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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 05:55

En 1938, la situation politique du Brésil est instable. La dictature de Getúlio Vargas est contestée par d'encore plus radicaux. Autoritaire chef de la police, le capitaine Filinto Müller inspire une certaine crainte à beaucoup de gens. C'est plutôt du mépris qu'éprouve envers lui le commissaire de police Mello Noronha, à Rio-de-Janeiro. Il est assisté de Valdir Calixto, policier peu compétent, à la réflexion limitée… Surnommé Charon, comme le passeur des Enfers, le patron de la société funéraire Styx est un homme riche. À cause du souvenir de sa grosse mère, infernale pour son père et lui, Charon a développé une haine colossale contre les femmes grosses. Il a décidé d'en supprimer quelques-unes. Il a une astuce pour attirer ces gourmandes. Puis, il les “traite” dans son repaire, ancien abattoir où il exécute des recettes de cuisines d'origine portugaise, associées à chaque victime.

Charon finit par exposer les cadavres de ses quatre victimes ensemble, dans une mise en scène digne du “Déjeuner sur l'herbe”. C'est Mello Noronha qui hérite de l'enquête. Malgré les communiqués officiels, et bien qu'il s'agisse de jeunes femmes de bonnes familles, on ne peut pas dire que les investigations avancent. C'est alors que Tobias Esteves lui offre son aide. Celui-ci n'a pas toujours été propriétaire de pâtisseries à Rio. Au Portugal, il fut inspecteur de police. Il dut s'exiler à cause d'une affaire fumeuse, à laquelle étaient mêlés le poète Fernando Pessoa et le mage anglais Aleister Crowley. Le commissaire accepte de l'associer à l'Affaire des Étouffées, comme l'appellent les médias. Après les obsèques en commun des quatre grosses victimes, organisés par la société Styx, Tobias Esteves étudie les dossiers, proposant ses premières déductions, certes aléatoires.

Une cinquième victime, la prostituée polonaise Małgorzata Tolowski, est découverte morte au cinéma Le Plaza. Cette fois, une recette de bananes meringuées des Açores sert de complément à la mise en scène morbide. La belle et chevronnée reporter photographe Diana de Souza Talles, d'une famille fortunée, se joint bientôt au trio d'enquêteurs. Elle a suivi sur place la Guerre d'Espagne, va participer (sans succès) à la course automobile du Grand Prix de Gávea. C'est dire que Diana ne craint pas de suivre les trois autres dans le quartier mal famé du Mangue. Ils y interrogent la proxénète Mme Gisèle, et rencontre le riche clown nain Rodapé, amoureux de la Polonaise au point de payer ses obsèques. La reporter publie un article afin de mettre en garde les femmes grosses de Rio, quel que soit le milieu social auquel elles appartiennent.

Pour Tobias Esteves et Diana de Souza, le profil psychologique du tueur indique qu'il a été perturbé par une mère grosse. À cause d'une tentative de putsch déstabilisant l’État, ce qui entraîne davantage de contrôles, Charon a été obligé d'interrompre ses actions. Mais, alors que le football mobilise les esprits, il lui est possible de recommencer. Il vise une religieuse, sœur Maria Auxiliadora, après avoir filé cette nonne dans le tramway. Sans doute faudra-t-il ruser pour que les quatre enquêteurs piègent le coupable…

Jô Soares : Les yeux plus grands que le ventre (Folio, 2014)

Jô Soares s'est fait connaître en France dès 2000 avec “L'homme qui tua Getulio Vargas”, puis rencontra une certaine consécration avec “Élémentaire, ma chère Sarah !”, ainsi que “Meurtres à l'Académie”. Finalement, “Les yeux plus grands que le ventre” n'est que son quatrième roman traduit en français. Il s'agit d'une délicieuse comédie policière. Ce qui apparaît méritoire, car l'époque choisie n'était sûrement pas si drôle pour les Brésiliens. Le pouvoir est dictatorial, soutenu par la classe dirigeante de l'Estado Novo, proche du régime aussi peu démocratique régnant au Portugal. Certes, la vie continue dans le pays, et l'on ne semble pas y manquer de nourriture. Mais la propagande est très présente, et la répression est active quand Filinto Müller en décide ainsi.

C'est un quatuor improbable d'enquêteurs qui nous est présenté. Le débonnaire policier Noronha et son adjoint Calixto comptent beaucoup sur les ressources de Tobias Esteves et Diana de Souza pour résoudre l'Affaire des Étouffées. Le récit est fort souriant, avec des formules telles “Un agnostique, c'est un athée qui a la trouille” ou “Moi, j'aime mieux une veillée funèbre de riche qu'un mariage de pauvre.” La gourmandise est à l'honneur : quelques recettes de cuisine sont sommairement indiquées dans le texte, qui est agrémenté çà et là d'illustrations ajoutant un côté très plaisant. Si ce polar est original et divertissant, d'un humour intelligent, il est également très bien documenté sur le Brésil d'alors. Un véritable régal, un roman policier à déguster.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2014
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commentaires

Philippe 13/03/2015 18:59

Bonjour M. Le Nocher,

Toujours au Brésil, vous suivez bien sûr le dernier développement en date concernant Cesare Battisti ?

http://www.lefigaro.fr/international/2015/03/13/01003-20150313ARTFIG00015-cesare-battisti-plus-proche-que-jamais-d-une-expulsion-vers-la-france-ou-le-mexique.php?a1=DOL-1727353&a3=77-3545094&a4=DOL-1727353-77-3545094

Cordialement

Claude LE NOCHER 13/03/2015 20:47

Cher Philippe, j'ai eu la chance de rencontrer une fois Cesare Battisti qui, devenu romancier (et gardien d'immeuble), avait enterré son passé. Il a fallu que le ministre de l'Intérieur de l'époque (faut-il citer son nom) rejette "la parole de la France" (fait extrêmement grave) envers ces ex-condamnés italiens pour que Battisti soit obligé de fuir. Pourtant, ce n'est pas moi mais Fred Vargas qui le démontra, de véritables "preuves" contre Battisti étaient inexistantes. Certes, ils se revendiquait anar dans une Italie instable. Sans doute commit-il des délits. Mais rien n'indique qu'il tua (quatre victimes imputées, je crois). Après "la parole de la France", c'est la décision du Pdt Lula qu'on voudrait remettre en cause ? Battisti est devenu un apatride : n'est-ce pas une sanction suffisante ? Ne pas confondre Justice et acharnement. Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 12/03/2015 07:09

Salut Claude, c'est marrant que tu parles de ce livre, car il m'a été chaudement recommandé par ma libraire. Du coup, je l'ai acheté ! Donc je vais le faire remonter dans la montagne à lire ! Amitiés

Claude LE NOCHER 12/03/2015 07:24

Un roman vraiment fin et délicieux, mon cher Pierre. Je l'avais dans sa version grand format, je tardais à le lire, mais puisque c'est maintenant en Folio, je me suis décidé. Et j'y ai pris beaucoup de plaisir ! Amitiés.

Philippe 11/03/2015 20:17

Voyez également cet article :

http://madame.lefigaro.fr/societe/bientot-wagons-de-metro-reserves-femmes-londres-061014-984795

Cordialement

Claude LE NOCHER 11/03/2015 20:56

Et puis bientôt des wagons, ou des bus, ou des taxis, bleus rouges verts orange, selon l'opinion politique de chacun(e) ? Des cartes d'abonnements avec des étoiles blanches, noires, jaunes, selon l'origine de l'utilisateur ?
Insécurité dans le métro... Bien que je réprouve le geste, les "mains au cul" dans le métro étaient un jeu courant jusqu'aux années 1970. Je sais qu'au Japon, il y a eu un autre "jeu" (dont j'ai oublié le nom, en anglais) consistant à soulever les jupes ou robes de femmes, dans la rue ou quand elles étaient concentrées sur leurs portables. Très déplaisant et stupide, mais s'agit-il d'insécurité ? Il y a quelques jours, un gars a pris l'initiative de mettre un peu d'animation (filmée) dans son wagon du métro parisien : il n'en faut pas plus pour que ça fasse le buzz sur Internet. Avons-nous encore une juste mesure des choses ?
Amitiés.

Philippe 11/03/2015 20:00

M. Le Nocher,

Supprimez les exemplaires de mon message qui sont en trop - ainsi que ce message-ci - afin de ne laisser en ligne mon commentaire qu'une seule fois.
Il y a eu un problème avec Capcha et " Je ne suis pas un robot " et j'ai validé plusieurs fois croyant que cela ne marchait pas.

Il y a par ailleurs le même dysfonctionnement que la semaine dernière, qui fait que j'ai déjà reçu un message disant que vous avez publié une nouvelle chronique,alors qu'elle ne paraîtra que demain jeudi : Madame McGinty est morte, d'Agatha Christie, 1952.

Cordialement

Claude LE NOCHER 11/03/2015 20:15

Cher Philippe,
Il n'y a pas de raison que des étudiants, de quelque pays qu'ils viennent, soient moins intelligents ou compétents que d'autres. Je me souviens d'un documentaire où un capitaine sur le canal de Panama aurait dû être assisté d'un copilote américain, alors que le Panaméen avait le même niveau d'études maritimes que son collègue états-unien.
La maison de Jésus ? Je suppose que vous avez lu dans les brochures touristiques que, dans telle maison, François 1er, Henri IV, Louis 14, Napoléon, Georges Clémenceau ou De Gaulle ont "passé une nuit dans cette demeure". Ouais, bof. On veut bien croire qu'un nommé Jésus ait vécu en Palestine une trentaine d'année avant JC. Et même qu'il ait inspiré un groupuscule de potes, qui ont monté une multinationale de la religion. On veut bien croire que Jésus fut un as du jeu de mot : "Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église." Mais souvenez-vous que, sous vos pieds, dans votre arrondissement, il n'y avait voilà deux mille ans qu'un marécage putride, peu propice à garder des traces d'alors. Certes, le sol est plus sec en Palestine, mais le menuisier-charpentier Joseph avait-il les moyens de s'offrir une maison bourgeoise avec des fondations qu'on retrouverait deux millénaires plus tard ?
Amitiés.

Claude LE NOCHER 11/03/2015 20:03

Oui désolé, Philippe, quelques dysfonctionnements se produisent en ce moment avec la plateforme Over-Blog. Je pense qu'ils ont voulu tester de nouvelles fonctions, et ça se termine par un bug. Amitiés.

Philippe 11/03/2015 19:37

Bonjour M. Le Nocher,

En parlant du Brésil actuel, voici l'une de ces brèves qui donnent lieu de se réjouir : des étudiants issus des favelas de Rio de Janeiro participeront à un projet de la Nasa concernant la planète Mars, à l'initiative de scientifiques américains.

http://etudiant.lefigaro.fr/international/vu-d-ailleurs/detail/article/des-etudiants-d-une-favela-bresilienne-vont-travailler-pour-une-mission-de-la-nasa-sur-mars-12653/?a1=DOL-1727353&a3=77-3545094&a4=DOL-1727353-77-3545094

Voyez aussi : une maison qui pourrait être la maison d'enfance de Jésus a été localisée. Comme on peut s'y attendre, il y a débat quant à la fiabilité des sources. Peut-être est-ce ou n'est-ce pas la maison de Jésus, mais laissons-nous bercer par cette histoire.

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2015/03/10/31002-20150310ARTFIG00226-decouverte-de-la-maison-de-jesus-la-fragilite-du-temoignage-des-sources.php?a1=DOL-1727353&a3=77-3545094&a4=DOL-1727353-77-3545094

Cordialement

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