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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 04:55

- Grand Prix de Littérature Policière 2015 -

Une autoroute longue de quelques dizaines de kilomètres, dans le Sud-Ouest de la France. Un axe routier avec son bitume, son béton, ses ponts appelés “ouvrages d'art”, ses aires de repos et ses aires de service, ses restaurants, ses parkings. Ce ne sont pas seulement des milliers de véhicules qui transitent par l'autoroute, ce sont des quantités de personnes qui passent ou qui y sont employées. Malgré tout, un ressenti d'anonymat, où des drames se produisent quelquefois, en plus des accidents de la circulation. Des gens disparaissent, des jeunes filles. Comme Catherine Mangin, en septembre dernier. Comme Lucie Castan, en janvier. Comme aujourd'hui, en ce week-end du 15 août, la petite Marie Mercier, âgée de douze ans, qui s'était éloignée de ses parents ayant une discussion d'adultes.

Pierre Castan, la cinquantaine, a été médecin légiste pendant dix-sept ans. Si la mort de sa fille est probable, ça ne lui fait pas peur. Voilà plusieurs mois qu'il erre, d'aire en aire, allant et venant sur ce ruban bitumé, à la recherche d'un indice, du prédateur. Pendant ce temps, son épouse Ingrid se morfond chez elle, confinée dans la solitude, mélangeant une flopée de sentiments. Pierre observe ceux qui passent, ceux qui restent. Une pute trans telle que Lola, car le sexe a toute sa place autour de l'autoroute. Une femme étrange, Tía Sonora, plus ou moins devineresse. Des tas de couples tous différents, bien sûr, dont un voyageant en side-car. Les gens qu'il remarque le moins, c'est le personnel de restaurants, évidemment. Il croit davantage en son instinct que dans un soutien psychologique.

Alerte-enlèvement pour Marie Mercier. C'est la capitaine de gendarmerie Julie Martinez qui est chargée de l'enquête. Avec son collègue Thierry Gaspard. Les parents, Sylvie et Marc Mercier, ils sont déboussolés, ils culpabilisent à mort. Déjà que leur couple battait de l'aile. Le duo de gendarmes n'obtient que peu de collaboration de Gérard Lucino, le directeur des restaurants de l'autoroute. Il a d'autres chats à fouetter, un peu de coulage dans le stock, et surtout un chiffre d'affaire en berne. Il y a un moment où Lucino risque de réaliser qu'il n'est qu'un rouage, pas à la hauteur, qui ferait aussi bien de foutre le camp. Les vidéos de surveillance, ça n'aidera pas vraiment les deux gendarmes. Il s'aperçoivent qu'il y a des caméras factices, et des angles morts permettant au ravisseur de sévir impunément.

Pascal Folier, trente-et-un ans, quasi-sourd mais lisant sur les lèvres, cuisinier et employé modèle des restaurants de Lucino. Il habite dans son combi Volkswagen aménagé, propret et mobile s'il doit changer d'aire de service pour son poste. À l'opposé de tant d'autre sur cette autoroute, Pascal n'est pas un sexuel. Parfois, ça devient confus dans sa tête, que l'on a réparée aussi bien que possible. Tandis que le journaliste Chacal bénit ce fait divers, la gendarme Julie Martinez fatigue de ne pas venir à bout de l'enquête. Quelqu'un qui connaît les leurres des caméras, c'est qu'il travaille ici, mais qui ? Pierre poursuit sa traque d'indices, sous la chaleur, et malgré une grève créant des embouteillages…

Joseph Incardona : Derrière les panneaux il y a des hommes (Éd.Finitude, 2015)

Dans son roman “Autoroute” (1977, Rivages/Noir n°165), Michel Lebrun nous montra déjà quel enfer pouvait devenir ces grands axes routiers. À sa manière, dans un style qui peut rappeler son titre “Trash Circus” (2012, Éd.Parigramme), Joseph Incardona nous invite à revisiter le sujet. Autour de ce qui, dans la fiction comme dans la vraie vie, attire un mélange de sentiments, l'enlèvement d'enfants. Avec sa dose de curiosité : “Pierre se faufile jusqu'au bar. Derrière lui, d'autres gens affluent. Les curieux. Ceux qui passent par là et ont su par la radio que c'est à l'aire des Lilas que se trouve le "spot". Au cœur de l'événement. Le centre du monde. Surfer sur le pli de la vague. L'attrait du morbide. Peut-être quelques bonnes âmes parmi eux. Des sincères, des généreux, des Mère Térésa. Ou alors ni l'un, ni l'autre. Une exception. Un exalté…”

Un polar métaphysique, dans le sens où il interroge sur les comportements humains, sur les réactions en lien ou sans rapport avec un drame ? Sans doute, oui. Si la tonalité du récit apparaît saccadée, c'est en partie pour extérioriser ce que chacun des protagonistes garde en soi-même. Ce qui se transformerait en hurlements, dans certains cas, si nous n'étions pas civilisés. Telle semble être l'ambition de l'auteur, montrer une noirceur intime. Nous connaissons le criminel, mais saurons-nous discerner son état d'esprit ? En suivant Pierre dans ses investigations, ou la gendarme Julie Martinez, plus quelques autres personnages, comprendrons-nous les tourments qui les agitent ? Tout cela dans un décor contradictoire, vivant et artificiel. Loin du simple cas de kidnapping, une intrigue singulière par sa narration, son écriture.

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commentaires

cariou 01/12/2015 10:08

Un des romans les plus laids que j'ai lu depuis longtemps. L'auteur se moque de ses personnages, ne les rend jamais attachant.Ils sont tous traités avec une sorte de hauteur grinçante très déplaisante. Que dire de l'obsession bien étrange de l'auteur sur la sodomie ?
Quant au style: particulier, il apparait bien artificiel et vain, surtout si on compare par exemple à "Rouge ou mort" de David Peace dans lequel les répétitions interviennent pour marquer l'obsession et la routine. Là, je ne comprends pas à quoi servent les points après chaque mot. Un côté esbrouffe...

Claude LE NOCHER 01/12/2015 10:33

C'est votre opinion, vous l'exprimez...
Le style touffu de David Peace vous séduit ? Pour moi, il est assez indigeste. Les avis divergent, fatalement.
"L'obsession bien étrange de l'auteur sur la sodomie" ? A l'instar d'un comédien, un romancier fait vivre ses personnages, leur attribue des bons côtés, des manies et des vices. Pour être si accusateur envers "l'auteur" ? Je ne vous recommande donc pas "Trash Circus" du même Joseph Incardona, dans la même veine stylistique directe.
Qu'un jury comme celui du Grand Prix de Littérature Policière ait récompensé le présent roman (publié chez un petit éditeur) montre pourtant que des personnes qualifiées l'ont lu et apprécié. Ce jury a parfois couronné des romans qui me "laissent froid", mais dont je reconnais les qualités.
Mais le genre Agatha Christie, c'est très bien aussi...

Pierre FAVEROLLE 17/04/2015 21:24

Je le note. Merci Claude !

Claude LE NOCHER 18/04/2015 06:08

Saut Pierre
Un roman de Joseph Incardona est toujours à placer dans ses listes de lecture.
Amitiés.

holden 17/04/2015 11:30

je le veuxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

Claude LE NOCHER 17/04/2015 17:52

Quel gamin capricieux, ce Holden !

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