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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 05:55

À Londres, James Trelawney et Andrew Singleton ont acquis une belle réputation en tant que “détectives de l'étrange”. En cet automne 1938, la paix n'est que relative en Europe après les fallacieux Accords de Munich. S'il ne renonce pas à prévoir un séjour sur le continent, le duo s'accorde d'abord quelques vacances aux États-Unis. Ils y retrouveront un ancien compagnon d'université, Stuart Latham Dauncey. Comédien sans avenir, celui-ci s'est reconverti comme rédacteur au “Hollywood Citizen-News”. Échotier du cinéma, où la production très active de films entraîne infos et rumeurs, Stuart Dauncey connaît sa part de notoriété. La villégiature des détectives est programmée de fin-novembre à mi-décembre.

C'est au “Mayflower Hotel” de Los Angeles qu'ils louent une suite. Ainsi James Trelawney peut-il fréquenter les soirées mondaines, espérant y côtoyer les stars féminines du monde hollywoodien, tandis qu'Andrew Singleton va passer son temps à la bibliothèque, la Los Angeles Public Library. Il y étudie la vie et l'œuvre de Jack London, ainsi que les troublants mouvements eugénistes qui se sont créés en Californie. La sélection génétique apparaît tel un symbole de modernité, légitime à cette époque. Au soir d'une journée festive, le duo se trompe de route pour regagner la ville, se perdant dans les brumes de Mulholland Highway. Du côté de Malibu Lake, leur automobile heurte un effrayant personnage, qui s'enfuit.

“C'était une sorte de créature fantastique mi-homme, mi bête, échappée tout droit d'un conte populaire, et dont les yeux ténébreux étaient fixés sur moi. Sa face toute entière, ses oreilles, son cou, de même que l'extrémité de ses membres, tout chez lui était recouvert d'une épaisse fourrure.” Singleton et Trelawney pensent avoir vu une sorte de loup-garou. À moins qu'il ne s'agisse d'un canular, d'une opération publicitaire en ces temps où les films d'horreur font la fortune des studios de Hollywood ? Si le duo est perturbé, l'histoire amuse leur ami Stuart Dauncey. Néanmoins, on apprend qu'une jeune femme a été sauvagement égorgée ce soir-là vers minuit près de Malibu Lake.

Stuart identifie rapidement la victime, Innes Crowrie, serveuse dans un cabaret, l'Angels Club. Singleton et le journaliste partent à la découverte de l'établissement, qui s'avère singulier. On peut y assister à des spectacles avec des artistes genre sœurs siamoises, des Freak Shows. Le couple de propriétaire, Sam Llewellyn et sa femme Eileen, prétendent ainsi protéger ces monstres humains. Innes Crowrie avait aussi sa particularité physique. Ils suspectent un des deux nains ayant rôdé récemment autour du club. À la bibliothèque, Singleton s'informe plus tard sur le syndrome d'Ambras, possible explication concernant le lycanthrope qu'ils pensent avoir vu cette nuit-là.

De retour sur Mulholland Highway, Trelawney et Singleton explorent les alentours du cottage du crime. C'est en face, dans Malibu Lake, qu'ils découvrent le cadavre de leur loup-garou. Ils alertent la police, en la personne du sergent Terrence Latimer. Le capitaine Chambers serait, lui, d'avis de clore cette affaire. Le défunt lycanthrope possédait un livre de Victor Hugo, “L'homme qui rit”, qui fut adapté au cinéma. L'aide de Random et Brisbee, le duo de nains suspecté par Llewellyn sera fort utile aux deux détectives. C'est dans le désert Mojave qu'ils trouveront des réponses, dans un “castello” de style mauresque...

Fabrice Bourland : Hollywood Monsters (Éd.10-18, 2015)

Lorsqu'on veut faire évoluer des héros dans un contexte aussi complet que possible, il est indispensable de se documenter très précisément. Ce qu'à fait l'auteur, pas uniquement sur le cinéma ou au sujet des phénomènes de foire appelés Freaks, mis en valeur par le célèbre film de Tod Browning. Les décors et la géographie de Los Angeles et de sa région sont aussi évocateurs, ainsi que l'ambiance festive en ces temps de Prohibition. Parmi les mouvements intellectuels, la Société Théosophique et ses théories raciales sont également esquissées. Depuis peu, c'est le triomphe pour les adaptations des romans noirs tels ceux de Raymond Chandler, avec Humphrey Bogart ou autres “gueules” du grand écran.

Toutefois les films d'horreurs séduisent encore. Si la carrière du cinéaste Tod Browning se termine presque, Boris Karloff, Basil Rathbone, Lon Chaney Jr, Lionel Barrymore ont toujours un public. C'est dans cette ambiance-là que débarque ce duo d'enquêteurs, plutôt dans la tradition de Holmes et Watson. Ils sont davantage habitués à une part de mystère irrationnel, que leurs confrères américains. Leur ami reporter Stuart Dauncey fait le lien entre les deux cultures. Hommage est rendu aux monstres humains exhibés dans les Freak Shows, tandis que Trelawney et Singleton sont plongés dans une aventure aussi palpitante que troublante. Un riche et captivant suspense !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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commentaires

Max 17/01/2015 17:44

Bonjour Claude,
Commencé ce bouquin hier. Le duo Singleton/Trelawney est différent du duo Holmes/Watson, le détective étant aussi narrateur.
Le meilleur Bourland est pour moi "Le diable du Crystal Palace" : "Ce récit rassemble les charmes et les outrances du roman populaire à une solide documentation et une érudition à toute épreuve" écrivais-je sur un autre site lors de sa sortie. Solide documentation que tu a trouvée aussi dans cet opus-là.
Amicalement,
Max

Claude LE NOCHER 17/01/2015 18:23

Bonjour Max
En effet, Fabrice Bourland ne "copie" pas Holmes et Watson, il leur tonne une tonalité analogue. "Le diable du Crystal Palace" en est un excellent exemple, oui.
J'étais encore môme quand j'ai découvert le film "Freaks" au Ciné-Club, ou au Cinéma de Minuit, à la télé. Impressionnant, cruel, mais aussi très poétique. Lire ce nouveau roman de F.B. m'a permis de retrouver (par l'esprit) toute la saveur de ce chef d'œuvre du cinéma.
Bien sûr, il s'agit ici d'une aventure de Singleton et Trelawney, mais tu vas prendre plaisir à suivre leurs aventures -type roman populaire- tout en retrouvant cette belle documentation que tu évoquais.
Amitiés.

Max 17/01/2015 17:45

Bonjour Claude,
Commencé ce bouquin hier. Le duo Singleton/Trelawney est différent du duo Holmes/Watson, le détective étant aussi narrateur.
Le meilleur Bourland est pour moi "Le diable du Crystal Palace" : "Ce récit rassemble les charmes et les outrances du roman populaire à une solide documentation et une érudition à toute épreuve" écrivais-je sur un autre site lors de sa sortie. Solide documentation que tu as trouvée aussi dans cet opus-là.
Amicalement,
Max

Philippe 17/01/2015 16:58

Bonjour M. Le Nocher,

" L'ambiance festive en ces temps de Prohibition " . Vous voulez dire en ces temps post-Prohibition ? Vous savez bien que le 18ème amendement à la Constitution fédérale ( le Volstead Act adopté en 1919 ) a été abrogé en 1933 suite à l'élection de Franklin Delano Roosevelt ? Et que cette histoire se passe en 1938 ? En outre - sans perdre de vue qu'on trouve toujours à faire la fête même dans les temps les plus durs, donc y compris pendant la Prohibition - , une ambiance festive correspondrait plus à la période après l'abolition de la Prohibition justement histoire de fêter cela ?

Une précision : c'est Mulholland Drive ou Mulholland Highway ? Vous indiquez l'un puis l'autre dans votre chronique.

Oui, ce duo de détectives rappelle Holmes et Watson. Mais puisque ce sont des détectives de l'étrange, ne seraient-ils pas encore plus proches de Harry Dickson et de son adjoint et ami Tom ( j'ai oublié son patronyme ) dont Jean Ray écrivit les aventures à partir d'illustrations de fascicules allemands du début du 20ème siècle pastiches de Sherlock Holmes ?
Dans la mesure où Harry Dickson enquête sur des phénomènes ou créatures fantastiques, plus que Holmes ?

Fabrice Bourland est-il un auteur français qui écrit des histoires se passant en Grande-Bretagne ?

Je connaissais la Société théosophique, mais j'ignorais quelle avait esquissé des théories raciales.
Vous parlez bien de la Société théosophique fondée par Helen Blavatsky au 19ème siècle ? Ou bien je confonds deux choses ?

En matière d'eugénisme, en effet très en vogue dans les années 1920-1930 ( car après la guerre il a eu moins bonne presse, le nazisme ayant été l'une de ses applications extrêmes ), nous avons des noms en tête.
( Voir Wikipedia sur l'eugénisme. )
Francis Galton, cousin de Darwin.
Madison Grant.
Oliver Wendell Holmes, Chief Justice de la Cour Suprême fédérale et considéré comme le plus grand et le plus célèbre juge américain, qui pourtant rendit au nom de cette Cour le tristement célèbre ( aux Etats-Unis ) arrêt Buck ( gouverneur de l'Etat de Virginie ) contre Bell ( jeune femme stérilisée de façon obligatoire car déclarée handicapée mentale selon des critères, une procédure et des professionnels médicaux indéfendables à nos yeux ) en 1927. Arrêt déclarant constitutionnelle une loi de Virginie prévoyant la stérilisation obligatoire des personnes reconnues comme handicapées mentales. Loi qui ne sera abrogée que des dizaines d'années plus tard, comme les lois comparables d'autres Etats.
Dans les années 1990 et 2000, les gouverneurs d'alors de plusieurs Etats, suite à la médiatisation de ces vieilles histoires, ont fait des excuses publiques pour la conduite des gouverneurs et législateurs qui avaient adopté de telles lois eugéniques.
De façon paradoxale - ou peut-être pas si paradoxale - , en parlant d'eugénisme, on rencontre aussi le nom de Margaret Sanger, morte en 1966, pourtant authentique féministe, militante des droits de l'Homme, en faveur des idées supposées avancées - contre la peine de mort, pour le droit à l'avortement, pour l'avancement des personnes de couleur ( terme d'époque ), pour le droit de vote universel, pour les avancées sociales, médicales - .
Une personne qui nous est sympathique par ses engagements, ses idées, son oeuvre littéraire et comme travailleuse sociale et réformatrice. Mais qui exprima des idées auxquelles on a pu trouver des affinités avec l'eugénisme.

http://en.wikipedia.org/wiki/Margaret_Sanger
http://fr.wikipedia.org/wiki/Margaret_Sanger
Parlant de contrôle des naissances - et là elle rejoint nos propres tendances contemporaines - .
Et estimant qu'il valait mieux qu'un enfant ne naisse pas plutôt que de naître dans un environnement, un milieu extrêmement défavorisé, que certaines vies ne valaient pas d'être vécues.
On pourrait y voir du malthusianisme.
Mais même nous à notre époque avons souvent des idées, des réactions, des attitudes confinant à l'eugénisme.

Cordialement

Claude LE NOCHER 17/01/2015 18:13

Bonjour Philippe
En effet, la stricte « Prohibition » cesse en 1933. Toutefois, elle a affecté durablement les « codes moraux » américains. Si Hollywood picole sûrement beaucoup en cette époque flamboyante, on se doit d'être exemplaire d'une certaine moralité, même si subsistent quelques scandales.
« Je connaissais la Société théosophique, mais j'ignorais quelle avait esquissé des théories raciales. » Là, vous me décevez, cher Philippe ! Dès lors qu'il s'agit de sélection génétique et d'eugénisme, ce sont bel et bien des théories sur la race dont il est question. C'est même toute la base du nazisme et de ses « expériences » sur la pureté des races. D'ailleurs, souvenons-nous que les Américains, pendant longtemps avant le conflit, ne condamnèrent pas l'Hitlérisme sur ce point. La malthusianisme nous choque depuis quelques décennies, mais ce fut un « principe » qui ne gêna nullement les gouvernants de pas mal de pays jusqu'aux années 1950.
Pour avoir lu beaucoup là-dessus, je connais sans doute mieux les cas qui firent scandale en Grande-Bretagne, après la 2e Guerre jusqu'au début des années 1970. Les expériences génétiques sur de supposés déficients mentaux, souvent des femmes (stérilisation, et bien pire), ont été nombreuses et d'autant plus secrètes que ces personnes étaient internées. Tout cela fut globalement étouffé, mais les témoignages ne manquèrent pas. Sachant, d'ailleurs, que certains supposés handicapés mentaux ne l'étaient pas vraiment, du moins eussent-ils pu mener une vie parfaitement normale.
Puisque « Mulholland Drive ou Mulholland Highway ? » vous a interloqué, j'ai rectifié. Je ne voudrais pas que cette question cruciale perturbe votre sommeil, ce serait ballot !
Concernant Harry Dickson de Jean Ray, je n'ai jamais compris la fascination de certains lecteurs pour ces aventures. Pour moi, et tant pis si je surprends, c'est le degré zéro du romanesque et du suspense. Je ne suis pas non plus un admirateur de Bob Morane.
Amitiés.

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