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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 05:55

En cette fin d'année 2013, deux rééditions bienvenues chez Rivages/Noir...

 

Christian Roux : "Placards"

Une prostituée est étripée dans son appartement. Il y a du sang et des viscères partout quand sa voisine Alice découvre le carnage. Elle remarque un placard. Visiblement, un enfant y a séjourné longtemps. Elle trouve un cahier où il racontait maladroitement sa vie de bâtard caché et maltraité. Alice quitte son immeuble sans prévenir la police. Dans un parc proche, où elle côtoie un homme brun et des enfants qui jouent, elle lit le cahier. Alice et sa jeune sœur Valérie connurent aussi une enfance douloureuse. Pour Alice, le gamin du placard n'est pas loin.

Eustache est policier. Il fait équipe avec Samuel. Eustache a besoin d’écrire, de revenir sur une étape de sa vie. Pendant ses vacances d’enfant, un adulte devint son meilleur ami : souvenirs de fêtes, mais aussi d’une expérience marquante. Eustache et Samuel enquêtent sur le meurtre de la prostituée. Ils ont compris qu’un gosse était caché dans le placard. Les témoignages inutiles du voisinage égoïste ne les aident guère, pas plus que les fichiers sur ce type de crimes. Même le calme Samuel s’interroge. Comme Eustache, il porte un lourd secret lié à l’enfance. Le gamin qui ne voyait jamais le soleil voulait “nager dans le ciel”, écrivait-il. Alice devine où il se cache...

Cette histoire malsaine et sordide a pour but de provoquer le malaise. C’est la rencontre de plusieurs destins, de personnages traumatisés par des enfances perverties, par un passé impossible à effacer. L’auteur veut nous prendre aux tripes, nous heurter, nous bousculer. Il y parvient, car l’écriture et la construction du récit sont originales et percutantes. C’est un sujet dur, qui est traité avec dureté. Ce qui donne un excellent roman, teinté d’une poésie morbide.

Christian Roux : Placards - David Goodis : Cassidy’s girl (Rivages)

David Goodis : "Cassidy’s girl"

En ce début des années 1950, Cassidy végète dans un quartier miteux de Philadelphie. Pourtant, il a connu des époques plus glorieuses dans sa vie. Sportif universitaire, puis héros de la 2e Guerre, il fut pilote de ligne. Jusqu’à ce qu’un accident d’avion dont il n’était pas responsable provoque sa déchéance. Après divers jobs, il est désormais chauffeur d’autocar. Il traîne surtout une réputation justifiée d’ivrogne. C’est chez Lundy, un bar accueillant une clientèle de purs alcooliques, que Cassidy passe son temps à s’enivrer avec ses amis.

Quatre ans plus tôt, c’est dans ce même bistrot qu’il se laissa séduire par la sensuelle Mildred, devenue depuis sa femme. Cassidy est toujours accro à son excitante compagne, qui aime autant que lui les boissons fortes. Malgré l’obsession qu’elle lui inspire, les scènes de ménages se succèdent. D’autant que Mildred aguiche Haney Kenrick, qui a plus de fric que Cassidy. Tout ça finit par une sévère bagarre entre les deux hommes chez Lundy, sans vainqueur.

Cassidy devient l’amant de la jeune Doris, dont l’alcoolisme maladif lui donne envie de la protéger. Elle aussi a traversé de dures épreuves, qui l’ont fait sombrer. Cassidy décide que Doris et lui vont vivre ensemble, qu’il l’aidera à arrêter de se détruire. Ce qui rend plus que sceptique Shealy, un des amis de Cassidy. Sa violente rupture avec Mildred n’empêche pas Cassidy d’envisager l’avenir avec une certaine sérénité. Il a tort, car ses ennuis ne font que commencer...

Goodis décrit des protagonistes de la fatalité et de la médiocrité, non sans savoir-faire : “Leurs corps, intoxiqués, affaiblis par l’alcool, n’étaient plus que des masses de substances animales, privées de pensées et d’émotions, qui avançaient, avançaient toujours dans cet espoir de survivre à cet horrible voyage qu’était la traversée de la rue.” Entre alcoolisme, serein espoir dans l’avenir, et fausse accusation, Cassidy subit les aléas d’un destin chaotique. A-t-on envie de s’apitoyer sur son sort ? Pas sûr, d’où l’ambiguïté des romans de Goodis – leur force, diront ses admirateurs. La part de dérision reste rare dans le récit : “Tu n’es pas le seul, dit Shealy. On aime tous ça, nous les paumés, les épaves. On en arrive tous à prendre du plaisir quand on descend la pente, pour arriver en bas, au fond, là où c’est doux, dans la boue.” Bel exemple du roman noir traditionnel.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2013 Livres et auteurs
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commentaires

valerie 11/12/2013 22:10

Bonsoir Claude !
J'ai eu l'occasion de découvrir Christian Roux il y a quelques années à travers "Kadogos" . Un roman que j'avais particulièrement apprécié ! Je ne connais pas celui-ci . A suivre ...
Bonne soirée à toi !

Claude LE NOCHER 12/12/2013 05:39

Bonjour Valérie
Je l'ai souvent dit, on ne peut pas suivre tous les auteurs. Mais je garde un très bon souvenir de ce titre de Christian Roux datant d'il y a près de dix ans. Un roman dur, qui méritait une réédition.
Amitiés.

Philippe 11/12/2013 21:09

Bonsoir M. Le Nocher, Max,

Ceci n'est pas du polar, mais j'ai pensé que vous trouveriez intéressant - bien que décrivant avec précision des choses dont on ne parle ou auxquelles on ne pense guère - les articles suivants.
Je les ai vus aujourd'hui.
Nous parlions de la peine de mort en évoquant son abolition en Afrique du Sud sous Mandela.
A toutes les raisons qui font de beaucoup d'entre nous des opposants à la peine de mort, pourrait s'ajouter ce que disent ces articles.

http://www.poopreport.com/Intellectual/Content/Hanging/hanging.html

http://tvtropes.org/pmwiki/pmwiki.php/Main/NoDeadBodyPoops

Cordialement

Claude LE NOCHER 11/12/2013 21:23

Voilà une illustration fort peu ragoutante de la peine de mort, et des tortures qui peuvent aller de pair.
Hier, sur un site de "réinformation" (c'est ainsi que l'extrême-droite appelle sa propagande) dont je ne donnerai pas le lien, j'ai lu un "anti-portrait" de Nelson Mandela. Formidable de voir jusqu'où va la bassesse de l'auteur, qui souligne d'ailleurs des faits auxquels Mandela ne peut être associé, puisque placé au secret.
Vigilance, cher Philippe, vigilance !
Amitiés.

Max 11/12/2013 10:07

Bonjour Claude,
Jamais lu Christian Roux....
Goodis, c'est d'excellents souvenirs de lecture dans les années 80. Depuis, rien lu de lui.
Il faudra que je relise un jour "Vendredi 13", ou "La lune dans le caniveau"....
Amicalement,
Max

Claude LE NOCHER 11/12/2013 20:36

Salut Max
Je ne suis pas le plus grand fan de Christian Roux, mais j'en ai lu deux ou trois titres intéressants tel celui-ci.
"Cassidy's girl" reste un de mes préférés de David Goodis. "La lune dans le caniveau", bien sûr aussi. Dans certains titres, sa "désespérance" est quand même plus noire que noire. Un beau classique !
Amitiés.

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