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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 04:55
Alfredo Noriega : Mourir, la belle affaire ! (J'ai Lu, 2015)

Les rééditions en format poche offrent l'opportunité de découvrir des titres que l'on a pu négliger à leur parution initiale. C'est probablement le cas de “Mourir, la belle affaire”. Inhabituelle et déstabilisante histoire dans un décor fort peu familier, un inclassable, “hors normes” à tous égards. Polar noir ou roman sociétal, difficile de se prononcer car l'intrigue ne se dévoile qu'à travers un chassé-croisé nocturne et brumeux. C'est ce qui donne sa tonalité particulière, et rapidement fascinante, à cette intrigue…

 

Quito, capitale de l'Équateur, altitude 2850 mètres, une agglomération de deux millions et demi d'habitants. À l'ombre du volcan Guagua Pichincha, la vieille cité coloniale côtoie la ville moderne, issue d'un essor urbain labyrinthique et anarchique. L'Équateur, un pays latin conjuguant foi et violence. “Les lascars avaient déjà pris la fuite, la police arrivait, ainsi qu'une ambulance. La rue où habitait Heriberto Gonzaga S'était remplie du spectacle qu'engendre la violence dans une ville née pour prier.” Ici, règles et lois sont des notions approximatives, puisque la mort fait pleinement partie du quotidien… Un accident de la route cause les décès de Julio et Marianna. Leur amie Maria de Carmen Sosa s'en sort, non sans séquelles psychologiques. Le conducteur du 4x4 qui a heurté leur voiture pourrie s'est enfuit sans attendre. Pendant deux ans, nul ne cherche à l'identifier.

Quand survient le suicide de Maria de Carmen, le policier Heriberto Gonzaga vérifie que l'enquête fut bâclée. Il se sent impuissant. Pourtant, en secouant un épicier qui fut témoin de l'accident, Heriberto trouve une piste. Le chauffard serait l'architecte Ortiz, sans doute impliqué dans des affaires de blanchiment. Le policier l'abat sans hésiter et lui vole son nouveau 4x4. Le défunt Ortiz a une fille de dix-huit ans, Paulina. Pas insensible, Heriberto la prend en filature tandis qu'elle visite des églises. À l'inverse de son oncle et de sa mère, Paulina n'éprouve aucun esprit de vengeance.

Le légiste Arturo Fernadez est braqué par trois sbires à la solde des Ortiz, qui cherchent Heriberto Gonzaga. S'ils épargnent la grand-mère du policier, ils tuent le chauffeur du taxi transportant dans la nuit Paulina et Heriberto. Ainsi s'acheva la vie singulière de Devoto Santos, qui se paya son taxi de curieuse façon. Le père du brigadier Segundo Cifuentes étant autopsié après un arrêt cardiaque en voiture, c'est ainsi qu'il fait connaissance du légiste Arturo. Consultant le rapport médical sur l'accident causé par Ortiz, il espère relancer l'affaire. Tandis que Heriberto navigue toujours dans la métropole quiténienne, avec ou sans Paulina, le légiste rencontre la grand-mère du policier. Cifuentes et lui poursuivent une enquête qui a peu de chances d'aboutir…

 

“Voilà comment est la nuit, sans trêve ni compassion, uniquement soumise au destin. Heriberto la regarde, le visage envahi par l'absurde ; tous deux sont épuisés, crasseux et morts de faim. Depuis un bon bout de temps, ils n'arrivent pas à comprendre, ne serait-ce que cela, pourquoi ils sont ensemble.” Paulina et le policier, couple hautement improbable, en effet. Dès que l'on adopte un certain fatalisme des habitants de Quito, on se sent à leurs côtés dans ces tribulations équatoriennes. Ce qui apparaît déroutant, peut-être, c'est qu'aucun d'eux ne cherche vraiment d'explication, ni de vérité. Comme si la torpeur valait mieux que la réalité. On vous répond facilement “Et...?” dans le sens de “Qu'est-ce que ça peut me faire ?” Ambiance éloignée de nos critères occidentaux : il faut prendre le temps d'y adhérer. L'auteur s'attarde sur des personnages au parcours gratiné. Tels le chauffeur de taxi Devoto Santos, ou l'attachante aïeule du policier Gonzaga. Parce que c'est un roman insolite, il mérite un large public.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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commentaires

Pierre FAVEROLLE 20/06/2015 08:15

Salut Claude, j'avais oublié que j'avais ce roman quelque part. Merci de la suggestion. Amitiés

Claude LE NOCHER 20/06/2015 08:23

Salut Pierre
Dans tes "Ombres Noires", tu devrais le retrouver. Un roman assez orignal pour te plaire, je pense.
Amitiés.

Bernieshoot 20/06/2015 06:50

C'est vrai que c'est un titre que j'avais totalement négligé, une réédition qui tombe bien pour corriger ça

Claude LE NOCHER 20/06/2015 07:29

Et puis, un voyage en Equateur, ça ne se refuse pas.

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