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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 05:55

Les Jensen forment une famille genevoise aisée. Paul et Iris, les parents, ont quarante et trente-sept ans. La fille Lou et le fils Stanislas sont âgés de quatorze et neuf ans. Le père fait carrière dans la finance. La mère se remet oisivement de certains problèmes de santé. L'adolescente Lou entretient un esprit rebelle et possède déjà un corps de petite femme. Très intelligent, le jeune Stanislas apparaît assez malingre pour son âge, ainsi que plutôt craintif. Paul est un homme athlétique. Iris espère dégager encore le charme de la maturité. Ont-ils besoin de vacances exotiques tous quatre ensemble ? Iris estime que c'est le cas, et réserve un séjour dans l'île de Nomad Island, du côté de l'Océan Indien.

Après “vingt heures de carlingues, de salles d'attente, de lumières artificielles, de sons ouatés, d'air frelaté”, le long trajet s'achève sur le petit aéroport de l'île volcanique. Où un personnage unisexe arrive en retard pour les prendre en charge. Pour rejoindre le Resort, ils vivent un parcours quelque peu agité. Le résultat en vaut la peine : de leur bungalow au crépuscule, c'est un panorama magnifique qui s'offre aux Suisses. Le séduisant Mike explique à la famille Jensen quelques règles de la vie sur place. C'est à dire dans l'enceinte étendue du domaine dont les Résidents sont priés de ne pas sortir. Bien qu'un peu directif, Iris trouve ce beau Mike à son goût. Sa fille Lou se dévirginiserait volontiers avec lui.

Le premier jogging intensif de Paul le mène jusqu'à la clôture du domaine, avec un retour plus harassant. Stanislas et ses nouveaux copains Charlotte et Hugo ne se sentent guère d'affinités avec cette Denise qui leur enseigne la plongée de base. Au beach-volley, Lou se fait vaguement des amies parmi les filles de son âge. Iris suscite la curiosité des autres Résidentes en testant le Little Market du Resort. Le Centre de Bien-être lui conviendrait sans doute davantage. Les Jensen sont conviés par Mike à un pot de bienvenue au Club. Rien d'antipathique, mais l'ambiance reste peu excitante pour Paul, qui boit trop. Tous ces gens en blanc semblent conditionnés, oubliant qu'ils sont dans un décor paradisiaque.

Les Jensen ont, comme les autres, perdu la notion des jours, du temps qui passe. Seuls Stan et ses deux amis, se réfugiant dans un Éden secret, en sont conscients. Si sa femme et sa fille sont ensorcelées par cette vie enchanteresse, Paul et son fils conservent encore une lucidité. Malgré les drones survolant l'île, Paul se munit d'une combinaison néoprène et d'un fusil de chasse sous-marine pour explorer les possibilités de fuir. Au risque de croiser d'hostiles sauriens. Stan, Charlotte et Hugo tentent une voie souterraine. Alors que les forces invisibles de l'île se rapprochent, Paul et les enfants ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour s'évader…

Joseph Incardona : Aller simple pour Nomad Island (Seuil, 2014)

C'est une histoire extrêmement troublante que nous raconte Joseph Incardona. Un sombre roman d'aventures, puisque les péripéties s'y succèdent sur un tempo soutenu. On se dit qu'on va sourire des déboires de cette petite famille en vacances. Pourtant non, même si pointe parfois une certaine drôlerie, on comprend très vite dans quel guêpier ils se sont fourrés. Dans la réalité déjà, les clubs de vacances exotiques prennent en main les loisirs des touristes, qui ensuite se déclareront ravis de n'avoir eu qu'à se laisser vivre. Ici, on peut craindre l'assujettissement de ceux qui posent le pied sur Nomad Island.

Face à l'envoûtement, les quatre membres de la famille réagissent différemment. Chacun sa psychologie personnelle (peut-être ambiguë) au gré des évènements : voilà ce qui fait la force du récit. Joseph Incardona fait partie de ces romanciers qui “écrivent”, peaufinant les nuances des intrigues. Sommes-nous tellement pressés d'aller au Paradis, d'y mener une existence idéalisée ? Qu'on ne cherche pas une stricte morale, l'auteur n'est pas un donneur de leçons. Il crée une ambiance qui fait penser aux séries télévisées d'antan, “L'Île fantastique” et “Le Prisonnier”. Laissons-nous séduire par ce bon scénario, à défaut d'apprécier le climat de cette île de malheur.

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commentaires

Philippe 06/11/2014 18:36

Voyez que je n'invente pas.

http://en.wikipedia.org/wiki/Types_of_tobacco#Brightleaf_tobacco

http://en.wikipedia.org/wiki/Country_ham

Cordialement

Claude LE NOCHER 06/11/2014 20:35

Même si je n'en ai jamais consommé, jamais attiré, voici une nouvelle "stupéfiante" :
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/11/05/le-cannabis-autorise-a-washington-et-dans-l-oregon-pas-en-floride_4518208_3222.html
Amitiés.

Philippe 06/11/2014 16:30

Bonjour M. Le Nocher,

Il y a aussi " dépuceler " .
Jeanne d'Arc de son vivant était appelée non pas ainsi mais Jeanne la Pucelle ou la Pucelle d'Orléans.
Rappelons que l'Etat américain de Virginie, l'un des premiers endroits abordés par les Anglais, avait été baptisé ainsi en hommage à la reine de l'époque Eizabeth I , surnommée la reine vierge bien qu'elle ait eu de nombreux amants dont Thomas Seymour ( interprété par l'acteur Stewart Granger dans un film américain des années 1950 ).
Le premier enfant de race blanche, de parents européens - anglais - à naître sur le sol de l'Amérique fut Virginia Dare. On connaît l'histoire connexe de la colonie de Jamestown, ces colons disparus à Roanoke, en 1590, probablement tués par les Amérindiens locaux. Avec le mot " Croatoan " gravé sur l'écorce d'un arbre.

Je ne fume pas, mais autrefois le tabac de Virginie était particulièrement réputé.
Il y aussi le jambon de Virginie, truffé de je ne sais plus quels ingrédients très bons.

Cordialement

Claude LE NOCHER 06/11/2014 20:31

Bonjour Philippe
Dépuceler me parait un mot plus vulgaire. Gauloiserie ? ça fait plutôt penser à la vantardise de pseudo-séducteurs : "Celle-là, c'est moi qui l'a dépucelée". Manque absolu de classe, disons-le.
Le prénom Virginie me fait penser à la regrettée Anicée Alvina (Les 400 coups de Virginie) ou au feuilleton avec Véronique Jannot (Paul et Virginie, 1974) d'après Bernardin de Saint-Pierre.
Virginie Ledoyen est ravissante aussi. Un jour où j'étais en retard pour prendre un train, je montai en 1ere classe à la dernière seconde... et je me trouvai assis pendant quelques dizaines de minutes devant une jeune femme dont le visage me rappelait quelque chose. A la gare suivante, je gagnai ma place en 2e classe. C'est là que je me souvins de son nom : Virginie Ledoyen.
Il y a aussi Virginie Tellenne, belle-sœur de Karl Zéro, qui se crut la Jeanne d'Arc de la Manif pour tous. Allez savoir pourquoi, celle-là m'a toujours laissé indifférent.
Amitiés.

Philippe 05/11/2014 21:33

Bonjour M. Le Nocher, Norbert,

Qu'est-ce que le néoprène ?
Dévirginiser, est-ce un verbe de votre cru ou existe-t-il ?
Qu'est-ce qu fait que vous indiquiez " un personnage unisexe " , ce qui est en principe le cas de chaque personne sauf les hermaphrodites ? C'est un milieu, un groupe, un lieu qui peuvent ou pas être unisexes ?

Cordialement

Claude LE NOCHER 06/11/2014 06:42

Bonjour Philippe
Je pourrais dire que, si mon correcteur d'orthographe a accepté le verbe "dévirginiser", c'est qu'il doit exister. En fait, il existe bel et bien. On utilisait autrefois le mot "déniaiser" mais plutôt pour les jeunes hommes. Puisque l'auteur fait l'effort de bien écrire, autant que je fasse de même, non ?
Il serait nécessaire de citer des extraits du roman pour expliquer ce personnage (annexe, quand même) "unisexe". Disons que la famille n'est pas sûre du tout de savoir si c'est l'un ou l'autre.
Le néoprène, comme le PVC, sont des façons actuelles de ne plus utiliser le mot "plastique", tant honni de notre langage bien-pensant. Cette matière sert beaucoup en textiles, mais doit avoir d'autres applications... car on utilise de la colle néoprène pour réparer le plastique.
Amitiés.

Norbert 05/11/2014 07:54

Bonjour Claude,
J'avais moi aussi repéré ce nouveau roman d'Incardona (qui fait d'ailleurs son entrée dans l'excellente collection Seuil Policiers), au point de le pré-commander.
Rassure-moi juste sur un détail : dans ta dernière phrase, lorsque tu écris "(...) à défaut d'apprécier le climat de cette île de malheur", c'est bien parce qu'il y règne une atmosphère angoissante et intrigante, pas parce qu'au contraire elle ne plaît pas au lecteur que tu as été ?...
Amitiés. ;)

Claude LE NOCHER 05/11/2014 08:51

Bonjour Norbert
C'est bien une "île de malheur" sous couvert de Paradis dont il s'agit. Quant à l'histoire, inquiétante oui, elle est plutôt fascinante donc fort agréable à lire, pas d'erreur.
Amitiés.

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