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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 04:55

Gérard Escaude est un policier de quarante-trois ans, en poste au commissariat Ouest de Toulouse, quartier Saint-Cyprien. Surnommé Gégé, voilà vingt ans qu'il exerce le métier, avec des hauts et des bas. Il trouve prétentieux son supérieur actuel, Le Ninir, qui n'a rien d'un flic de terrain. Il est actuellement flanqué d'un stagiaire, le jeune Victor Galéras. Son expérience, Gégé essaie de la transmettre à ce policier à peine sorti de Cannes-Écluses. Le vendredi 12 avril, un week-end peinard s'annonçait pour Gérard. Mais une sexagénaire, Mme Duval, a été poignardée à son domicile. En état de choc, son mari a été hospitalisé. Le retraité de la SNCF Marcel Duval est le présumé assassin de son épouse. Il essaie de s'évader de l'hôpital, avant d'être rapidement rattrapé et interrogé par Gégé.

Marcel Duval n'a rien d'un criminel endurci. En policier chevronné usant de psychologie, Gégé l'amène naturellement aux aveux. Une ultime dispute entre les sexagénaires, qui a entraîné ce meurtre, c'est presque banal. Duval avait une jeune amante, de la moitié de son âge, amatrice d'art comme lui. Un message maladroit de cette Marie-Jo Vigouroux a déclenché le drame. L'enquête de voisinage évoque, pour les Duval, un couple fréquentant peu de monde, sans histoire. L'autopsie révèle que la victime avait avalé une forte dose de phénobarbital, avant l'avalanche de coups de couteau. C'est un médicament devenant vite mortel, interdit depuis bon nombre d'années. Il est vrai que la défunte mère de Mme Duval en a utilisé pour soigner sa schizophrénie, naguère. Il en reste à leur domicile.

Marcel Duval n'explique rien quant au phénobarbital. Toutefois, il a un fils de vingt-six ans, Théo, interné à Paris, souffrant de schizophrénie. Après avoir questionné le psy ayant traité le jeune homme, Gégé profite d'un week-end à Paris chez son copain Maurice, pour se renseigner. De l'hôpital Sainte-Anne à une clinique spécialisée de la rue du Banquier, on lui confirme l'éventuelle dangerosité de Théo. Son récent emploi du temps laisse perplexe le policier. De retour à Toulouse, Gégé rencontre la prostituée Katia, de son vrai nom Marie-France Bentajou. Elle a vécu quelques temps en Ariège, façon baba-cool, avec Théo. Elle affirme que Marcel Duval fréquenta avec une belle assiduité ses collègues prostituées. Gégé et Victor vont bientôt pourchasser leur suspect le plus probable…

Patrick Caujolle : Beau temps pour les couleuvres (Éd.du Caïman, 2014) – Coup de cœur –

Ancien policier, Patrick Caujolle entretient sa vocation littéraire depuis plusieurs années. Il a publié de la poésie, des ouvrages consacrés à des cas criminels dans le Sud-Ouest, ainsi que “Ennemis publics n°1” et “Les casses du siècle” chez Le Papillon Rouge Éd. On avait pu remarquer une jolie souplesse narrative dans ses livres précédents. Entre des récits courts et un roman, existe néanmoins une grosse différence de format, voire de style. C'est avec grand plaisir que l'on constate que Caujolle est ici tout aussi convaincant. D'abord, par sa tonalité plutôt enjouée : “Et puis les amis, c'est comme les voitures, les jardins ou les maîtresses, ça s'entretient, tandis que les ennemis c'est tout de même plus confortable à gérer. Une fois que vous en avez un, avec un peu de chance, c'est pour la vie.”

Il s'agit donc d'un roman d'enquête ayant pour héros un policier. Rien de plus logique, vu le passé de l'auteur. Autant parler de ce que l'on connaît, de l'agglomération toulousaine et des investigations ordinaires d'un policier, en l’occurrence. Sans oublier le contexte qui fut longtemps alcoolisé dans les commissariats, Gégé le reconnaît : “Crois-moi, ce que tu peux voir aujourd'hui dans les services n'est qu'une métastase de ce qui se passait autrefois. Maintenant, entre les jeunes intellos clonés qui passent le concours, et la hiérarchie sans couille qui nous dirige, je peux te dire que les apéros d'autrefois ont presque tous disparu […] Autant boire pour boire est nul, autant un apéro ou une bouffe avec le boss en jeans est primordial. C'est ça qui soude.”

Toutefois, Caujolle ne se borne pas à une caricature. À travers son héros, il retrace aussi l'état d'esprit du métier de policier, l'évolution des pratiques. “Maintenant, c'est vrai, avec votre technique, vous en savez parfois autant, et ça fait moins d'alcooliques, mais c'est plus pareil. Chacun son groupe, chacun son morceau de gras, et la hiérarchie distribue les bons points en fin d'année pour faire des jaloux […] L'ADN est une preuve, pas un aveu. Et tu t'apercevras dans ta carrière que le plus important pour les familles des victimes, c'est de comprendre...” Le témoignage est un des éléments de cette histoire, sans oublier pour autant une véritable intrigue. Un roman policier authentique, bien écrit, et passionnant.

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commentaires

linda mati 28/12/2014 12:15

je vais prendre le temps de le lire

Claude LE NOCHER 28/12/2014 13:36

Bonjour, c'est un roman de très belle qualité, à découvrir. Amitiés.

Editions du Caïman 05/09/2014 17:00

Un grand merci à vous, Claude, pour cette belle chronique... qui permet à cette sortie, en plein tremblement littéraire automnale, d'exister un peu !

Claude LE NOCHER 05/09/2014 18:19

Au plus large public possible de le découvrir, maintenant.
Amitiés.

Editions du Caïman 05/09/2014 17:24

Oui Claude, c'est pour cela que nous avons retenu ce livre sans la moindre hésitation : un très bon polar... avec ce supplément d'âme.

Claude LE NOCHER 05/09/2014 17:06

Bonjour J.L.
Je ne distribue pas tellement de Coups de cœur. Celui-ci est donc amplement mérité. Comme je l'ai souligné, au-delà de l'intrigue, il y a la part de témoignage sur le monde des policiers, d'hier à aujourd'hui. Je ne peux que souhaiter un réel succès à ce roman. Amitiés.

Editions du Caïman 05/09/2014 17:02

automnal, pardon !

Philippe 05/09/2014 12:29

Bonjour M. Le Nocher, M. Faverolle,

J'ai les deux livres de Patrick Caujolle précédemment chroniqués.

Ici, juste pour dire que l'évocation du phénobarbital me fait repenser au fait que ce barbiturique s'appelait jadis le véronal puis gardénal.
Des noms dont l'explication est indiquée dans l'article Wiki :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ph%C3%A9nobarbital

Rappelons que ce produit apparaît souvent dans des oeuvres de fiction anciennes, avec un personnage l'utilisant pour se suicider ou pour endormir quelqu'un ou même un animal.

Dans le feuilleton de 1968 " Sébastien parmi les hommes " , la suite de " Belle et Sébastien " , avec Mehdi el Glaoui d'après un scénario de sa mère Cécile Aubry, le cheval Monseigneur qui participe à une course hippique est drogué avec du gardénal ( mot exact employé ) afin de l'empêcher de gagner ( il gagnera une autre course à la fin du feuilleton ).
Il y a ces deux vieux acteurs aujourd'hui quelque peu oubliés, Edmond Beauchamp ( César le montagnard ) mort en 1985 et Harry-Max ( Thomas du haras, ancien jockey ).

Quant au mot véronal, historiquement le plus ancien, le nom d'origine du médicament ( évoquant la ville de Vérone, bien que Roméo dans Roméo et Juliette se soit sans doute suicidé avec autre chose vu son époque ), je me souviens que c'est ce qu'utilise Else Braun pour mettre fin à ses jours et ainsi échapper à l'acte que Dorsday l'amateur d'art lui demandait d'accomplir - se montrer nue à lui pendant un quart d'heure - en échange de l'effacement de la dette d'argent de son père.
Je n'ai pas lu la nouvelle ( 1924 ) de l'écrivain viennois Arthur Schnitzler ( mort en 1931 ), mais j'avais beaucoup aimé le téléfilm de 2002 sur France 2 avec Julie Delarme ( et François Marthouret dans le rôle du père ). Donc à la fin Else se montre nue à Dorsday, mais ensuite se suicide au véronal.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mademoiselle_Else

http://fr.wikipedia.org/wiki/Julie_Delarme

Pour en revenir à Roméo et Juliette, rappelons le roman d'Anne Fortier :

http://www.amazon.fr/gp/product/2749912636/sr=1-1/qid=1409912822/ref=olp_product_details?ie=UTF8&me=&qid=1409912822&sr=1-1

Cordialement

Claude LE NOCHER 05/09/2014 17:00

Ah, comment avons-nous survécu, alors que n'existait pas dans notre enfance le fameux "principe de précaution" cher à nos responsables de tous poils. Les squares et autres espaces avec jeux pour les mômes, quasiment proscrits aujourd'hui. Les accès à des escaliers, strictement condamnés pour les enfants. Les produits médicamenteux, à mettre sous clé dans un coffre-fort de haute sécurité. Pour le sport, signez une décharge aux organisateurs en cas de pépin... Certes, j'ironise. Etions-nous moins intrépides que les enfants actuels, moins farceurs ? Ben tiens, voilà que je raisonne comme un vieillard râleur. Apprendre au mômes que le danger existe, qu'on n'a pas plusieurs vies, ça porte ses fruits, et c'est pour ça que nous sommes (provisoirement) encore vivants, non ? Amitiés.

Philippe 05/09/2014 16:50

Rebonjour M. Le Nocher,

Si vous avez lu et chroniqué " Véronal " de Michel Lebrun vous pourriez l'indiquer dans un prochain message.

A propos de poison, peut-être l'ai déjà dit une autre fois, peut-être pas, mais en effet pendant longtemps et jusqu'à assez récemment on ne prenait guère de précautions pour le rendre inaccessible : je me souviens que dans l'immeuble où j'habitais enfant, au sous-sol dans les caves - tout à fait accessible par toute personne de l'immeuble - il y avait au sol le long des murs de la mort-aux-rats, en granulés rouges. Donc destinée à tuer les rats et souris, quoique je n'en ai pas vus personnellement.
Certes, les adultes de l'immeuble avertissaient bien que c'était de la mort-aux-rats, en utilisant ce mot, et qu'il ne fallait pas y toucher, même pas avec un doigt, que c'était mortel. Mais on se contentait de dire aux enfants dont moi de s'en tenir écartés. Matériellement, n'importe qui aurait pu y toucher voire l'ingérer, ou alors en prendre pour l'utiliser.
Ce n'est heureusement jamais arrivé, mais un enfant aurait pu par exemple prendre de la mort-aux-rats et en mettre dans des trucs à manger qu'il aurait offerts à ses camarades à l'école. Sans forcément vouloir nuire, mais de la même façon qu'un enfant fait goûter des trucs à d'autres, comme Marcel Pagnol qui raconte la fois où un écolier fait goûter des crottes de souris en disant que ce sont des bonbons inconnus jusqu'alors.
Et je précise que cet immeuble où nous habitions se trouvait en face d'une école maternelle, juste en face sur l'autre trottoir, avec l'école primaire juste derrière. Donc un drame était à tout moment possible si quelqu'un, par inconscience, jeu, bravade, malice ou que sais-je avait eu l'idée de se servir de mort-aux-rats facilement accessible dés lors qu'on était dans l'immeuble.

Cordialement

Claude LE NOCHER 05/09/2014 16:16

Bonjour
Merci de m'apprendre l'existence de l'actrice Julie Delarme. Certes, elle joua dans Le Poulpe, mais j'avais plutôt retenu les rôles de J.P.Daroussin et de la très dénudée princesse Clotilde de Savoie.
"Véronal" est le titre d'un roman de Michel Lebrun, datant de 1957. Il faudra que je vérifie si je l'ai lu. Agatha l'a sûrement utilisé cent fois dans ses intrigues. Le phénobarbital me fait (indirectement) penser à l'arsenic. On en trouva longtemps dans les fermes d'antan, pour lutter contre les rongeurs. En tant que tel, c'est bien sûr interdit d'en posséder aujourd'hui - et de longue date - dans une exploitation agricole. J'ai pourtant connu un vieux paysan qui en cachait encore, il y a trois décennies.
Concernant l'excellent Edmond Beauchamp, je vous recommande un téléfilm de Jean L'Hôte, "Le Prussien" (1971). Un rôle tout en sobriété et en dignité. Quant à "Sébastien", c'est évidemment une de mes madeleines de Proust.
Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 05/09/2014 06:28

Un roman court, un coup de coeur, c'est ce qu'il me faut ! je le note. Merci Claude

Claude LE NOCHER 05/09/2014 06:36

Salut Pierre
...Et avec une part d'humour, ce qui ne gâte rien ! Un roman de "petit éditeur" à découvrir, oui. Amitiés.

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