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23 juin 2015 2 23 /06 /juin /2015 04:55

Rémi Fontevrault est un fils de bourgeois du 8e arrondissement de Paris. Fin des années 1970, il effectue son service national. C'est là qu'il sympathise avec Lieutenant, un peu plus âgé que lui. Ce dernier est issu d'une famille de collabos, assumant une marginalité qui s'affiche "patriotique". Rémi n'est pas insensible au charme de la blonde Irène, sœur de Lieutenant. À la fin de ses obligations militaires, Rémi est engagé dans la société de son père, comme traducteur. Il garde un pied à la fac, où il tente d'apprendre la langue russe. Un endroit très politisé, avec des grèves fréquentes. Le GUD d'extrême-droite y est représenté par “ce potache de Charles-Henri et ses paltoquets”, intellos capables de citer les maîtres-à-penser du nationalisme ultra, mais pas des hommes d'action.

Pour alimenter sa colère intérieure, Rémi a besoin de cogner. Quand il prend des mauvais coups, il s'arrange pour se venger (à trois contre un) du "rugbyman" qui l'a estourbi. Il en profite pour renouer avec Lieutenant, qui est assisté de Phong. Et pour se rapprocher intimement d'Irène. Son père envoie Rémi en mission à Belfast, en tant que traducteur pour l'universitaire Kriss. En ces années 1980, l'ambiance est toujours lourde en Ulster, et la population méfiante. Un climat grisant pour Rémi. À la demande de Lieutenant, il prend contact avec le révérend McCluskey, activiste pro-Anglais entouré de skinheads. Pourtant, c'est plutôt chez les chaleureux catholiques nord-Irlandais que dans le camp british qu'on passe du bon temps, Rémi l'admet. Un attentat à la voiture piégée interrompt son séjour.

Nourri de culture celto-nordique, autant que marqué par la mort, Rémi revient à Paris. Il retrouve Irène, et Lieutenant qui estime qu'il n'est pas encore un vrai combattant. Rémi va s'entraîner à la boxe thaïe, et côtoyer les politiciens. “Le Chafouin [leur candidat, n°2 du parti] est un opportuniste à qui on n'avait proposé que des strapontins dans d'autres partis de droite… Les autres sont des épiciers ou des avocats. Ils défendent leurs boutiques, leurs cabinets, ils veulent du pouvoir, ils n'en auraient pas eu ailleurs, les places sont chères.” Dans la banlieue sensible où Le Chafouin fait campagne, Rémi assure le service d'ordre de ses meetings. Avec trop de zèle combattant, comme toujours. C'est plutôt un job pour Charles-Henri et ses paltoquets, meilleurs propagandistes.

Néanmoins, avec Phong, Rémi continue à travers Paris à provoquer, à jouer la castagne. Si ces rixes déplaisent à Lieutenant, elles sont réprouvées par les politiciens du mouvement, qui misent sur la respectabilité et non sur la bagarre. À cause de ces méthodes opposées, le fossé commence sérieusement à se creuser entre eux. Tandis que Lieutenant et Phong se mettent au vert pour un temps, Rémi et Irène partent pour un périple dans les pays de l'Est. Revenant en France par l'Alsace, ils vont tenter d'organiser la dissidence au sein du parti d'extrême-droite, une stratégie risquant de s'avérer trop aléatoire…

Thierry Marignac : Fasciste (coll.Hélios Noir, 2015)

S'agissant d'un roman, donc d'une fiction, ce livre n'est pas un plaidoyer en faveur des fanatiques du fascisme. Guidés par leurs préjugés, certains réacs ont pu le croire. Héritiers du pétainisme, cultivant le négatif depuis soixante-dix ans, haïssant la population, ils sont passés à côté de l'évolution de la France. Ce sont de vieux aigris, sans question d'âge car une partie d'entre eux est encore jeune. Ils confondent leur nationalisme obtus avec le patriotisme. Ils sont fascinés par le mythe d'un pays idéal, figé dans des valeurs "comme avant". Ils sont le passé, et veulent qu'on y retourne. Donneurs de leçons bien-pensants, ils accusent les autres de tous les maux. Faute d'argument, ils se réfèrent à des idéologies mortes depuis longtemps, continuant à tout condamner, à semer leurs diatribes.

Auteur controversé ayant suscité quelques vifs débats entre lecteurs, Thierry Marignac ne se préoccupe probablement pas de sa réputation. Que certains ne l'aiment pas, ça le laisse froid. Que d'autres le vénèrent, on peut penser que ça l'amuse. Marignac brandissant l'étendard du refus, au nom de mouvances groupusculaires ? L'embrigadement, on doute que ce soit l'état d'esprit de cet écrivain et traducteur. Il revendique sa liberté, ses opinions, ses choix de vie, son goût pour la boxe, et sa détestation des conformismes. Qu'il assume ses contradictions, sûrement. Qu'il cherche à convaincre qui que ce soit, avec autoritarisme, certes non. Avec “Fasciste”, son premier titre publié initialement en 1988, il voulait frapper fort, troubler la réflexion. Il y est parvenu. L'interview de l'auteur, en fin de volume, nous éclaire sur lui-même et ce roman.

Lire une fiction politique n'est pas partager un point de vue identique à celui exposé. Dans la préface, Pierric Guittaut ressasse les arguties périmées qui lui sont chères, selon sa propre lecture de ce roman. Si l'on a une vision moins étriquée du monde, l'approche ne sera pas la même. Le héros de “Fasciste” n'est qu'un suiveur se prenant pour un meneur. Sa culture fascisante est un salmigondis d'idéaux censés justifier son excitation guerrière. Pas une once de panache en lui. Il n'inspire finalement pas le moindre sentiment. Ni pitié, ni dégoût, et encore moins de l'admiration. C'est justement là que réside la manière de Marignac : il ne décrit pas un accusé s'étant fourvoyé de son plein gré, il présente un jeune bourgeois jouant sa “Fureur de vivre” (Rebel without a cause) version fachos.

Roman-culte ? Laissons cette formule lénifiante aux benêts évoqués plus haut. Par contre, c'est un portrait riche en nuances que dessina ici Thierry Marignac. Le contexte politique a changé, depuis près de trente ans. Mais il y a fort à parier que de nouvelles générations correspondant à ce type de personnage, mercenaires dans l'âme, existent encore. Voilà une des bonnes raisons de redécouvrir ce livre, qui méritait une réédition.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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commentaires

Philippe 23/06/2015 18:40

https://lectures.revues.org/492

Voyons aussi cette chronique du livre.

Claude LE NOCHER 23/06/2015 20:28

Confirmation, concernant ce que je disais sur Ben Laden :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Attentat_du_World_Trade_Center_de_1993

Philippe 23/06/2015 18:28

Vous avez bien sûr suivi la polémique suscitée par la sortie du film " Un Français " de Diastème qui retrace le parcours des années 1980 à nos jours d'un skinhead qui s'achète un semblant de respectabilité en adhérant et en évoluant au sein du Front National, avant de tenter de changer de vie.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_Fran%C3%A7ais

https://fr.wikipedia.org/wiki/Diast%C3%A8me

A propos de la méthode d'attentat à la voiture piégée, il me revient que quand est sorti en 1996 le film " Michael Collins " consacré à ce leader de l'indépendance irlandaise au cours de la guerre civile de 1920-1922, une scène montrait un attentat à la voiture piégée. Ce qui donna lieu à un désaccord entre des historiens affirmant que cette méthode d'attentat, si elle existait déjà, n'avait pas encore été adoptée en Irlande à cette époque - elle le sera plus tard dans les années 1960 - et le réalisateur du film, rétorquant qu'il avait ses sources indiquant l'usage de cette méthode.
Voir aussi " Le Vent se lève " ( 2006 ), sur le même sujet historique.

L'article Wikipédia sur la voiture piégée :

https://fr.wikipedia.org/wiki/V%C3%A9hicule_pi%C3%A9g%C3%A9

https://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Collins_(film)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_vent_se_l%C3%A8ve_(film,_2006)

mentionne dans la bibliographie l'ouvrage de référence ( que personnellement j'avais découvert sur le blog de Philippe Poisson ) :
Petite histoire de la voiture piégée
Mike Davis
Traduit en français chez Zones en 2007, puis aux éditions La Découverte en 2012.
Titre original : Buda's Wagon.

http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Petite_histoire_de_la_voiture_piegee-9782707173881.html

http://www.amazon.com/gp/product/1844672948/sr=1-1/qid=1435073646/ref=olp_product_details?ie=UTF8&me=&qid=1435073646&sr=1-1

( Beaucoup de commentaires de lecteurs sur Amazon.com à propos de la version originale, c'est pourquoi je l'indique au lieu de la version française sur Amazon.fr où il n'y a pas de commentaires. )

Ce livre retrace l'histoire de la voiture piégée comme mode d'attentat, mais la situe dans le cadre du terrorisme, comme " bombe du pauvre " mais d'une efficacité redoutable. Avec les imbrications politiques, géopolitiques, stratégiques, sociales.
Avec des chapitres sur les théâtres d'opérations dans différentes régions du monde au cours du 20ème puis du 21ème siècle ( voir la table des matières dans la fiche du livre sur le site de La Découverte, le lien plus haut ).
L'auteur ne parle pas de précédents ayant pourtant existé, remontant au 16ème siècle en Turquie. Il cite l'attentat de la rue Saint-Nicaise ( démolie en 1853 ) à Paris le 24 décembre 1800 ou 1801 contre le Premier Consul Napoléon Bonaparte ( M. Le Nocher, vous savez qu'il y avait un Breton, Limolëan, parmi les coupables, du reste le seul qui parvint à s'enfuir, vécut le restant de sa vie aux Etats-Unis dans le repentir, s'étant peut-être fait moine ). Il ne dit pas dans son livre, on le sait par ailleurs en connaissant les détails de cette affaire, que la première victime humaine, après le cheval, fut une fillette de dix ans nommée Marianne Pensol. Dans l'attente du passage du cortège de Bonaparte, les organisateurs de l'attentat avaient préparé une charrette, bourrée d'explosifs sous la paille, tirée par un cheval. L'un d'eux proposa à la fillette une pièce de monnaie pour qu'elle tienne un instant la bride du cheval - quand le cortège passerait - . L'explosion déchiqueta donc le corps de la fillette comme celui du cheval, avant de faire d'autres victimes dans la foule. Comme on sait, Bonaparte lui-même était assez loin pour en réchapper indemne.
Une collecte populaire fut spontanément organisée afin de payer la tombe de la petite Marianne.
Mais donc, Mike Davis choisit de ne pas faire remonter le prototype de l'attentat à la voiture piégée à celui de la rue Saint-Nicaise, mais, comme le titre original " Buda's Wagon " l'indique, à Mario Buda. Un anarchiste italien qui en 1920 à New York voulut faire sauter le siège de la banque JP Morgan ( dont l'un des patrons, absent ce jour-là, était le père d'Anne Morrow, la future femme de l'aviateur Charles Lindbergh et mère de leur fils qui sera tué en 1932 ) à Wall Street en amenant une charrette tirée par un cheval.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mario_Buda

https://fr.wikipedia.org/wiki/Attentat_de_Wall_Street

Cordialement

Claude LE NOCHER 23/06/2015 20:25

Plusieurs réponses, forcément distinctes :
- L'attentat contre Napoléon eut pour origine Georges Cadoudal, le chouan. Son mausolée (endroit à son honneur, mais où ne se trouve pas ses restes) se trouve près de chez moi. Je le connais d'autant mieux que ce fut le quartier où fut élevé mon défunt père. Il restait en ce temps-là une descendante indirecte de Cadoudal, que les mômes d'alors surnommaient forcément "la Chouette".
- Je ne peux qu'adhérer à la conclusion de la présentation du livre de Mike Davis sur les attentats à la voiture piégée : « une arme intrinsèquement fasciste qui assure à ceux qui l'emploient un bain de sang de victimes innocentes ». Choisir la lutte armée est une chose, risquer la vie des civils est d'une lâcheté incommensurable.
- Concernant ce "procédé", on m'a rapporté que les Irlandais (qui l'utilisaient, en effet, mais sûrement pas dès les années 1920) veillaient à ce que leurs véhicules piégés n'explosent qu'au passage de militaires anglais. Version optimiste, je le crains. Car la tension en Ulster était terrible, et ni l'un ni l'autre camp ne "mesuraient" souvent leurs actions.
- Concernant le film "Un Français", des menaces (de groupuscules nationalistes identitaires) ont obligé le distributeur à réduire le nombre de salles où est diffusé ce film. Bel exemple que censure par la peur, cher à ces nazillons. Evidemment, sachant que c'est le meurtre de Clément Méric qui a incité le réalisateur à écrire ce film, ces partisans de la guerre civile veulent interdire la vérité sur leur mouvance. Leur version sur ce crime (prémédité, car l'altercation n'est pas née du hasard) est écœurante de malhonnêteté.
- Peut-être me trompé-je, mais le tout premier attentat attribué à Ben Laden, dans le parking souterrain du World Trade Center, près de la station de métro, n'était-il pas dû à une voiture piégée ?
Amitiés.

Philippe 23/06/2015 16:51

Oui, M. Le Nocher,

Avant de lire votre réponse j'avais vu ma confusion, c'est Thierry Maricourt l'auteur du Dictionnaire du roman policier nordique chez Encrage.

Cordialement

Claude LE NOCHER 23/06/2015 16:59

Il a aussi écrit sur Henry Poulaille, anarchiste d'autrefois, dont il fut question dans (au moins) u numéro de Quinzinzinzili.
Amitiés.

Philippe 23/06/2015 16:32

Bonjour M. Le Nocher,

De Thierry Marignac, j'ai le Dictionnaire du polar nordique qui date déjà de 2010. Un ouvrage qui se distingue peut-être quelque peu par rapport à la tendance d'ensemble de ses livres, polar social.


Aujourd'hui, je voulais surtout vous inviter à lire le nouvel article du site Rare Historical Photos.
C'est une terrible photo, je sais bien que vous la connaissez puisque c'est l'une des photos les plus connues du 20ème siècle. Mais voyez aussi les commentaires.

http://rarehistoricalphotos.com/the-burning-monk-1963/

Cordialement

Claude LE NOCHER 23/06/2015 16:50

Bonjour Philippe
Je crains que vous confondiez Thierry Maricourt et Thierry Marignac, à ne pas mélanger avec l'universitaire Thierry Marivain ou l'ex-cycliste Thierry Marie.
L'immolation comme extrême moyen de protestation, afin de choquer l'opinion internationale, difficile d'imaginer l'état d'esprit de ce moine bouddhiste, avouons-le.
Amitiés.

Bernieshoot 23/06/2015 14:01

Tout à fait lire ne veut pas dire partager les idées ou cautionner.

Claude LE NOCHER 23/06/2015 16:17

Un portrait, un roman, ça reste une fiction, réussie ou non. Ici, c'est convaincant.

wollanup 23/06/2015 13:01

Belle chronique Claude.

Claude LE NOCHER 24/06/2015 17:46

Te souviens-tu de notre conversation en Bretagne, où la compagne de Wollanup et moi-même te disions qu'il est bon de garder certains romans, dignes d'être collectionnés ? Ah mais non, Monsieur Holden le Désinvolte n'est pas matérialiste !... Bon, blague à part, j'espère qu'au moins ce bouquin circule entre vous, chez un autre chroniqueur... car c'est un livre à ne pas manquer, ouaip !
Amitiés.

holden 24/06/2015 16:58

et moi comme un con j'attends le livre.... que j'ai déjà lu mais que j'aimerai bien relire

Claude LE NOCHER 23/06/2015 16:16

Merci W.
Gardons notre libre-arbitre, c'est l'essentiel. Amitiés.

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