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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 05:55

Si le tribunal vient de condamner James Bentley pour le meurtre de sa logeuse, Mrs McGinty, le super-intendant Spence n'est pas du tout certain de la culpabilité de l'accusé. Sa propre enquête n'était pas si catégorique. C'est pourquoi il fait appel à son ami Hercule Poirot, afin qu'il aborde l'affaire avec un œil neuf. Le détective chevronné va s'installer à Broadhinny, près de Kilchester, logeant chez Mr et Mrs Summerhayes. Cette dernière apparaissant plutôt désordonnée au rigoureux détective. Hercule Poirot ne cache nullement sa mission, quand il rencontre les principaux habitants de ce village tranquille.

Outre John et Maureen Summerhayes, on trouve ici le docteur Rendell et sa nerveuse épouse Shelagh, Laura Hupward et son fils Robin qui se présente comme auteur de théâtre, Mrs Eve et Mr Guy Carpenter qui semble avoir quelques ambitions politiques, le couple Weterby et leur fille Deirdre Henderson issue d'un premier mariage. La brave Mrs McGinty faisait le ménage chez tous ces gens-là. Il est probable que ce soit parmi eux qu'il faille chercher le véritable assassin. Encore faudrait-il comprendre pourquoi on l'a supprimée. Peut-être est-ce en rapport avec une des affaires récemment évoquées par un journal du dimanche. Quelqu'un qui tiendrait à ce qu'on ne sache rien de son passé.

Comme à son habitude, Hercule Poirot observe et écoute tout ce petit monde qui n'a, en apparence, rien à se reprocher. Il peut se demander pourquoi la plupart d'entre eux n'habitent le village que depuis quelques années, après la guerre. Peut-être aurait-il besoin de l'aide de Maude Williams, ex-collègue de James Bentley ? Des papotages de Mrs Sweetiman, la postière locale ? Ou des soupçons d'Ariadne Oliver, cette romancière envahissante qui l'agace souvent, déjà rencontrée dans plusieurs affaires précédentes ? Le détective ne voudrait pas trop contrarier l'auteure, mais il ne croit guère dans l'intuition féminine. La réflexion, les petites cellules grises, il n'y a que ça qui fonctionne ! Selon Poirot, le mobile du crime ne peut qu'être complexe. Se sentant menacé, l'assassin va frapper une nouvelle fois… Sans doute, une fois de trop…

Agatha Christie : Mrs McGinty est morte (1952)

Il s'agit d'un roman typique de l'univers d'Agatha Christie. Si l'incontournable Hercule Poirot vieillissant apparaît moins fringant que dans de précédentes enquêtes, il n'en reste pas moins le maître des déductions. On sait qu'Ariadne Oliver personnalisait quelque peu Agatha Christie elle-même, ce qui était une manière d'agiter les aventures de Poirot. Le procédé de la reine du crime est bien rôdé : une flopée de suspects, une vieille affaire mal résolue en toile de fond, un village pittoresque sans histoire, et une réunion finale afin de désigner l'assassin. Face aux diverses pistes, on se prend évidemment au jeu. Il est amusant de savoir que dans la première adaptation au cinéma de ce roman, un film de George Pollock en 1964, c'est Miss Marple qui remplace Hercule Poirot et Ariadne Oliver. Une version téléfilm plus conforme, avec David Suchet, date de 2008. Il est fort plaisant, de temps à autre, de retrouver ce genre de classiques de la littérature policière.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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commentaires

Philippe 26/03/2015 18:39

Rebonjour M. Le Nocher,

A propos d'infanticide et des femmes qui cachent leur grossesse, à elles-mêmes ou à leur entourage ou les deux, voyez l'article d'aujourd'hui du blog Executed Today.
Par-delà la différence d'époque et de réponse par la société et la justice, les réflexions sur les causes restent dignes d'intérêt.

http://www.executedtoday.com/2015/03/26/1822-hannah-halley-scalding-infanticide/

Cordialement

Claude LE NOCHER 26/03/2015 20:26

C'est bien parce que ce sujet reste intemporel que j'y accorde de l'intérêt. Dans cet article, on parle bien de "refus de grossesse" et non de "déni" au sens où nous l'entendons aujourd'hui. Exemple : un candidat à une élection battu par un écart important qui nie l'évidence de sa défaite très large. Aucune préparation de la venue de l'enfant, causes évidemment sociales, père "inexistant" sur le plan familial, tout ça est effectivement -en partie- comparable à des situations actuelles. En partie, car la plupart des femmes récemment concernées étaient ou bien mariées, ou bien exerçaient un métier stable (militaire, dans un des cas). C'est le fameux "socialement insérées" qui me fait bondir de rage, comme j'ai déjà pu l'exprimer. Même explication que dans l'affaire Dupont de Ligonnès, par exemple. Comme s'il suffisait d'avoir quantité d'amis (en réalité, juste des relations de boulot ou de voisinage) pour être équilibrés. Une question plus complexe, bien sûr, mais (à mon sens) trop "allégée" par des excuses psys. Amitiés.

Philippe 21/03/2015 00:01

Ceci ne change rien à ce que j'ai indiqué sur l'histoire de Derek Bentley, mais chronologiquement il ne se peut guère qu'Agatha Christie s'en soit inspirée pour le nom de l'innocent dans ce roman. Car les faits de l'affaire Bentley se sont produis en novembre 1952 - il a été exécuté en janvier 1953, ce qui est un délai extrêmement bref de notre point de vue - , alors que le roman " Mrs McGinty est morte " étant paru en 1952, c'était plus probablement avant le mois de novembre.

Cordialement

Claude LE NOCHER 21/03/2015 08:11

Bonjour Philippe
Je réponds en globalité à vos trois interventions. Je ne pense pas qu'Agatha Christie se soit tant inspirée de faits divers ou d'affaires de justice. Même si le fonds de l'intrigue pour « Le crime de l'Orient-Express » se rapproche du kidnapping du bébé Lindberg. Quant aux noms de famille, ceux généralement utilisés par Agatha Christie furent, soit très courants, soit tarabiscotés, mais probablement peu allusifs. Au final, ses fictions étaient nettement moins dramatiques que des cas tels que vous en citez. Même s'il arriva que des sujets plus « sociétaux » furent traités par elle, mais ça restait du roman d'énigme pure.
Et voici, dans l'actualité, un nouveau cas de « bébés congelés » :
http://www.ouest-france.fr/infanticide-vive-emotion-dans-le-village-de-louchats-3268946
Vous vous en souvenez, je m'intéresse à ce genre d'affaires, plutôt à titre personnel que dans l'optique polar. Le concept inventé de toutes pièces par les psys du « déni de grossesse » depuis l'affaire Courjault, en particulier, devient de plus en plus ridicule et sordide au fil des cas découverts. S'il est possible qu'une femme qui n'a encore jamais eu d'enfant « ignore » qu'elle est enceinte, alors que voilà une grosse quarantaine d'années que les filles sont bien informées sur la question, admettons. Mais la plupart de ces coupables d'infanticides avaient déjà des enfants. Elles masquaient leurs grossesses ou profitaient que ça se remarquait peu. Elle cachaient la vérité aux maris. Donc la théorie du « déni » apparaît bien comme une scandaleuse invention du milieu psy, relayée par les médias complaisants. Ce qui autorise, de fait, une certaine impunité à ces femmes. Alors qu'en France, les « suivis sociaux » devraient être suffisants pour régler – sans infanticide – ces problèmes-là. Je n'accable personne, comprenons-nous bien, je dis qu'il est atterrant de donner au public une fausse explication, et de si peu sévir en justice.
Amitiés.

Philippe 20/03/2015 20:29

" Réflexions sur la peine capitale " est paru chez Calmann-Lévy en 1957. C'est une réédition très postérieure de 2002 qui est l'oeuvre de Gallimard.

Philippe 20/03/2015 20:18

Bonjour M. Le Nocher,

Il me revient que McGinty est le nom de l'un des méchants dans la " Vallée de la peur " , l'un des quatre longs romans de Conan Doyle ( avec " Une Etude en rouge " , " Le Signe des Quatre " et " Le Chien des Baskerville " ) et sans doute le moins connu, mettant en scène Sherlock Holmes.
Cette histoire ayant l'originalité de se composer de deux parties, la première où Holmes et Watson résolvent classiquement un meurtre, et la seconde où l'on remonte d'une vingtaine d'années en arrière. Le personnage principal étant alors la victime de la première partie, quand lui-même en 1875 était un enquêteur infiltré dans un genre de loge maçonnique dévoyée qui contrôlait une vallée.
" McGinty mourut sur l'échafaud " est-il dit en parlant du procès et du sort de certains des méchants de cette seconde partie.

Voyons :

http://en.wikipedia.org/wiki/The_Valley_of_Fear

II. The Scowrers - 20 years before

Young McMurdo gains a reputation as a tough counterfeiter and Freemen Lodge member on the lam from murder charges in Chicago. In the Vermissa Valley coal mining area, McGinty rules Scowrers, the local Lodge 341 who extort, murder, and exchange vicious deeds with nearby Lodges, and whose brand is a circle inside a square. Pretty Ettie prefers McMurdo to nasty Scowrer Teddy Baldwin, and wants to flee, but they wait several months. When word comes that Pinkerton sent Edwards, McMurdo gathers the ringleaders in one room, and springs his trap on them, surrounded by the law. Although the worst were hanged, after ten years the surviving villains were freed. They chased down McMurdo-Edwards-Douglas, despite his changes of name and venue. McMurdo had married Ettie who died in California, where he made a fortune.[citation needed]

Aviez-vous regardé sur France 3 la série britannique " Enquêtes codées " qui se passe aussi vers 1952 comme ce roman d'Agatha Christie ?
Les héroïnes sont un groupe de femmes ayant travaillé dans les services secrets pendant la guerre et qui se retrouvent quelques années plus tard à enquêter sur des affaires criminelles.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Enqu%C3%AAtes_cod%C3%A9es

http://www.amazon.fr/gp/product/B00M262JUO/ref=olp_product_details?ie=UTF8&me=

Remarquons que l'innocent condamné à tort dans le présent roman s'appelle Bentley.
C'est certes un nom anglais courant qui n'évoque pour la plupart des gens que la marque de voitures de luxe.
Mais Agatha Christie s'est peut-être inspirée de cette affaire qu'en 1952 tout le monde en Grande-Bretagne connaissait ?
Derek Bentley, ce jeune homme de 19 ans mais attardé mental qui avait l'âge mental d'un jeune enfant, condition que le fait d'assister aux bombardements de Londres pendant la guerre n'avait pas arrangé. Comme vous le savez, lui et son ami Christopher Craig furent appréhendés sur le toit d'un immeuble à Clapham dans la banlieue de Londres. Alors que Bentley était déjà maîtrisé par des policiers, il aurait crié à l'adresse de Craig ( il est contesté qu'il ait prononcé cette phrase, peut-être une invention des policiers ) la phrase depuis célèbre " Let him have it Chris ! "
Phrase qui au demeurant avait un sens équivoque : " Fais lui voir, Chris ! " , c'est à dire " Tues-le ! " ou bien " Donne-lui le pistolet " , donc " Rends-toi ! "
Toujours est-il que Craig tira sur le policier qui l'affrontait le tuant sur le coup. Il est possible qu'il l'ait fait avant que Bentley ne prononce la phrase, ou sans qu'il ne l'ait prononcée.
L'ironie de l'histoire est que Craig, celui qui avait tué de ses mains, étant âgé de 16 ans ne pouvait être jugé que comme mineur et échappa donc à la peine de mort. Il sortit de prison après avoir purgé sa peine.
Bentley en revanche, âgé de 19 ans, était majeur et fut condamné à mort. Malgré son handicap mental qui fut pourtant dés cette époque mis en avant. La loi considérait que le seul fait de prononcer une phrase appelant au meurtre constituait une complicité de meurtre, passible de la peine capitale.
Le procureur de la Couronne Christmas Humphreys - nom impossible - requit et obtint la condamnation à mort de Bentley. ( Il sera aussi le procureur au procès de Ruth Ellis, cas plus connu encore, la dernière femme pendue en Grande-Bretagne en 1955. ) Le procès était présidé par l'Honorable juge Lord Goddard, réputé pour sa grande dureté.
Malgré une mobilisation de l'opinion publique et de nombreux intellectuels, juristes, professions médicales, personnalités religieuses, personnalités connues, en sa faveur, sollicitant la clémence plutôt que l'application stricte de la loi, Derek Bentley épuisa les recours juridiques. Il n'y eut pas de recommandation de grâce - recommendation for mercy - auprès du Home Office ou du Ministère de la Justice. J'ignore si la Reine avait le pouvoir ou non d'accorder une grâce royale, je ne sais pas si une demande pouvait ou a été faite.
Maxwell-Fyfe, ministre de la Justice, qui avait été l'un des juges britanniques au procès de Nuremberg, ne vit pas de raison de s'opposer à l'exécution, entraînant le jeu de la fameuse phrase " Let Justice take its course " , que la justice suive son cours.
Derek Bentley fut pendu au début de l'année 1953 par le célèbre exécuteur Albert Pierrepoint.
Quand l'écrivain d'origine juive hongroise Arthur Koestler, auteur du livre " Le Zéro et l'Infini " ( 1940 ) et grand pourfendeur du communisme, qui avait combattu aussi le nazisme et le franquisme et s'était engagé dans Légion française - interné à un moment à Gurs ou Rivesaltes - entreprit sa croisade visant à obtenir l'abolition de la peine de mort en Grande-Bretagne, son pays d'adoption, il illustra son propos par l'étude de cas de personnes exécutées. Des erreurs judiciaires possibles ou établies.
Aussi bien des cas où un innocent avait été accusé, jugé, condamné et exécuté alors qu'il n'était pas l'auteur matériel des faits. Ainsi Timothy John Evans, pendu en 1950 pour le meurtre de sa fille et qui obtint un plein pardon ( full pardon ) posthume en 1966. Le véritable assassin était John Reginald Christie, pendu en 1953 - comme Bentley - , célèbre tueur en série interprété par Richard Attenborough ( connu comme réalisateur de " Gandhi " ( 1982 avec Ben Kingley ) dans le film de Richard Fleischer " 10 Rillington Place " ( 1971 ).
Que des cas tels celui de Bentley où il ne s'agissait pas tant d'exactitude matérielle des faits que d'application de la loi d'une rigueur excessive, niant les circonstances atténuantes, l'âge physique et mental, le retard mental, le degré de participation dans le crime. Le fait que dans le cadre du même crime les participants aient été mineurs ou majeurs alors qu'ils n'avaient qu'un ou deux ans d'écart, mais avec des maximums de peines différents.
Koestler écrivit ainsi " Réflexions sur la pendaison " à la suite de ses rencontres et entretiens avec le Français Albert Camus qui lui écrivit " Réflexions sur la guillotine " . Il en résulta un ouvrage présenté comme co-écrit par eux, " Réflexions sur la peine capitale " , paru en France en 1957 chez Gallimard ( je crois ). Rappelons qu'un membre de la famille Gallimard mourra dans un accident de voiture peu après Camus en 1960.
Iris Bentley, la soeur de Derek, consacra sa vie jusqu'à sa mort dans les années 1990 à lutter pour obtenir justice posthume pour son frère. Elle intitula son combat - et un livre qu'elle écrivit - " Let him have Justice ! " , paraphrasant la célèbre et contestée car équivoque phrase " Let him have it ! "
En 1998, quarante-cinq ans après l'exécution de Derek Bentley, la Justice rendit une décision officielle reconnaissant que, s'il n'était pas innocent au sens strict où il n'aurait pas commis matériellement le meurtre, la décision en 1953 de le pendre était abusive, se bornant à une application extrême de la loi de l'époque, faisant fi des éléments atténuants invoqués.
Derek Bentley se vit donc accorder à titre posthume un pardon partiel. ( Non pas plein comme Evans qui lui était innocent. Précisons à son sujet qu'on pense qu'il avait bien tué sa femme. Mais n'ayant été jugé et exécuté que pour le seul meurtre de sa fille, il fut bien victime d'une erreur judiciaire. )

J'ai écrit de mémoire ce dont je me souviens à propos de Derek Bentley.

Voir Wikipédia et autres pour des inexactitudes que j'ai pu faire, ou en savoir plus.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Derek_Bentley

http://en.wikipedia.org/wiki/Derek_Bentley_case
( Article plus complet qu'en français. )

Cordialement

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