boxe.

Jack Webber se demande comment impressionner la belle Gelina. Elle lui a laissé entendre qu'elle n'aimait que les durs, les marginaux. C'est décidé : Jack, plutôt un romantique, lui fera croire qu'il est un authentique truand. Pour éviter de rentrer chez elle sur la rive nord, Gelina a passé la nuit avec le voyou Tony. Ça ne restera pas un grand souvenir sexuel, et elle se dit que ce petit voleur mériterait même d'être dénoncé à la police. Ayant fait le bilan de la veille, Gelina est très satisfaite. Son samedi est bien planifié, afin de continuer à manipuler Bimmy, Jack et Cuthbert. Ayant parié contre lui, Tony fait pression sur son copain boxeur afin qu'il perde le combat. Ce qui fait cogiter Bimmy. Tandis que Jack et Gelina arrivent pour assister au combat, Edgar Cuthbert rassemble le maximum de fric pour son départ imminent avec la jeune femme…

Mark McShane : La teigne (Série Noire, 1973)

Né le 28 novembre 1929, le romancier Mark McShane serait décédé le 28 août 2013 aux Baléares [source www.imdb.com]. Plusieurs de ses romans furent traduits pour la collection Panique (Gallimard), pour Le Masque et la Série Noire. “La teigne” (The passing of evil) fut réédité chez Série Noire en 1973, après une première édition en 1963 dans la coll. Panique. Quatre romans de Mark McShane ont été transposés à l'écran : Le rideau de brume (1964, Seance on a wet afternoon), The Grasshopper (1970, The passing of evil), The trouble with spies (1987, d'après un roman signé de son pseudo, Mark Lovell), Seance (téléfilm japonais, 2000). “The Grasshopper”, adapté de “La teigne” avec Jacqueline Bisset dans le rôle principal, se déroule au États-Unis et s'éloigne largement du sujet initial.

L'action se situe dans les quartiers londoniens du sud de la Tamise. Il faut se souvenir que, à l'opposé de l'aristocratique et fort animée rive nord de la ville, c'étaient les milieux populaires et ouvriers qui habitaient là à cette époque. Si l'on appartenait aux quartiers chics, on n'allait guère s'encanailler chez le bas-peuple. Pourtant, la perverse Gelina est venue s'y amuser pour occuper son week-end. Afin de se procurer un peu d'excitation, elle brouille les cartes. Plusieurs hommes vont en faire les frais. Ce qui explique le titre original qui pourrait se traduire par “Le passage du mal”. Sous son air d'ingénue, Gelina provoque diverses conséquences. Les portraits de ses quatre victimes sont très réussis, celui du jeune boxeur (que l'on verra combattre) restant sans nul doute le plus touchant.

Un roman injustement oublié de la Série Noire, malgré une intrigue de très belle qualité.

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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 05:55

À Los Angeles, Saxon est un acteur quadragénaire sans vrai succès. Il habite dans le West side, à Pacific Palisades. Il a créé une agence de détective privé, où il est assisté de son amie Jo Zeidler. Ses amours passées avec Leila, Saxon essaie de ne plus y penser. C'est un amateur de jazz (Stan Getz, Dizzie Gillespie) et de whisky, scotch pur malt. Ce soir-là, quelqu'un a tiré sur le mari de Jo, indemne, tout près de chez Buck Weldon. Peut-être le fait d'une bande de jeunes crétins en goguette.

Âgé de près de soixante ans, le romancier Buck Weldon avait été l'un des auteurs les plus vendus dans les années 50 avec une série de romans à énigme dans lesquels il mettait en scène un privé ridiculement dur et macho nommé Bart Steele, et ses aventures avec des blondes à la poitrine opulente et de gigantesques tueurs communistes et mafiosi. Un cocktail de violence et sexualité, encore vendeur en ces années 1980. Ce qui a rendu riche son auteur, même si ça n'exprime qu'un talent relatif.

Saxon trouve plutôt sympathique Buck Weldon. Pour son image, le romancier ne tient pas à ce que la police soit mêlée à cette affaire, d'autant qu'il n'y a pas de victime. Ce qui ne va pas empêcher Saxon, dès le lendemain, de demander au policier Joe DiMattia qu'il s'informe sur la question. Après deux mariages, Buck Weldon a une petite ami, Shelley Gardner, et deux filles : Valerie, étudiante de dix-huit ans vivant avec un Noir militant, et son aînée Victoria. Surnommée Tori, elle est la collaboratrice de son père, vivant chez lui après avoir divorcé de Deke James. Cet ex-sportif caractériel a toujours détesté son beau-père. Peut-être parce que Buck Weldon ne manque pas lui non plus de force physique.

Le détective ne cache pas son attirance envers Tori, même si elle ne semble pas prête à une nouvelle expérience amoureuse. Inquiète car elle pense son père visé par un danger, Tori Weldon engage Saxon afin d'éclaircir l'affaire. Un ami garde du corps va veiller sur le romancier, sans se montrer. Le détective interroge Shelley, qui évoque les mystérieuses escapades ponctuelles de Buck Weldon. Il rencontre chez eux Deke James, puis Valerie Weldon et son ami Abdul, autant d'endroits où il n'est pas le bienvenu.

Le manuscrit du prochain roman de Buck Weldon s'inspire d'un vrai scandale ayant secoué Hollywood. Le comédien Jeff Quinn eût mieux fait de se taire au sujet des malversations de Sherwin Mandelker, producteur de films. Une telle intrigue pourrait occasionner des ennemis au romancier. Saxon rencontre Bo Kullander, professeur d'université qui connaît bien l'œuvre de son ami Weldon. Il ne pense pas que ses romans “pur Yankee” soient causes de tentatives de meurtres sur leur auteur. Accompagné de Tori, Saxon approche le puissant Mandelker dans un restaurant VIP de Beverly Hills, non sans le provoquer.

Peu après que Saxon et Tori soient devenus intimes, Shelley Gardner trouve la mort chez le romancier. Une overdose plus que suspecte, sachant que de la strychnine a été mélangée à sa cocaïne. Il semble qu'Abdul, le compagnon de Valerie, gêne également l'instigateur de ces crimes. C'est dans un petit village du Mexique que, s'exposant à un certain danger, Saxon découvrira toute la vérité sur les mystères de l'affaire…

Les Roberts : Fais pas de cinéma ! (Série Noire, 1988)

Généralement, les lecteurs de romans noirs éprouvent une tendresse particulière pour les histoires de détectives privés. Ces héros correspondent à la mythologie du genre, allant fureter dans les secrets de chacun, bravant gaillardement les risques, recevant des coups et en distribuant, souvent pour les beaux yeux d'une jolie femme. Le jury des Private Eye Writers of America fut sensible aux atouts de ce livre en lui attribuant le Prix du Meilleur Premier Roman en 1987. À juste titre, tous les meilleurs éléments étant réunis pour un excellent suspense d'enquête. Intrépide, au besoin provocateur, parfois bagarreur, Saxon est un personnage qu'on apprécie rapidement. C'est aussi le cas du romancier Weldon, qui peut faire penser à Mickey Spillane par ses bons et ses mauvais côtés. Un polar de belle qualité à redécouvrir, très certainement.

Né en juillet 1937 à Chicago (Illinois) Les Roberts suit des études universitaires de 1954 à 1956, puis sert dans l'armée américaine de 1960 à 1962. Il exerce divers métiers, comme acteur, parolier, pianiste de jazz, et scénariste pour des séries télé. De 1984 à 1986, il est critique gastronomique, et en 1989, critique de romans policiers. C'est en 1987 que Les Roberts publie son premier roman "Fais pas de cinéma !" (An Infinite Number of Monkeys) dans lequel il crée le personnage de Saxon, acteur et détective privé Los Angeles. Cette série comporte six romans et se poursuit jusqu'en 1994. Quatre ont été traduits dans la Série Noire : "Fais pas de cinéma !" (1988), "Les trottoirs de Santa Monica" (1989), "Une carotte pour le baudet" (1990) et "Le Serpent à pétrole" (1991). En 1988, il crée une autre série ayant pour héros Milan Jacovich, ancien flic d'origine yougoslave devenu détective privé à Cleveland. Il a publié dix-sept romans dans cette série, mais seuls "Rompez la glace !" (1990) et "Dernier Carat" (1991) ont été traduits pour la Série Noire. En 1993 et 1994, il présida les Private Eye Writers of America. Les Roberts a publié plusieurs nouvelles et cinq autres romans, non traduits en France.

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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 05:30

Chaque mois de décembre, Action-Suspense vous présente une sélection de ses meilleurs polars de l'année. Cette fois, il y en aura douze. Sélectionner, c'est se montrer subjectif. Choisir, c'est éliminer et garder, en restant le plus honnête possible. À contre-cœur, se résoudre à limiter, afin d'éviter une liste pléthorique qui n'aurait plus aucun sens. Quels critères ? Quelques-uns de ces titres-là ont très probablement eu moins d'écho en 2014, ou trop brièvement. D'autres possèdent une force flagrante ou une originalité bien réelle. Et puis proposer des univers différents, des tonalités personnelles, un certain sens de la narration ou de l'écriture. Six Français, six Étrangers, la diversité est toujours le maître-mot. Y compris en ce qui concerne les éditeurs, onze pour douze titres.

Avant de découvrir cette liste, un tir groupé pour saluer l'excellence d'un auteur hors sélection. Avec ses trois titres publiés en 2014, “Dernière conversation avec Lola Faye” (Points) - “Le dernier message de Sandrine Madison” (Seuil) - “Le secret des tranchées” (Ombres Noires), Thomas H.Cook reste un écrivain remarquable, supérieur. Lui qui débuta par d'aimables romans dans la Série Noire, a affiné son style au fil des ans et des romans. On le pressentait avec “Les rues de feu” (1992), il l'a confirmé avec chacun de ses titres suivants, jusqu'à aujourd'hui encore. Plus que jamais, si ce n'est pas encore le cas, voilà un écrivain à lire. En marge de cette sélection, il méritait un hommage particulier.

2014 - Les 12 meilleurs polars de 2014

Les 12 meilleurs polars de 2014 :

Shannon Burke « 911 » (Ed.Sonatine)

Alain Gagnol « Un fantôme dans la tête » (Ed.Le Passeur)

Norman Spinrad « Police du peuple » (Ed.Fayard)

Nicolas Mathieu « Aux animaux la guerre » (Ed.Actes Noirs)

Dan Fante « Point Dume » (Ed.Seuil)

Elena Piacentini « Des forêts et des âmes » (Ed.Au-delà du Raisonnable)

Chris Womersley « La mauvaise pente » (Ed.Albin Michel)

Franck Bouysse « Grossir le ciel » (Ed.La Manufacture de Livres)

Marco Malvadi « La briscola à cinq » (Ed.10-18/Christian Bourgois – inédit)

Jacques-Olivier Bosco « Quand les anges tombent » (Ed.Jigal)

Håkan Nesser « Un été avec Kim Novak (Ed.Seuil)

Patrick Caujolle « Beau temps pour les couleuvres » (Ed.du Caïman)

2014 - Les 12 meilleurs polars de 2014

Shannon Burke « 911 » (Ed.Sonatine) : En 1993, Oliver Cross débute comme ambulancier à la Station 18 de Harlem. Il compte de nouveau tenter l'examen d'entrée en médecine. Ce qui lui vaudra d'être surnommé “Le Légiste” par ses collègues. Ollie admet être moins combatif que sa petite amie Clara, déjà admise en médecine. Chez les urgentistes new-yorkais, il va devoir s'accrocher. D'abord, éviter d'être éjecté… Se servant de sa propre expérience d'ambulancier à New York, Shannon Burke va très loin dans le réalisme. Une histoire puissante, un témoignage sans lyrisme excessif, un roman remarquable.

Alain Gagnol « Un fantôme dans la tête » (Ed.Le Passeur) : Le commissaire Massé, son supérieur, n'ignore pas l'impétueuse nature de Marco Benjamin, flic lyonnais quadra. Il l'a pourtant désigné comme chef de groupe, pour enquêter sur un tueur en série qui s'attaque à des adolescentes. Le coupable est un cruel sadique qui torture à mort ses victimes. La dernière disparue est âgée de seize ans, Jennifer. Il retrouve son corps ensanglanté. Plutôt que de sombrer dans la déprime, il créé le personnage de Suicide-Man. Il applique des méthodes pouvant laisser perplexes sa hiérarchie et ses collègues. Il s'embarque dans de passionnantes aventures et mouvementées.

Norman Spinrad « Police du peuple » (Ed.Fayard) : À La Nouvelle-Orléans, après l'ouragan Katrina, parce qu'il faut reconstruire et relancer l'économie locale, l'argent afflue et le crédit permet de croire en un avenir plus serein. Quand les financiers risquent de ruiner la ville, un jeune policier et un patron de bordel prennent la tête de la rébellion, avec une célèbre prêtresse vaudoue comme icône. Malgré les pressions et les élections en cours, ils ont de bonnes chances de transformer les flics locaux en Police du Peuple, et de faire régner ici une fête permanente. Un roman très excitant, imaginant un utopique nouveau départ sur des bases saines, après la catastrophe et malgré le pouvoir de l'argent.

2014 - Les 12 meilleurs polars de 2014

Nicolas Mathieu « Aux animaux la guerre » (Ed.Actes Noirs) : Dans les Vosges, aujourd'hui. Martel est syndicaliste à l'usine Velocia, fabriquant des fournitures pour l'automobile. La crise s'y fait de plus en plus sentir, confortant son rôle social. Même si, par besoin d'argent, il se livre à des activités illégales. Rita Kleber est inspectrice du travail. Elle exerce son métier avec fermeté, mais humainement, sans chercher à nuire aux entreprises de la région. C'est de La Ferme de Pierre Duruy, ancien de l'OAS, que s'est échappée la jeune Victoria. Rita préfère éviter de la confier à la police… Un véritable «roman social» comme on n'en écrit plus guère, hélas. Un des titres marquants de 2014.

Dan Fante « Point Dume » (Ed.Seuil) : Retour au bercail pour JD Fiorella, 44 ans. Il a exercé plusieurs jobs à New York, dont celui de détective. Cet ex-alcoolo migraineux désargenté sujet à des cauchemars est revenu s'installer chez sa mère, à Point Dume. Longtemps isolé, ce quartier de Malibu héberge d'anciennes gloires d'Hollywood, friquées mais pointant comme lui aux réunions des Alcooliques Anonymes. Son pote Woody lui a trouvé un boulot de vendeur à la concession Toyota du coin. Mais les ennuis vont vite se bousculer sur son parcours… Dans la meilleure tradition du roman noir,où le héros loser est confronté à des aventures mi-sombres, mi-amusantes.

Elena Piacentini « Des forêts et des âmes » (Ed.Au-delà du Raisonnable) : Experte en informatique, la frêle Aglaé Cimonard appartient à l'équipe du commandant Pierre-Arsène Leoni, à la Brigade criminelle de Lille. Elle est dans le coma, victime d'un accident avec une voiture pendant son jogging. Tandis que Mémé Angèle la réconforte, Leoni et la médecin légiste Éliane Ducatel vont enquêter dans les Vosges… Nul favoritisme dans le choix de ce polar, car l'auteure nous a concocté un suspense impeccable, prouvant là qu'elle figure parmi les meilleures romancières françaises du moment.

2014 - Les 12 meilleurs polars de 2014

Chris Womersley « La mauvaise pente » (Ed.Albin Michel) : La première mission importante du jeune Lee, malfaiteur âgé d'une vingtaine d'années, consistait à intervenir chez la famille Stella, mêlée au trafic du caïd Marcel. Ils lui ont tiré dessus, puis ils ont déposé son corps dans un motel miteux, avec la valise de Lee contenant 6000 $. Wild est un médecin quinquagénaire aux yeux bleus, à l'allure fatiguée. Morphinomane, il a plusieurs fois tenté de décrocher, sans succès. Sa dépendance lui a fait commettre une erreur médicale. Ayant tout quitté, il s'est arrêté dans ce même motel minable où Lee gît, gravement blessé. Ils auront bientôt aux trousses le vieux truand Josef… Parfait exemple du roman noir, où le Destin des protagonistes est implacable.

Franck Bouysse « Grossir le ciel » (Ed.La Manufacture de Livres) : Quinquagénaire célibataire, le paysan Gustave Targot (dit Gus) vit dans la ferme héritée de sa famille, avec son chien Mars, dans les rudes montagnes des Cévennes. Son voisin, c'est le veuf Abel Dupuy, dans les 70 ans. Tous deux sont un peu chasseurs, bien sûr. Ils ne se fréquentent pas tellement. En ce froid hiver neigeux, Gus est triste d'apprendre le décès de l'Abbé Pierre. Ce jour-là, il entend cris et coups de feu du côté de chez Abel. Il y a des traces de sang dans la neige. Ce n'est pas son voisin qui lui fera des confidences… Intrigue à suspense et écriture d'excellent niveaux, un polar rural qui sonne juste.

Marco Malvaldi « La briscola à cinq » (Ed.10-18/Christian Bourgois) : Trentenaire divorcé, Massimo Viviani est le propriétaire du BarLume, un bistrot de Pineta, station balnéaire proche de Livourne, en Toscane. Son grand-père Ampelio (82 ans) et ses amis sont des habitués. Avec eux, il arrive qu'il joue à la briscola, un jeu de cartes typique, où jusqu'à cinq joueurs se confrontent. Ce jour-là, les quatre mousquetaires de sa terrasse s'intéressent à l'affaire où Massimo a découvert le cadavre de la jeune Alina Costa dans une poubelle. Selon la population, “l'Illustrissime Commissaire Fusco” est un couillon incompétent. Massimo va mener sa propre enquête… Il s'agit d'un inédit en format poche, une délicieuse comédie policière traditionnelle, très souriante, avec son lot d'hypothèses.

2014 - Les 12 meilleurs polars de 2014

Jacques-Olivier Bosco « Quand les anges tombent » (Ed.Jigal) : Cinq enfants viennent d'être séparément kidnappés, avant d'être séquestrés ensemble sur un bateau. Pas n'importe quels mômes : Il s'agit de la fille de l'avocate Nathalie Ruiz et de Matéo Rizzo, de celle du juge Tranchant, de la fillette du policier Lauterbach, des fils du préfet de police Rollin et d'Elvio Vitalli. Le kidnappeur c'est le cruel Vigo Vasquez, parvenu à s'évader de prison grâce à des circonstances particulières. Il exige que la vérité soit faite sur l'accusation de meurtre d'enfants qui le conduisit en taule… Un roman d'action d'une belle vivacité, riche en rebondissements et en suspense. On se régale, tout simplement.

Håkan Nesser « Un été avec Kim Novak » (Ed.Seuil) : Début des années 1960, en Suède. Erik est un adolescent de quatorze ans. Il a un grand frère, Henry, de huit ans son aîné. Il est prévu qu'Erik et Henry passent l'été dans leur maisonnette appelée Tibériade, au bord d'un lac à vingt-cinq kilomètres de chez eux. Henry veut en profiter pour écrire un roman existentialiste. Edmund, récent copain de classe d'Erik, va partir en vacances avec eux. Une enseignante remplaçante a marqué les esprits durant les dernières semaines de l'année scolaire. L'éclatante beauté d'Eva Kaludis est comparable à celle de Kim Novak, une des stars américaines de cinéma de l'époque. Erik et Edmund fantasment sur elle. Eva est fiancée à Bertil Albertsson, dit Berra, champion de hand-ball connu dans toute la Suède. L'été s'annonce moins paisible que prévu, quand Henry devient l'amant d'Eva… Un suspense nuancé, tout en finesse, dans une ambiance sixties de bon aloi. Une histoire plus perverse qu'il y paraît.

Patrick Caujolle « Beau temps pour les couleuvres » (Ed.du Caïman) : Gérard Escaude est un policier de 43 ans, du commissariat Ouest de Toulouse, quartier Saint-Cyprien. Vingt ans qu'il exerce le métier, avec des hauts et des bas. Une sexagénaire, Mme Duval, a été poignardée à son domicile. En état de choc, son mari a été hospitalisé. Le retraité de la SNCF Marcel Duval est le présumé assassin de son épouse. Il essaie de s'évader de l'hôpital, avant d'être rapidement rattrapé et interrogé par Gégé. Une affaire pas si banale que l'a cru Gérard, qui risque d'être berné malgré son expérience… À travers son héros, l'ancien policier Patrick Caujolle retrace l'état d'esprit du métier de policier, l'évolution des pratiques. Le témoignage est un des éléments de l'histoire, sans oublier pour autant une véritable intrigue. Un roman policier authentique, bien écrit, et passionnant.

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 05:55

Vous avez perdu vos parents dans un laps de temps finalement assez court, trois ans. Crise cardiaque pour l'un, Alzheimer pour l'autre, imparable et ordinaire. Votre frère aîné Antoine n'a pas paru plus ému que ça. Ensuite, votre trajet pour rentrer du boulot sous la pluie vous semble sale, morne, insipide. Une halte dans un bistrot où l'on ne vous connaît pas ne vous requinque guère. Ça ne vous surprend pas. Enfin, vous regagnez votre logement loué depuis une dizaine d'années, resté anonyme. Autant que vous l'êtes aussi, transparent, au bureau vis-à-vis de vos collègues. Pour Noël, vous allez réveillonner chez votre frère et son épouse enceinte, Isabelle. Ça ne change rien à votre solitude, ambiance trop convenue malgré la sympathie de votre belle-sœur.

Inadaptation au monde réel, vous savez bien que tel est votre cas. À cause de la fatigue au travail et de cette multitude croisée dans les rues, vous avez l'impression que votre appartement a été visité en votre absence. Vous n'imaginez pas qu'il s'agit de paranoïa. Vos photos de familles confirment douloureusement votre peu d'importance depuis toujours. Vous admettez être attiré par votre belle-sœur. Non pas pour le lien qu'Isabelle préserve avec votre frère Antoine. Juste parce que c'est elle, et qu'elle hante quasiment en permanence vos pensées. Vous vous interrogez sur la réalité des gens autour de vous, dans ce théâtre qu'est la rue.

Vous vous débarrassez de votre téléphone qui sonne, mais auquel vous ne répondiez plus. Ainsi, vous coupez le contact avec Isabelle. Vous vivez tel recroquevillé dans votre appartement. Que vous videz bientôt de tout ce qui vous dérange, vous étouffe. Votre obsession envers Isabelle s'amplifie, image sans doute déformée. Dehors, vous y allez encore, malgré ces passants trop nombreux, obligé de vous frayer un passage. Vous utilisez le téléphone public d'un hall d'hôtel. Ce n'est pas à Antoine que vous voulez parler. Isabelle, sa voix au bout du fil, vous fait-elle toujours du bien ? Aller jusqu'à chez eux, clandestinement, peut-être. Aller jusqu'où dans votre isolement, dans votre tête ?

Sylvain Kermici : Hors la nuit (Série Noire, 2014)

L'auteur s'impose un double handicap. D'abord, il s'agit d'un court roman de cent pages. Le format “novela” ne convainc pas forcément, bien qu'il puisse s'avérer le mieux adapté à certains textes, comme ici. Ensuite, il est légitime de se poser des questions sur le côté “exercice de style” choisi dans ce cas. Très souvent, le résultat est abscons, creux, trop peaufiné au point d'en devenir artificiel, avec parfois une “déconstruction” outrancière du récit. On n'aborde pas sans méfiance un roman court cultivant une écriture particulière, il faut le reconnaître. La forme voulue par Sylvain Kermici offre, malgré la quasi-absence de dialogues, un vrai tempo à cette intrigue. Il ne tombe jamais dans le piège du “décousu”. Le pari est donc parfaitement réussi.

Ce narrateur anonyme, mal dans sa peau et dans son quotidien, nous apparaît familier. On a connu un voisin ou un collègue comme lui. Ni antipathique, ni assez liant pour qu'on s'en fasse un ami. Est-ce lui qui s'écarte sur le passage des autres, ou l'inverse ? Est-ce qu'il fuit parce qu'il est trop timoré, se réfugiant certainement dans son espace privé ? On n'a pas à s'attarder sur le sujet. Fait-il une fixation sur une séduisante employée qu'il côtoie, sur une femme du voisinage ou de sa famille ? Son anonymat le rend pourtant asexué aux yeux des autres. Dans notre société du “socialement inséré”, aucune raison de redouter un dérapage criminel, un passage à l'acte. Néanmoins, le subconscient de chacun reste fort énigmatique. Le portrait d'un de nos contemporains, voilà ce que dessine Sylvain Kermici dans cette histoire à découvrir.

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 05:55

Cette édition regroupe en deux volumes l'ensemble des 137 nouvelles (sans Maigret) parues sous son nom, de Georges Simenon. Elles furent publiées dans la presse, puis reprises dans des recueils ou non. Classées par ordre d'écriture, de 1929 à 1953 en deux tomes, elles ne sont pas toutes policières, montrant l'universalité du grand écrivain belge. Elles sont préfacées par Jean-Baptiste Baronian, écrivain, critique, président des Amis de Georges Simenon, ancien éditeur. Chaque nouvelle est accompagnée d'une notice bio-bibliographique. Ce qui permet d'éclairer, année après année, ce qu'était la vie et la production de Simenon. Détails qui offrent une perspective intéressante sur les sources de son inspiration.

Même si l'on pense connaître globalement le parcours de Georges Simenon, il faut lire la double préface de Jean-Baptiste Baronian : “Itinéraire d'un écrivain gâté et boulimique” (tome 1) et “Affamé de littérature” (tome 2). Il nous raconte de manière très vivante les étapes et les motivations de l'écrivain. Les deux ouvrages reprennent les séries d'enquêtes qui furent réunies dans “Les treize mystères” puis les recueils qui suivirent, ainsi que les enquêtes de l'Agence O (du détective Torrence) et celles du Petit Docteur. Et bien d'autres textes variés, évidemment.

Ce n'est pas le genre de livre qu'on lit en une seule fois. Pour en apprécier les intrigues, pour les savourer, on aime picorer çà et là, au gré de notre humeur. Dans la chronologie d'écriture ou pas. Selon les cas, lire juste une ou deux nouvelles, peut-être se laisser séduire par une douzaine de textes. On garde ces ouvrages à portée de main, le moment propice pour s'y replonger se présentant souvent. Si Georges Simenon est le “père” de Maigret, la lecture de ces nouvelles prouve une autre facette de son talent.

 

Quelques exemples choisis parmi ces 137 nouvelles nous montrent bien la diversité des intrigues exploitées par Simenon.

Sing-Sing (1931) : Dans le port de Boulogne. Naguère, ce rouquin avait acquis un dundee de cent-vingt tonneaux, un fier navire. Il eut des ennuis qui le conduisirent en prison pour plusieurs années, aux États-Unis. C'est de là que vient son surnom, Sing-Sing. Revenu à Boulogne, il est simple docker, “rat de quai”. Cette nuit-là, on tire sur un négociant un peu saoul rentrant chez lui. Il n'est que blessé. Le client de la chambre 15 du Grand Hôtel semble peu désireux de croiser Sing-Sing. Fanny, la fille de salle du bistrot Chez Émile, est une des clés de cette tentative de meurtre. (Début d'histoire proche d'un des grands titres de Simenon, “Le chien jaune”).

L'as de l'arrestation (1934) : L'inspecteur Sancette a la réputation avérée d'être un expert pour alpaguer les suspects. La présence du truand américain Ted Brown est signalée dans un palace parisien. Ce pro du banditisme est capable de tout faire exploser si on tente de l'arrêter. Ça ne décourage pas le policier Sancette, qui semble au contraire s'en amuser.

Popaul et son cuisinier (1935) : En Afrique-Équatoriale, Popaul exploite une concession d'okoumé et d'acajou. Gros travailleur, il gagne beaucoup d'argent durant quelques années. Il est aussi généreux quand il fait la fête. Popaul sait que, tel son voisin Janvier, on peut perdre la tête dans ces forêts isolées, et finir en prison. Entouré de nègres malsains, lui-même n'est pas à l'abri d'un dérapage.

Georges Simenon : Nouvelles secrètes et policières 1929-1953 (Omnibus, 2014)

L'aventurier syndiqué (1935) : Ce navigateur à la voile débarque à Wellington, en Nouvelle-Zélande. C'est un pays bien plus froid qu'il ne l'imaginait. Il repère bientôt un compatriote français. Âgé de trente ans, Millet est parti à l'aventure après un scandale étouffé par son père, avocat parisien. On aboutit toujours là où on n'a pas prévu d'arriver, admet Millet. Il espérait au moins jouir d'une véritable liberté en se posant ici. Entre son job routinier sur les quais et le mode de vie local, rien d'excitant.

Monsieur Mimosa (1936) : Une petite ville de banlieue parisienne. Trois galopins observent les policiers qui ont investi la maison d'un suspect en son absence. Sûr qu'ils sont là pour le cravater dès son retour en soirée, après qu'il ait passé l'après-midi à jouer aux courses. Pourtant, ce Monsieur Mimosa aux allures de gentleman très british, le trio de mômes n'a rien à lui reprocher. Non, il n'a jamais été agressif envers eux.

Le baron de l'écluse (1940) : Sur le canal de la Marne à la Saône, se trouve l'écluse de Bissancourt, la n°68. À deux kilomètres et demi du village, il y a là une maison d'éclusier et le bistrot restaurant de Maria. Par une hivernale période pluvieuse, le yacht Potam fait relâche à cet endroit. Il se dirige vers la Côte d'Azur. À son bord, Jo Dossin – appelé communément le Baron, et son amie demie-mondaine Lola. Bien qu'ils ne disposent plus que de quelques francs, avec sa belle casquette et son monocle vissé sur l'œil, le Baron reste digne. Il espère un mandat de 200.000 Francs de la part de son ami John. Il l'a gagné en tant qu'intermédiaire dans une transaction, sa spécialité. À la poste du village, le mandat n'arrive pas malgré le télégramme du Baron adressé à John, signalant l'urgence. Sans manger, Lola et le Baron s'enivrent à bord. Le Baron a sans doute remarqué que sa prestance ne laissait pas insensible la douce Maria. (Un classique du cinéma français sorti en 1960, dialogué par Michel Audiard, avec Jean Gabin, Micheline Presle et Blanchette Brunoy, touchante dans le rôle de Maria).

Le bateau d’Émile (1945) : A Fécamp, Émile Bouet vient de racheter le meilleur bateau de son ancien employeur, le riche François Larmentiel. Âgé de trente-huit ans, Émile vit depuis cinq ans avec Fernande, ex-prostituée. Une relation parfois brutale, sur laquelle beaucoup ici s'interrogent. Il vaut mieux qu'Émile fête son acquisition au bistrot de Léon, entre amis, qu'au café où se réunissent les petits armateurs locaux. Obsédé par Fernande, il s'enivre plus qu'il ne devrait. D'autant qu'Émile pourrait devenir le fiancé de l'héritière Larmentiel, il l'a bien compris, au lieu de végéter avec Fernande. Les jours suivants, il tarde à démarrer sa première campagne de pêche. Il compte éloigner sa compagne de Fécamp, pendant qu'il sera en mer. Pourtant, c'est à cause de lui si elle rate son train. Trop alcoolisé, Émile envisage de se débarrasser de Fernande. Sauf que c'est quelqu'un d'autre qui est à l'origine de ses tourments. S'il est un homme, Émile doit agir. (Excellent film de 1962 adapté de cette nouvelle, dialogué par Michel Audiard, avec Lino Ventura, Annie Girardot, Pierre Brasseur, Michel Simon).

Le gros lot (1953) : Marié depuis dix-sept ans, Charles Perrin est un petit comptable de quarante-trois ans sans la moindre ambition. Jamais il ne demande d'augmentation à son patron. Entre sa femme et sa fille Nicole, quatorze ans, sa vie dans le quartier Saint-Antoine suffit à son bonheur. Un jour, il gagne le gros lot de la Loterie Nationale. Perrin touche anonymement cette grosse somme sans en parler à sa famille. Il démissionne de son poste de comptable, et passe son temps à la Bibliothèque Nationale pour se cultiver. Pour son épouse, il s'invente de meilleures conditions de travail, un meilleur salaire.

À noter, “Le petit tailleur et le chapelier” (1947) et “Bénis soient les humbles” (1948), deux nouvelles aux dénouements différents. Le tailleur Kachoudas et le chapelier M.Labbé seront finalement les héros du roman “Les fantômes du chapelier”, publié en 1949.

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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 05:55

D'origine française, Dany Cohen et Guy Touitou sont devenus policiers en Israël, où ils se sont installés. Une famille de cinq personnes a été massacrée dans une colonie juive, non loin de Naplouse. C'est le Shabak, la sécurité nationale, qui est chargée de l'affaire, Dany et Guy n'étant que des observateurs. Le mari, chimiste dans une société pharmaceutique, et sa famille n'étaient pas des fanatiques de la colonisation dans les territoires occupés. C'est par proximité de l'emploi de M.Uzan qu'ils habitaient là. Néanmoins, Guy et Dany ont trouvé 90.000 dollars en liquide cachés chez lui, et encore 4.500 dollars dans son bureau. Ce qui mériterait des réponses. Le Shabak se pose moins de questions. Ils procèdent à l'arrestation d'une brochette de suspects à Naplouse malgré de faibles indices. Un attentat n'empêchera pas ces interpellations. Un des suspects en fuite sera bientôt abattu.

Âgée de trente-cinq ans, Maïssa Thabet est capitaine de police à Ramallah. Ses parents ont fait partie des proches de Yasser Arafat. Elle reste en contact avec des anciens de la cause palestinienne, aujourd'hui aisés et pacifiques. Suite aux arrestations, Maïssa est envoyée en mission à Naplouse. Les familles nient l'implication de leurs fils. La sœur d'un suspect fournit un alibi à son frère, ce qui sera confirmé par des caméras de surveillance. Hélas, une preuve trop vite détruite car la fatalité s'en mêle. Le riche Habib Marouane, ami des Thabet, avoue à Maïssa être finalement sceptique sur l'utilité d'une enquête. Quant à Oussama, le supérieur de la policière, il n'y croit guère non plus. Les enjeux sécuritaires d'Israël sont plus forts que l'action de la police de l'autorité palestinienne.

Un trafic de méthamphétamines sévit dans la région niçoise. Une affaire sur laquelle Gabin Mournet, flic des Stups, enquête avec d'autres services de police. La piste du patron du club Blues Power se précise, après les aveux d'un consommateur de meth. Une rafle dans cette boite permet d'arrêter Christophe Chambon, un dealer, et d'explorer ses douteuses relations monégasques. À Jérusalem, un type excité est abattu tout près du Mur des Lamentations. Sur lui, la police découvre exactement la même drogue que celle circulant à Nice. Il se la serait procurée du côté de Naplouse.

Gabin Mournet est envoyé en Israël, où Dany et Guy devront coopérer avec lui. Informée de ce trafic de drogues, Maïssa se rend au camp de Balata, sans doute au cœur de l'affaire. Un possible lien existerait avec le puissant Hamas, ou peut-être avec des religieux musulmans. Maïssa et son collègue y sont visés par des tirs. En parallèle ou ensemble, le flic français, le duo de policiers juifs et leur consœur palestinienne plongent dans un imbroglio d'autant plus périlleux qu'on est dans une région du monde instable…

Pierre Pouchairet : Une terre pas si sainte (Éditions Jigal, 2014)

Rares sont encore les polars ayant pour décor l’État d'Israël aujourd'hui. D'autant moins quand une part des faits se déroule côté palestinien. D'ailleurs, il est bon de se remémorer la géographie, même sommairement. Israël plus la Cisjordanie correspondent environ à la superficie de la région Bretagne. En plus désertique, mais avec une population plus dense en zones urbanisées. Les “colonies juives” sont ultra-protégées, ce qui coûte très cher à Israël. Sans oublier le Mur construit par les Israéliens, rendant les parcours entre les deux secteurs assez compliqués. Telle est la situation extrêmement complexe qui sert de toile de fond à cette histoire policière, et lui offre une originalité certaine.

Comme chacun sait, même en temps de guerre, le commerce continue. Autrefois, ce fut le marché noir. Désormais et depuis longtemps, malgré des contextes belliqueux, ce sont les trafics en tous genres qui fleurissent. Il serait surprenant qu'Israël échappe à ces bizness illégaux. Quand il met en scène ses quatre principaux personnages, l'auteur a l'habileté de nous les présenter comme des policiers expérimentés. Chacun est influencé par sa culture, mais ils restent des enquêteurs professionnels. Une aventure fort agitée les attend, non dénuée de réels dangers, où il est difficile de faire confiance à qui que ce soit. Un roman d'action réaliste et actuel, un suspense entraînant et très crédible, c'est ce qu'a concocté Pierre Pouchairet pour le plaisir des lecteurs.

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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 05:55

C'est à la mi-mai 2006, à New York, que la vie de Tomislav Bokšić va prendre un nouveau virage. Très jeune, il participa à la guerre en ex-Yougoslavie après l'explosion du pays, pour défendre sa nation croate. Quelques épisodes de cette époque l'ont marqué à vie. Il s'installe ensuite aux Etats-Unis, devenant serveur dans un restaurant croate. Ce n'est pas son activité principale. Sous le sobriquet de Toxic, il est tueur à gages pour la mafia de ses compatriotes. Seulement âgé de trente-cinq ans, soixante-six contrats réussis à son palmarès, un vrai record. Ne pas manquer d'argent et avoir pour amante la sexuelle métis Munita, tout va bien. Sauf que sa dernière victime, la 66e, est un flic du FBI. Il est prudent de quitter d'urgence le pays, direction Zagreb. Sentant un danger à l'aéroport JFK, Toxic doit supprimer une 67e personne, afin de passer davantage inaperçu.

Il endosse l'identité de sa dernière victime, le révérend David Friendly. Ce télé-évangéliste se rendait à Reykjavik, en Islande. S'exiler là-bas ou ailleurs, l'essentiel est de fuir. À la douane d'arrivée, Toxic s'emmêle un peu dans ses identités, mais ça passe. Un couple au nom imprononçable, ayant invité Friendly, l'accueille chez eux. Il va falloir qu'il assure son rôle, dans ce pays trop calme comparé à la frénésie new-yorkaise. Il devra intervenir sur la chaîne de télévision religieuse du couple d'hôtes, aux programmes aussi peu excitants que la télé de Corée du Nord. Selon son CV, Friendly est un prêtre plutôt réac. Du même genre qu'un ami du couple, un religieux que Toxic appelle pour simplifier Torture. Avec la blonde fille de ses hôtes, Gun-Île-Dure, serveuse de son métier, critique envers son père, il se sent plus à l'aise. Ivre lors de sa prestation télé, il convainc néanmoins l'auditoire.

Impossible pour Toxic d'acheter une arme. “C'est quoi, leur problème à ces Islandais ? Pas d'armée. Pas de flingue. Rien. Juste des femmes superbes qui conduisent de luxueuses Jeeps (…) Puisque je ne peux pas me procurer de pistolet, je me contente d'un couteau suisse, similaire à celui que je possédais.” La soirée Concours de l'Eurovision réveille chez lui des fantasmes, car il se souvient bien de la mûre candidate Croate. Recherché peu après par la police locale, Toxic se fait passer pour un peintre en bâtiment Polonais, tout en squattant pour quelques jours la propriété de riches Islandais absents.

Finalement, c'est chez Gun-Île-Dure, la blonde aux cheveux de beurre, qu'il trouve le meilleur refuge. Il en profite pour lui expliquer la différence entre son métier de tueur à gage et un serial killer. Quand passent les flics, Toxic les évite par miracle. Il réussit enfin à joindre le gardien de son immeuble, à New York. Qui lui annonce une fort mauvaise nouvelle concernant la belle Munita. Ça donne envie à Toxic de se supprimer, en sautant d'un pont sous un camion, mais il rate lamentablement son suicide. Son couple d'hôte et leur ami Torture, aux thérapies violentes, pourraient le remettre dans le droit chemin. À moins que les mafieux croato-new-yorkais Niko et Radovan ne s'en mêlent aussi…

Hallgrimur Helgason : Le grand ménage du tueur à gages (Presses de la Cité, 2014)

Raconter une énième histoire de tueur à gages mafieux, fut-il originaire de Croatie, et ses inévitables déboires n'aurait que peu d'intérêt. Plutôt qu'une traque froide et sanglante, c'est sous la forme d'une comédie policière que l'auteur nous narre le périple islandais de son héros. Sans doute parce qu'il a déjà été transplanté, de son pays à New York, Toxic a-t-il une capacité d'adaptation qui peut l'aider. Il apporte un peu d'animation dans un État froid, aux nuits claires, trop paisible sur la criminalité. Il n'y a que dans les livres qu'on assassine : “On a aussi beaucoup de meurtres dans les livres. Ces dernières années, on a eu pas mal de bons auteurs ici, en Islande, comme Arnaldur Indridason, par exemple. Ou encore Aevar Orn Jósepsson, Viktor Arnar Ingólfsson, Yrsa Sigurdardóttir et Arni Thorarinsson.” Prénoms et noms étant ce qu'il y a de plus effrayant en Islande, le tueur ne tarde pas à les transformer. C'est bien plus commode pour nous aussi, en effet.

Une aventure pleine d'humour et riche de rebondissements, avec la tonalité décalée qui convient. Toxic nous cite (avec son accent des Balkans) quelques exemples des exécutions de ses victimes numérotées. Il reste bien davantage troublé par son passé guerrier, dans cette pétaudière d'ex-Yougoslavie. Bon entraînement pour devenir un tueur, mais pas seulement. Passages d'une sombre nostalgie, en contrepoint du reste du récit, nettement plus drôle et parfois grinçant. Un suspense qui ne manque pas d'originalité.

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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 05:55

Serge Dahan est un Toulousain âgé de soixante-deux ans. Retraité des assurances, il peint en amateur. Son épouse Sylvia est décédée il y a quelques temps. Leur fille Marie, trente-sept ans, est policière municipale. Divorcée, elle est la mère de Marius, dix-sept ans, qui a l'habitude de faucher un peu de fric à son grand-père pour le perdre au poker. Serge vit dans le quartier Reynerie, un ensemble de hauts immeubles pas franchement accueillant. Il pourrait habiter ailleurs, mais Serge y a ses habitudes. Il s'entend bien avec sa voisine quadragénaire, la gouailleuse prostituée Nadine. Il n'en profite pas sexuellement.

Un soir, Emma Silvano, la docteur du quartier, est assassinée par un trio de voyous qui cherchaient de la drogue. Serge a toujours apprécié cette femme-médecin compréhensive, en particulier dans le cas de Sylvia. Ayant assisté à la scène, il sait que c'est Dany et sa bande qui l'ont tuée. Mais à Reynerie, il est prudent de n'avoir rien vu, de se taire. Ce que fait Serge quand la police l'interroge, prétextant qu'il était en train de peindre. Même pour Nadine, il garde la même version. Sans doute lui faudra-t-il trouver un remède contre l'impunité de Dany, le moment venu. Mais une autre question le taraude.

Sylvia avait l'habitude de se rendre au Musée des Abattoirs. Elle restait comme fascinée devant une toile de Roland Topor, “La jeune fille en pleurs”, datant de 1982. Un gardien confirme qu'elle venait une fois par semaine, ce qui est un peu trop souvent. Le visage de la fille du tableau rappelle quelqu'un à Serge. Ou plutôt non, car il n'a pas connu la jeune sœur de son épouse, Lily. Il l'a juste vue sur des photos, car elle est décédée à cause d'un accident de voiture, bien avant leur mariage. Topor n'ayant jamais vraiment séjourné à Toulouse, encore moins à Saint-Martin-du-Touch, il n'a pu la connaître mais elle ressemble à Lily. Son beau-père Antoine Marino, Serge et sa femme ne l'ont jamais fréquenté…

Marc Villard : La fille des Abattoirs (Tisséo, 2014)

Il s'agit d'une nouvelle d'environ trente pages, due à cet expert en textes courts qu'est Marc Villard. Dans la même collection sous l'égide de Patrick Raynal, on trouve aussi “Les joies de la famille” de Pascal Dessaint et “Drôle de tram” de Jean-Bernard Pouy. Pour se procurer ces titres, il est toutefois préférable d'habiter dans l'agglomération toulousaine. Car ces fascicules Tisséo-Polar sont produits et diffusés par la société des transports urbains (métro, bus, tram) de Toulouse, finançant des projets artistiques sur son réseau et via ces petits livres. Le polar étant un genre littéraire populaire, une initiative de bon aloi visant à toucher le public au quotidien.

Ceux qui liront “La fille des Abattoirs” pourront vérifier que Marc Villard ne se contente pas d'un texte passe-partout, loin s'en faut. On sait le soin qu'il apporte à chaque nouvelle. Le contexte est géographiquement situé dans la région toulousaine, sans masquer que certains quartiers sont “sensibles”. L'intrigue exploite non pas une idée, mais deux, tenant autant à cœur au modeste héros de cette histoire. La brièveté relative du texte n'empêche pas de parfaitement dessiner des personnages crédibles. Un court suspense qui se lit avec grand plaisir. Accessible à tous, du moins si vous avez des amis à Toulouse ou si vous vivez dans la région.

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