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8 juin 2015 1 08 /06 /juin /2015 04:50

Originaire de Brie-Comte-Robert, le commissaire Louis Gardel est âgé de vingt-huit ans. Il est en poste au Quai des Orfèvres. Il est très apprécié du préfet de police Lépine. Le jeune enquêteur entretient une relation semi-amoureuse avec une voyante, Lucie Cassandre, qui a pour voisin un drôle de bonhomme, Guillaume de Kostrowitzky. En ce mois d'octobre 1902, c'est le commissaire Cornette qui est chargé de faire la lumière sur le décès brutal d’Émile Zola. Néanmoins, par admiration pour celui qui défendit le capitaine Dreyfus, Louis Gardel s'intéresse à sa mort suspecte. Déjà, les funérailles du grand écrivain se préparent. Il y assistera, parmi une foule considérable. Il va aussi interroger Mme Monnier, concierge de l'immeuble de Zola. Car, ce jour-là, la présence imprévue de ramoneurs est curieuse.

Une autre affaire est confiée au policier Gardel : les sœurs Frou-Frou sont des jumelles qui se produisent aux Folies-Bergère. Habitant un hôtel particulier avenue d'Antin, ces demi-mondaines sont actuellement entretenues par le diplomate et financier Raffalovitch. Ruiné, leur précédent protecteur, le baron Eisenberg, s'est récemment suicidé. Olympe de Bléville et sa sœur Hortense figurent, telles Liane de Pougy ou la Belle Otero, parmi les célébrités du Tout-Paris. En réalité, c'étaient deux orphelines jumelles élevées séparément qui, sous l'impulsion d'Olympe, ont réussi ensemble à se hisser jusqu'à la haute société de l'époque. Riches amants et douces amantes, la liste des amours des sœurs Frou-Frou est longue. Hélas, Olympe de Bléville vient d'être poignardée dans sa loge, aux Folies-Bergère.

Assisté de l'inspecteur Galabert, le commissaire Gardel n'est pas certain que la lettre de menaces reçue par les jumelles soit capitale dans ce dossier. Néanmoins, on fait expertiser l'écriture, qui pourrait bien désigner quelqu'un de la famille du baron Eisenberg. Le préfet Lépine rappelle à Gardel que ce meurtre touche au prestige de Paris, et des jolies femmes qui en sont les ambassadrices. Tandis que Galabert rêve d'approcher la Belle Otero, Gardel s'intéresse à un couple d'amis d'Olympe, l'écrivain Willy et son épouse Colette. Celle-ci fut intime avec la victime. Gardel devine en elle une personnalité attachante, et ne doute pas qu'elle soit l'auteure de la série de romans "Claudine". Si son mari Willy fanfaronne, à son habitude, difficile de le soupçonner d'avoir assassiné par jalousie Olympe de Bléville.

Imaginer un lien entre la mort d’Émile Zola et celle d'une sœur Frou-Frou, c'est sans doute saugrenu. Autant que de tester sur des cobayes le gaz mortel qui tua Zola. Gardel s'invite chez la comtesse de Loynes, pas une aristocrate mais une demi-mondaine mûre qui guida les débuts d'Olympe. Le policier n'aime guère ces militants de mouvements anti-sémites, que fréquentent cette dame. L'affaire de Fort-Chabrol, trois ans plus tôt, oblige à se méfier de ces Ligues. La lettre de menaces offre à la police du préfet Lépine un coupable idéal. Le commissaire Gardel est sûr que la vérité est plus compliquée. Aux obsèques d'Olympe, le gratin mondain est réuni. S'il écoute en s'amusant les ragots du maître d'hôtel Hugo, c'est plutôt grâce à Colette que Gardel peut espérer avancer dans ses investigations…

Gilles Schlesser : Sale époque (Éd.Parigramme, 2015)

Explorer une période du passé, voilà une forme de voyage dans le temps que permet le polar historique. Toutefois, un roman n'est pas un cours magistral où l'auteur étalerait son érudition. Gilles Schlesser le sait pertinemment : il privilégie toujours l'intrigue criminelle. Ce sont le mystère et l'enquête qui priment, c'est la recherche de la vérité qui importe. Par la parfaite connaissance du contexte, ici Paris en 1902 au cœur de la Belle-Époque, sont ensuite restituées les ambiances d'alors, les décors typiques, et l'on côtoie les grands noms qui faisaient l'actualité de ces années-là. On aperçoit la silhouette d'Apollinaire, on rend visite à Colette et Willy, on entre dans le bureau du préfet Lépine, et sont évoquées ces courtisanes pour lesquelles les messieurs de la haute société dilapidaient des fortunes.

Les femmes, l'argent, le sexe : tout ça était clinquant chez les demi-mondaines, beaucoup moins chez les filles des rues : “Si l'on ajoute aux six mille filles officiellement encartées les quatre-vingt mille lorettes, grisettes et autres insoumises sur les trottoirs de Paris, sans compter les pierreuses des terrains vagues ou des fortifs, il y aurait – selon Lépine – plus de cent cinquante mille prostituées dans la capitale. Dont la moitié porte la syphilis, ce "Mal de Naples" qui touche désormais un Parisien sur sept, ces "avariés" qui emplissent chaque jour un peu plus le service des vénériens de Cochin.” Belle-Époque pour une infime partie de la société, le peuple ne comptant guère, loin de cette débauche frénétique.

L'émotion autour de la mort d’Émile Zola était indescriptible, mais on la ressent dans cette histoire. Quant aux circonstances de son décès, on verra ce qu'en dit le commissaire Louis Gardel. Bien que fin limier, il reste tant soit peu un provincial complexé, nostalgique d'un amour de jeunesse. Peut-être parce qu'elle vient de Bourgogne, il se sent en affinités avec Mme Gauthier-Villars, plus connue sous le nom de Colette. On apercevra la comédienne Polaire, qui incarna "Claudine" au théâtre, dont la popularité fut celle d'une star. Gardel aime aussi flâner dans Paris, choisissant certains bars : “Le Flore est un bistrot tranquille de petits rentiers et de joueurs de cartes, un café sans histoire où l'on est sûr que jamais la moindre personnalité ne mettra les pieds.” Le récit ne manque pas d'humour, en voilà une preuve, puisqu'on sait ce que symbolisera plus tard le Café de Flore. Il y aurait mille autre qualités à souligner, car c'est un savoureux polar qu'a concocté Gilles Schlesser.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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commentaires

Pierre FAVEROLLE 08/06/2015 06:30

Salut Claude, il me tarde de le commencer car j'adore son talent pour recréer l'atmosphère des ces années là. Amitiés

Claude LE NOCHER 08/06/2015 06:36

Salut Pierre
Je dois dire que j'ai pris un très grand plaisir à vivre quelques jours... en 1902. En effet, Gilles Schlesser reconstitue à merveille, de façon très vivante, les ambiances d'autrefois.
Amitiés.

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