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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 04:55

Au Québec, le village de Malabourg s'étend quelque part au nord de la Baie des Chaleurs. Ce n'est pas au bord de la mer, mais puisque le lac est salé, on l'appelle la mer. Depuis une affaire criminelle, le lac est surnommé “la Tombe”. Malgré sa jeunesse, Mina n'est pas une fille séduisante. Nul ne s'intéresse tellement à elle, on s'en méfie un peu. L'isolement lui convient assez bien. Mina n'a pas le menton en galoche, caractéristique de la population locale. Peut-être l'héritage de sa grand-mère Cécile, qui vivote dans la réserve indienne de Mowebaktabaak, non loin de là. Âgé d'une petite vingtaine d'années, Alexis a le menton en galoche et ne se passionne que pour ses fleurs. Il reste amoureux de la belle Geneviève, même si celle-ci est morte.

C'est elle qui a été la première des trois victimes. Âgée de dix-sept ans, bien plus jolie que Mina, Geneviève est alors enceinte, et ne veut surtout pas le montrer aux autres. Elle a une relation avec un homme mûr, notable de Malabourg. C'est le père de sa meilleure amie, Liliane. Quand Geneviève est assassinée, son cadavre demeure introuvable pendant quelques temps, avant que des plongeurs de la Sécurité du Québec ne le retrouvent dans le lac. En lisant le journal intime de son amie, Liliane ne tarde pas à comprendre ce qui s'est produit. Une pression émotionnelle trop lourde pour une jeune fille comme elle. On l'envoie en pédo-psychiatrie à Québec. Dans le service traitant les folles de son espèce, Liliane y sympathise avec Maria, hantée par des voix.

Au seuil du Nouvel An, Liliane et Maria sont à Malabourg. Elles vont être assassinées par celui qui a déjà tué Geneviève. La solitaire Mina est témoin du meurtre de Maria. Elle espère même la sauver, mais c'est trop tard. Face au criminel, Mina sait bien qu'elle ne pourra pas le dénoncer. Les cadavres des deux victimes ne seront retrouvés qu'à la mi-mars, dans le lac. Pendant plusieurs semaines, Mina a évité de fréquenter le centre-ville où elle risque de croiser l'assassin intouchable. Finalement, elle se décide à l'affronter, cherchant à obtenir des aveux. Tout en s'occupant de sa grand-mère, Mina économise pour pouvoir poursuivre des études à Montréal. Alexis, lui, va réaliser son rêve, apprendre le métier de créateur de parfums en France, à Grasse...

Perrine Leblanc : Malabourg (Éd.Gallimard, 2014)

Il s'agit d'un roman littéraire, pas d'un polar à suspense. D'ailleurs, le nom du meurtrier nous est révélé tôt. Ce qui n'enlève rien à la noirceur de cette intrigue, au contraire. Les scènes d'agressions ou face au tueur sont empreintes d'une réelle tension. Car la frontière est mince, quasi-inexistante entre les genres romanesques, on le sait. Dans sa troisième partie, mettant en scène Mina et Alexis, la suite de l'histoire aborde une autre tonalité, c'est vrai. Pourtant, le dénouement a un rapport direct avec le triple crime.

Si le récit devient bientôt fascinant, c'est certainement parce qu'il n'a rien de linéaire. On suit Mina, on se met dans la peau de Geneviève ou de Liliane, on entend parler Maria, on voyage en bus jusqu'à Montréal, on va même jusqu'à New York, on se souvient de Grasse. L'auteure est directe en évoquant le corps des jeunes femmes, sans érotisme flagrant. En exprimant pourtant une belle sensualité. Une poignée de personnages annexes retiennent l'attention. La grand-mère de Mina, bien sûr. La singulière Madame Ka, patronne d'un bar local. Son client de Segabun, aux manières de brutes, mais pas si méchant. Sans oublier Sam, frère de Liliane et intime avec Mina, ou l'ombre de ce vagabond, vague suspect.

Le style narratif est souple et subtil. Parfois enjoué, ou bien plus mordant, en décrivant par exemple la psychiatrie pour les mineurs : “L'hôpital évoquait à certaines patientes le presbytère beigeasse de leur paroisse, à celles qui ne jouaient pas le jeu des médecins il fait penser à une prison... Ces fous n'ont pas encore le droit de vote, ils ne peuvent ni fumer, ni se soûler légalement, ils n'ont pas encore compris comment rentrer dans les rangs et la cage du monde pour être comme les autres, mais ils sont là, fatigués et vivants.” Jeune romancière québécoise récompensée pour son précédent titre, Perrine Leblanc mérite d'être adoptée par les lecteurs français, car elle ne manque pas de talent.

Ce roman de Perrine Leblanc était un des deux finalistes du Prix Françoise Sagan, attribué le 12 juin 2014 à "Buvards" de Julia Kerninon (Ed.Le Rouergue). Les autres sélectionnés étaient : Lola Lafon, Anne Plantagenet, Céline Minard, Gwendoline Hamon, Françoise Cloarec, Philippe Lacoche, Baptiste Rossi, Gilles Sebhan, Nicolas Clément.

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