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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 04:55

Luke Paige est originaire de Grenville, une bourgade sans aucun charme d'Alabama. Il n'y est plus retourné depuis qu'un drame secoua sa famille, une vingtaine d'années plus tôt. Après ses études supérieures, il est devenu enseignant au Clarkston Collège. Il n'a jamais changé d'établissement. Il a été marié à Julia Bates, qui a repris son métier d'infirmière depuis leur divorce, et vit à Chicago. Il possède une petite notoriété en tant qu'écrivain sous son nom complet, Martin Lucas Paige. Ses livres traitent d'épisodes marquants dans l'histoire des États-Unis. Luke admet n'avoir jamais eu la carrière qu'il espérait en tant qu'auteur, sans doute faute d'un talent puissant. Il se contente d'être juste publié.

Au moins a-t-il échappé définitivement à la ville étriquée de son enfance. Certes, il était proche de sa mère, Ellie. Il lui semblait qu'elle n'était pas véritablement heureuse. Car son père Doug fut un personnage fantasque, qui n'accorda guère d'attention à Luke. Il tenait une boutique, le Variety Store, toujours plus ou moins au bord de la faillite. Il subvenait à peine à leurs besoins. C'est Ellie qui encouragea son fils à faire de brillantes études. Elle avait un album familial baptisé “Le voyage de Luke”, recensant les épisodes méritoires de sa vie. Tel ce jour où il fit un discours remarqué dans son école, un exposé s'inspirant de formules trouvées dans un livre de référence, à vrai dire. Trop rustre, peu cultivé, son père ne s'intéressait pas à cet album, selon le souvenir de Luke.

Alors qu'il donne une conférence dans un musée, une femme aborde Luke. Visiblement, elle cherche à avoir une conversation avec lui. Il s'agit de Lola Faye Gilroy, aujourd'hui âgée de quarante-sept ans. Elle fut au cœur de l'affaire meurtrière qui se déroula jadis. Elle était la maîtresse de son père. Informé, Woody Gilroy, le mari de Lola Faye, abattit un jour Doug Paige, avant de se suicider. Du moins, telles furent les conclusions logiques du shérif Tomlinson. Lola Faye n'avait pas d'alibi sérieux. Luke non plus, parti se balader dans la région en voiture. Les faits restaient peu contestables. Native comme son mari d'un bled dans la montagne, Plain Bluff, Lola Faye n'avait déjà pas une réputation excellente. Le drame faisant bientôt d'elle une paria, elle dut quitter Grenville.

Suite au crime, la mère de Luke tomba dans la dépression. D'autant que, alors qu'ils devaient payer les dettes de Doug Paige, les trente mille dollars que son père avait réussi à préserver des créanciers étaient introuvables. Cet argent, avait-il prévu de le dépenser en s'en allant avec Lola Faye ? Bien que suivie médicalement et protégée par son fils, Ellie Paige décéda quelques temps plus tard. Malgré la sympathie de leur voisin, le bijoutier Klein, et l'amour que la jeune Debbie Todd éprouvait pour Luke, c'était l'occasion pour lui de réaliser ses rêves. Égoïstement, peut-être. Même si Lola Faye, avec ce prénom de bouseuse, est loin d'être aussi cultivée que lui, leur rencontre prend la forme d'un bilan...

Thomas H.Cook : Dernière conversation avec Lola Faye (Points, 2014) – Inédit – Coup de cœur –

Qu'il s'agisse d'un roman noir, aucun doute. Car cette longue conversation évoque la vie d'une poignée de personnes dans une ville modeste du sud des États-Unis. Grenville ne possède aucun attrait aux yeux du héros. Dans un décor dénué d'intérêt, sa population est trop terre-à-terre, vit trop simplement, à l'image de ses parents ou de Lola Faye. Même le drame qu'il a traversé dépasse la mesure de cette bourgade tranquille. Le temps a passé, les deux protagonistes survivants de l'affaire ont vécu chacun une existence sûrement moins satisfaisante qu'ils l'auraient souhaité. Après s'être renseignée avec précision via Internet, Lola Faye vient faire le point sur de possibles “apparences trompeuses”.

Pour autant, ce n'est pas exactement l'aspect criminel qui prime ici. Avec la subtilité qu'on lui connaît, Thomas H.Cook suggère qu'une autre version de l'histoire rendrait davantage responsable tel ou tel. Il s'amuse même avec la notion de “films noirs”, puisque subsistent des ombres et que Lola Faye est idéale dans le rôle de la femme fatale. Meurtre, suicide, argent disparu, décès prématuré de la mère du héros, jamais ni le sordide ni le mélo n'ont leur place dans le récit. Toutefois, le thème principal est ailleurs, en filigrane.

Ce dont nous parle l'auteur, c'est de l'ambition parfois excessive, de la réussite sociale et personnelle. Être un brillant étudiant, viser une carrière supérieure, pourquoi pas ? Mais, ce ne doit pas être au détriment de soi-même et des autres. Être aveuglé par son but, au point de mépriser ses origines, ça ne rend sûrement pas heureux, épanoui. La psychologie est un des points forts de ce roman (inédit), comme généralement chez cet auteur. Cette longue et riche “dernière conversation avec Lola Faye” nous offre aussi une réflexion sur la vie de chacun d'entre nous. Oui, à l'évidence, Thomas H.Cook est un grand écrivain.

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commentaires

Richard 16/06/2014 12:35

Une de mes prochaines lectures ! Pour moi aussi, il est devenu un incontournable !
Merci pour cette chronique, Claude !
Amitiés

Claude LE NOCHER 17/06/2014 05:50

Salut Serge
C'est un roman datant de 2010 en VO. Comme tu sais, Thomas H.Cook a été publié par l'Archipel, avant d'entrer au catalogue Seuil. Sachant que le traducteur, Gérard de Chergé, travaille plutôt avec l'Archipel, peut-être ce titre fut-il prévu chez eux ? En tout cas, c'est bien un roman récent et très réussi, comme toujours. Tu vas pouvoir te régaler, avec ce "poche" inédit. Amitiés.

Serge 31 17/06/2014 01:10

Salut Claude.
Un inédit de Cook en poche, juste avant l'été, mazette!
Il en existe une foultitude (d'inédits) de cet auteur.
Le copyright original est-il indiqué?
Amitiés.

Claude LE NOCHER 16/06/2014 16:02

Hello Richard
Une valeur sûre, c'est vrai. Chacun de ses romans est un grand plaisir de lecture, pour beaucoup d'entre nous. Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 16/06/2014 06:54

Salut Claude, Est-il utile de te dire que je vais le lire ? Est il utile de te préciser que ma femme vient de me le prendre ? Thomas Cook devient incontournable chez les Faverolle ! Espérons que ce soit le cas chez les autres aussi. Amitiés

Claude LE NOCHER 16/06/2014 07:24

Salut Pierre
Je suis convaincu que ta femme sera 100% conquise cette fois encore. Thomas H.Cook mériterait sans doute un "Coup de cœur" à chaque fois. C'est pourquoi j'en ai placé un, ici. En particulier, pour l'aspect psychologique de cette histoire. Pour la technique narrative, aussi. Bref, c'est excellent. Amitiés.

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