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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 04:55

Marco Benjamin est lieutenant de police à Lyon. Âgé de quarante-trois ans, il est divorcé de Caroline. Marco et elle ont une fille de seize ans, Chloé. Son ex-femme vit désormais avec l'artiste-peintre Julio Savenaze. Le commissaire Massé, son supérieur, n'ignore pas l'impétueuse nature de Marco Benjamin. Il l'a pourtant désigné comme chef de groupe, pour enquêter sur un tueur en série qui s'attaque à des adolescentes. Le coupable est un cruel sadique qui torture à mort ses victimes. La dernière disparue est une fugueuse âgée de seize ans, Jennifer. Telle sa fille Chloé, celle-ci a pu fréquenter des concerts de rock, et y croiser un pseudo-photographe qui l'aurait enlevée. Un guérisseur apprécié des notables lyonnais, Ismaël, pourrait probablement aider Marco.

Le policier se rend dans une ferme ardéchoise afin de rencontrer cette espèce de gourou, sosie d'un Jésus-Christ idéalisé. Ses visions semblent précises. Marco se lance dans une opération en campagne, entre une vache excitée et un corbeau mort. Il découvre bientôt la cabane où a été torturée Jennifer, ensanglantée et moribonde. Image fantomatique qui ne va plus le quitter, jusqu'à ce qu'il mette la main sur le tueur. Un tel choc entraîne pour Marco quelques séances chez un psy. Auquel le policier préfère parler des comics Marvel et des super-héros de bédé, plutôt que de son état de santé. Marco invente un personnage à son image, Suicide-Man. Il crée un site Internet à la gloire de ce héros dépressif mais invulnérable. Sur les photos, Marco arbore le tee-shirt de Superman.

Entre son ex Caroline et Chloé, qui demande à prendre la pilule, le moral ne risque pas de s'améliorer pour Marco. Son collègue Paul est blessé d'un coup de couteau le soir où Marco et lui pensent avoir identifié le tueur. Après avoir pris en otage une fillette, l'homme s'enfuit. Suicide-Man a sauvé la gamine, c'est le plus important. Tout juste âgée de dix-huit ans, la rousse Elsa est une fervente admiratrice du site de Suicide-Man. Elle a fugué, ce qui se conçoit quand on constate la bêtise de son père. Marco accepte d'héberger la jeune fille, malgré l'ambiguïté de leur différence d'âge. Le policier et Elsa consultent à nouveau Ismaël, au sujet du tueur qui a blessé Paul avant de disparaître. Le spiritisme du gourou ne donne cette fois que des indications imprécises.

Disposant d'un appât, Marco et Ismaël vont traquer avec succès le criminel. Toutefois, le policier reste insatisfait, imaginant que leur suspect a été piégé par son donneur d'ordres. Pour le commissaire Massé, les clowneries de Suicide-Man ont suffisament duré. Joanna, l'assistante d'Ismaël, va requinquer sexuellement Marco. Au grand dépit de la jalouse Elsa. Le policier va être accusé d'un meurtre. Ça n'est pas pour déplaire à son collègue Lanson. Si Suicide-Man n'a pas dit son dernier mot, il lui faut d'abord échapper à la police…

Alain Gagnol : Un fantôme dans la tête (Le Passeur Éd., 2014) – Coup de cœur –

Certes, les enquêtes de police ordinaires ne sont pas sans charme. Un flic bedonnant qui fume la pipe, collecte les indices, interroge les témoins puis le suspect, un scénario de bon aloi. Néanmoins, quand le flic est beaucoup plus déjanté, pas loin d'avoir “les fils qui se touchent”, au point de se transformer en personnage de bédé pour éviter de sombrer dans la plus noire dépression, ça devient nettement plus excitant. Quand il s'occupe des crises de somnambulisme de son ex-épouse, s'inquiète de l'obsession pour la pilule de sa fille, se fait casser les oreilles dans des soirées rock pour djeunes, ça le rend plus attirant. Quand il s'invite dans une sorte de secte façon hippie, écoute un Jésus-Christ réincarné, se laisse séduire par une adepte bronzée, c'est peu conventionnel et bien plus piquant.

Marco Suicide-Man ne perd jamais de vue la monstruosité du tueur qu'il pourchasse. Mais lui-même applique des méthodes pouvant laisser perplexes sa hiérarchie et ses collègues. C'est dire qu'il s'embarque (et le lecteur avec lui) dans des aventures mouvementées et pleines de risque. Sans se départir d'un humour mi-jovial, mi grinçant : “J'aime bien quand tu te compares à des hémorroïdes, Lanson, cela prouve qu'il te reste encore des moments de lucidité.” Vêtu d'un vieux tee-shirt défraîchi de Superman censé le protéger, notre héros bouscule avec bonheur les investigations classiques. Sourires et succession de péripéties sont au programme de cet excellent suspense. Bravo à Alain Gagnol pour ce polar, un des plus endiablés de l'année. Coup de cœur.

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commentaires

Yv 02/10/2014 16:50

Salut Claude, je viens de mettre en ligne également un billet sur ce livre que j'ai beaucoup aimé également, dur et violent mais tout passe grâce à l'humour et au décalage permanent de Suicide-man. Une belle réussite.
Amicalement,

Claude LE NOCHER 02/10/2014 17:19

Salut Yves
Content de constater que Pierre F. et toi, vous partagez mon opinion. Un polar français à n'absolument pas manquer, je crois même que c'est un des meilleurs de l'année. Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 01/10/2014 21:06

Salut Claude, je viens de le finir et je me doute bien que tu allais lui mettre un coup de coeur. Ce roman a tout pour plaire, et surtout, après un début que je trouve "classique", il décolle littéralement avec l'apparition de Suicide man. Excellent ! Ma chrnique arrive bientôt ... Amitiés
PS : N'est elle pas exceptionnelle, cette année 2014 ? (oui, je sais, je radote !)

Claude LE NOCHER 02/10/2014 06:27

Salut Pierre
Quinze Coups de cœur cette année, jusqu'à présent : Alain Gagnol, Lucienne Cluytens, Patrick Caujole, Robert Goddard, Alyce LaPlante, Nicolas Lebel, Maurizio di Giovanni, Thomas H.Cook, Shannon Burke, Matt Lennox, Chris Womersley, Kirby Gann, Nicolas Mathieu, Florent Couao-Zotti, Jérôme Bellay. Quand je regarde cette liste, aucun regret de leur avoir accordé ces Coups de cœur, c'est mérité. Il faudrait y ajouter Elena Piacentini, sans doute. Très bonne, la production 2014.
Quant à ce roman d'Alain Gagnol, bon sang que c'est agréable à lire, une aventure comme ça !
Amitiés.

Philippe 01/10/2014 18:02

Bonjour M. Le Nocher,

Regardez cet article de ce mercredi aujourd'hui sur le blog les Sandales d'Empédocle.
Il y a une BD pastiche sur la jeunesse d'Arsène Lupin ( chez l'éditeur Rue de Sévres qui s'appelle comme la rue dans les 7ème-15ème où j'étais allé m'assurer que le numéro.indiqué dans le roman de Zénaïde Fleuriot n'existait pas, vous vous souvenez de mon compte-rendu détaillé ).

http://librairiesandales.hautetfort.com/archive/2014/10/01/nouveautes-rue-de-sevres-5459139.html#more

Le dessinateur Benoît Abtey vit à Paimpol ( là où je crois se trouvait la forêt de Brocéliande de Merlin l'Enchanteur ), où il me semble qu'on cultive les cocos ( haricots blancs cocos comme vous en avez peut-être chez vous, pas des noix de coco qui ne poussent pas en Bretagne ).
Le jeune Arsène, 12 ans, qui prendra le nom de Lupin en hommage à un maître savetier assassiné Théophraste Lupin, est envoyé à la Haute Boulogne ( je ne sais si ce lieu précis avec ce nom existait ), un sinistre bagne d'enfants sur Belle-Ile-en-mer ( près de chez vous ) ( je sais en revanche qu'il a existé un bagne d'enfants là, aussi tard que jusqu'au début des années 1960, comme l'atteste le témoignage de Jean Fayard dans son livre sur son enfance maltraitée, il était apparu dans " Bas les masques " de Mireille Dumas ou " Tout est possible " de Jean-Marc Morandini ).
Autres bagnes d'enfants : celui de l'Ile du Levant au 19ème siècle ou ceux moins connus mais tout aussi épouvantables d'Aniane dans l'Hérault ou Tatihou en Normandie sur une île du Cotentin.
La BD en 2 ou 3 tomes " Les Innocents coupables " sur l'amitié de trois garçons envoyés dans un bagne d'enfants vers 1920 dans l'après-guerre de 1914. Chez Bamboo collection Grand Angle.
L'auteur Anlor ( Anne-Laure j'ai oublié son patronyme ) est gauchère, j'ai pu le voir en lui parlant il y a quelques années dans une librairie BD à Levallois-Perret ( incidemment la ville où Jean Fayard enfant vivait avec sa mère qui le haïssait et s'est débarrassée de lui en le laissant envoyer au centre de redressement même si elle ne savait peut-être pas que sous ce genre de nom se cachaient des bagnes d'enfants ).

Une touche beaucoup plus légère : vous indiquez votre chronique de 2010 sur le dessin animé dont Alain Gagnol est le co-auteur.
J'en profite pour vous dire que j'ai reçu ce matin le DVD " Katia et le crocodile " , un film tchèque de 1965 que vous connaissez peut-être. Moi pas jusqu'à ce qu'il soit diffusé sur une chaîne de la TNT, peut-être Ciné + Famiz, que je ne capte pas, mais cela m'a fait découvrir l'existence de ce film que j'ai ensuite acquis.
Regardez les commentaires enthousiastes de spectateurs sur Amazon.fr :

http://www.amazon.fr/gp/product/B000LV5FRG/ref=olp_product_details?ie=UTF8&me=

Cordialement

Claude LE NOCHER 01/10/2014 20:01

En effet, Philippe, bien que ce soit absolument anecdotique, pas de cassoulet ni de haricots blancs, ni de lentilles d'aucune sorte pour moi.
Par contre, je vous prie d'apprendre par cœur l'hymne ci-dessous dû à Théodore Botrel, jadis grand défenseur de nos traditions. En notant, quand même, qu'il n'y aucune falaise sur la commune de Paimpol :
"La Paimpolaise"
Quittant ses genêts et sa lande,
Quand le Breton se fait marin,
En allant aux pêches d'Islande
Voici quel est le doux refrain
Que le pauvre gâs
Fredonne tout bas
"J'aime Paimpol et sa falaise,
"Son église et son grand Pardon ;
"J'aime surtout la Paimpolaise
"Qui m'attend au pays breton."

Quand leurs bateaux quittent nos rives,
Le curé leur dit : "Mes bons fieux,
"Priez souvent Monsieur Saint Yves
"Qui nous voit, des cieux toujours bleus."
Et le pauvre gâs
Fredonne tout bas ;
"Le ciel est moins bleu, n'en déplaise
"A Saint Yvon, notre Patron,
"Que les yeux de la Paimpolaise
"Qui m'attend au pays breton !"

Guidé par la petite Étoile,
Le vieux patron, d'un air très fin,
Dit souvent que sa blanche voile
Semble l'aile d'un Séraphin...
Et le pauvre gâs
Fredonne tout bas :
"Ta voilure, mon vieux Jean-Blaise,
"Est moins blanche, au mât d'artimon,
"Que la coiffe à la Paimpolaise
"Qui m'attend au pays breton."

Le brave Islandais, sans murmure,
Jette la ligne et le harpon ;
Puis, dans un relent de saumure,
Il se couche dans l'entrepont...
Et le pauvre gâs
Soupire tout bas :
"Je serions ben mieux à mon aise,
"Devant un joli feu d'ajonc,
"À côté de la Paimpolaise
"Qui m'attend au pays breton."

Puis, quand la vague le désigne,
L'appelant de sa grosse voix,
Le brave Islandais se résigne
En faisant un signe de croix...
Et le pauvre gâs
Quand vient le trépas,
Serrant la médaille qu'il baise,
Glisse dans l'Océan sans fond
En songeant à la Paimpolaise...
Qui l'attend au pays breton !..."

Amitiés.

Philippe 01/10/2014 18:49

Quand vous dîtes que vous ne pouvez manger les cocos de Paimpol vous voulez dire que vous ne mangez pas de haricos ou de féculents ? Il me semble vaguement que vous l'aviez dit une autre fois il y a un certain temps.

Cordialement

Claude LE NOCHER 01/10/2014 18:30

Bonjour Philippe
Exact pour les « cocos de Paimpol », dommage que je ne puisse manger ces féculents qu'on dit excellent. Quant à la Forêt de Brocéliande, elle est située dans les campagnes plus au centre de la Bretagne. Je pense que le bagne d'enfants de Belle-Île-en-Mer ne portait pas de nom précis / officiel, mais semblait bien se trouver sur un site nommé Haute-Boulogne. Attention aux amalgames, toutefois. La révolte d'enfants de 1934 entraîna la fermeture du bagne, en tant que tel, c'est à dire avec punitions violentes quotidiennes.
Je cite Wikipedia : « L’année 1940 marque la fin officielle des « bagnes d’enfants ». La colonie de Belle-Île devient alors un institut public d’éducation surveillée (IPES) qui fonctionnera encore quatre ans. En 1945, l’institut est évacué, puis Haute-Boulogne reprend du service en accueillant des mineurs coupables d’avoir appartenu à la Milice pendant l’Occupation. Transformé en internat de formation professionnelle pour garçons de 14 à 16 ans, [puis en 1977 une colonie de vacances] l’établissement a été fermé définitivement au milieu des années 1980. » La discipline s'était assouplie depuis fort longtemps, mais les petits voyous qu'on y envoyait ne devaient guère apprécier ces lieux, car on s'évade difficilement d'une île.
… En effet, les Tchèques furent longtemps les rois du film d'animation. Recommandés par l'Education Nationale et quelques experts, ils étaient quelquefois diffusés dans les écoles et collèges. Mais comme les salles de projection étaient inconfortables (c'est peu dire), nous autres mômes nous détestions ces séances.
Amitiés.

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