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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 04:55

Originaire de Jersey City, dans l'Est des États-Unis, Dick Steele fut affecté durant la guerre en Angleterre, dans l'aviation. Ça reste encore présent dans son esprit, le conflit n'étant terminé que depuis deux ans. Financé par son avare oncle Fergus, Dick s'est installé en Californie voilà quelques mois. Il loge à Beverly Hills, dans un luxueux appartement de la résidence "Virginibus Arms". Il l'a sous-loué à son ami Mel Terriss, parti vivre au Brésil, à Rio. Celui-ci l'a aussi autorisé à utiliser sa voiture. Un jour, il renoue avec son copain Brub, qui fut avec lui dans l'armée, en Grande-Bretagne. De retour au pays, ce dernier a épousé sans tarder sa fiancée Sylvia. Ils habitent à Santa Monica. Il est aujourd'hui inspecteur à la Criminelle, dans le service de Lochner, un limier chevronné. Malgré ces retrouvailles, Dick ne tient pas à revoir le couple, car son attirance pour Sylvia peut poser problème.

Néanmoins, il a une raison de rester proche de Brub. Le policier participe à l'enquête sur une série de meurtre, presque un par mois, visant des jeunes femmes. L'assassin en est à sa sixième victime, âgée de vingt-six ans. Il les étrangle et les viole, assez prudemment pour ne pas laisser d'indices. Dans le dernier cas, par exemple, les traces de pneus de sa voiture ne serviraient guère. L'assassin n'est autre que Dick qui, sous le prétexte d'être en train d'écrire un roman policier, voit là un bon moyen de rester informé. La voisine de Dick est une superbe rousse, Laurel Gray. Une relation débute bientôt entre eux. Elle ne semble pas vouloir évoquer son passé, mais Dick devine qu'il y a eu un homme riche dans sa vie. Il ne l'est pas, ce qui lui cause une grave amertume. Laurel et Dick deviennent vite intimes, même si la jeune femme garde une certaine part d'ombre.

Selon Brub, l'assassin ne peut qu'être un fou, certes méticuleux et rusé, mais qui finira par se trahir. Dick accompagne Brub et le chef de la Criminelle, Lochner, sur les lieux du dernier crime. Ce dernier pense que le tueur vient de l'Est du pays, mais ne dispose que de faibles pistes concrètes. Sylvia avait remarqué Dick et Laurel sortant d'un restaurant. Elle s'arrange pour faire la connaissance de la jeune femme, s'invitant chez Dick. Laurel se montre quelque peu jalouse de Sylvia, mais Dick parvient à la rassurer.

Bien que bancale, sa relation amoureuse se poursuit avec Laurel. Celle-ci voudrait avoir des nouvelles de Mel Ferris, qui lui doit de l'argent, mais Dick ignore son adresse à Rio. L'affaire du tueur en série est en sommeil pendant quelques jours, faute d'éléments. Brub apprend à Dick le décès d'une de leurs amies anglaises, Brucie. Un meurtre inexpliqué, et une information qui choque visiblement Dick. Il avoue à Brub et Sylvia que Brucie l'a beaucoup marqué : “Ce n'était pas une cavaleuse. C'était une fille unique.” Quand Laurel finit par s'éloigner de Dick, celui-ci pense que c'est Sylvia qui en est la cause. Le tueur fait une nouvelle victime, Betty Banning, sortie sur la dune côtière promener son chien. Cette fois, Lochner et ses policiers sont sous pression, employant tous les moyens pour enfin coincer le tueur de femmes…

Dorothy B. Hughes : Tuer ma solitude (Un Mystère, 1951) - Le violent

Puisque l'assassin est au centre du récit, il ne s'agit bien sûr pas d'un roman d'enquête. C'est un suspense psychologique basé sur l'état d'esprit tourmenté du criminel. La guerre lui valut une belle dose de prestige : “Cette vie était tellement dense qu'aucune autre ne pouvait exister à côté ; même après la guerre, il était impossible d'imaginer une existence autre.” Ce n'était qu'un intermède à l'issue duquel Dick Steele s'avéra incapable de trouver sa place dans la société. Son caractère reste intérieurement bouillant, voire hargneux. Sa solitude et ses démons personnels (dont l'alcool, qui n'arrange rien) aboutissent au besoin de dominer avec violence des femmes. “Le bonheur ? Qu'il aille se faire foutre. Ce qui comptait, c'était l'exaltation, le sentiment de puissance et la vague chaude que procurait l'érotisme. Ça faisait tout oublier ; à côté de ça, le bonheur, c'est de la guimauve.”

Dick est un être complexe qui veut à la fois inspirer la peur et la ressentir lui-même : “La peur… ce n'est pas quelque chose qu'on peut affronter et annihiler en se montrant plus fort qu'elle. La peur, c'est le brouillard qui rôde, qui vous enserre dans ses tentacules, qui se glisse par les pores de votre peau jusque dans votre chair et vos os.” Être en contact avec la police, c'est une façon de se renseigner, mais aussi d'exciter une crainte chez lui. Son allure d'homme ordinaire le protège tant soit peu des soupçons. En outre, l'auteure utilise à bon escient l'atmosphère californienne d'après-guerre, dont la légèreté contraste avec les faits dramatiques.

Un suspense d'une magnifique subtilité.

En 1950, le cinéaste Nicholas Ray adapta ce roman à l'écran, avec Humphrey Bogart et Gloria Grahame dans les rôles de Dick Steele (surnommé Dix) et Laurel Gray. En France, ce film fut exploité sous le titre “Le violent”. C'est cet intitulé qui fut choisi par J.Éditions, lors de la réédition de ce livre en 2013.

Dorothy B. Hughes : Tuer ma solitude (Un Mystère, 1951) - Le violent

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story Polar_2013
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commentaires

Serge 31 29/07/2015 23:36

Rebonjour Claude
Oui, un roman magnifique, subtil et profond qui me hante encore plus de vingt ans après sa lecture: il est dans mon top ten littéraire, tous genres confondus. Comme quoi la collection "Un Mystère", hein...
Amitiés.

Claude LE NOCHER 30/07/2015 06:23

Oui Serge, on peut classer celui-ci dans les meilleurs des meilleurs. Un roman bien différent de la production courante, d'une sacrée finesse. Une psychologie exempte de la moindre lourdeur, contrairement à ce que nous lisons parfois. Pas de violence explicite, et pourtant le crime est là, dans la tête de Dick et dans ses actes. Grand roman, pas de doute.
Amitiés.

Philippe 29/07/2015 19:35

Bonjour M. Le Nocher,

Vous avez sans doute appris il y a quelques jours la mort à 83 ans d'Ann Rule, ex-flic et auteur de livres de true crime, surtout connue pour avoir travaillé dans une association hotline d'écoute aux candidats au suicide où l'un de ses collègues et amis était Ted Bundy, longtemps avant qu'il ne soit identifié comme serial killer ?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ann_Rule

http://www.executedtoday.com/2009/01/24/1989-ted-bundy-psycho-killer/#comment-2468517


Shelley says:
27 July, 2015 at 7:55 pm

Ann Rule has died. She was 83. :-(
Reply

Kevin M. Sullivan says:
27 July, 2015 at 8:13 pm

Her books will live on.
Reply
Hal says:
28 July, 2015 at 3:17 am

I think we’ll be getting a lot of that in the next few years. R.I.P. Ann.

Someone who is still with us is Bob Hayward, no less than the man who caught Bundy. He has resurfaced giving a 37 minute tour of the Bundy car-chase and sharing his recollections:

https://www.youtube.com/watch?v=UW4nBaVSr30

And for anyone who missed it or is outside the USA, the recent Bundy doc is also available now on youtube. The parts of it that include the recent dramatization though, are enough to make sure you wont want to ever bother with it.

Reply
Ted Montgomery says:
29 July, 2015 at 8:02 am

I’ll miss Ann Rule. I spoke with her many times over the years (she grew up not far from where I did) and she was unfailingly gracious, kind and warm. Prayers to her family and friends.
Reply

Cordialement

Claude LE NOCHER 29/07/2015 20:27

Bonjour Philippe
J'ignorais cette info, sans doute parce qu'Ann Rule ne figure pas dans les auteurs que j'ai lus. Question d'éditeur (Michel Lafon) ? Peut-être. Je vois que seulement la moitié de ses livres ont été traduits en France.
Elle a côtoyé Ted Bundy. Ce qui me rappelle le souvenir d'un acteur français (de seconds rôles) qui racontait comment, fêtard noctambule, il fit partie des gens qui connaissaient très bien Thierry Paulin. Un garçon rieur, généreux, d'une grande gentillesse... sauf envers les vieilles dames qu'il tua, sans doute... Les tueurs en série ne se cachent pas, en général. Ils ont une "vie sociale", hormis leurs pulsions. Un certain instinct (plutôt que de parler d'intelligence), sûrement.
S'il y a eu quelques tueurs en série européens, les plus nombreux ont sévi aux Etats-Unis. Je ne sais si quelqu'un s'est penché sur cet aspect des serial killers ?
Amitiés.

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