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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 05:55

Parmi les très bons noirs polars réédités en format poche, deux titres sont à retenir en particulier. “On the Brinks” de Sam Millar, qui fut selon moi le meilleur roman de 2013. Il a été récompensé par un Trophée 813, d'ailleurs. Parce que les suspenses vraiment décalés ne sont pas légion, il faut aussi lire le fort original “Longue division” de Derek Nikitas.


Derek Nikitas : Longue division (Ed.10-18, 2014)

Dans la région d'Atlanta (Géorgie), la rousse Jodie Larkin, trente-deux ans, habite un petit studio avec son chat Nero. Femme de ménage pour la société Kwik Kleen, ce n'est pour elle qu'un job mal payé de plus. Chez un client, elle trouve l'occasion de dérober cinq mille dollars en billet. Elle a peu hésité, mais redoute d'être vite arrêtée. Lors de la soirée de fête chez sa collègue Inez et son ami Hector, Jodie vole une voiture, embarque son chat et l'argent. Hantée par le risque d'être pourchassée, elle prend la direction de Cape Fear, en Caroline du Nord. C'est là que vit son fils Calvin, quinze ans, qui lui a récemment adressé un message. Trop jeune alors pour l'élever, Jodie a dû l'abandonner. Il a été adopté par le couple Nowack. Cal est un garçon imaginatif et intrépide. Croyant avoir des tendances homo, l'ado contacte des inconnus par Internet. Déception assurée, mais ces rencontres aventureuses dopent son adrénaline. Cal repère bientôt sa mère naturelle, lorsqu'elle rôde dans son quartier. La rencontre mère-fils ne tarde pas. Cal et Jodie ayant des envies de départ, ils prennent ensemble en voiture la direction de New York. Un mot destiné aux parents adoptifs de Cal suffira. La mère et son fils n'ont aucune véritable raison de se rendre à New York, sinon d'essayer de se connaître mieux durant le long trajet

À Weymouth, Sam Hartwick est adjoint du shérif du comté. Homme mûr et pieux, il est l'époux de Jill. Celle-ci souffre d'un cancer en phase terminale. Ils ont prévu un voyage à l'étranger ensemble, ultime cadeau qu'il pourra lui offrir. Leur fille Erika suit des études littéraires à l'université locale. Quand cette nuit-là, Sam intercepte le véhicule du jeune Dwight Kopeck, il ne devrait pas le laisser filer. Dwight et son ami étudiant Wynn sont à la recherche de Cecilia Kopeck, qui a fui sa famille pour s'installer avec des marginaux. Son frère et Wynn la retrouve dans un camp de mobile-homes. N'ayant pas l'intention de les suivre, la jeune fille déphasée armée tire sur Dwight et le blesse. Dans un état second, Wynn abat la sœur et achève le frère, simulant maladroitement un échange de coups de feu entre eux. Le shérif adjoint Hartwick arrive le premier sur les lieux, après que Wynn ait déguerpi. Sam est conscient qu'il a une grosse part de responsabilité dans le carnage. Il affiche une froide réaction professionnelle face à ses collègues. S'il n'a pas l'air de mener son enquête perso, sa femme Jill se doute que quelque chose le perturbe…

Il s'agit ici des destins croisés de plusieurs personnages, que l'on suit en alternance. Avec cette construction d'histoire, on court parfois le risque de s'y perdre quelque peu. Ce n'est nullement le cas, cette fois. L'auteur est habile à nous présenter les protagonistes, d'une manière vivante, avec leur psychologie et leur quotidien, autant que leur mal-être. Car la vie de chacune des personnes impliquées est loin d'être droite et paisible. S'il existe une véritable tension autour de ces gens, on ne cherche pas à la rendre plus lourde que nécessaire pendant l'essentiel du récit. Un polar intense.

Polars en poche : Derek Nikitas (Ed.10-18) et Sam Millar (Ed.Points)

Sam Millar : On the Brinks (Ed.Points, 2014)

Son grand-père Alexandre Millar venait d’une famille très protestante. Sa grand-mère Elizabeth O’Neill était une catholique militante. Ce fut elle qui imposa la religion de la famille. Sam Millar vécut son enfance à Belfast, dans le quartier de Lancaster Street, durant la décennie 1960. Pas facile d’être un catholique pauvre dans ce secteur où défilaient régulièrement les Orangemen, venant les provoquer. Pas simple, quand on a une mère dépressive alcoolique et un père au caractère dur. “Les catholiques sont comme des soucoupes en Irlande du Nord : près de la tasse, mais jamais autorisés à savourer son contenu” disait-il avec colère. Et puis, il y eut la manifestation meurtrière du 30 janvier 1972. Avec son frère aîné Danny, Sam en revient sain et sauf, mais marqué par la violence des Anglais. À quatorze ans, c’est le début de sa conscience politique. Son meilleur ami Jim Kerr, dix-sept ans, est assassiné par un protestant. Désormais, pour Sam, c’est la fin de la soumission aux Beefs et aux Orangemen extrémistes. Toutefois, l’action politique le mène très vite en prison, à Long Kesh. Pas question d’être assimilé aux vulgaires détenus, puisqu’il est prisonnier politique. Un long tunnel éprouvant : huit ans de prison, de guerre psychologique. Puis arriva la mort de Bobby Sands, le plus symbolique des martyrs de la cause nord-irlandaise. Négocier avec l’ennemi ou tenter de s’évader ? Sam Milar les aura à l’usure. Il est finalement relâché.

Sam s’est installé à New York, dans le Queens. Clandestin, il fréquente le milieu des casinos plus ou moins illégaux, tolérés, rançonnés. Il pourrait y trouver sa place, en tant que croupier. À moins qu’il ne choisisse de suivre son ami Ronnie Gibbons, qui compte ouvrir son propre casino. Sam reste méfiant, il n’a pas tort. Autour de Ronnie, l’organisation familiale fausse le projet. Et cette cliente âgée à l’allure digne, mieux vaut ne pas être trop gentil avec elle. Ratage sur toute la ligne. Connaissant Tom, un ex-flic aujourd’hui agent de la Brinks, Sam songe à un braquage de leur entrepôt. La première tentative, avec Ronnie, échoue presque inévitablement. Avec la complicité de son copain Marco, en janvier 1993, la seconde est la bonne. Malgré la façade de respectabilité qu'il va ensuite afficher, les ennuis ne sont pas finis...

Il y a des livres autour desquels il n’est pas indispensable d’argumenter. Comme une évidence, cet ouvrage est de qualité supérieure, voilà tout. Cette histoire n’est pas de la fiction, plutôt un “polar-vérité”, s’il faut imaginer une étiquette plus précise. Le parcours d’un type pas ordinaire, son témoignage. Digne d’un incroyable scénario à suspense, c’est vrai. Sans doute un des meilleurs polars qu'on puisse lire, surtout sachant qu'il est autobiographique.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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