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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 05:55

À Florence, durant l'été 1963. Le commissaire Bordelli est un célibataire âgé de cinquante-trois ans. Cet ancien combattant se montre bienveillant avec les gens modestes, fussent-ils des petits délinquants. Il circule en Coccinelle, apprécie les bons plats de son restaurant habituel, aime bien la mûre prostituée Rosa actuellement en vacances. Bordelli a noté les qualités du jeune policier Piras, dix-huit ans, originaire de Sardaigne. Pendant la guerre, le père de celui-ci fut le plus proche ami soldat de Bordelli. Malgré la chaleur, le commissaire va devoir enquêter sur une mort suspecte. Une riche vieille dame nommée Rebecca Peretti Strassen semble avoir succombé chez elle à une crise d'asthme. Toutefois, certains indices obligent à douter de cette version, tel ce flacon de médicament trop bien vissé.

Diotivede, le médecin légiste âgé de soixante-dix ans, partage les soupçons de son ami policier. On ne peut guère se fier au témoignage des voisines, affirmant entendre des cris et des coups dans la maison de la défunte. Le docteur Bacci, médecin traitant de la dame, précise que Rebecca Peretti Strassen était allergique à un pollen tropical. Après avoir entendu la déposition de Maria, dame de compagnie de la victime, le commissaire fait la connaissance de Dante, le frère de la défunte. C'est un scientifique, ou plutôt un inventeur farfelu aux allures de savant fou. Ce qui n'est pas pour déplaire à Bordelli. Pas plus que sa sœur, Dante ne fait confiance à leurs deux neveux, Anselmo et Giulio Morozzi. Ils risquent une grosse surprise à l'ouverture du testament de leur vieille tante Rebecca.

Les frères Morozzi étaient en vacances au bord de la mer, à Marina di Massa. Tandis que l'autopsie renforce les soupçons de meurtre, les neveux sont interrogés au commissariat. S'ils ont tous les deux un alibi en commun, une soirée de fête où beaucoup les ont vus, ils restent assez tendus face à Bordelli. Son ordinaire bienveillance ne s'appliquera pas à ce duo-là. D'ailleurs, avec le jeune Piras, il ne tarde pas à aller vérifier sur place si l'alibi des neveux est valable, ce qui semble le cas. Pourtant, un ami milanais des deux hommes, qui leur avait prêté sa puissante voiture, l'a retrouvée éraflée ensuite. Pas exactement une piste, bien sûr, mais une interrogation supplémentaire pour le commissaire.

De son côté, le légiste confirme qu'il n'y a pas d'erreur possible sur l'heure de la mort. S'il émet des hypothèses, le jeune Piras se perd en conjectures quant au mode opératoire du crime. Pénétrer dans la demeure de la victime, c'est explicable, mais comment a-t-on pu profiter de son allergie ? Le repris de justice Botta, fin cuisinier, a concocté un délicieux et surprenant menu pour les amis que le commissaire a invité à dîner. Non, ce ne sera pas en cette occasion que le policier fera toute la lumière sur l'affaire en cours. Un peu d'intuition et quelques preuves finiront par susciter des aveux…

Marco Vichi : Le commissaire Bordelli (Éd.Philippe Rey, 2015) – Coup de cœur –

Un nouveau personnage de commissaire de police, qui nous vient d'Italie ? On ne peut que se montrer curieux : sachant que l'intrigue se passe il y a un demi-siècle, s'agirait-il d'un énième clone de Jules Maigret, du même genre d'enquête ? Certes, c'est d'une affaire criminelle classique dont il est question, mais les caractéristiques du héros apparaissent sensiblement différentes. Le tolérant Bordelli ne croit pas en la prospérité économique affichée en Italie, dans ces années-là. La misère est encore bien présente : “Je suis fou parce que je refuse de condamner les pauvres gens et parce que je déteste ce pays ivre de rêves qui croit en la Fiat 1100.” On nous cite encore l'exemple de ce fonctionnaire rencontré par Bordelli, dont personne n'ouvrait les rapports depuis des années. Et puis, ces politiciens ex-serviteurs du fascisme, s'étant recasés dans la Démocratie chrétienne.

Le contexte n'est pas sans importance, en toile de fond. La guerre est toujours dans les esprits, datant d'il y a vingt ans. Bordelli l'a vécue, y pense souvent, et en parle entre amis. Au quotidien, le commissaire est ouvert aux rencontres, et rend même service à son cousin Rodrigo, touché par une passion amoureuse inattendue. Typique des années 1960, amusant à nos yeux, Bordelli commence à s'inquiéter de la nocivité du DDT, insecticide que l'on croyait la panacée… Et l'enquête, alors ? Elle progresse, sans précipitation mais sans lenteur non plus. C'est le “comment” qui est le plus compliqué à déterminer. Voilà donc un commissaire fort sympathique et humain, dans de savoureuses investigations. On espère vivement lire bientôt ses autres aventures, puisque l'auteur en a écrit plusieurs.

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commentaires

Richard 24/03/2015 18:47

Arrivé sur ma table de chevet ... il n'attendait plus que ton avis éclairé pour me sauter dans les mains. Merci Claude !
Amitiés

Claude LE NOCHER 24/03/2015 19:59

Salut mon cher Richard
Tu vas voyager dans l'espace, vers l'Italie, et dans le temps, vers les sixties... Tout ça, en attrapant ce roman sur ta table de chevet ! Et voilà encore un futur lecteur heureux ! Amitiés.

Philippe 24/03/2015 14:22

Bonjour M. Le Nocher et tout le monde,

Juste pour dire que la seule occasion où j'ai vu du DDT c'est dans le Tintin " L'affaire Tournesol " ( 1956 ). Le capitaine Hadock, avec Tintin dans un bateau sur le lac Léman, se sert de DDT comme insecticide contre des coléoptères. Et effectivement en perçoit les retombées pour les humains.
Mais je me trompe peut-être d'album.

Je verrai plus tard sur Wiki :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dichlorodiph%C3%A9nyltrichloro%C3%A9thane

Cordialement

Claude LE NOCHER 24/03/2015 16:52

Cher Philippe
Dans les années 1960, jusqu'à la fin de cette décennie, on commence en effet à s'interroger sur divers produits, efficaces, qui semblent parfaits voire miraculeux, mais non dépourvus de toxicité. C'est évidemment le cas des engrais et des désherbants en agriculture. Quand vous avez vu des champs de maïs après récoltes, tout rouges d'avoir été aspergés de produits, en somme brûlés, vous vous posez des questions, quand même. Vous avez lu comme moi que c'est dès 1962 que le DDT devient suspect. Ah, les bons vieux "attrape-mouches" en papier-collant avaient leur mérite !
Il y aurait également le cas de l'amiante, parmi ces matières miraculeuses. Dès le début des années 70, dans le Bâtiment, on parlait pudiquement de "la gale du béton" pour ne pas avouer que ça provoquait des cancers. Je me souviens d'un prof (d'Histoire-Géographie, pas de Sciences) qui nous mettait en garde à cette même époque. "On ne connaît pas les effets de l'amiante" disait-il, c'étaient ses paroles exactes. Des gens de ma génération disent avoir été, y compris dans la métallurgie où l'amiante a pu servir d'abrasif, exposés de près à l'amiante. Le scandale n'a été officiellement révélé que dans les années 1990, il est vrai. Néanmoins, les "alertes" remontaient à bien plus loin, dès la fin des années 70.
Le progrès, la modernité, ont fatalement leur contrepartie.
Amitiés.

holen 24/03/2015 09:17

salut les filles
coup de cœur aussi pour l'ours, et maintenant je suis Claude, je finis une énorme thriller de black saul qui est en fait Glen Duncan et je fonce vers ce livre...
on va pas s'en sortir^^,; du coup c'est toi Claude qui donne le rythme
amitiés

Claude LE NOCHER 24/03/2015 11:31

Salut Dom
Non, je suggère, je propose, mais c'est chacun son tempo. En l'occurrence, ces deux Italiens nous présentent des polars très savoureux.
Oui, le roman de Saul Black m'attire aussi, mais c'est l'embarras du choix de bons polars ! Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 24/03/2015 06:32

Salut Claude, je suis en train de lire l'étrange histoire d'un ours ... autre coup de coeur chez toi et tu en rajoutes un sur ma liste ! pas sympa, ça ! Merci pour alimenter mon addiction ! Amitiés

Claude LE NOCHER 24/03/2015 06:38

Salut Pierre
Antonio Menna, et maintenant Marco Vichi, voilà deux auteurs italiens qui constituent de belles découvertes. La relève du maestro Andrea Camilleri serait-elle assurée par ces deux-là ? Bien possible... Désolé, cette addiction-là est impossible à guérir, et ne se soigne que par la lecture, tu le sais bien. Amitiés.

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