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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 05:55

La Ville, c'est une métropole américaine en 1935. Henry le Rouge en est le tout-puissant maire depuis 1929. Au centre d'un cercle d'amis hommes d'affaires, il règne avec la plus grande fermeté. Il s'appuie sur les forces de police, et aussi sur les vigiles de l'UAS, l'Unité Anti-Subversion. Ces derniers affrontent sans pitié les syndicats, qui ont lancé des grèves contre les établissements de certains proches du maire. Ce qui ne va pas empêcher des attentats visant Bernal, patron de Capitol Industries, ou Altabelli, deux amis de Henry le Rouge. Le détective Ethan Poole est un sympathisant des mouvements sociaux. Il soutient Carla, pasionaria communiste, et son comparse Enrique. Au besoin, Ethan Poole n'hésite pas à pratiquer le chantage contre des gens tels que Roderigo Bernal. Toutefois, il mène aussi de vraies enquêtes. Comme cette affaire Prosnicki, où une femme voudrait retrouver son fils Casper disparu depuis sept ans.

Frank Frings est journaliste pour La Gazette. Ce migraineux se soigne aux cigarettes de haschich. Il est l'amant de Nora Aspen, chanteuse de jazz quelque peu connue. Celle-ci sent actuellement une sourde menace autour d'elle. Les attentats ciblant des proches du maire sont des faits divers qui intéressent Frings. Quelques années plus tôt, convaincu par la vitalité et les promesses d'Henry le Rouge, il fut favorable à son égard. Ayant déchanté depuis l'élection, le reporter écrit des articles agressifs. Et surtout, il cherche des preuves des malversations du maire. L'industriel Bernal a de bonnes raisons de l'aider : “Quand le système des petits arrangements du maire s'effondrera, ce sera le chaos, et je veux savoir à quel moment se produira ce dénouement inéluctable. Je ne veux pas mourir, M.Frings. Or, des morts, il y en aura avant la fin de tout ceci.” Lui qui connaît certains secrets de la Ville, il offre au journaliste une piste sérieuse.

Les Catacombes sont les archives de la police et de la justice de la Ville. Arthur Puskis en est le documentaliste depuis vingt-sept ans. Maniaque des classements minutieux, il remarque l'existence d'un double dossier sur la même affaire. Des deux photos trouvées, laquelle est vraiment celle du criminel Reif DeGraffenreid, qui fut condamné il y a quelques années ? Il s'avère que la photo de substitution est celle d'un certain Prosnicki. Le maire a été avisé de la petite enquête d'Arthur Puskis. Déjà, il a lancé un homme de main sur la trace d'Ethan Poole, non pour ses sympathies syndicales, mais parce qu'il s'informe sur le cas Prosnicki. Vérifiant les dossiers des Catacombes, Arthur s'aperçoit qu'une vingtaine de condamnés n'ont jamais été emprisonnés. Qu'est-ce donc que ce Projet Navajo ? Quel rapport avec le Massacre de la Fête d'anniversaire, datant de 1929, car un lien existe. Quand on lui présente la machine moderne qui remplacera les dossiers des Catacombes, Arthur comprend que les autorités municipales veulent détruire les preuves...

Toby Ball : Les Catacombes (Éd.10-18, 2013) – Coup de cœur –

Témoignant des réalités sociales sur fonds d'intrigue criminelle, le roman noir évolue avec son temps, c'est normal. Dans notre monde déréglé, le témoignage de tels polars garde une certaine importance. Néanmoins, les passionnés aiment à retrouver les ambiances des romans noirs d'autrefois.

Ceux qui évoquaient les mafias, la corruption généralisée et les embrouilles si courantes durant l'Entre-deux-guerres aux États-Unis. Ceux qui décrivaient la Prohibition, les clubs mal famés, les truands cyniques, les trafics en tous genres. Ces romans qui montraient la Ville sans la nommer, puisqu'il pouvait s'agir de New York, de Chicago ou autre métropole. Ceux qui mettaient en scène des personnages sombres, des détectives ou journalistes d'investigation, qui possédaient leurs propres principes moraux. Face à des notables pourris ou des caïds sans états d'âmes, tous avides de pouvoir.

C'est une immersion dans les décors fantomatiques de cette Ville corrompue, que nous propose Toby Ball. C'est une ambiance “à l'ancienne” qu'il reconstitue avec soin, selon les critères du roman noir authentique. Le climat de mystère et de menace est omniprésent : “Parce que la situation est encore plus terrible que vous ne le pensez. Vous n'avez aucune idée de ce qui s'est passé, ni de ce qui se passe. Le Massacre de la Fête d'anniversaire, l'élimination du gang de White, le Projet Navajo, les hôpitaux qui sont en réalité des prisons, la disparition de familles entières...”

Sachant que cette phrase apparaît environ deux cent soixante pages avant le dénouement, c'est dire que les questions énigmatiques et les diverses péripéties ne manquent pas ensuite. Héros atypique, le bureaucrate Arthur Puskis apparaît d'une certaine façon comme le pivot de cette noire histoire. Un suspense (inédit) à la manière traditionnelle, qui procure un réel bonheur aux lecteurs.

- "Les Catacombes" de Toby Ball est disponible dès le 21 novembre 2013 -

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commentaires

Philippe 14/11/2013 15:54

Bonjour M. Le Nocher,

Aviez-vous déjà prévu de chroniquer ce roman avant de voir que le film " L'échange " ( 2008) ) de Clint Eastwood avec Angelina Jolie était rediffusé ce soir sur France 3 ?
Parce que, sans que l'histoire ne soit la même, ce film se passe à la même époque, enfin quelques années auparavant, en 1928. Et c'est une femme dont le fils a disparu et elle refuse - à raison - de croire que c'est son enfant que la police lui ramène. Il y a en effet eu substitution d'enfant. La mère doit affronter non seulement les kidnappeurs mais aussi les autorités qui veulent lui faire admettre le mensonge.
A l'époque, la police pouvait, dit l'article ci-dessous, faire interner une personne en psychiatrie.
L'internement des femmes en psychiatrie, dans des institutions alors contrôlées uniquement par des hommes, était un outil à la disposition des hommes, donc des autorités, de la police et autres, pour mettre à l'écart des femmes jugées trop libres, trop indépendantes, et un moyen de combattre les avancées légales d'après lesquelles les femmes étaient par principe les égales des hommes dans tous leurs droits.
C'est à la suite de cette affaire que la loi ( de Californie, on ne sait ce qu'il en a été ailleurs, sans doute les mêmes changements suites à d'autres cas ) a changé pour que la police ait à obtenir un mandat pour faire interner quelqu'un.

http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C3%89change_%28film,_2008%29

http://fr.wikipedia.org/wiki/Meurtres_du_poulailler_de_Wineville

Je me pose la question, car le roman que vous chroniquez aujourd'hui parle aussi d'une substitution, de photos et de dossiers. Il y a aussi une femme dont le fils a disparu depuis sept ans. Et le journaliste découvre l'existence aux archives de deux dossiers, comme une double comptabilité, le vrai ayant une photo autre que le premier, et cet homme a le même patronyme que la femme dont le fils a disparu.

Donc, soit, ce que je pense plutôt, c'est une coïncidence que vous ayiez chroniqué ce roman le jour de la rediffusion de " L'échange " , soit ( mais puisque vous ne regardez guère la télé ) vous avez vu que le film était programmé et eu l'idée de parler de ce roman qui se déroule à la même époque.

Cordialement

Claude LE NOCHER 14/11/2013 16:40

Bonjour Philippe
Finalement, qu'est-ce qui guide mon choix de lecture, c'est un peu votre question ? J'essaie d'être "lecteur de base" (ce qui n'a rien de péjoratif), mais je me demande aussi pour quelle raison un(e) responsable de collection choisit tel ou tel roman. Récemment, je me doutais que Marie-Caroline Aubert n'avait pas choisi par hasard le polar de Hesh Kestin, chez Seuil policiers. Idem ici, chez 10-18, dans cette collection noire, où ce titre m'a semblé insolite.
Ensuite, il faut bien avouer que l'on "accroche" ou pas, généralement vite quand le roman est maîtrisé. Les mystères que l'on sent venir, c'est vrai. Mais dans ce cas, il y a la thématique, qui n'est pas sans me rappeler des œuvres de Dashiell Hammett ou autres grands noms du roman noir. "La Ville" anonyme, au cœur de la corruption, c'est un sujet qui a beaucoup inspiré les Américains. Encore de nos jours dans le cinéma, moins dans les romans. Peut-être parce que ces rapports mafieux, cette menace, ces pourris archétypaux, c'est assez visuel, ou ça s'illustre assez bien en images.
Ces années-là, et l'idée d'un archiviste des affaires criminelles, c'est séduisant aussi. La substitution de dossiers s'inspire sans nul doute de cas bien réels d'autrefois. Ah, vous aurez noté qu'il est question d'un Massacre de la Fête d'anniversaire : ça ne vous rappelle pas celui de la Saint-Valentin ? Quant aux cas d'internements abusifs, parfois à des fins pseudo-scientifiques, il s'en produisit bon nombre en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et en Irlande, d'après ce qu'on sait. Evidemment, l'intrigue est différente, ici...
Amitiés.

The Cannibal Lecteur 14/11/2013 15:28

Salut !

La mention "coup de coeur" aurait dû me faire fuir à toutes jambes, mais bon, je sus curieuse de nature et hop, un petit tour sur la chouette chronique et bardaf, un ajout !!

Claude LE NOCHER 15/11/2013 11:48

Bonjour Cannibal
Nous sommes avant tout des lecteurs, ce qui explique que nous n'allons pas nous enthousiasmer pour tous les romans lus. Cela dit, il peut arriver qu'un livre nous plaise, et que d'autres soient déçu(e)s par les mêmes titres. Toutefois, que ce soit par l'inventivité, par l'écriture, ou par toute autre originalité, nos "Coups de cœur" ont toujours ce p'tit plus que j'évoquais.
Amitiés.

The Cannibal Lecteur 15/11/2013 11:26

Bonjour, Claude,

Je sais que tu n'abuses pas des étiquettes "coups de coeur" comme d'autres blog, mais vu que je sélectionne les blogs que je visite, si la mention était usurpée ou trop souvent utilisée, je fuirais à toutes jambes. :-D

Mais tout comme les mentions "coups de coeur" de Yvan, Pierre ou la Petite Souris, je les note dans mon carnet et me les garde précieusement ! On peut vous faire confiance...

Amitiés
Cannibal

Claude LE NOCHER 14/11/2013 16:22

Bonjour Cannibal
La mention "Coup de cœur", je n'en abuse pas, contrairement à certains points de vente qui en collent partout. Non, je ne la décerne qu'à quelques titres par an, uniquement à ceux qui me semblent posséder un p'tit plus. C'est le cas ici, peut-être parce qu'on n'écrit plus tellement de romans dans cette veine-là. Amitiés.

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