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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 05:55

À travers une vingtaine de portraits illustrés, ce sont d'authentiques criminels qui sont ici présentés par ce duo d'auteurs. Toutefois, si l'assassinat est souvent un acte ne visant que peu de victimes, l'Histoire ne manque pas de meurtriers responsables de multiples crimes. Pour des raisons politiques, guerrières ou mafieuses, des exécuteurs staliniens, asiatiques, nazis, franquistes ou autres, ont commis de monstrueux crimes, ciblés ou collectifs. Il arrive que certains homicides, en particulier raciaux, entraînent des conséquences allant au-delà des faits. Ils ont émaillé l'histoire du monde entier, ces “personnages” terrifiants de cruauté et de froideur. Ils se distinguent des criminels ordinaires, par des motivations dominatrices. Parmi les vingt cas évoqués, en voici quelques-uns de marquants...

Il règne un réel désordre dans le royaume de France autour de 1590, à cause des guerres de religions affaiblissant le pouvoir d'Henri III, bientôt assassiné. Né vers 1572, Guy Eder est un jeune aventurier breton qui, après quelques études à Paris, retourne dans sa région d'origine. Se faisant appeler La Fontenelle, il entend profiter de la pagaille ambiante, avec le soutien de troupes du royaume d'Espagne. Il regroupe une petite armée qui va vivre de pillages à travers la Bretagne. Soi-disant au service du seigneur de Mercœur, les viols et les exécutions sont nombreuses sous les ordres de La Fontenelle. Arrêté une première fois, il n'en continue pas moins son périple, s'emparant entre de la ville de Carhaix, avant de prendre possession de l'île Tristan, en face de Douarnenez. Ce sera pendant plusieurs années son QG, ses centaines de soudards continuant à tuer et à piller. Son allégeance au nouveau roi, Henri IV, n'aura guère de valeur. Malgré sa puissance, le cruel La Fontenelle est très endetté et perd finalement ses soutiens.

En Italie, fin des années 1690. Guido Franceschini est issu d'une famille noble originaire d'Arrezo, en Toscane. Désargenté, il va tenter sa chance à Rome, où vit son frère, l'abbé Paolo. Bien que proche des autorités catholiques pendant près de dix ans, Guido ne va pas s'enrichir. La meilleure solution reste de faire un mariage d'argent. Âgée de treize ans, Francesca Pompilia est la cible idéale. Ses riches parents seraient honorés d'épousailles avec un aristocrate tel que Guido. Un séjour dans sa propriété quasi en ruine leur montre les réalités de leur gendre. Celui-ci ne tarde pas à faire preuve de violence, envers sa si jeune épouse. Il l'oblige à écrire une lettre affirmant qu'elle est heureuse. Car Guido n'a pas encore touché l'essentiel de la dot prévue. Une affaire qui secoue la bonne société de Rome. Surtout quand en janvier 1698, les beaux-parents sont retrouvés assassinés, et la belle Francesca lardée de multiples coups de poignard. Le coupable est évident.

Au cœur de la Révolution Française, Joseph Le Bon est prêtre du côté d'Arras. Passionné par les évènements en cours, il prête bientôt serment en tant que curé, contrairement à ceux restant réfractaires. Son destin n'est pas de dire des messes, mais de haranguer les foules populaires. Il sera brièvement nommé maire d'Arras, mais il vise davantage. Étant mandaté par le Comité de Salut Public, le prêtre défroqué est doté de pouvoirs illimités afin de traquer les ennemis de la révolution. Cet exalté qu'est Joseph Le Bon fera exécuter quantité de suspects, d'abord parmi la noblesse. Y compris chez des gens du peuple, ou des commerçants auvergnats de passage. La plus noire Terreur règne. Sur ses ordres, on enferme à tour de bras dans les prisons d'Arras et de la région. Ses excès de zèle ont le soutien de Robespierre, natif d'Arras. Même si le vent commence à tourner, le sang des victimes de Joseph Le Bon continue à couler à flots.

Philippe di Folco – Yves Stavridès : Criminels (Sonatine Éditions & Éd. Perrin, 2014)

Germaine Berton naquit en 1902 dans une famille modeste d'un milieu ouvrier. Son père ne mâche pas ses mots dès qu'il s'agit de politique, ce qui plaît à Germaine. Elle n'a qu'une dizaine d'années quand elle découvre le plaisir de dévorer des livres. Elle se forge ainsi sa propre base culturelle. Arrive l'assassinat de Jaurès, la première guerre mondiale. Dès cette époque, Germaine la pacifiste réalise l'acharnement de Maurras et, surtout, de Léon Daudet à pourrir le climat politique français. Après guerre, si elle est tentée par le communisme, c'est du côté de l'anarchie qu'elle trouve sa place. Si Clémenceau ne vaut guère mieux que Daudet à ses yeux, elle reste obsédée par ce dernier. Germaine tombe amoureuse du jeune Philippe, qui fuit son milieu familial oppressant. Puisqu'il lui est impossible d'approcher Léon Daudet, c'est Marius Plateau, secrétaire général de l'Action Française, que Germaine va abattre. Elle est emprisonnée, au grand désespoir de son amant, Philippe Daudet.

En août 1955, le cadavre d'un jeune Noir est retrouvé mutilé dans la rivière Tallahatchie, État du Mississippi. Le corps est nu, lesté de fils barbelés à une lourde hélice. Il s'agit d'un adolescent noir de quatorze ans, Emmett Louis Till. Son oncle Moses Wright reconnaît bientôt le cadavre. Le meurtre serait vite classé, mais le gouverneur décide que “Noire ou Blanche, toute victime mérite une enquête.” D'ailleurs, il n'est pas difficile d'identifier les coupables. Roy Bryant et J.W.Milam sont nés de la même mère, de pères différents, dans une fratrie de onze enfants soudés. Ex-soldats, ils restent des rednecks. Roy Bryant et sa femme tiennent une épicerie à Money, dans le même comté de LeFlore. Emmett Louis Till aurait, selon le témoignage de l'épouse, tenté de la draguer dans son commerce. Fureur des deux frères, qui voulaient lui administrer une correction. Après avoir été innocentés lors du procès, ils se glorifieront dans la presse de leur méfait. À l'heure où Rosa Parks se rebelle dans un bus, la suprématie blanche décline et le déshonneur guette les deux frères.

À Montréal, le mercredi 6 décembre 1989, un étudiant de vingt-cinq-ans entre armé à l'école Polytechnique. Il se nomme Marc Lépine, et connaît bien les lieux. Son Ruger à la main, il va sillonner les salles de cours. Son but est d'abattre un maximum de jeunes filles avant de se suicider. Bilan de cette fusillade : quinze morts, dont treize étudiantes, une employée de l'école, et Marc Lépine lui-même. Durant le carnage, il a laissé entrevoir ses motivations, qui seront confirmées par une lettre écrite auparavant. Le jeune homme est hostile aux féministes, de façon obsessionnelle, les accusant de tous les pires maux. Au Canada, son acte va relancer tout un débat sur le féminisme. Élève moyen, Marc Lépine vécut dans une famille instable, principalement élevé avec sa sœur par leur mère. Avec les filles, il est sûrement maladroit. Intérieurement, il cultive une sourde haine… ce qui va se conclure de manière sanglante.

Les autres criminels dont les parcours sont retracés ici : John Chivington, Vassili Blokhine, Shiro Ishii, Antonio Vallejo-Nagera, Oskar Paul Dirlewanger, Luciano Leggio, Dmitri Bogrov, Du Yuesheng, Griselda Blanco, Honore-François Ulbach, Giuseppe Zangara, Eugène Weidmann, Dawood Ibrahim, Bay Vien. Des noms peut-être ignorés ou oubliés, mais qui appartiennent à la vaste galerie de portraits des grands meurtriers. Un ouvrage qui nous rappelle que, sous de multiples formes, le crime est omniprésent dans l'Histoire. Vraiment passionnant.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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Philippe 16/11/2014 11:04

Je ne m'y attarde pas car l'affaire est bien connue, mais rappelons que le jeune Philippe Daudet fut retrouvé mort en 1923. La plupart des historiens aujourd'hui pensent qu'il s'agissait bien d'un suicide, malgré les accusations lancées à l'époque par son père Léon.
Voir l'article Wikipédia sur Philippe Daudet et l'abonde littérature que sa mort mystérieuse a suscitée.
La mère de Philippe et femme de Léon s'appelait Marthe Allard. Partageant les idées politiques de son mari, elle écrivait des livres de recettes de cuisine, excellents en leur genre, sous le pseudonyme de Pamphile. Ce qui n'était pas dépourvu de tout rapport avec ses positions politiques puisque ces recettes exaltaient et illustraient le terroir de la France, sous-entendu en opposition à ce qui était étranger, au cosmopolitisme, à l'international. En tant que mère, elle sut trouver les mots pour exprimer sa douleur de la perte de son enfant dans un livre paru en 1924 qu'elle préfaça.
Ajoutons que Jeanne Hugo, dont j'avoue ne plus savoir si elle était la fille ou la petite-fille de Victor, était la mère de Léon Daudet. Mais je me trompe peut-être de lien de parenté.

A propos du jeune Noir Emmett Louis Till, je signale, fait très peu connu alors que lui-même est l'une des victimes de lynchages aux Etats-Unis les plus connues, que sa famille avait déjà été durement éprouvée.
Voir :

http://www.executedtoday.com/2013/07/02/1945-louis-till-father-of-emmett/

En effet, dix ans avant le meurtre d'Emmett, en 1945 pendant la guerre, son père Louis fut exécuté. GI faisant partie des troupes américaines envoyées en Europe, il fut jugé par un tribunal militaire américain et exécuté pour le meurtre d'une femme en Italie et le viol de deux autres. Peut-être était-il coupable, probablement même.
Mais relevons, ce qui est notoirement connu aujourd'hui, que la justice militaire américaine a exécuté beaucoup plus d'hommes noirs que blancs à la même époque et pour des crimes similaires. Beaucoup de militaires américains en Europe, à partir du Débarquement et pendant le reste de la guerre, ont violé voire tué des femmes, y compris dans les pays en principe alliés et qu'ils étaient venus libérer. On a vu en France sur France 3 un numéro de la Case de l'oncle Doc sur la " face cachée des libérateurs " .
La plupart des GI qui se sont rendus coupables de crimes - au sens où l'entendait la justice militaire américaine - étaient de race blanche. Mais la plupart de ceux qui ont été exécutés sur arrêt d'une cour martiale ou autre tribunal militaire ad hoc étaient des Noirs.
Ne l'oublions pas, malgré le fait, et lui non plus ne l'oublions pas, que le seul militaire américain fusillé pour désertion de toute le Seconde Guerre mondiale, Eddie Slovik, lui était blanc.

A propos de Marc Lépine, sans chercher à l'excuser, précisons que c'est le nom qu'il s'était attribué, peut-être à partir de celui de sa mère, mais que son nom de naissance était maghrébin, ce qui peut, avec certes d'autres facteurs, entrer en ligne de compte dans l'histoire de sa vie et ses choix criminels.
Je mentionne que l'intitulé du chapitre de " Criminels " de Di Folco et Stavridès sur Marc Lépine " l'homme qui haïssait / ou n'aimait pas les femmes " , reprend le titre du livre, un roman non fictionnel, d'Elise Fontenaille " L'Homme qui n'aimait pas les femmes " , paru vers 2011 chez Grasset dans la collection " Ceci n'est pas un fait divers " où l'on trouve des auteurs comme Didier Decoin ( sur Kitty Genovese et le " bystander effect " , l'effet du témoin, dans " Est-ce ainsi que les femmes meurent ? " ou Ruth Ellis, la dernière femme pendue en Grande-Bretagne en 1955, dans " La Pendue de Londres " ) ou Morgan Sportès ( sur l'affaire en 1984 qui a inspiré le film " L'Appât " ( 1994 ) de Bertrand Tavernier avec Marie Gillain ) ou Jacques Chessex ( auteur du " Vampire de Ropraz " , en Suisse ) ou un auteur sur Pierre Overney, cet ouvrier militant maoïste tué en 1972 par la police, ou encore un auteur sur le meurtre de ce jeune homme maghrébin par des racistes dans un train vers Vintimille en 1983.

Cordialement

Claude LE NOCHER 16/11/2014 20:14

Bonjour Philippe
D'abord, je précise que j'ai lu les autres dossiers, mais que je peux tous les évoquer, ce qui donnerait une trop longue chronique. Concernant Léon Daudet, je me souviens (mais pas en détail) d'avoir lu des extraits d'articles ou de discours de ce prétentieux. Ces gens qui, sur des raisonnements faussés, se disent "plus Français que les autres", me révulsent profondément. Il en existe encore, que je ne nommerai pas, mais le public est bien stupide d'acheter son livre.
Je me souviens un peu du cas Marc Lépine, même s'il eut moins d'écho en France qu'au Québec et au Canada. L'influence paternelle ou raciale n'y est pour rien. Par contre, l'Amérique du Nord offre un foisonnement d'idéologies (et donc de raisonnements) parfois perturbants ou frustrants pour les moins équilibrés. On cite souvent le "stress post-traumatique" des ex-militaires... qui peut se heurter au sentiment pacifiste de la population... alors que nous parlons là de peuples où le patriotisme se veut la principale notion... et pour qui "Dieu" (quel que soit celui auquel ils s'adressent) est un concept omniprésent. Là-dessus, cultivez une obsession contre les femmes, ou les hispaniques, les enfants de moins de quinze ans, ou n'importe quel segment de la population, et voilà un criminel en puissance.
Amitiés.

Philippe 16/11/2014 09:00

Parmi les " autres criminels dont les parcours sont retracés ici " , j'en connaîs quatre.
D'une phrase pour chacun : Shiro Ishii ( mort paisiblement en 1958 sans avoir été inquiété ) était le chef de la monstrueuse Unité 731 à Harbin en Chine. Une unité japonaise pseudo-médicale pendant la Seconde Guerre mondiale qui se livrait à des expériences horribles sur des prisonniers dans le cadre de l'occupation d'une grande partie de l'Asie par le Japon. Un épisode de la série X-Files avec David Duchovny et Gillian Anderson y fait référence.
Oscar Paul Dirlewanger était un nazi, peut-être un criminel de droit commun au départ, qui commanda un bataillon composé de repris de justice ayant pour tâche de perpétrer des massacres. C'était l'un des Einsatzgruppen, se livrant à la " Shoah par balles " qui précéda la Shoah des chambres à gaz. Dirlewanger personnellement fut tué au combat en 1945 je crois.
Giuzeppe Zangara - c'est raconté dans un épisode de la série " Les Incorruptibles " avec Robert Stack ( Eliott Ness ) - voulut profiter du passage du Président Franklin Delano Roosevelt à Miami en Floride pour le tuer. Il tua à sa place le maire de Miami, Anton Cermak. Il fut exécuté sur la chaise électrique en 1933.
Eugène Weidmann est plus connu, non pas tellement pour ses cinq meurtres somme toute assez ordinaires pour graves qu'ils furent, mais surtout pour avoir été la dernière personne exécutée publiquement en France ( du moins par la justice française régulière, car il y eut pendant la guerre des cas de personnes, vrais criminels ou otages, exécutées publiquement par les Nazis voire Vichy ). Guillotiné en juin 1939 devant la prison de Versailles. Des retards dans l'exécution dus à plusieurs causes firent que le jour était déjà levé quand Weidmann fut guillotiné. Le scandale causé par les débordements d'une partie du public - Frédéric Pottecher futur chroniqueur judiciaire assista à cette exécution - poussa le Ministre de la Justice à adopter un décret-loi - comme cette norme juridique existait dans la Constitution de la IIIe République - prévoyant que les exécutions capitales auraient désormais lieu dans l'enceinte des prisons, à l'abri du regard du public.
Jules-Henri Desfourneaux, l'exécuteur des arrêts criminels en France - le bourreau - , craindra une foisla France occupée en 1940, que les Allemands ne le recherchent pour lui faire payer le fait d'avoir guillotiné Weidmann, un Allemand.
Rappelons que si, en termes d'humanité et de décence, le fait que les exécutions en France ne soient dorénavant plus publiques mais confinées dans les cours des prisons - un dais noir empêchant de voir la cour depuis un point élevé du voisinage - était à l'époque perçu comme une avancée dans une justice humaine c'est précisément cet aspect caché, furtif, dissimulateur, qu'attaquera Robert Badinter, Garde des Sceaux de François Mitterrand, quand en octobre 1981 il prononcera son célèbre discours à l'Assemblée nationale, concluant par " Demain, on cessera d'exécuter au petit matin dans le silence des prisons ! J'ai l'honneur de vous demander l'abolition de la peine de mort. "

Cordialement

Claude LE NOCHER 16/11/2014 10:08

Bonjour Philippe
Mon ami Hervé Sard m'a dit hier qu'il était en train de lire cet ouvrage, et s'avouait impressionné car il traite de cas plutôt moins connus (ou oubliés) du grand public. Moi-même, je n'avais jamais entendu parler du cas d'Emmett Till (ou pas retenu l'affaire), sans doute parce qu'elle se passe peu avant la rébellion (ô combien courageuse) de Rosa Parks.
Je ne m'attarde pas, car j'ai un reportage photo à préparer pour diffusion demain.
Amitiés.

Philippe 16/11/2014 08:20

Bonjour M. Le Nocher,

Je vous confesse ne pas encore avoir lu votre chronique, ce que je ferai après avoir écrit. Mais je dis d'emblée qu'il se trouve que j'ai vu en librairie et acheté ce livre vendredi. Sans encore en avoir vraiment entrepris la lecture, j'en ai vu le sommaire et je l'ai feuilleté

Cordialement

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