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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 05:55

Le commissaire divisionnaire Robert Laforge et son adjoint Étienne Brunet en ont vu “des vertes et des pas mûres” en trente ans de carrière. Pourtant, dans cette affaire-là, ils sont “restés comme deux cons”. Le rondouillard et caractériel Laforge autant que le grand et fidèle Brunet, ils croyaient tenir le coupable dès le départ. Élodie Favereau, vingt-sept ans, prof de français, a été assassinée chez elle avec une hachette. Le tueur l'a mutilée, posant en vue la tête décapitée de la jeune femme. Mise en scène sordide, perverse. Grâce à des caméras de surveillance, le suspect est très vite identifié. Antoine Deloye, vingt-huit ans, est le fiancé d’Élodie. Il a des vêtements identiques à ceux des vidéos, et son ADN est sur les lieux du crime. Pas d'empreintes, à cause dune maladie génétique, l'adermatoglyphie. Les yeux très clairs d'Antoine, captés en vidéo, suffiraient presque de preuve.

Bientôt arrêté et interrogé, le suspect accuse son frère Franck. Ce serait un être malsain, jaloux, qui aurait autrefois tué un chien à la hache, et entraîné la mort prématurée de leurs parents. Ce Franck est effectivement son jumeau, à l'identique : les policiers en sont tout surpris quand il se présente à leurs bureaux. Franck a l'air affable, bouleversé quand il apprend le crime. Quand le commissaire Laforge se montre affirmatif, Franck refuse de croire en la culpabilité de son frère Antoine. Non seulement ils ont le même ADN, mais le jumeau n'a pas d'empreintes non plus. Pour Laforge et Brunet, les deux pistes sont autant valables, à suivre à égalité. Franck est pris en filature par un flic. Si Antoine réclame son avocate, rien d'urgent pour Laforge. D'abord comprendre comment le tueur a éliminé tout le sang qui a dû gicler sur lui, et pourquoi il est entre-temps sorti acheter des roses.

Le lieutenant Hervé Pauchon, trente-et-un ans, blessé en service, est un maladroit aux yeux du colérique Laforge. Brunet l'envoie dans l'immeuble d’Élodie pour une enquête de voisinage. L'appartement de la jeune femme donne une impression d'abandon. Ça faisait plusieurs jours qu'elle en était absente. Les Marchand, couple de vieux voisins, ont-ils vraiment eu le pressentiment qu'un malheur devait arriver à côté ? Pauchon persiste à chercher témoignages et éléments sur place, tandis que Laforge consigne noir sur blanc pour son équipe tout ce qu'on sait déjà. Un des deux frères a un alibi : il a passé la soirée dans un bar avec Fabrice Peyrot, collègue d'Antoine, connaissant également Franck.

Sans doute les policiers ignorent-ils que, dès l'enfance, les jumeaux se montrèrent plutôt joueurs, mais aussi très turbulents. Ils brouillaient les pistes pour que leurs parents ne puissent pas les identifier. À l'âge de cinq ans, ils eurent une sœur, Claire, dont le décès subit ne leur causa pas d'émotion visible. En grandissant, les parents ne furent plus en mesure de maîtriser Antoine et Franck, sans qu'on sache lequel était le plus méchant. Le docteur Catherine Daout, gynécologue aujourd'hui âgée, avait fini par être effrayée par cette famille, par ces jumeaux monstrueux. Pour les policiers, le premier face-à-face des frères ne sera guère concluant, chacun accusant toujours plus ou moins vivement l'autre…

Jacques Expert : Deux gouttes d'eau (Sonatine Éditions, 2015)

Dans la réalité, ce type d'affaire serait un casse-tête pour n'importe quel enquêteur. Nul doute qu'un vrai policier ou un juge d'instruction n'auraient qu'une envie, être dessaisi du dossier au plus vite. Peut-être même, de quitter le métier. Tenir le coupable, tout en étant dans l'impossibilité de désigner lequel d'eux, terrible dilemme. Mais l'expérimenté Robert Laforge n'est pas de ces flics qui renoncent, quitte à éclater de rage ou a accuser un de ses subordonnés (ici, le jeune Pauchon) quand le cas est difficile à résoudre. Son adjoint ne sait trop sur quel pied danser, non plus. L'un et l'autre ont un suspect différent.

Le théoricien du polar S.S.Van Dine recommandait (règle n°20, alinéa F) d'éviter comme procédé de présenter “le coupable frère jumeau du suspect ou lui ressemblant à s'y méprendre”. Certes, mais en affichant cette gémellité ou l'aspect identique dès le début, on contourne aisément ladite règle. G.J.Arnaud le démontra déjà dans “Les imposteurs” (Fleuve Noir, 1980). Notons la présence furtive d'un Professeur Mesplède (spécialiste des maladies orphelines), ce qui ressemble fort à un clin d'œil à Claude M. On l'aura compris, c'est la notion de jeu que Jacques Expert cultive dans cette histoire. Jeu entre l'auteur et le lecteur, entre le commissaire Laforge et ses collègues, et bien sûr entre les jumeaux. Bien malin qui dira quel est le criminel. Une intrigue solidement racontée, ce qui n'exclut pas de belles occasions de sourire.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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commentaires

Philippe 22/01/2015 14:48

A propos de Mesplède et de frères, on en a déjà parlé, Claude Mesplède en a deux, non jumeaux : Jean-François, auteur du " Dictionnaire des cuisiniers. Et Pierre-Alain ( ou Marc-Alain ) que j'avais vu dans un Salon du Livre vers 2010, auteur de polars historiques situés au 18ème siècle à la fin de l'Ancien Régime.

Des affaires où l'on ne sait lequel de deux jumeaux est le coupable, l'un ayant un alibi à l'heure du crime, ce cas auquel on a du mal à croire s'est pourtant déjà produit plusieurs fois dans la réalité.
Je me souviens d'avoir lu un exemple dans les " Histoires extraordinaires " de Pierre Bellemare et Jacques Antoine, donc une affaire réelle déjà trés ancienne.
Dans la fiction, je crois que le premier film - je ne sais quel serait le premier livre - bâti sur ce scénario est " La double énigme " ( 1946 ) de Robert Siodmak avec Olivia de Havilland, l'actrice qui jouait Mélanie Hamilton dans " Autant en emporte le vent " et vit à Paris depuis 1953. A 98 ans, elle est l'une des dernières actrices de sa génération encore en vie. Avec aussi Kirk Douglas né comme elle en 1916.
Un remake, téléfilm de 1984 avec Jane Seymour, de moindre qualité mais valant la peine d'être vu à l'occasion.
Seul le film avec Olivia de Havilland est disponible en DVD.

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Double_%C3%89nigme

http://en.wikipedia.org/wiki/The_Dark_Mirror_%28film%29

http://www.amazon.fr/gp/product/B000CCZ2T0/ref=olp_product_details?ie=UTF8&me=

Cordialement

Claude LE NOCHER 22/01/2015 18:11

Je viens de vérifier que le nom du "faux suspect" que j'évoquais est porté par plus de 12.000 personnes en France, principalement en Corrèze et Dordogne. Mais il est vrai que le "vrai" repris de justice, toujours en vie (70 ans) mais repenti, fut un des truands les plus recherchés de France, à l'égal de son complice célèbre abattu par la police près de la Porte de Clignancourt, à Paris.
Dans un genre semi-amusant, toujours sur la question de confusion, vous avez sûrement lu que des véhicules de chauffards récidivistes (et sans doute des malfaiteurs) portent parfois les plaques... d'un tracteur, qui ne quitte jamais son champ et ne dépasse pas 45 Km/h, d'une 2CV qu'on ne devrait pas confondre avec une BMW qui fonce à 220 Km/h, ou d'une vieille voiture qui est "sur cales" dans un garage. Beaucoup de désagréments pour les vrais propriétaires qui reçoivent des PV, voire des assignations en justice.
Amitiés.

Philippe 22/01/2015 17:45

C'est vous qui m'apprenez que Pierre-Alain Mesplède est décédé d'un cancer depuis que je l'avais vu. Encore une triste nouvelle.

Oui, cela ne me surprend malheureusement pas que des personnes ou familles s'appelant Coulibaly soient injustement embêtées, alors qu'un tant soit peu de connaissance, ou un simple coup d'oeil dans l'annuaire, suffit à montrer que c'est un patronyme courant parmi les noms d'Afrique noire. Comme Sylla, Touré ou Garry.
Pierre Martin était entre autres le nom du mari dans le couple de l'affaire de l'Auberge rouge ( celle du film de 1951 de Claude Autant-Lara avec Fernandel, remake pas excellent avec Christian Clavier et Gérard Jugnot ). Et encore cette affaire avait des zones d'ombre, des incertitudes.
Je me souviens que des familles Dutroux avaient été harcelées par la population - davantage que par les autorités - ignorante du fait que c'est un nom assez courant en Belgique francophone.
Alors que la femme de Marc Dutroux s'appelant Michèle Martin, on n'a pas embêté d'autres Martin.
Là il s'agit non pas d'homonymie puisque c'était sa fille, mais la fille de Michel Fourniret s'est suicidée dans les années ayant suivi l'éclatement de l'affaire, ne supportant plus d'être tenue à l'écart de toute vie sociale du fait de son nom.

Cordialement

Claude LE NOCHER 22/01/2015 17:11

Les histoires de jumeaux, de doubles ou de sosies, affaires criminelles ou pas, apparaissent forcément "singulières". Nous parlons là de personnes tant soit peu identiques physiquement. Mais ça peut aussi concerner les homonymies, avec de désagréables conséquences. Certes, si on se nomme Pierre Martin, il faut s'y attendre. Dans l'actualité, les familles s'appelant Coulibaly (patronyme assez courant en Afrique noire) en font les frais, ces derniers jours, vous avez sûrement lu ça. On m'a cité un cas remontant à la fin des années 1970, l'arrestation (musclée, pour ne pas dire plus) chez lui d'un honnête père de famille, qui ne pouvait pourtant pas être confondu avec le repris de justice dont il était l'homonyme. Il ne s'agit pas de dénigrer la police, mais des bavures peuvent se produire. D'autant plus regrettables quand l'interpellation dure plus de 24 heures, et que l'on ne daigne pas raccompagner chez lui le faux suspect. Autres temps, sans doute.
Oui, je me souviens très bien de Pierre-Alain, le frère de Claude, très bon auteur, décédé d'un cancer.
Amitiés.

Philippe 22/01/2015 14:16

Bonjour M. Le Nocher,

Vous vous souvenez ou pas - c'était il y a sept mois - qu'à l'occasion de votre chronique " Mondial 2014, football et polar "

http://www.action-suspense.com/2014/06/mondial-2014-football-suspense-et-polar.html

j'avais parlé de la nouvelle revue Citrus, destinée à paraître 2 fois par an, dont le numéro 1 avait pour thème le football ?
Le numéro 2 est paru en octobre 2014, mais je ne l'ai découvert qu'hier en allant pour autre chose dans une librairie que je fréquente.
Je l'ai acheté et vous encourage ainsi que tout le monde à vous le procurer aussi.
Pas forcément pour le chroniquer mais pour le lire et comparer - le thème est les faits divers ( voyez le sommaire dans le second lien ci-dessous ) - avec le hors-série d'Alibi / VSD que vous aviez mentionné cet été ( " Les Cahiers du polar : Crime à la Une ).
Ou le numéro 78 de Muze ( janvier-février-mars 2015 ) avec un dossier Spécial faits divers ( témoignages de Mazarine Pingeot, Hélène Fillières... et nouvelle de Joyce Carol Oates ).
Ou le numéro 1 de la revue Folle Histoire ( sous la direction de Bruno Fuligni, éditions Prisma, octobre 2014 ) " Les aristos du crime " . Textes de : David Alliot, Philippe Charlier, Frédéric Chef, Philippe Di Folco, Matthieu Frachon, Bruno Fuligni, Bruno Léandri, Guillemette Odicino, Clémentine Portier-Kaltenbach, Claude Quétel,, Franck Sénateur, Marieke Stein. Dessins de Daniel Casanave.

http://www.lagrume.org/collections/revue/faitsdivers/

http://revue-citrus.com/numeros/2-faits-divers/
( Donc, voyez le sommaire ici. )

Cordialement

Claude LE NOCHER 22/01/2015 16:54

Bonjour Philippe
Concernant "Citrus", je note la présence de l'ami Marc Villard dans ce numéro. Je vois aussi qu'il y a, outre les textes de fond, quelques bédés et des illustrations. Le cas du jockey Frank Hayes en 1923, mort en course, est tragiquement hilarant.
Autre chose à remarquer aussi, hélas, c'est le prix de "Muze" et de "Citrus". Nul doute sur la qualité de ces magazines, mais le tarif peut rebuter un certain nombre de lecteurs. Ce n'est pas un jugement sur le contenu, ni sur les intervenants, mais le pouvoir d'achat reste ce qu'il est. C'est d'ailleurs pourquoi j'évoque aussi souvent que possible des romans en format poche, ou à des prix modérés. Amitiés.

Marine 22/01/2015 13:21

J'avais été horriblement déçue par "Adieu" : soporifique au possible. Il n'y a que la fin qui affichait un semblant d'originalité. Mais dans le cas présent, mon ressenti est bien meilleur. Un livre que je conseille.

Claude LE NOCHER 22/01/2015 20:03

De rien Marine : complémentarité.

Marine 22/01/2015 18:39

Merci pour le lien Claude !
Amitiés

Claude LE NOCHER 22/01/2015 16:37

Bonjour Marine
J'ai ajouté un lien avec ta chronique. L'auteur a su trouver un ton (y compris grâce aux intermèdes sous forme de flash-backs) pour rendre l'affaire captivante. Pour ma part, je suis plutôt convaincu. Amitiés.

Max 22/01/2015 09:52

Bonjour Claude,
Lu 2 bouquins de Jacques Expert : "Adieu", excellent, mais j'ai été un peu déçu par la fin (mais je ne me rappelle plus pourquoi), et "La théorie des 7", très bon, mais j'ai trouvé les personnages caricaturaux et les dialogues trop artificiels.
Celui-ci m'a l'air intéressant...
Amicalement,
Max

Claude LE NOCHER 22/01/2015 10:32

Bonjour Max
Certes, la tonalité sonne juste, mais avec le thème des jumeaux, je pense qu'il est bon de garder un esprit "second degré" en lisant le présent roman. C'est là que l'histoire devient enjouée, excitante. Quant au dénouement et à l'épilogue, ça m'a paru très bien. C'était mon premier titre de Jacques Expert. Peut-être à cause d'un léger préjugé, me souvenant qu'il créa jadis avec Dechavanne, « Ciel mon mardi » dont il était rédacteur en chef et chroniqueur. Néanmoins, ses polars ont "bonne presse", et celui-ci ne démérite absolument pas. Amitiés.

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