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13 septembre 2014 6 13 /09 /septembre /2014 04:55

Vers la fin des années 1930, trois hommes s'évadent du pénitencier de l'Oklahoma où ils ont passé plusieurs années. Ces repris de justice bénéficiaient d'un régime assoupli, pour bonne conduite. Il y a Bowie Bowers, âgé de vingt-sept ans, meurtrier. Les deux autres sont des voleurs de banques chevronnés : T.W.Masefeld, dit Chicamaw, quarante-quatre ans, et Elmo Mobley, dit T-Doub, trente-cinq ans. Ils ont braqué des conducteurs de voitures afin de s'éloigner aussi rapidement que possible du pénitencier. Avant de gagner le Texas, il est prudent qu'ils se planquent quelques jours à Keota, chez le cousin Dee Mobley. Ce dernier tient une station-service avec sa fille, la belle et farouche Keechie. Chicamaw est celui qui s'alcoolise le plus dans le trio d'évadés. T-Doub ne songe qu'aux futurs casses qu'ils réaliseront. Bowie pense parfois aux rares proches qui lui restent.

Dès leur arrivée au Texas, ils braquent un poste d'essence, emportant un arsenal d'armes à feu qui leur sera sûrement utile. Quand Chicamaw raconte ses expériences, en particulier au Mexique, ce pays fait rêver Bowie. Le trio s'installe dans une maison meublée à Zelton. Ils sont quasiment fauchés. C'est Mattie, la belle-sœur de T-Doub, qui les ravitaille. Son mari étant en prison, elle aura besoin d'une part des butins à venir pour payer un avocat. Sa jeune sœur Lula n'est pas prête à s'acoquiner avec l'un ou l'autre des fuyards. Pour le premier casse, le trio a choisi une banque de Morehead. Il leur reste un millier de dollars chacun, frais déduits. Le braquage suivant sera bien plus fructueux. Visant une banque de Zelton, ils prennent dès l'ouverture en otage le directeur et deux employés. C'est plus de 22.600 dollars qu'empochent chaque gangster. Bien au-delà des espérances de Bowie.

Il vaut mieux se faire oublier pendant un mois, la police enquêtant après avoir fait le lien entre les deux affaires. Bowie et Chicamaw retournent en Oklahoma. Ils sont victimes d'un accident de voiture, qui va entraîner la mort de deux policiers. Blessé, Bowie se réfugie à Keota, où Keechie va s'occuper de lui. Pendant ce temps, Chicamaw picole et dilapide sa part du butin, tandis que les flics enquêtent sur leur accident. Bowie comprend qu'il s'était sans doute montré maladroit avec Keechie. Le magot de Bowie joue-t-il sur les sentiments de la jeune femme ? Ils deviennent bientôt intime, commençant à faire des projets. Ils prennent la direction du Texas, où Keechie pense qu'ils seront tranquilles. Antelope Center, un site pour des malades curistes, bel endroit pour abriter leur bonheur. Mais, pour les desperados, le Destin est rarement clément…

Edward Anderson : Des voleurs comme nous (Éd.Points, 2014)

Un pur chef d'œuvre du roman noir classique, datant de 1937. Son découpage scénique convenant bien au cinéma, il fut adapté deux fois. En 1948, par Nicholas Ray, sous le titre “They live by night” (Les amants de la nuit). Puis en 1974, par Robert Altman, avec son titre d'origine “Thieves like us”. Le second semble le plus proche, mais on doute qu'il ait été possible de respecter l'intégralité de l'intrigue, ni surtout son état d'esprit. Néanmoins, malgré ces adaptations et bien que Raymond Chandler en ait dit le plus grand bien, le livre d'Edward Anderson resta longtemps méconnu. 

Raconter les tribulations de repris de justice, beaucoup d'auteurs de polars l'ont fait des décennies durant. Cependant, il ne suffit pas que se succèdent les poursuites, qu'éclatent des coups de feu et que s'entassent des billets pour convaincre. Les protagonistes doivent exister, tels des êtres de chair et de sang, avec leurs actes et leurs états d'âmes. “Une femme qui t'en veux peut te mettre dans la merde en moins de rien. Oui mec, les flics ce serait du gâteau, s'il y avait pas les femmes dépitées et les mouchards...”

Quoi qu'en dise le directeur de la banque braquée à Zelton, T-Doub et l'Indien alcoolique Chicamaw sont des têtes brûlées. Leurs parcours montrent qu'ils n'ont peur de rien, qu'ils resteront éternellement ce qu'ils sont. On accorde davantage au superstitieux Bowie le bénéfice du doute, tant sur son passé que pour son éventuel futur. Toutefois, c'est un dur comme ses complices, ne nous y trompons pas. Des caractères forts, un scénario ultra-solide, voilà un très bel exemple du roman noir authentique. À ne pas manquer.

 

“Des voleurs comme nous” est disponible en poche dès le 18 septembre 2014

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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commentaires

Serge 31 15/09/2014 00:32

Salut Claude
Excellent bouquin, en effet, et le film est mon préféré d’Altman (juste devant « Le privé », d’après Chandler). Une précision : il a été publié chez Christian Bourgois en 1985 sous le titre «Tous des voleurs » (réédition poche 10/18 n° 2618 en 1995). Je ne sais pas si la parution 2013 que tu évoques et reprise par Points Seuil est une nouvelle traduction (pour info, Emmanuèle de Lesseps a signé celle de Bourgois). L’autre roman d’Anderson, son premier en fait, «Il ne pleuvra pas toujours» (Hungry Men – 1935), plus autobiographique, mérite aussi de sortir de l’ombre (10/18 n° 2617 en 95)
Amitiés.

Claude LE NOCHER 15/09/2014 06:51

Salut Serge
Tu soulèves une question intéressante. En indiquant " © SL Publications 2013 pour la traduction française ", La Manufacture de livres donne donc une indication frauduleuse, puisqu'il s'agit assurément de la même traduction. Escroquerie morale, donc, puisqu'on ne va pas vérifier - sauf à connaître comme toi déjà l'ouvrage. Quant au roman lui-même, c'est un remarquable roman noir, avec tous les ingrédients qu'on aime.
Amitiés.

Philippe 13/09/2014 12:29

Bonjour M. Le Nocher, M. Faverolle,

On en a déjà parlé voici quelque temps, l'une des premières voire la première adaptation au cinéma du " Facteur sonne toujours deux fois " de James Cain était le film français " Le dernier tournant " de 1939 avec Fernand Gravey et Corinne Luchaire.
Une version plus récente des années 1980 étant le film américain avec Jack Nicholson, cette fois avec le même titre que le roman.

http://www.action-suspense.com/2014/02/fred-kassak-voulez-vous-tuer-avec-moi-1971.html

A propos de " Que la bête meure " dont nous avons parlé l'autre jour - roman de Nicholas Blake ( 1938 ), film ( 1969 ) de Claude Chabrol avec Michel Duchaussoy et Jean Yanne - , j'ignorais, je ne l'ai lu qu'ensuite, que sous le pseudo Nicholas Blake se cachait l'écrivain et poète Cecil Day-Lewis et que c'était le père de l'acteur Daniel Day-Lewis.

Lisez voir l'article du blog Executed Today d'avant-hier ( jeudi 11 septembre 2014 ), il a une tonalité tragi-comique. Et présente quelques analogies avec l'histoire chroniquée par vous aujourd'hui.
Le principal protagoniste s'appelait Homer Simpson.

http://www.executedtoday.com/2014/09/11/1929-homer-simpson/

Rappelons des questions de droit pénal, intéressantes en soi et concernant ces histoires, dans la fiction et la réalité, abordées ici.

- Aux Etats-Unis, et je crois que c'est une loi fédérale remontant aux années 1930 là encore, tout braquage de banque constitue un crime fédéral ( sans montant minimum de butin ni nécessité de mort d'homme au cours du braquage ), avec les conséquences qui vont avec, compétence du FBI et autres organismes fédéraux, justice fédérale qui peut prononcer des peines lourdes, prisons fédérales, absence ou limitation de libération sur parole.

http://en.wikipedia.org/wiki/Bank_robbery

( Dernier sous-paragraphe du paragraphe " Prevention " . )

- Felony murder rule.

http://en.wikipedia.org/wiki/Felony_murder_rule

Cordialement

Claude LE NOCHER 13/09/2014 18:11

Bonjour Philippe
Le cas Homer Simpson est assez typique de ces affaires criminelles où se produit un dérapage conduisant au meurtre. Certains romans ont exploité une mythologie du truand qui ne tue que s'il y est obligé, pour se défendre, ou de ceux qui s'entre-tuent dans le Milieu. De même, beaucoup de voleurs inexpérimentés ont plaidé la panique qui les a poussés à tirer. En réalité, posséder une arme, c'est toujours avoir l'occasion de tuer... et parfois, le désir de le faire.
On évoque souvent la violence de nos sociétés actuelles, ce qui n'est pas faux. Pourtant, la criminalité d'avant la 2e Guerre nous apparait presque plus sauvage, plus brutale. Les Etats-Unis des années 1920-30 sont entrés dans le "modernisme". Mais les faits-divers nous enseignent que les méfaits y restent sanglants. Dans ce roman, un pompiste est éliminé par le trio de voleurs. J'ai le sentiment que ce genre d'action (visant des petits commerçants) n'était pas rare à l'époque, que l'auteur s'inspire là de la réalité.
La justice américaine est dure envers les criminels depuis toujours, oui. On ne lui reprochera pas ça. Par contre, la présomption d'innocence est rare, et les cas d'erreurs judicaires nombreux. Je me souviens d'un rapport sur la justice américaine datant d'il y a plus de dix ans. La conclusion affichait : 1/3 de condamnés à juste titre, 1/3 de condamnés suite à des procès déséquilibrés (peut-être coupables, ou pas - peines trop lourdes, parfois), 1/3 de probables innocents en prison. Sans doute peut-on contester ces affirmations, mais elles ne semblent pas absurdes.
Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 13/09/2014 08:32

Salut Claude. Il fera l'objet de ma rubrique Oldies du mois de novembre, celle du mois d'octobre étant réservée à James Cain et son Bloody Cocktail. Amitiés

Claude LE NOCHER 13/09/2014 17:42

Pas de souci, mon cher Pierre, je vais m'arranger. Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 13/09/2014 12:15

Je peux te l'envoyer si tu veux

Claude LE NOCHER 13/09/2014 09:59

Salut Pierre
Que ça fait du bien de retrouver des "classiques" aussi savoureux. Quant à ce roman de James Cain, dont Claude Mesplède me parlait aussi il y a quelques jours au téléphone, on m'a oublié. Je vais devoir sévir contre l'éditeur. Amitiés.

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