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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 05:55

En guise d'hommage à Nelson Mandela, au long combat qui fut le sien, à la capacité qu'il eut de fonder une nouvelle nation, retour sur un roman plutôt marquant de Georges-Jean Arnaud. En 1977, Mandela est approximativement au milieu de sa peine de prison. Il ne figure pas dans cette histoire. Le régime d'apartheid va durer. Ce dont ne doutent pas ses partisans : “Depuis trois siècles qu'ils sont dans ce pays, ils en ont vu d'autres, et ils sont toujours là. Leur foi en eux-mêmes, c'est du béton armé. Ils se feraient plutôt hacher sur place que de céder un pouce de leurs prérogatives et, d'ailleurs, ils ont assez de réalisme pour consolider leur position. Faites-leur confiance : dans dix ans, ils seront encore les maîtres.” Ce n'est qu'en 1991 que sera aboli l'apartheid, quatorze ans après.

Masquée par la formule “développement séparé”, la ségrégation raciale s'exerce depuis l'époque des Boers, des premiers Afrikaners radicaux, mais deviendra institutionnelle dès 1948. Les lois interdisent à peu près tout aux “coloured people”. Dans ce roman, on voit que les bus réservés aux Noirs ne sont pas si nombreux, que les taxis pour Blancs leurs sont interdits, que seuls les restaurants d'hôtels internationaux tolèrent des clients Noirs, qu'il leur est compliqué d'obtenir des documents administratifs. Quant aux relations intimes entres races, c'est strictement sanctionné. Un des personnages en a fait l'amère expérience. À la moindre entorse aux lois, on exile les Noirs dans ces bantoustans hostiles et ils perdent illico la nationalité sud-africaine. Au mieux, on les laisse végéter dans des townships insalubres : “─ L'eau commence à manquer, et nous n'avons pas assez de camions-citernes pour les ravitailler.

─ Pas de camions-citernes, la belle blague. Les ouvriers ont dû manifester ou faire grève, et on les prive de flotte. C'est le coup classique. Le village est installé sur une couche de rochers. Pas la moindre source. Pour l'alimenter, une canalisation de trois pouces seulement. Reliée à un bassin de retenue qui a sec dès le printemps. Que voulez-vous faire sans eau ? […] Il y a des dizaines de villages de ce genre. Je me demande si on est pas plus heureux à Soweto. Au moins là-bas, les gars retrouvent une certaine solidarité.”

En effet, Soweto fut le plus emblématique (car le plus peuplé) de ces ghettos créés par l'apartheid. Bien documenté, y compris sur les mouvements de résistance autour de l'ANC, G.J.Arnaud nous permet ici de toucher du doigt la réalité de cette époque. Plus qu'une histoire d'espionnage à la James Bond, c'est un livre alliant aventure et témoignage. Nul doute qu'il fit réfléchir quelques-uns de ses lecteurs, en un temps où la France (vendant des armes aux Blancs d'Afrique du Sud) ne condamnait absolument pas l'apartheid...

G.J.Arnaud : Peur blanche pour le Commander (Fleuve Noir, 1977)

Serge Kovask, dit Le Commander, n'est pas un agent secret de la CIA. Il est chargé de missions de renseignements pour le sénateur américain Holden. Kovask est assisté de la mûre Cesca Pepini, dite La Mamma, lors de ses enquêtes de terrain. Il s'agit généralement de jauger l'implication des États-Unis dans des situations internationales sensibles. En 1977, Jimmy Carter vient d'être élu président. Le diplomate Henry Kissinger veut croire que les Blancs d'Afrique du Sud sont disposés, comme leurs voisins de Rhodésie, à faire de gros efforts pour instaurer la justice raciale et sociale envers les Noirs. Ce pays mérite-t-il le soutien économique, politique, voire militaire, des États-Unis ? C'est ce que Kovask et Cesca Pepini doivent vérifier au cours de leur séjour en Afrique du Sud.

À Johannesburg, le Commander rencontre un secrétaire d'ambassade désireux de l'aider clandestinement. C'est ainsi que Kovask entre en contact avec Corbieu, un Français qui a connu de sévères déboires dans ce pays. Employé à la gare de triage, il a constaté que du matériel militaire arrivait en grande quantité depuis quelques temps. Pas seulement des armes, mais aussi des blindés et autres matériels lourds, en provenance de France. Cet arsenal très coûteux est livré à des propriétaires privés, Afrikaners blancs. Preuve qu'ils ne céderont rien aux Noirs, qu'ils sont prêts à écraser de nouveaux troubles, tels que le pays en a récemment connus.

Alors que Corbieu s'est fait repérer par les autorités, Kovask ne peut guère compter sur le secrétaire d'ambassade. Libéré, Corbieu conduit le Commander dans une ferme qu'il possède, près du désert du Kalahari. Le Français est un sympathisant actif de l'UWS, une branche de l'ANC. Avec leurs voisins maquisards Namibiens du SWAPO, l'UWS cherche à contrer les milices sud-africaines afrikaners. De visu, Kovask va constater que des groupes armés Blancs s'entraînent intensivement avec les blindés importés, sous la direction d'ex-nazis. Ni Corbieu, ni l'activiste noir Wezalko, ne transigeront vis-à-vis de leurs ennemis.

De son côté, Cesca Pepini est chargée d'approcher un financier français opérant en Afrique du Sud, Gérard de Laurens. La Mamma s'intéresse au cas d'une des employées de l'hôtel international où elle séjourne, Rebecca. Contrainte de coucher avec un notable bantou, cette jeune Noire cultivée de Soweto est l'amante de Gérard de Laurens. Elle espère qu'il l'aidera à quitter ce pays si inhospitalier. À contre-cœur, la Mamma doit manipuler quelque peu la jeune femme. Si Cesca Pepini reste néanmoins la meilleure alliée de Rebecca, cette dernière risque fort de se mettre en danger. Jouant à la milliardaire américaine, la Mamma essaie de percer les combines de Gérard de Laurens...

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story G.J.Arnaud
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commentaires

crismelomone 28/01/2014 13:42

Coucou Claude,
A quoi bon faire envie avec la bibliographie de cet auteur génial : G.J. Arnaud ? J'ai lu tout ce que j'ai pu trouver dans des bouquineries, même sous ses pseudo "Saint Gilles" et autres. Mais désormais, il m'est malheureusement impossible de trouver le moindre polar de lui. Sa bibliographie je l'ai sous forme de classeur, papiers avec images en couleurs. Il m'en reste pas mal de pas lu... Mais qu'y faire ? Merci pour tes conseils de polars, je pioche, je pioche !

Claude LE NOCHER 28/01/2014 17:22

Hélas, éternel problème des rééditions, que déplorent tous les passionnés. Dans le cas d'un grand auteur populaire comme G.J.Arnaud, il est fort regrettable que les éditeurs ne fassent guère d'efforts.
Amitiés.

crismelomone 28/01/2014 16:31

Tout à fait "Thierry" ! euh ? Pardon, Claude. Oui, en me fiant à certains de tes conseils, j'ai eu quelques bonnes surprises, notamment des 3 auteurs que tu cite en réponse.
Mais bref, il est impossible de trouver du G.J. Arnaud réédité ? Ce Monsieur a plus de 80 ans, ne peut plus écrire, atteint de tremblements. Horrible de penser qu'ils attendent son décès pour revoir son œuvre, plus de 600 livres. Pourtant c'était un vrai régal de plonger dans des histoires qu'il tirait des faits divers de journaux, d'où la qualité empruntée à du vécu....
Encore merci.

Claude LE NOCHER 28/01/2014 16:08

Bonjour
Nous sommes de ceux qui restent éternellement fidèles à G.J.Arnaud, en effet, même s'il est difficile de retrouver aujourd'hui ses titres les plus rares. Se baigner de temps à autre dans l'ambiance de ses romans, ça fait beaucoup de bien. Et ça rappelle que, même si nous lisons des noirs suspenses actuels de qualité (Sam Millar, Donald Ray Pollock, Megan Abbott, par exemple), cet auteur avait déjà exploré des intrigues et des sujets diablement excitants.
Quant à mes suggestions, je souhaite juste qu'elles servent aux lecteurs à dénicher quelques bons livres.
Amitiés.

Philippe 09/12/2013 02:18

Bonjour tout le monde,

En m'écartant un peu du polar, mais à propos de Mandela, je me permets de montrer ces articles en réaction à sa mort et en son hommage sur d'autres sites que je consulte chaque jour.

Le blog de la librairie jeunesse la Courte Echelle à Rennes qui présente quelques livres récents évoquant la vie et le combat de Mandela.

http://lacourteechelle.hautetfort.com/archive/2013/12/06/j-ai-appris-que-le-courage-n-est-pas-l-absence-de-peur-mais-5239700.html

http://steinkis.com/nelson-mandela-3-24.html

http://lacourteechelle.hautetfort.com/archive/2013/07/23/afrique-du-sud-apartheid-et-mandela-5127254.html

Et le site d'informations sur la peine de mort ( site opposé à la peine de mort par principe, mais qui présente des données factuelles très détaillées sur ce sujet ) Death Penalty Information Center.
Qui rappelle que c'est sous la présidence de Mandela en 1995 que la Cour Suprême d'Afrique du Sud a rendu un arrêt déclarant inconstitutionnelle la peine de mort dans son principe ( alors qu'aux Etats-Unis, au mieux, en 1972 par l'arrêt Furman contre Géorgie, et depuis il y a eu le revirement de 1976 Gregg contre Géorgie qu'on sait, la Cour Suprême fédérale avait seulement déclaré la peine de mort inconstitutionnelle dans son application aléatoire, et non dans son principe ). Ce qui avait entraîné l'inscription de l'abolition de la peine de mort dans la Constitution sud-africaine ' Arc-en-ciel " .
Au temps de l'apartheid, on sait que pour des crimes comparables les Noirs et autres non-Blancs étaient beaucoup plus fréquemment exécutés en fin de compte que les Blancs.
Breyten Breytenbach, l'un des écrivains les plus engagés dans la lutte contre l'apartheid ( et Blanc, Afrikaner et vivant ou ayant vécu à Paris ), ce qui lui avait valu la prison à lui aussi - beaucoup moins longtemps que Mandela - , avait décrit le terrible cérémonial de la pendaison, terrible non pas tant par l'usage de cette méthode - une pendaison à l'anglaise avec la technique du long drop causant normalement une mort instantanée par rupture des cervicales quand la trappe s'ouvrait - , mais surtout par le temps pris par la procédure d'exécution, les préliminaires, le discours, toute la cérémonie macabre.

http://deathpenaltyinfo.org/

http://deathpenaltyinfo.org/upon-nelson-mandelas-death-recalling-first-act-south-africas-constitutional-court

Cordialement

Claude LE NOCHER 09/12/2013 06:09

Bonjour Philippe
Hélas, sinistres souvenirs d'une "justice" partiale. Qui commençait par considérer les relations personnelles entre, par exemple, un Blanc et une Noire, comme un crime. 7 ans de prison pour l'homme, quinze ans de prison puis exil pour la femme, nous dit ici G.J.Arnaud, sanctions qui semblent véridiques.
Retenons de Nelson Mandela qu'il fut le créateur d'une nouvelle nation, aussi imparfaite soit-elle. Sans doute sera-t-il le dernier (après Ghandi) à avoir réussi à fédérer un peuple disparate.
Amitiés.

Serge 31 09/12/2013 01:36

Salut Claude.
Très belle manière de fêter Mandela. Par-là même, tu rappelles aussi que notre genre littéraire favori est loin d'être innocent, et combien G.-J. Arnaud est grand...
Amitiés.

Claude LE NOCHER 09/12/2013 06:00

Salut Serge
Hommage quelque peu indirect à Mandela, mais une manière de se souvenir que l'Histoire se transmet aussi par la fiction réaliste. Qu'on décrive un notable corrompu ou le contexte de l'apartheid, une certaine vérité doit être de mise. Quant à G.J.Arnaud, il restera l'un des plus grands !
Amitiés.

Jeanmi 08/12/2013 22:55

Il y a quelques années u éditeur (Demeter noir) a recomposé des premières de couverture en reprenant les codes de Fleuve noir des années 50-60. Malheureusement il a fondu en emportant les droits de ses auteurs...

Claude LE NOCHER 09/12/2013 05:53

Le monde de l'édition est impitoyable, cher Jean-Michel !
Il est vrai que le Fleuve Noir, en Espionnage et autres collections, avait créé certains "codes graphiques" efficaces qui, de nos jours encore, auraient un impact.
Amitiés.

Claude LE NOCHER 08/12/2013 16:20

Salut Blʌdʒən
Le contexte sud-africain tel qu'il était voilà trente-six ans éclaire, même sous forme de fiction, les luttes qui ont agité ce pays. Un roman qui offre une version plausible de la situation d'alors. A retrouver et à lire, oui.
Amitiés.

Claude LE NOCHER 08/12/2013 20:11

Sans tomber dans le sérieux-grave, je me souviens de cette période fin années 70-début années 80, avec la mort de Bobby Sands, les dictatures latino-américaines et la répression sud-africaine au nom de l'apartheid. Des infos diffusées au compte-goutte en France, disons-le. Elles en sont d'autant plus marquantes à nos mémoires. Parfois, ce furent des romans qui nous en apprirent davantage. C'était le cas ici.
Amitiés.

blʌdʒən 08/12/2013 19:16

Vieille technique ancestrale, le leurre cache souvent des pépites. Les écrits "à chaud" sont des mines de clés à ciel ouvert. La difficulté est de réussir à les trouver et/ou de les accepter lorsqu'elle apparaissent. Heureusement que les sentinelles veillent. Merci pour vos partages. Amitiés.

blʌdʒən 08/12/2013 13:16

Bonjour Claude,
J'en reviens tout juste... pour sûr la partie n'est pas terminée...
Merci pour cette information. Je me mets en chasse.
a+
Blud

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