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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 05:55

Cette édition regroupe en deux volumes l'ensemble des 137 nouvelles (sans Maigret) parues sous son nom, de Georges Simenon. Elles furent publiées dans la presse, puis reprises dans des recueils ou non. Classées par ordre d'écriture, de 1929 à 1953 en deux tomes, elles ne sont pas toutes policières, montrant l'universalité du grand écrivain belge. Elles sont préfacées par Jean-Baptiste Baronian, écrivain, critique, président des Amis de Georges Simenon, ancien éditeur. Chaque nouvelle est accompagnée d'une notice bio-bibliographique. Ce qui permet d'éclairer, année après année, ce qu'était la vie et la production de Simenon. Détails qui offrent une perspective intéressante sur les sources de son inspiration.

Même si l'on pense connaître globalement le parcours de Georges Simenon, il faut lire la double préface de Jean-Baptiste Baronian : “Itinéraire d'un écrivain gâté et boulimique” (tome 1) et “Affamé de littérature” (tome 2). Il nous raconte de manière très vivante les étapes et les motivations de l'écrivain. Les deux ouvrages reprennent les séries d'enquêtes qui furent réunies dans “Les treize mystères” puis les recueils qui suivirent, ainsi que les enquêtes de l'Agence O (du détective Torrence) et celles du Petit Docteur. Et bien d'autres textes variés, évidemment.

Ce n'est pas le genre de livre qu'on lit en une seule fois. Pour en apprécier les intrigues, pour les savourer, on aime picorer çà et là, au gré de notre humeur. Dans la chronologie d'écriture ou pas. Selon les cas, lire juste une ou deux nouvelles, peut-être se laisser séduire par une douzaine de textes. On garde ces ouvrages à portée de main, le moment propice pour s'y replonger se présentant souvent. Si Georges Simenon est le “père” de Maigret, la lecture de ces nouvelles prouve une autre facette de son talent.

 

Quelques exemples choisis parmi ces 137 nouvelles nous montrent bien la diversité des intrigues exploitées par Simenon.

Sing-Sing (1931) : Dans le port de Boulogne. Naguère, ce rouquin avait acquis un dundee de cent-vingt tonneaux, un fier navire. Il eut des ennuis qui le conduisirent en prison pour plusieurs années, aux États-Unis. C'est de là que vient son surnom, Sing-Sing. Revenu à Boulogne, il est simple docker, “rat de quai”. Cette nuit-là, on tire sur un négociant un peu saoul rentrant chez lui. Il n'est que blessé. Le client de la chambre 15 du Grand Hôtel semble peu désireux de croiser Sing-Sing. Fanny, la fille de salle du bistrot Chez Émile, est une des clés de cette tentative de meurtre. (Début d'histoire proche d'un des grands titres de Simenon, “Le chien jaune”).

L'as de l'arrestation (1934) : L'inspecteur Sancette a la réputation avérée d'être un expert pour alpaguer les suspects. La présence du truand américain Ted Brown est signalée dans un palace parisien. Ce pro du banditisme est capable de tout faire exploser si on tente de l'arrêter. Ça ne décourage pas le policier Sancette, qui semble au contraire s'en amuser.

Popaul et son cuisinier (1935) : En Afrique-Équatoriale, Popaul exploite une concession d'okoumé et d'acajou. Gros travailleur, il gagne beaucoup d'argent durant quelques années. Il est aussi généreux quand il fait la fête. Popaul sait que, tel son voisin Janvier, on peut perdre la tête dans ces forêts isolées, et finir en prison. Entouré de nègres malsains, lui-même n'est pas à l'abri d'un dérapage.

Georges Simenon : Nouvelles secrètes et policières 1929-1953 (Omnibus, 2014)

L'aventurier syndiqué (1935) : Ce navigateur à la voile débarque à Wellington, en Nouvelle-Zélande. C'est un pays bien plus froid qu'il ne l'imaginait. Il repère bientôt un compatriote français. Âgé de trente ans, Millet est parti à l'aventure après un scandale étouffé par son père, avocat parisien. On aboutit toujours là où on n'a pas prévu d'arriver, admet Millet. Il espérait au moins jouir d'une véritable liberté en se posant ici. Entre son job routinier sur les quais et le mode de vie local, rien d'excitant.

Monsieur Mimosa (1936) : Une petite ville de banlieue parisienne. Trois galopins observent les policiers qui ont investi la maison d'un suspect en son absence. Sûr qu'ils sont là pour le cravater dès son retour en soirée, après qu'il ait passé l'après-midi à jouer aux courses. Pourtant, ce Monsieur Mimosa aux allures de gentleman très british, le trio de mômes n'a rien à lui reprocher. Non, il n'a jamais été agressif envers eux.

Le baron de l'écluse (1940) : Sur le canal de la Marne à la Saône, se trouve l'écluse de Bissancourt, la n°68. À deux kilomètres et demi du village, il y a là une maison d'éclusier et le bistrot restaurant de Maria. Par une hivernale période pluvieuse, le yacht Potam fait relâche à cet endroit. Il se dirige vers la Côte d'Azur. À son bord, Jo Dossin – appelé communément le Baron, et son amie demie-mondaine Lola. Bien qu'ils ne disposent plus que de quelques francs, avec sa belle casquette et son monocle vissé sur l'œil, le Baron reste digne. Il espère un mandat de 200.000 Francs de la part de son ami John. Il l'a gagné en tant qu'intermédiaire dans une transaction, sa spécialité. À la poste du village, le mandat n'arrive pas malgré le télégramme du Baron adressé à John, signalant l'urgence. Sans manger, Lola et le Baron s'enivrent à bord. Le Baron a sans doute remarqué que sa prestance ne laissait pas insensible la douce Maria. (Un classique du cinéma français sorti en 1960, dialogué par Michel Audiard, avec Jean Gabin, Micheline Presle et Blanchette Brunoy, touchante dans le rôle de Maria).

Le bateau d’Émile (1945) : A Fécamp, Émile Bouet vient de racheter le meilleur bateau de son ancien employeur, le riche François Larmentiel. Âgé de trente-huit ans, Émile vit depuis cinq ans avec Fernande, ex-prostituée. Une relation parfois brutale, sur laquelle beaucoup ici s'interrogent. Il vaut mieux qu'Émile fête son acquisition au bistrot de Léon, entre amis, qu'au café où se réunissent les petits armateurs locaux. Obsédé par Fernande, il s'enivre plus qu'il ne devrait. D'autant qu'Émile pourrait devenir le fiancé de l'héritière Larmentiel, il l'a bien compris, au lieu de végéter avec Fernande. Les jours suivants, il tarde à démarrer sa première campagne de pêche. Il compte éloigner sa compagne de Fécamp, pendant qu'il sera en mer. Pourtant, c'est à cause de lui si elle rate son train. Trop alcoolisé, Émile envisage de se débarrasser de Fernande. Sauf que c'est quelqu'un d'autre qui est à l'origine de ses tourments. S'il est un homme, Émile doit agir. (Excellent film de 1962 adapté de cette nouvelle, dialogué par Michel Audiard, avec Lino Ventura, Annie Girardot, Pierre Brasseur, Michel Simon).

Le gros lot (1953) : Marié depuis dix-sept ans, Charles Perrin est un petit comptable de quarante-trois ans sans la moindre ambition. Jamais il ne demande d'augmentation à son patron. Entre sa femme et sa fille Nicole, quatorze ans, sa vie dans le quartier Saint-Antoine suffit à son bonheur. Un jour, il gagne le gros lot de la Loterie Nationale. Perrin touche anonymement cette grosse somme sans en parler à sa famille. Il démissionne de son poste de comptable, et passe son temps à la Bibliothèque Nationale pour se cultiver. Pour son épouse, il s'invente de meilleures conditions de travail, un meilleur salaire.

À noter, “Le petit tailleur et le chapelier” (1947) et “Bénis soient les humbles” (1948), deux nouvelles aux dénouements différents. Le tailleur Kachoudas et le chapelier M.Labbé seront finalement les héros du roman “Les fantômes du chapelier”, publié en 1949.

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commentaires

David Simmons 12/12/2014 15:09

Merci de cette revue stimulante. J’aime bien les nouvelles du Petit Docteur, en particulier d’avoir l’occasion de comparer Dollent à Maigret. La médecine joue un rôle pour les deux.

Claude LE NOCHER 13/12/2014 17:47

J'oubliais le Dr Pardon, en effet. Il est vrai que, auteur d'un roman s'inspirant de cette thématique autour de Maigret, et par votre métier, vous êtes expert dans ce domaine. Je sais que vous êtes parfaitement francophone, mais... Best wishes for Christmas and New Year celebrations.

David Simmons 13/12/2014 14:40

Plus que ça dans la série Maigret. Le commissaire avait étudié la médecine pendant deux ans avant son choix d’une carrière policière. Il continuait à lire des textes médicaux par la suite. Il discutait de la médecine avec Pardon, son médecin personnel et son meilleur ami, à leur « dîner des toubibs » mensuel. Alors, il a souvent utilisé sa connaissance médicale dans ses enquêtes. Mes meilleurs vœux !

Claude LE NOCHER 12/12/2014 16:52

Bonjour
Georges Simenon compte beaucoup d'admirateurs à travers le monde. Maigret observe les gens avec psychologie, et la médecine est présente en la personne du Dr Paul, le légiste attitré de ses enquêtes. Amitiés.

Philippe 10/12/2014 14:27

Bonjour M. Le Nocher,

Très intéressant, c'est noté pour ces 2 anthologies, enfin cette anthologie en 2 tomes.

Prenez le temps de visiter le site :

http://www.greyladiesbooks.co.uk/index.html

Dont l'auteur est une libraire en Ecosse ( à Melrose après avoir été longtemps à Edimbourg ).
Par ce site, elle est aussi éditrice, publiant des romans parus une seule fois dans les années 1920 aux années 1960, ou même pour certains jamais parus du vivant de leurs auteurs et dont les manuscrits ont été trouvés récemment dans leurs maisons par leurs descendants ou autres personnes.
Vous voyez la rubrique Books.
Pointez sur les noms des auteurs ( de Allan à Vaizey ) puis pour chacun sur la flèche du côté droit, ce qui conduit au synopsis. C'est assez bref pour être vite lu, pour tous les auteurs.
Comme vous vous en doutez, les auteurs en question sont peu connus en-dehors de Grande-Bretagne ( quoique beaucoup de livres de Mabel Esther Allan soient parus en France des années 1950 aux années 1980, dans la Bibliothèque Verte ou Nathan ou Rouge et Or ou autres ). Et y sont surtout connus pour leurs romans à destination de la jeunesse, surtout les filles.
Cependant, ces auteurs ont aussi écrit des romans d'un ton différent, pouvant certes être lus par des jeunes, mais également par des adultes.
Greyladies s'est fixé comme mission de les publier, de les faire découvrir si longtemps après.
Il y a, vous le verrez, des histoires qu'on peut qualifier de polars, pas forcément polars jeunesse, il y a des cas de meurtres. Et certains enquêteurs sont adultes, par exemple de Scotland Yard, il n'y a pas seulement de jeunes détectives.
Les milieux abordés sont aussi variés : la danse, les chevaux, la campagne britannique, des coins sur la côte écossaise.

" The imprint of The Old Children's Bookshelf, specialist
sellers of collectable children's books in the Scottish Borders.

Girls’ School Stories - written for adults
Adult books by children’s authors
A spot of vintage crime "

Pour certains titres, à partir de la page du synopsis, est indiqué un lien pour lire un extrait du livre.

Ainsi, par exemple :

http://www.greyladiesbooks.co.uk/pages/jes.html

http://www.greyladiesbooks.co.uk/pages/jes_extract.html

Cordialement

Claude LE NOCHER 10/12/2014 17:35

Bonjour Philippe
Ces livres rétros (aujourd'hui, on dit "vintage") semblent oubliés de l'édition britannique ou écossaise, comme le sont bon nombre de romans français d'autrefois. Rien à voir avec un manque de qualité ou, prétexte trop facile, des histoires "datées". Davantage de raisons commerciales à cela.
Selon le monde de l'édition, le public réclamerait des auteurs neufs, de l'actuel. Si possible, hormis les Français, des Américains et des Nordiques. Les Irlandais, aussi. Les Italiens et les Hispaniques auraient beaucoup moins la cote. Les autres (des pays de l'Est ou Asiatiques, par exemple) n'intéresseraient guère que les curieux.
Je crois surtout que l'édition (à travers le monde) mise en priorité sur des valeurs sûres (des romans ayant cartonné dans leur pays, généralement), puis quelques auteurs à bon potentiel, Français ou étrangers. Je n'ai pas à juger de cette politique commerciale, sûrement justifiée par des experts marketing. Pas si logique pourtant, puisque sont aussi réédités des auteures comme Josephine Tey.
Certes, il y aurait du tri à faire dans ce qui se publia jadis. L'ancienneté ne garantit pas la qualité absolue. Toutefois (et j'essaie d'en apporter la preuve de temps à autres) il y en aurait beaucoup à "sauver", capables de séduire un lectorat de notre époque. Un peu de courage, Messieurs des Editeurs !
Amitiés.

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