Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 04:55

Ex-journaliste, auteur du livre “Neuf pères”, Adam Langer se considère tel un littéraire. En réalité, il végète quelque peu à Bloomington, dans l'Indiana. Il est marié à l'universitaire Sabine, d'origine allemande. Ils ont deux filles, Ramona et Béatrice, dont Adam s'occupe. Ce qui constitue l'essentiel de son activité. À part pour alimenter leur blog satirique avec Sabine, il n'écrit plus guère depuis six ans. Lorsque le romancier Conner Joyce vient faire une prestation à Bloomington, Adam le contacte. L'auteur des aventures de Cole Padgett se souvient de l'interview qu'il lui accorda quelques années plus tôt. Les ventes des livres de Conner Joyce faiblissent, il est moins inspiré, et son quotidien avec son épouse Angie (Angela De La Roja), ex-flic new-yorkaise, mère de leur fils, apparaît plutôt morose. Son éditrice préfère miser sur Margot Hetley et ses histoires abracadabrantes, qui se vendent beaucoup mieux que les polars un brin répétitifs de Conner Joyce.

À Chicago, le lendemain, le romancier est contacté par un certain Pavel Bilski. Il le met en contact avec le septuagénaire Dexter Dunford, Dex, qui l'appâte avec dix mille dollars. Ce dernier lui montre sa bibliothèque, unique en son genre. Car il est le seul lecteur d'œuvres écrites spécialement pour lui par des auteurs rares, tels Truman Capote, Norman Mailer, Harper Lee, Jaroslaw Dudek, J.D.Salinger, B.Traven. Il propose à Conner Joyce un contrat se chiffrant en millions de dollars pour écrire lui aussi un roman policier en un exemplaire. Cet accord doit rester strictement secret. Néanmoins, Conner parle de l'offre étonnante à Adam Langer. Peut-être est-ce là un aspect de l'avenir du métier d'écrivain, alors Conner aurait bien tort de refuser. Les semaines passent, la situation d'Adam Langer et de son épouse se complique, les espoirs universitaires de Sabine étant contrariés. Ayant terminé son roman pour Dex, Conner Joyce recontacte Adam, lui racontant tout. Au départ, il était excité d'écrire, mais ça ne prenait pas la tournure du polar exigé par Dex.

Au nom de la rentabilité, il fut carrément viré par son éditrice, choisissant définitivement la vulgaire Margot Hetley. C'est alors qu'un scénario lui vint à l'esprit. Dans “Manuscrit sous embargo”, Conner Joyce se défoula sur les travers du monde de l'édition, pouvant désigner pléthore de suspects dans une affaire criminelle. Pas grave s'il y citait de vrais noms, Dex et Pavel seraient les seuls lecteurs. D'ailleurs, Conner toucha la somme qui lui était promise. De quoi vivre une longue période dans la tranquillité financière.

Entre-temps, il avait dû mentir à son épouse Angie sur le projet en cours, ce qui ne resta pas sans conséquences. La suite des évènements pose un gros problème au romancier. Ayant ses propres soucis, Adam Langer ne tient pas à s'impliquer là-dedans. Il s'étonne même que Conner lui fasse tant de confidences. Écrire un second roman pour Dex, intitulé “Coup du sort”, pourrait sortir Conner Joyce de la panade, ou pas…

Adam Langer : Le contrat Salinger (Super 8 Éditions, 2015) – Coup de cœur –

On ne trouve dans ce roman que des atouts favorables. À commencer par sa construction. Le narrateur est bel et bien Adam Langer. Il nous retrace les mésaventures de son "ami" romancier, en témoin autant que par le récit direct, tout ça avec une remarquable fluidité et des chapitres courts. Une histoire assez addictive, il faut le reconnaître. Le postulat (un contrat singulier) est également séduisant. On pense à ces riches notables d'autrefois, qui commandaient des films érotiques à leur seul usage. En plus "élégant", bien sûr, puisqu'il s'agit ici de littérature.

Comment ne pas être touché par les références évoquant B.Traven, J.D.Salinger, Harper Lee, auteurs se comportant en ermites après leurs succès ? Pour l'anecdote, il est question de la suite "Écrivain", chambre 813, à l'hôtel Drake de Chicago. En hommage à Arsène Lupin ?

L'Édition et son bizness servent de toile de fond à ce roman. L'industrie culturelle a ses règles de fonctionnement, comme les autres. “Toutes les grandes maisons d'édition ont leur superstar...” C'est grâce aux ventes importantes de ces "locomotives" que chacun est payé, que l'on continue à publier des auteurs peu rentables, qu'on tente de nouveaux talents. Adam Langer ne dénonce pas un fait connu et légitime, s'insurgeant plutôt avec ironie contre des comportements hautains, désagréables et stupides. Quant à son propre personnage, il a lui aussi son parcours, avec des détails signifiants quant au sujet. Une formule biscornue, que les futurs lecteurs et lectrices comprendront. Une intrigue riche et diablement maîtrisée, sur le thème du livre et teintée d'un humour bienvenu : on ne peut que savourer avec délectation !

Partager cet article

Repost 0

commentaires

thibe 03/03/2016 07:59

Mon avis sur "Le contrat Salinger", d'Adam Langer - paru chez Super 8 Éditions en 2015 (traduction par Émilie Didier)

8/10 Adam Langer se met en scène dans Le contrat Salinger. Son ami, Conner Joyce, à l'allure de l'écrivain raté ou, tout au moins, en phase de décrépitude, est fui par le public. C'est sans compter sur la rencontre qu'il va faire avec Dex Dunford, un homme énigmatique, par l'intermédiaire de son "chien de garde", Pavel Bilski. L'intrigue se noue alors: Conner est invité à écrire un livre unique, un bon polar, qui ne sera lu que par Dex et Pavel, en échange du silence de Conner et de quelques millions de dollars... commence alors un chassé-croisé entre Conner, Adam, les commanditaires de Conner et son ancienne éditrice...

Ce roman, difficilement classable (ce n'est pas vraiment un thriller psychologique comme l'indique la 4e de couverture, ce n'est pas vraiment un roman noir non plus à mes yeux, encore moins un "polar" au sens classique), se caractérise par une narration à plusieurs strates, et n'est pas sans me faire songer au beau "D'après une histoire vraie" de Delphine de Vigan (qui est plus psychologique à mes yeux). Le contrat Salinger nous propose une réflexion sur le monde de l'édition - plutôt que sur la "panne" de l'écrivain comme dans le roman de de Vigan -, sur les difficultés financières des auteurs, sur le règne sans pitié des éditeurs, et, en quelque sorte, sur les risques que font peser les lois du marché sur la créativité littéraire... Dans une fiction "commandée", pour laquelle le commanditaire se réserve le droit de demander des corrections, où se trouve la liberté de l'auteur, comment articuler la fiction à la réalité?

Le récit m'a semblé bien emballé, la traduction est fluide - on peut reprocher un manque de soin, çà et là, dans la correction des épreuves... -, il se dévore en quelques heures. Bref, à découvrir pour les lecteurs curieux. Si vous cherchez un polar ou un thriller, vous pourriez toutefois être déçus, me semble-t-il. Personnellement, j'ai été séduit.

Claude LE NOCHER 03/03/2016 11:07

Merci pour cette opinion positive, qui confirme que ce roman mérite l'intérêt de beaucoup de lecteurs.
Amitiés.

Marine 07/10/2015 20:18

Justement en lecture. J'en suis déjà à la moitié.
Très page turner pour le moment.

Claude LE NOCHER 07/10/2015 20:46

Bonsoir
Fluide, donc facile à lire... sans oublier la construction du récit et sa toile de fond, bien sûr.
Amitiés.

Philippe 19/08/2015 22:10

J'ajoute que le blog, donc de cet habitant de Bloomington, a traité de cas réels qui ont inspiré Truman Capote pour " De sang-froid " , Harper Lee pour " Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur " ( je sais que j'ai cité le lien il y a peu de temps ) ou Norman Mailer pour " Le Chant du bourreau " ( l'histoire de Gary Gilmore ) ou le cas moins connu du criminel Carl Panzram.

http://www.executedtoday.com/2010/04/14/1965-perry-smith-and-dick-hickock-in-cold-blood-subjects/

http://www.executedtoday.com/2015/07/20/1934-not-walter-lett-to-kill-a-mockingbird-inspiration/

http://www.executedtoday.com/2008/09/05/1930-carl-panzram-rage-personified/

http://www.executedtoday.com/2008/01/17/1977-gary-gilmore/

Cordialement

Claude LE NOCHER 20/08/2015 18:36

En effet, ce sont des auteurs cités par l'auteur dans ce roman. A l'adresse "city data" que j'évoque par ailleurs, vous constaterez que la criminalité est plutôt faible dans cette ville.
Amitiés.

Claude LE NOCHER 20/08/2015 18:34

Bonjour Philippe
Dans cette histoire Adam et son épouse animent un blog, dont les lecteurs apprécieront le nom, un jeu de mot qu'il n'a pas été indispensable de traduire. Ce qui leur vaut quelques ennuis, d'ailleurs.
Je vous invite à tout savoir sur Bloomington ici :
http://www.city-data.com/city/Bloomington-Indiana.html
Autant je ne souhaite pas que la France adopte ce genre de dossiers détaillés (incluant des statistiques ethniques ou criminelles), autant c'est "intéressant" pour explorer l'Amérique. Seuls 3,1% de la population de Bloomington a des origines françaises (lointaines, sans doute). S'agissant d'une ville universitaire (67,3% de personnes jamais encore mariées), c'est pourquoi j'ai évoqué une ville quelque peu endormie.
Amitiés.

Philippe 19/08/2015 21:52

Rebonjour M. Le Nocher,

Vous ne vous attendez sûrement pas à l'info que je vais livrer.
Bloomington, petite ville roupillante de l'Indiana, où l'on végète ?
Sans doute, vous le savez mieux que moi.
Mais vous voyez le blog Executed Today que je cite souvent dans mes commentaires ? Blog dont la grande qualité - avec des sujets graves - est incontestable ?
Eh bien ! il se trouve que l'auteur de ce blog, qui s'y appelle Headsman ( exécuteur ) mais dont le vrai nom est Jason Zanon, vit à Bloomington.
Ce n'est pas indiqué sur Executed Today, on ne l'apprend que si comme moi en octobre dernier on achète ce jeu de cartes :

http://www.executedtoday.com/cards/

C'est sur l'enveloppe matelassée qu'on reçoit que figure le timbre de la Poste américaine avec le nom de Bloomington comme adresse de l'expéditeur.
On peut donc habiter Bloomington et animer un excellent blog !

Cordialement

el monstro 19/08/2015 16:26

je l'ai depuis pas mal de temps et je me tâtais, donc j'arrête de me tâter les c......es et je l'attaque

Claude LE NOCHER 19/08/2015 16:35

Y a plus qu'à, mon cher Dom ! Vu que le narrateur habite Bloomington, petite ville roupillante de l'Indiana, c'est pas trop hard-rockeux, mais ça swingue quand même pas mal.
Amitiés.

Yv 19/08/2015 15:14

Bonjour Claude,
je n'ai pas les références dont parle le roman, mais le postulat me plaît bien,, je crois que je vais me laisser tenter. Et puis, un coup de cœur d'action-suspense, ce n'est pas ratable
Amicalement,

Claude LE NOCHER 19/08/2015 16:25

Bonjour Yves
Bien sûr, ça reste une suggestion, "Coup de cœur" ou pas. Je pense que ce roman pourrait bien te plaire, il est très entraînant.
Amitiés.

Philippe 19/08/2015 13:34

Bonjour M. Le Nocher, M. Faverolle,

Ce n'est sans doute pas à dessein que vous chroniquez aujourd'hui un roman se déroulant dans le milieu de l'édition, mais je ne peux m'empêcher de remarquer que cela coïncide avec le jour de la rentrée littéraire. 589 titres sont parus aujourd'hui 19 août.
Sur France Info étaient invités deux libraires. L'un d'eux disait qu'elle avait lu environ 60 de ces livres pour préparer cette rentrée.
Il paraît que, pour la plupart des gens, 600 livres - on ne parle pas des longueurs différentes de chacun - , c'est ce qu'une personne lit en 40 ans.

Cordialement

Claude LE NOCHER 19/08/2015 16:22

Bonjour Philippe
J'ai chroniqué ce roman aujourd'hui... car il est disponible dès demain, comptant certainement parmi le 589 titres de la rentrée littéraire.
Pour lire +/- 600 titres, il me faut un peu moins de 3 ans et 3 mois. Je vous laisse calculer. Toutefois, avec cet avantage que je lis uniquement les livres que je choisis. Le fameux "privilège" dont je parle parfois. Car, varier les lectures, c'est ce qui évite l'aspect "pensum" et me permet de conserver le plaisir de lire.
Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 19/08/2015 08:48

Cher Claude, je viens porter plainte contre toi, car tu arrives toujours à nous dégotter des romans qu'a priori je n'aurais pas lu. La conséquence est qu'évidemment, mon planning de lecture est bouleversé et le lecteur que je suis, débordé. Encore merci quand même ! ;) (le petit signe, c'est un smiley clin d'oeil que ma fille de 10 ans m'a appris à faire) Amitiés

Claude LE NOCHER 19/08/2015 11:46

Tu m'as démasqué : il est vrai, mon cher Pierre, que je suis un vil salopard dont la mission consiste à ruiner mes contemporains. Ce cruel vice m'apporte une telle jouissance que je compte continuer à laminer vos portefeuilles et cartes bancaires. Et tant pis pour la surcharge de lecture : t'as quand même pas besoin de dormir, alors lis !
Tiens, justement, ma prochaine chronique sera autour d'un roman-jeunesse, parfait pour ta fille de dix ans. Diabolique, non ?
Amitiés.

Action-Suspense Contact

  • : Le blog de Claude LE NOCHER
  • Le blog de Claude LE NOCHER
  • : Chaque jour des infos sur la Littérature Policière dans toute sa diversité : polar, suspense, thriller, romans noirs et d'enquête, auteurs français et étrangers. Abonnez-vous, c'est gratuit !
  • Contact

Toutes mes chroniques

Plusieurs centaines de mes chroniques sur le polar sont chez ABC Polar (mon blog annexe) http://abcpolar.over-blog.com/

Mes chroniques polars sont toujours chez Rayon Polar http://www.rayonpolar.com/

Recherchez D'autres Infos Ici

Action-Suspense via Twitter

Pour suivre l'actualité d'Action-Suspense via Twitter. Il suffit de s'abonner ici

http://twitter.com/ClaudeLeNocher  Twitter-Logo 

Libres lectures

Petit rappel : Toutes mes chroniques, résumés et commentaires, sont des créations issues de lectures intégrales des romans analysés ici, choisis librement, sans influence des éditeurs. Le seul but est de partager nos plaisirs entre lecteurs.

Abonnez-vous à Action-Suspense, pour recevoir chaque jour mes chroniques et mes infos sur l'univers du polar. Facile et gratuit !

Spécial Roland Sadaune

Roland Sadaune est romancier, peintre de talent, et un ami fidèle.

http://www.polaroland-sadaune.com/

ClaudeBySadauneClaude Le Nocher, by R.Sadaune

 http://www.polaroland-sadaune.com/