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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 05:55

Ce livre recense d'abord quatre affaires criminelles s'étant déroulées à New York, autant de cas fort différents. Ayant comme décor le quartier du Queens, “Pour l'amour d'une femme” remonte à l'année 1927. Ruth et Albert Snyder sont mariés, mais les querelles sont permanentes dans le couple car ils ont des caractères très différents. Quand elle fait la connaissance de Judd Cray, marié de son côté, Ruth Snyder devient sa maîtresse. Elle ne tarde pas à imaginer des projets de meurtre, avec des débuts de passage à l'acte. Elle finit par souscrire des assurances-vie, qu'elle fait frauduleusement signer à son mari. À la première date prévue pour supprimer Albert Snyder, Ruth n'a pas réussi à lui faire avaler du produit pour l'endormir. C'est un samedi soir, au retour d'une fête chez des amis, que le mari devra être supprimé par le couple d'amants. Si tout est prêt, Judd Cray n'a sans doute pas le sang-froid nécessaire pour opérer proprement.

C'est en 1940-41 que “Le fou à la bombe” commença à faire parler de lui à New York. Il se manifesta à plusieurs reprises, déposant des bombes artisanales dans des lieux publics. Il cessa ce petit jeu durant dix ans, avant de le reprendre en 1951. Sa dix-septième bombe explosa en mars 1954 dans les toilettes pour hommes de la gare de Grand Central. Puis il y en eut une autre au Radio City Music Hall, causant à chaque fois des blessés légers. En février 1956, il recommença à la gare de Pennsylvanie, puis en fin d'année dans un grand cinéma new-yorkais et en d'autres lieux. La police n'était pas inactive depuis ses premiers méfaits. Grâce à ses écrits, on savait où il postait ses lettres, on supposait qu'il avait été employé de la Consolidated Edison. Plusieurs pistes furent explorées, plusieurs suspects arrêtés. Les comparaisons d'écritures aidèrent peu les enquêteurs. L'affaire virait à la paranoïa dans la population. L'homme fut identifié fin janvier 1957.

Paru en 2012 chez Actes Noirs, le remarquable roman “De bons voisins” de Ryan David Jahn s'inspire de l'affaire intitulée ici “Les trente-huit assassins de Kitty Genovese”. En mars 1964, Kitty est une jeune femme de vingt-huit ans. Cette rousse serveuse rentre généralement chez elle tard dans la nuit. Elle habite le tranquille quartier de Kew Gardens, logeant dans un coquet immeuble double. À trois heures-vingt du matin, à peine sortie de sa voiture, Kitty est poignardée à plusieurs reprises par un agresseur. Elle appelle à l'aide, sans réaction du voisinage. Le tueur revient lui asséner des coups de couteau. Kitty se traîne vers son immeuble, alertant encore faiblement les voisins. Ils sont quelques-uns à l'avoir entendue, mais quasiment aucun n'est intervenu. Kitty est décédée, les secours arrivant trop tard. Face à ce cruel manque de civisme, une campagne tenta se sensibiliser les habitants. Mais le quartier ne voulait déjà plus entendre parler de l'affaire.

Dans “Je l'ai tuée, pardonnez-moi”, le procès d'Alice Crimmins s'est tenu en 1969, pour un odieux double crime commis trois ans plus tôt. Elle était alors séparée depuis un an et demi de son mari Edmund Crimmins, qui avait entamé une procédure pour avoir la garde de ses enfants en bas âge. Il est vrai qu'Alice était une femme dénuée de moralité, qui collectionnait les amants. Elle savait aussi séduire, et même fasciner, des hommes tels que Joseph Rorech. Lui parla-t-elle vraiment du projet d'assassiner ses enfants ? Peut-être par allusion. Quand on retrouva les corps de sa fille et de son fils, les explications d'Alice furent embrouillées, peu plausibles. D'autant que la voisine, Sophie Earomirski, fut témoin d'une partie des faits, cette nuit-là. L'autopsie ne donnait que des réponses imprécises, ce dont se servit la défense d'Alice. Certes, on n'était pas là pour juger la réputation de cette femme, mais cela pesait lourdement sur le dossier.

J.Craig & R.Posner : New York crime blues (Série Noire, 1973)

La deuxième partie du livre traite de la mafia new-yorkaise, retraçant plusieurs épisodes de la vie de Vito Genovese (1897-1968). Dans son célèbre roman “Le parrain”, Mario Puzo s'inspira largement du personnage, avant qu'il soit incarné au cinéma par Marlon Brando. Il est aussi le héros du film “Cosa Nostra” de Terence Young (1972). “À sa mort, Genovese était le chef de Mafia de New York, position qu'il avait obtenue au prix d'un dur labeur...” Si, sur la fin de sa vie, il se comportait avec bonhomie, ce gangster restait quand même le successeur de Lucky Luciano. Après avoir écarté sans états d'âme d'autres caïds concurrents, Vito Genovese est un “capo di tutti capi” fort contesté. Même lorsqu'il est emprisonné, il reste toutefois le Boss. Avec lui, le bizness fructueux et le crime sanglant vont de pair. À New York, l'emprise de la Mafia ne faiblit pas à cette époque, rendant la violence omniprésente.

Ce “New York crime blues” fait suite à un premier tome, “Le bled aux méchants”, traitant de l'histoire du crime à New York dans l'Entre-deux-guerres. Second titre où Jonathan Craig et Richard Posner évoquent de façon vivante la mafia contemporaine d'alors. Ainsi que ces quatre dossiers criminels plutôt singuliers, typiquement américains pourrait-on dire car ils eurent peu d'écho ailleurs. C'est un des rares cas où la Série Noire publia des livres qui n'étaient pas des fictions. Mais leur parenté avec le roman noir est indéniable.

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commentaires

Philippe 07/02/2015 22:53

M. Le Nocher,

Je suppose que vous avez pas mal des titres de la collection " Dictionnaire amoureux " chez Plon ?

Avez-vous :

Dictionnaire amoureux de la Bretagne
Yann Quéffélec

- Dictionnaire amoureux des faits divers
Didier Decoin

- Dictionnaire amoureux du journalisme
Serge July

Ou d'autres ?

Cordialement

Claude LE NOCHER 08/02/2015 10:56

J'avoue n'avoir guère suivi cette collection, cher Philippe. Si je m'intéresse à des sujets divers, je reste avant tout un lecteur (et un passionné) de polars, de romans noirs. Amitiés.

Philippe 07/02/2015 22:00

Rebonjour M. Le Nocher,

Il se trouve que sur eBay l'exemplaire du tome 2 - celui de votre chronique - que j'ai acheté :

http://www.ebay.fr/itm/310943978608?ssPageName=STRK:MEWNX:IT&_trksid=p3984.m1497.l2649

m'a été vendu - j'avoue que je ne le connaissais pas jusque-là - par l'écrivain Francis Valéry, de son vrai nom Francis-Paul Valéri-Dostert.

J'ai regardé sur Wikipédia :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Val%C3%A9ry

Cordialement

Claude LE NOCHER 08/02/2015 10:55

Oui, Philippe, j'ai dû croiser le nom de Francis Valéry, au temps où j'ai collaboré à "L'Année de la Fiction", aux Editions Encrage. Mais j'ignorais que ce lorrain fut hyperactif dans la création artistique. Amitiés.

Philippe 07/02/2015 14:39

Bonjour M. Le Nocher,

Je viens d'acheter sur eBay les tome 1 " Le bled aux méchants " et 2, au vu de votre chronique.

Vous savez que je me remets encore du coup de couteau à l'épaule que j'avais reçue de la part de la mafia. Non, je plaisante, de l'extraction de la balle qu'ils m'avaient tirée. Non, je plaisante encore, je vous l'avais dit, c'était l'aspiration d'un lipome ( tumeur bénigne, boule de graisse sous-cutanée ). Encore un peu de douleur, très supportable, et je n'y pense pas quand mon épaule ne touche rien. Mais on m'a recommandé de dormir précisément sur cette épaule. Je prends du Doliprane 1000 - contenant du paracétamol - mais n'ai pas à le faire forcément chaque jour alors que le maximum est de toute façon de 4 comprimés par jour, j'en prends bien moins.

L'un des auteurs, Richard Posner, autant que vous sachiez, M. Le Nocher, c'est le célèbre juge de ce nom - qui fut membre de plusieurs hautes juridictions, des cours d'appel, de circuit ou cours suprêmes d'Etats ou la Cour Suprême fédérale - qui a écrit de nombreux articles juridiques, des opinions concurrentes ou dissidentes, et élaboré la question des rapports entre droit et économie ? Il pourrait très bien être le même Richard Posner, vu le sujet de ces deux livres, mais cela peut aussi bien être un homonyme.

Dans " Le Parrain" , film de 1972 de Francis Ford Coppola adaptant le roman de Mario Puzo, c'est l'acteur Michel Duchaussoy qui faisait la voix française de Marlon Brando dans le rôle de Don Vito Corleone.

Dans " Cosa Nostra " aussi de 1972 - Terence Young est surtout connu pour avoir réalisé plusieurs James Bond - où Charles Bronson joue Joe Valachi, qui fit une confession en 1962 devant une commission d'enquête, ce qui nécessita bien sûr sa protection en prison par un flic irlandais Ryan - du moins dans le film - , on se souvient que c'est Lino Ventura qui interprète Vito Genovese. Lequel, c'est dit à la fin du film, mourut en prison ( en 1969 ) avant Valachi ( de mort naturelle dans les deux cas ).

Je ne connaissais pas vraiment le cas d'Alice Crimmins, au plus ai-je déjà vu son nom.

L'histoire de Ruth Snyder a, nous le savons mais autant le rappeler explicitement, inspiré l'auteur James Cain pour " Double Indemnity " et " The Postman Always Rings Twice " ( " Le Facteur sonne toujours deux fois " ) , deux romans adaptés au cinéma, le second le plus ( film français " Le Dernier tournant " , 1939, film américain de 1981 avec Jack Nicholson, film plus récent dont je ne revérifie pas ici la référence ).
On l'a noté, l'affaire Snyder-Gray dans son déroulement était tristement ordinaire : la femme et l'amant tuèrent le mari. Ils furent vite suspectés, arrêtés, jugés et condamnés. Leur culpabilité, réelle, était tout à fait prouvée. Eux-mêmes ne contestaient pas les faits, au plus chacun rejettait-il la plus lourde responsabilité sur l'autre. Ils se résignèrent à leur sort et leur exécution en elle-même se passa sans problème.
Mais ce qui a rendu ce cas célèbre, c'est la fameuse photo intitulée " Dead " que parvint à prendre un reporter-photographe Tom Howard qu'un journal avait spécialement fait venir de Chicago. Tous les journalistes de New York, Etat lieu de l'exécution, étant connus comme tels par l'administration pénitentiaire de la prison de Sing-Sing. Il était admis que des témoins assistent aux exécutions. Avec interdiction de prendre des photos. Tom Howard - aujourd'hui il utiliserait un téléphone portable faisant appareil photo, oui, mais il serait fouillé et ce portable trouvé avant l'entrée dans la salle d'exécution - avait réussi à obtenir une invitation à être témoin, à cette époque ces invitations étaient assez généreusement distribuées. Il fut peut-être fouillé sommairement, mais avait une caméra miniature attachée à une cheville, cachée par son pantalon. Reliée à un bouton dans une poche, qu'il put actionner au moment de l'exécution de Ruth Snyder. En janvier 1928. Howard parvint donc à prendre cette photo interdite, qui fut publiée le lendemain à la Une du journal. Avec le titre " Dead ! "
La photo est floue, plusieurs personnes dans la salle ont été escamotées, étant en-dehors du champ. On voit Ruth Snyder, son visage caché par le célèbre masque noir de cuir. Cette photo atteint son objectif : de faire sensation en montrant une exécution en direct, à une époque où, si certaines exécutions capitales aux Etats-Unis sont encore publiques, elles le sont de moins en moins, jusqu'à la dernière exécution publique dans ce pays en 1936 au Texas.
La photo ne changera rien, et ce n'était pas le but recherché, au large consensus au sein de la population américaine en faveur de la peine de mort à l'époque.
A signaler que la photo de l'exécution de Ruth Snyder fait partie de celles retenues par Marie-Monique Robin, journaliste française auteur de documentaires de télévision, dans son livre de 1999 ou 2000 " Les 100 photos du siècle " .

L'affaire du " fou à la bombe " fut l'occasion d'une ébauche de ce que l'on n'appellera que bien plus tard le profilage.
Le psychiatre James Brussel aide la police new-yorkaise par ses observations qui l'amènent à dresser un profil-type du poseur de bombes. Malgré des erreurs - il n'était pas allemand comme Brussel le suggérait - le criminel sera appréhendé grâce à ce profil et, comme Brussel l'avait dit à la police, quand ils l'arrêteraient, " Son veston croisé sera boutonné " . Phrase assez connue depuis.
Pierre Bellemare et Jacques Antoine dans leurs " Histoires extraordinaires " parlèrent de cette histoire.
Ainsi qu'un épisode de la série " New York Section Criminelle " .

Pour ce qui est de Kitty Genovese - simple honomymie avec Vito Genovese - je me souviens qu'on en a parlé ici il y a quelques mois, donc rappelons juste que son histoire, romancée, est racontée par Didier Decoin dans son roman non fictionnel " Est-ce ainsi que les femmes meurent ? " paru vers 2010 chez Grasset, collection " Ceci n'est pas un fait divers " .
Et que le chiffre 38 est repris dans le film " 38 témoins " ( 2011 ) du Belge Lucas Belvaux. Qui ne reconstitue pas la vraie affaire Kitty Genovese en 1964 à New York, mais s'en inspire pour une histoire en France ou en Belgique à notre époque.
Comme on sait, malgré les inexactitudes ou exagérations quant aux faits d'origine, l'affaire Kitty Genovese a donné lieu à beaucoup de travaux en sociologie urbaine. Et permis de définir le phénomène social de l'effet du témoin ( bystander effect ).
A mettre en relation, gardant en tête que ce n'est pas la même chose, avec les expériences du professeur Stanley Milgram à partir de 1962 à l'université sur la soumission à l'autorité. Et la dilution de responsabilités.

Cordialement

Claude LE NOCHER 07/02/2015 17:12

Bonjour Philippe
Je me souviens avoir acheté ce livre il y a fort longtemps. À l'époque, c'était surtout pour connaître l'histoire de Vito Genovese (que j'avais vu incarné par le merveuilleux Lino Ventura dans « Cosa Nostra »). Cette fois, j'ai relu ce livre principalement pour les quatre autres affaires. Les cas de Ruth Snyder et Alice Crimmins symbolisent des exemples de « femmes fatales » manipulatrices, mais pas aussi futées qu'elles le pensent. Encore qu'Alice Crimmins ait assez bien brouillé les cartes.
Le cas du « Fou à la bombe » introduit en effet le profilage. Mais montre aussi que n'importe qui d'un peu bricoleur peut effrayer les foules. Sans raison avérée, finalement, quand on voit la personnalité plutôt neutre du coupable.
C'est le cas de Kitty Genovese qui me trouble le plus. J'ai le souvenir qu'une de mes amies m'en parla au milieu des années 80. J'avais jusqu'à là vaguement retenu le sujet, mais pas mesuré sa sociologie. C'est en lisant le superbe roman de Ryan David Jahn, que j'ai encore davantage réalisé la lâcheté des comportements. Certes, je ne me suis jamais fait d'illusion sur la nature humaine. Je ne vais pas philosopher sur « l'impossible et nécessaire vie en groupe ». Mais les cas où le courage prime restent fort rares, exceptionnels. L'Homme est un animal frileux.
Puisque nous parlons de « faits réels », je viens d'apprendre qu'un cousin direct d'une famille qui m'est très proche était un « survivant de Charlie Hebdo ». Employé de Sodexo, il était au côté de son chef, Frédéric Boisseau, abattu par les frères Kouachi.
Amitiés.

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