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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 05:55

Sherlock Holmes apparaît plutôt désœuvré en ce froid hiver, début 1895. Avec le Docteur Watson, ils reçoivent la visite de George Bernard Shaw. Il a l'air d'un lutin malicieux, cet Irlandais désargenté, qui n'a pas encore connu de vraie consécration. Il vient apprendre à Sherlock Holmes que son confrère critique théâtral Jonathan MacCarthy a été poignardé à mort. Bénévolement, le grand détective accepte d'enquêter sur cette prometteuse affaire. Dans l'appartement de la victime, Holmes et Watson croisent l'inspecteur Lestrade. Celui-ci récapitule volontiers l'enchaînement des faits. MacCarthy semble avoir laissé un indice, ouvrant un exemplaire de “Roméo et Juliette” à une page précise. Pour Sherlock Holmes, ce peut être une hypothèse trompeuse. Il a une seconde piste, un cigare laissé là par le tueur. Il vérifie qu'il s'agit bien d'un tabac au goût très fort, non importé en Angleterre.

Jonathan MacCarthy avait rendez-vous la veille avec quelqu'un qu'il surnomma Bunhorne. En réalité, il s'agit du célèbre Oscar Wilde en personne. Holmes et Watson le rencontrent, alors qu'il donne une de ces fêtes dont il a le secret. Wilde leur révèle que MacCarthy était un maître chanteur, dont il a su éviter la menace. Il serait facile au grand détective de suspecter aussi bien George Bernard Shaw qu'Oscar Wilde, mais il sent l'affaire bien plus compliquée. Le duo d'enquêteur se rend ensuite au théâtre Savoy, dirigé d'une poigne de fer par William Gilbert, auteur de pièces avec le compositeur sir Arthur Sullivan. Ils sont venus voir la choriste Jessie Rutland, la supposée amante de MacCarthy. Elle vient d'avoir la gorge tranchée dans sa loge. Sherlock Holmes obtient vite une autre piste. Un certain Jack Point aurait été le véritable amant de Jessie Rutland.

Après que Watson et Sherlock Holmes aient été chacun agressé de son côté, ils reçoivent un courrier anonyme leur demandant de ne plus fréquenter le Strand et ses théâtres. Ce qui ne les empêche pas d'aller au Lyceum, afin d'y interroger sir Arthur Sullivan. C'est à cette occasion que le duo croise l'actrice Ellen Terry et un certain Bram Stoker (qui n'a pas encore publié “Dracula”). Selon Sullivan, confident de Jessie Rutland, elle avait en effet un autre amant. Le Docteur Watson se demande s'il ne s'agirait pas de ce Bram Stoker, qui possède un logement secret dans Londres. Tandis qu'Oscar Wilde commence à avoir de sérieux ennuis avec la justice, l'inspecteur Lestrade vient d'arrêter son coupable. Il s'agit d'un Indien, issu des colonies britanniques. Quand le duo lui pose des questions, celui-ci admet avoir été ami avec Jessie Rutland. C'est alors que le médecin légiste disparaît avec les corps de MacCarthy et de la jeune femme…

Nicholas Meyer : L'horreur du West End (Archipoche, 2015)

Après “La solution à 7 %”, Nicholas Meyer écrivit ce deuxième pastiche des aventures de Sherlock Holmes. Il ne chercha pas à parodier l'œuvre de Conan Doyle, mais à offrir de nouveaux épisodes à la saga holmésienne. Watson et Holmes correspondent au modèle, vu par leur créateur. Ce deuxième opus est encore plus séduisant que le premier. Sans doute parce qu'il se place dans le Londres flamboyant de la fin du 19e siècle. Pour la haute société de l'époque, catégorie sociale qui ignore tout du bas peuple, le divertissement est omniprésent, à travers les spectacles théâtraux qui foisonnent dans la capitale anglaise.

Des auteurs tels que Gilbert et Sullivan sont vénérés par les mondains. Si George Bernard Shaw et Bram Stoker sont provisoirement méconnus, ils vont connaître bientôt une gloire méritée. Quant au génie d'Oscar Wilde, roi de la provocation, il fait des jaloux. Aussi, ce sera pour une sombre affaire de mœurs qu'on va honteusement détruire sa réputation. Sherlock Holmes est au sommet de sa notoriété, également, lui qui a déjà su démêler quelques énigmatiques crimes, des dossiers si bien relaté par l'indispensable Watson. Dans les théâtres ou les restaurants, autant qu'au 221b Baker Street, Nicholas Meyer restitue à merveille cette ambiance pleine de panache. Le dénouement de l'intrigue proprement dite se réfère à des explications fort plausibles pour ce temps-là. Une enquête de Sherlock Holmes parmi les plus réussies, c'est évident.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2015
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commentaires

Philippe 05/03/2015 17:56

Bonjour M. Le Nocher, Max,

A propos de Gilbert et Sullivan qui oeuvrèrent au Savoy, je vous signale l'article sur Executed Today que j'avais lu en décembre dernier :

http://www.executedtoday.com/2014/12/21/1875-henry-wainwright-whitechapel-murderer/

Il est indiqué que WS Gilbert bien qu'ayant cette vocation d'artiste auteur de pièces d'opéra avait une formation de juriste et une profession théorique d'avocat, qu'il invoqua afin d'échapper à la convocation pour le devoir d'être juré dans l'affaire de meurtre dont il est question.

We are indebted to Foul Deeds and Suspicious Deaths in London’s East End for this outstanding detail: librettist W.S. Gilbert appears as a part of Wainwright’s defense. Gilbert, a barrister by training who had just made his big breakthrough by writing the 1875 musical theater hit Trial by Jury, was in the process of launching the collaborative career that puts Gilbert and Sullivan productions on community playhouse stages down to the present day.
Late in 1875, W.S. Gilbert received a jury summons highly inconvenient to his burgeoning artistic career. Consequently, he managed to finagle for himself a nominal assignment on the Wainwright defense team as a means of re-establishing “practicing attorney” bona fides that would exempt him from any jury boxes.

Pour ce qui est de George Bernard Shaw, vous voyez " Pygmalion " ?
Regardez dans cet article du blog Furrowed Middlebrow que je mentionne parfois :

http://furrowedmiddlebrow.blogspot.fr/2015/02/update-school-story-authors-s-z.html

Scott, l'auteur du blog, suggère qu'un roman pour jeunes filles de la Britannique ( comme tous les auteurs abordés par ce blog ) Ethel Turner a pu inspirer George Bernard Shaw pour Pygmalion.

But Ethel Turner is also of interest for another reason. One of her early stories, called "The Child of the Children," first published in 1897 in The Windsor Magazine, dealt with a group of upper class girls who attempt to transform a girl from the wrong side of the railroad tracks and pass her off as one of their class. If that plot sounds a bit familiar, it apparently did to writer James Bennett as well, who in 1958 caused a bit of a stir by suggesting that George Bernard Shaw had stolen Turner's idea for his 1914 play Pygmalion, which of course became the stage musical and Oscar-winning film My Fair Lady. Considering that the same idea has been recycled an unfathomable number of times in other films and TV sitcoms over the intervening decades, and considering that makeover plots have a long and successful history even before Turner's story, it seems entirely possible that Shaw could have developed the plot all on his own, but it's still rather entertaining to imagine that the venerable playwright might have swiped his most famous plot from a schoolgirl tale.

Cordialement

Claude LE NOCHER 05/03/2015 18:30

Bonjour Philippe
Quand vous signalez la formation de juriste de M.Gilbert, souvenons-nous qu'il y avait pléthore d'avocat et de médecins, issus de familles aisées, à Londres durant cette époque. La plupart n'avaient pas de clientèle, ou très peu, vivant de rentes familiales, menant plutôt une vie mondaine. Parmi ces avocats, notons le nom de Montague John Druitt (15 août 1857 - décembre 1888) qui reste un des principaux Jack l'Eventreur possibles. A titre personnel, je pense que c'était lui. Côté médecins, Conan Doyle le fut officiellement, encore qu'on suppose là aussi une clientèle maigrelette.
Que George Bernard Shaw se soit inspiré d'une autre histoire, ce n'est pas impossible. Méfions-nous toutefois des analogies entre scénarios. Car, la vengeance était un thème classique dans le polar, plus personne n'aurait le droit d'écrire des sujets basés là-dessus. Amitiés.

Max 05/03/2015 15:58

Bonjour Claude,

Un des meilleurs pastiches holmésiens ! Et cette réédition est bienvenue, car on trouvait ce bouquin sur le net à des prix prohibitifs...
Amicalement,
max

Claude LE NOCHER 05/03/2015 16:27

Bonjour Max
Je partage absolument ton avis, quant à la qualité de ce roman. Comme quoi, il n'est pas mauvais que les éditeurs fasse des rééditions de bons livres ! Amitiés.

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