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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 04:55

À Bayonne, une cellule de police est détachée pour enquêter sur une affaire énigmatique. Elle est dirigée par Axel Meyer, policier toulousain, marié et père de deux fils. Il a été prévenu par son supérieur, Maldjian, qu'ils risquaient fort d'être confrontés à un panier de crabes, entre séquelles politiques autour de l'ETA et trafics de drogue. Meyer est assisté d'Emma Lefebvre, jeune policière ayant entamé sa carrière après avoir fait partie des victimes des attentats de Madrid, en 2004. Hantée par le terrorisme, Emma est fascinée par la question basque, et bien informée sur la complexité du sujet : indépendantistes de l'ETA face aux brigades anti-terroristes clandestines des GAL au service de la police espagnole. Le troisième larron de l'équipe, c'est Simon Garnier. Ce flic corrompu mesure la dangerosité de ses relations avec celui qui orchestre la chienlit actuelle au Pays Basque.

Un trafiquant de drogue a été retrouvé mort dans une valise sur la plage du Penon, dans les Landes, après avoir vogué en mer bien qu'il ait été jeté à l'eau pas si loin. Il fallait s'y attendre : en Espagne, ce Domingo Augusti a été soupçonné de méfaits politisés, avant de se tourner vers le lucratif trafic de drogue. Il s'avère que le père d'Augusti fut lui-même un policier anti-terroriste aux méthodes violentes. Ami de ce dernier, Adis García fut un des tortionnaires anti-ETA dont Emma compte explorer la piste. Il est possible que ce García ait reconstitué une milice active, mais son dossier est "Secret Défense". Si le procureur Stéphane Boyer débloquait les choses, ça aiderait grandement Emma et Axel Meyer. Nina, la petite amie prostituée madrilène de Domingo Augusti, a été supprimée. Simon Garnier ne tarde pas à vérifier que le tueur est Aarón Sánchez, l'adjoint de Javier Cruz.

Officier de la Guardia Civil en poste à la section antiterroriste de Bordeaux, Javier Cruz est un policier censé œuvrer pour la sécurité des citoyens français et espagnols. Mais il a entrepris de révolutionner les méthodes ordinaires. Non sans arrière-pensée d'un profit personnel, peut-être. Cruz a commencé par créer une nébuleuse de sociétés, dirigées par Aarón Sánchez, criminel aguerri. Pour financer son action, Javier Cruz a détourné une grosse quantité de cocaïne, cinquante-cinq kilos, éliminant des passeurs tels Domingo Augusti. Ensuite, il veut acquérir un terrain appartenant à Jean-Christophe Giraud, un puissant industriel local. Que cet endroit soit contaminé (monazite et thorium radioactifs) ne doit pas entraver son opération immobilière. Gaizka, dont le père ouvrier est mort à cause de la contamination, entend bien le prouver et démontrer les fautes de Giraud.

Sánchez fait pression sur Giraud afin que rien ne retarde le projet. L'industriel est épris de la prostituée Yaiza Gónzalez, dite Macrina : la jeune femme pourrait être un atout pour Sánchez. Macrina sait qu'elle doit se montrer prudente, les putes étant insignifiantes dans cet univers mafieux. Ayant examiné les récents dossiers des Stups, Meyer interroge un dealer emprisonné, López, qui sait comment les cinquante-cinq kilos de cocaïne ont été détournés. Simon Garnier continue à enquêter pour son propre compte, afin d'identifier ses ennemis. Gaizka et son amie Belen cherchent le moyen d'atteindre l'intouchable Giraud. S'étant rapprochée du procureur Stéphane Boyer, Emma retrouve l'article d'un défunt journaliste basque assassiné. Si la piste d'Eztia Sasco, ex-égérie indépendantiste, est une impasse, d'autres hypothèses la conduiront-elle vers la vérité ?…

Marin Ledun : Au fer rouge (Ombres Noires, 2015)

Un roman, ce n'est pas un documentaire. Néanmoins, la fiction peut interroger sur le réel. L'organisation indépendantiste ETA a mis fin à son action armée. Étonnant de constater le calme apparent qui, si rapidement, semble s'être installé au Pays Basque des deux côtés de la frontière, depuis. Tant d'années de conflit, et puis plus rien ? À moins que ça se poursuive de façon larvée, plus pernicieuse que jamais ? Que les comptes qui restent à régler entre "ettaras" et barbouzes espagnols prennent d'autres voies ? Que l'argent ait afflué, quelle que soit son origine fut-elle douteuse, pour qu'à l'instabilité succède une prospérité de façade ? Au bénéfice de l'économie de la région, et de toute la population. Contraints et forcés, les ex-militants sont priés d'oublier leur cause, tandis que d'autres en tirent profit. Et si cela n'était fait que pour masquer des méthodes plutôt mafieuses ?

C'est à travers les protagonistes d'une enquête, forcément faussée par un contexte où se mêlent politique et trafic, que Marin Ledun nous suggère une situation pas si clarifiée. Une certaine impunité donne de mauvaises habitudes, autant à des malfaiteurs prêts à toutes les missions, qu'à des policiers sur lesquels la hiérarchie n'a plus d'autorité. Leur violence, nul besoin de la justifier. Qu'on élimine un trafiquant, une pute, ou quiconque ayant nagé dans ces eaux troubles, rien ne nécessite des investigations : le trafic de drogue est censé tout expliquer. Bizness immobilier, combat régionaliste, antiterrorisme, pollution invisible, impossible oubli de la répression pour les militants, c'est dans l'ombre qu'est la place de ces éléments-là. Prendre des précaution ou du recul ne garantit pas la tranquillité, un engrenage fatal pouvant broyer tout témoin.

Pour construire une solide intrigue sinueuse, une sacrée maîtrise est indispensable. Passer d'un personnage à l'autre sans "perdre" le lecteur, décrire des protagonistes de caractères différents voire opposés, esquisser le passé sans faire de "leçons d'histoire", conserver un tempo narratif souple et rythmé, c'est visiblement le défi que s'est fixé ici l'auteur. C'est magistralement réussi. On se passionne vite pour son intrigue foisonnante, un chassé-croisé permanent et dense. Le côté touffu des détails n'a rien de rébarbatif. L'approche psychologique apparaît aussi fort juste. C'est vrai pour celle de chacun des trois policiers, comme pour la mégalomanie de Javier Cruz.

Celles et ceux qui savent déjà quel perfectionniste est Marin Ledun trouveront une fois encore la confirmation dans ce vif et sombre roman d'action. Prix Amila-Meckert 2014, Trophée 813 en 2011, et autres prix littéraires : s'il est un auteur qui l'a mérité, c'est bien lui. Attribuer une autre récompense à Au fer rouge” ne serait ni absurde, ni scandaleux, car il s'agit d'un noir suspense de qualité supérieure.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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commentaires

Pierre FAVEROLLE 16/08/2015 15:25

De la pub chez Unwalkers ? Mais je rêve ! Je plaisante ... Comme le dit l'ami Holden, superbe billet pour un superbe roman que j'ai adoré. Amitiés

Claude LE NOCHER 16/08/2015 16:24

Salut Pierre
J'ai attendu l'été pour prendre le temps de me plonger dans ce roman de Marin Ledun, qui méritait assurément d'en parer avec chaleur.
Amitiés.

holdenouh 10/08/2015 14:22

je me prostituerai bien moi, mais trop moche trop vieux, putain de merdeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee, encore 400 euros pour ma caisse, et merdddddddddddddddde
bon sinon, remarquable article mon Claude remarquable, je me suis permis de le reprendre sur notre site de merde ou je vais pas tarder à mettre de la pub pour que ma voiture continue de rouler........nan, je plaisanteuhhhhhhhhhhhhhh

Claude LE NOCHER 10/08/2015 16:44

Merci Dom !
Y a plus qu'à se reconvertir en acteur de film X... si ça existe encore, et si ça rapporte. Pas sûr, d'ailleurs, mais je ne connais pas "l'état du marché" dans ce secteur de pointe. Ah, où est passé le bon temps des "gigolos", quand les beaux hommes (comme nous) se faisaient entretenir par des dames de la Haute !
Amitiés.

Philippe 10/08/2015 14:02

Rebonjour M. Le Nocher,

Avez-vous vus certains des films suivants, en parlant de ce genre de moyens - prostitution occasionnelle, escort girl ( oui, je sais qu'il ne faut pas confondre avec la prostitution ) ou strip-teaseuse - auxquels des étudiantes ont recours pour se financer ?
Mes chères études, avec Deborah François.
Jeune et jolie, de François Ozon, avec Marine Vacth.
Léa, avec Anne Azoulay ( et la regrettée Ginette Garcin dans le rôle de sa grand-mère ).
Elles, avec Juliette Binoche, Joanna Kulig, Anaïs Demoustier.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mes_ch%C3%A8res_%C3%A9tudes

http://www.amazon.fr/Mes-ch%C3%A8res-%C3%A9tudes-D%C3%A9borah-Fran%C3%A7ois/dp/B004DJPFXQ/ref=cm_cr_pr_product_top

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeune_et_Jolie_(film)

http://www.amazon.fr/Jeune-Jolie-Fr%C3%A9d%C3%A9ric-Pierrot/dp/B00CRF4S0O/ref=cm_cr_pr_product_top

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9a_(film,_2011)

http://www.amazon.fr/L%C3%A9a-Anne-Azoulay/dp/B006MNQV84/ref=cm_cr_pr_product_top

https://fr.wikipedia.org/wiki/Elles_(film,_2012)

http://www.amazon.fr/Elles-%C3%89dition-Collector-Juliette-Binoche/dp/B007KDA3PM/ref=cm_cr_pr_product_top

Cordialement

Claude LE NOCHER 10/08/2015 16:56

Cher Philippe
En effet, le cinéma a traité le phénomène en question à quelques reprises. "Escort girl", la moindre prostituée de base utilise aujourd'hui cette formule, plutôt réservée à la prostitution de luxe. Où est la frontière, d'ailleurs, entre la fille qui fait du strip-tease (en Club ou dans des Festivals de l'Erotisme, par exemple) et l'activité prostitution, je ne sais trop pour ma part.
Répétons-le, il ne s'agit probablement que de quelques étudiantes, mais on n'a pas l'impression que quiconque cherche des remèdes. On parle hypocritement de "jeunes femmes aimant faire la fête" (y compris dans le cas de cette Eva) alors que c'est parfois un moyen de racoler ou de vendre des stupéfiants. En outre, le strict proxénétisme d'antan semble avoir cédé la place à des "réseaux" mais le résultat est-il si différent ? Vaste question.
Amitiés.

Philippe 09/08/2015 23:54

Rebonjour M. Le Nocher,

Cela n'a guère de rapport, sauf la proximité géographique car l'histoire s'est passée dans les Pyrénées et peut-être des deux côtés, français et espagnol.
Mais aujourd'hui j'ai repensé à un livre de Christian Bernadac - davantage connu, je vous le concède, pour ses ouvrages journalistiques sur la Seconde Guerre mondiale et surtout les crimes nazis dont ceux des médecins - dont vous connaissez sans doute le titre, que vous l'ayiez lu ou non ?
" Madame de... , qui vivait nue parmi les ours, au sommet des Monts Perdus " , France-Empire, 1984.
J'avais ce livre, mais je l'ai égaré, il faudra que je le rachète.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_Bernadac

Ce livre parle d'une histoire vraie que vous connaissez peut-être ?
( Il me revient d'avoir lu un chapitre dans les " Histoires extraordinaires " de Pierre Bellemare, Jacques Antoine, Jean-François Nahmias, Jean-Paul Roulland. )

https://fr.wikipedia.org/wiki/Vicdessos

https://fr.wikipedia.org/wiki/Femme_sauvage_du_Vicdessos

https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Gard%C3%A8re

Je ne connaissais pas Michel Gardère, mais je vois que lui aussi s'est intéréssé à cette histoire dans son livre documentaire " La femme sauvage " ( Presses de la Cité, collection Terres de France, 2011 ).

" Suivent divers ouvrages documentaires sur la gastronomie, le Sud-Ouest et ses spécialités. Depuis 2009, il écrit des romans policiers avec comme héros un curé de campagne gascon et gastronome. "

M. Le Nocher, vous pourriez voir si certains de ces polars, régionaux donc, valent une chronique ou du moins une lecture ?
Cela fait penser aux polars - mais historiques ceux-là - de Michèle Barrière ( ou Barrère ).

Aviez-vous - ce n'est pas mon cas - entendu parler de l'auteur Isabelle Sandy, méconnue aujourd'hui mais semble-t-il dotée d'un grand talent en son temps ?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Isabelle_Sandy

http://www.ariegenews.com/news/news_4936_isabelle-sandy-esquisse-d-un-destin.html

Ce dernier lien que je n'ai fait que survoler donne une idée.

Cordialement

Claude LE NOCHER 10/08/2015 06:37

Bonjour Philippe
J'avoue ne pas connaître les romans de Michel Gardère, ni Isabelle Sandy. Cette dernière est un personnage qui devrait intéresser les Amis de Régis Messac, puisque son œuvre écrite remonte à l'époque qu'ils traitent.
Je vois qu'Isabelle Sandy a (entre autre) été publiée dans Le Petit Echo de la Mode. Je me souviens fort bien que ma mère y fut abonnée des années 1950 à 1970. Ce magazine de mode parisien fut publié pendant plus de cent ans. Parisien ? Oui et non, car si sa conception se faisait à Paris, sa fabrication était décentralisée :
http://www.chatelaudren.fr/fr/information/29507/le-petit-echo-mode
Il fut un temps où les tissus et les vêtements, même de grandes marques, n'étaient pas importés du bout du monde.
Quant à ce roman de Bernadac, ou plutôt du cas de "La femme sauvage du Vicdessos", il est vrai qu'on a recensé en France quelques affaires similaires, mal explicables. Assez fréquents étaient les cas "d'enfants sauvages" au 18e, abandonnés par des familles déjà trop nombreuses, ayant (un temps) survécu.
Amitiés.

Philippe 09/08/2015 22:54

Bonjour M. Le Nocher,

Je me doute bien que vous aviez déjà prévu de chroniquer ce roman depuis un certain temps, et n'avez pas été influencé par l'actualité des derniers jours.
Mais je suppose que vous avez remarqué la similitude entre un épisode de ce livre, le trafiquant de drogue retrouvé mort dans une valise, et ce qui s'est passé à Toulouse cette semaine ? Cette étudiante à Toulouse - et c'est la ville d'où vient le policier Axel Meyer dans " Au fer rouge " - dont le corps a été retrouvé dans une valise, dans le cadre a révélé l'enquête d'un trafic de drogue entre étudiants ?

Cordialement

Claude LE NOCHER 10/08/2015 06:49

Bonjour Philippe
Sur un forum, j'ai lu qu'un internaute rappelait (autour de cette histoire toulousaine) : "Il existe des étudiantes qui se prostituent et vendent de la drogue pour payer leurs études. Elles ont une belle clientèle de gros porcs fachos, en général, brutaux et mauvais payeurs." Je crains que, s'il ne s'agit évidemment pas de la majorité des étudiantes, ces situations (trafic + prostitution) soit négligées par nos autorités policières et judiciaires. Pourtant, comment expliquer autrement le train de vie de certaines étudiantes (j'en ai connu une naguère qui possédait à 22 ans son propre 4x4 et un appartement coquet personnel) ? Certes, cette Eva était endettée, nous dit-on. Oui, car la plupart des "petits dealers" ne sont qu'en bout de filière, gagnant finalement peu. Quant au "scénario" de ses assassins, inspiré de la fiction parait-il, c'est du n'importe quoi.
Amitiés.

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