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4 octobre 2015 7 04 /10 /octobre /2015 04:55

En 1962, Jamie Morton avait six ans. Sa famille et lui habitaient Harlow, une bourgade du Maine. Très pieuse, la population méthodiste accueillit avec enthousiasme le jeune pasteur Charles Jacobs. Avec sa séduisante épouse Patsy et leur enfant, ils venaient de Boston. Le dynamisme du révérend, et le charme de sa femme, permirent d'augmenter le nombre de paroissiens. Jamie Morton fut très impressionné par la passion de Charles Jacobs pour l'électricité. La maquette du Lac de la Paix en était l'illustration. Surtout, le pasteur réalisa une sorte de miracle. Conrad, un des frères de Jamie, fut victime d'une extinction de voix risquant d'être définitive. Grâce à son Stimulateur Nerveux Électrique, le révérend Jacobs réussit à guérir Conrad. Coup de chance peut-être, le bricolage étant à peine au point.

Trois ans après leur installation à Harlow, survint le tragique accident de l'épouse et du fils du pasteur Jacobs. S'il subit un monstrueux choc psychologique, cela n'expliquait qu'en partie le Terrible Sermon qu'il adressa quelques jours plus tard à ses fidèles. Peu après, quand il quitta la région, Jamie fut le dernier à lui dire au revoir. Le seul qui ait compris sa fascination pour la foudre, probablement. Dès ses treize-quatorze ans, Jamie s'avéra très doué pour la guitare. Non pas pour le tranquille folk, comme Conrad, mais pour le tempo du rock'n'roll. Dès son entrée au lycée, Jamie intégra les Chrome Roses, et fut convaincant dès le premier concert. Ce qui lui accorda davantage d'assurance : c'est ainsi qu'il devint le petit ami de la belle Astrid. Puis il entama une carrière de musicien, de 1978 à 1992.

À cause d'un accident de moto qui endommagea sévèrement sa jambe, Jamie goûta à la morphine. D'autres drogues suivirent, ce qui fut nuisible à son métier. Lors d'une foire en Oklahoma en 1992, Jamie recroisa Charles Jacobs. Son spectacle des Portraits à la Foudre avait un certain succès. Après avoir apporté quelques soins au junkie Jamie, il lui montra son atelier de Tulsa. Jacobs y poursuivait ses expériences sur le potentiel de l’Électricité secrète. Utilisant des électrochocs de sa conception, l'ex-pasteur réussit à guérir Jamie de son addiction pour les drogues. Jamie fut un temps son assistant, non sans noter que les spectacles de son mentor pouvaient entraîner d'étranges effets secondaires. Hallucinations dont la jeune Cathy Morse ne fut pas la seule victime, Jamie les ressentant parfois aussi.

Ayant eu l'opportunité d'un nouveau départ sur des bases saines, Jamie s'installa près des Rocheuses, à Nederland. Au ranch de Hugh Yates, que Jacobs avait guéri de sa surdité non sans séquelles, il s'occupa du studio d'enregistrement musical. Ce n'est qu'en 2008 qu'ils entendirent à nouveau parler du pasteur. Il avait modifié son nom en C.Danny Jacobs, et présentait sous chapiteau un grand show où il prétendait miraculeusement guérir la plupart des personnes souffrantes. Hugh et Jamie se déplacèrent pour ce spectacle. Un public crédule semblait fanatisé : “J'étais abasourdi. Chaque mot est un mensonge, ils doivent bien s'en rendre compte.” Non, ayant totalement foi en lui, espérant leur guérison, la foule des malades et des handicapés le dévorait des yeux, en extase.

Au lieu de rompre tout lien avec Charles Jacobs, Jamie chercha à vérifier l'authenticité des miracles qu'il s'attribuait. Avec l'aide de Brianna Donlin (dite Bree), qui avait la moitié de son âge, Jamie recensa les divers degrés de "réussite" quant aux personnes traitées par le prédicateur. En tout cas, il n'y eut pas d'issue heureuse pour l'histoire de Cathy Morse. Jamie finit par trouver l'adresse personnelle de Jacobs à Latchmore, propriété rurale dans l’État de New York. Comptait-il vraiment ne plus se consacrer qu'à ses expériences sur l'Électricité secrète ? Pour le bien de l'Humanité ou dans quel autre but ?…

Stephen King : Revival (Albin Michel, 2015)

Stephen King est le plus inspiré des conteurs, le plus magistral des narrateurs. Ce n'est pas une opinion, il s'agit d'une évidence. Rares sont les écrivains capables "d'embarquer" leurs lecteurs comme il le fait si bien. Il le démontre une fois encore avec ce “Revival”. Si l'on s'attend à un roman d'horreur effrayant, si l'on espère une dualité du Bien contre le Mal, on se trompe de lecture. Le personnage sombre de cette intrigue, le pasteur Jacobs, est un homme sympathique dont les actes n'ont rien de répréhensibles. Un passionné d'électricité tel que lui est, dans la majorité des cas, un bon bricoleur juste trop concentré sur son sujet. La tension existe, au fil du récit, mais elle est beaucoup plus subtile. Car ici, l'écriture est limpide et stylée, privilégiant le parcours de vie de Jamie Morton.

C'est sous les auspices des précurseurs et autres grands de la littérature fantastique (de Mary Shelley, Bram Stoker, H.P.Lovecraft, jusqu'à Robert Bloch) que Stephen King place ce roman. Il est assez chevronné pour ne pas tomber dans les ornières du caricatural, en chargeant les effets. Bien sûr, l’Étrange domine cette histoire, entre miracles supposés et magnifiques hallucinations. On apprécie autant d'autres aspects, tel le Terrible Sermon. Pour le pasteur, ça exprime une remise en cause définitive de sa foi ; pour les lecteurs, ce doit être une mise en garde contre la multiplicité des doctrines religieuses. Censées nous consoler dans les moments difficiles, leurs promesses d'un paradis ne serait qu'une arnaque, suggère ledit sermon.

Plus souriant, l'auteur fait allusion à “Joyland”, un de ses titres précédents. Ou s'amuse au sujet des rythmes musicaux rock'n'roll (“Toutes ces conneries commencent en Mi”). Et il nous offre un souvenir de la décennie 1960, non dénué d'une part de nostalgie. Époque si différente, qu'il restitue avec intelligence. Toute la virtuosité de Stephen King se retrouve dans ce roman impeccable.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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commentaires

Philippe 05/10/2015 16:25

Dans " La Nuit du chasseur " , vous aurez trouvé remarquable comme moi que les mômes trouvent refuge auprès d'une vieille dame qui sait manier le fusil, interprétée par Lilian Gish qui fut une grande star du cinéma muet. Et que le père de ces enfants, qui en prison en attendant son exécution confie son secret des bijoux - qui se révéleront cachés dans la poupée de la fillette - à son co-détenu ( Mitchum ) qui une fois sorti ira agresser cette famille, soit joué par Peter Graves, qui sera Jim Phelps, le chef de " Mission : Impossible " .

Cordialement

Claude LE NOCHER 05/10/2015 16:43

Bonjour Philippe
Pour en revenir à nos pasteurs, il y en aura aussi un dans le roman que je chronique demain matin. Il tient un rôle moins conséquent, mais il a une manie amusante. Lui appartient à l’Église du Christ Universel, peut-être invention de l'auteur.
Amitiés.

Philippe 05/10/2015 16:18

Bonjour M. Le Nocher,

Il m'est avis qu'a pu vous trotter dans la tête le film " Les Tueurs " ( 1946 ), de Robert Siodmak, ce film-là étant avec Burt Lancaster dans le rôle d'un brave garçon qui attend dans une chambre d'hôtel qu'on vienne le tuer, sans chercher à y échapper.
C'est l'une des trois versions d'une nouvelle d'Ernest Hemingway. Les autres étant un court-métrage dont je ne sais plus la référence - facile à trouver en recherchant " Les Tueurs " - et le film de 1964 de Don Siegel ( connu surtout pour avoir réalisé " L'Inspecteur Harry " en 1971, le premier opus de 5 films avec Clint Eastwood ). Film moins bon que la version de Siodmak, mais qui a particularité d'être le dernier film de la carrière d'acteur de Ronald Reagan avant qu'il ne se lance en politique, se faisant élire gouverneur de Californie vers 1965.
Je pense que vous connaissez les Editions Rouge Profond, qui publient entre autres des études sur le cinéma ?
J'avais acquis, et je vous le recommande, l'ouvrage " Les Trois vies des Tueurs " ( paru vers 2012, vous trouverez l'auteur que j'ai oublié ), les trois vies désignant les trois versions filmées de la nouvelle d'Hemingway.

Cordialement

Philippe 05/10/2015 01:07

Robert Mitchum, vous aurez vous-même corrigé, pas Burt Lancaster, dans " La Nuit du chasseur " ( 1955 ), seul film réalisé par l'acteur Charles Laughton, né britannique puis devenu américain, surtout connu pour le rôle du capitaine William Bligh dans la version de 1935 des " Révoltés du Bounty " ( avec Clark Gable dans le rôle de Fletcher Christian ). Ou pour celui, sympathique de l' " Extravagant Mister Ruggles " .
L'histoire de " La Nuit du chasseur " , où Mitchum s'appelle Harry Powell, est inspirée de la vraie histoire de Harry Powers,

https://fr.wikipedia.org/wiki/Harry_Powers

qui sévit en Virginie-Occidentale et fut pendu à Moundsville en 1932.
David Grubb naquit dans cette ville en 1919 et connut cette affaire dans son enfance, en tirant son roman qui fut adapté dans le film.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Davis_Grubb

Cordialement

Claude LE NOCHER 05/10/2015 05:53

En effet, Philippe, vous avez créé la confusion dans mon esprit avec Burt Lancaster, c'est le cynique Robert Mitchum qui effraie les mômes dans "La nuit du chasseur".

Philippe 04/10/2015 17:03

En fait, si, " Elmer Gantry " a bien un contexte religieux, plus que ce dont je croyais me souvenir. Et c'est sorti en 1960.

https://en.wikipedia.org/wiki/Elmer_Gantry_(film)

Cordialement

Claude LE NOCHER 04/10/2015 17:45

Pour ma part, j'ai un faible pour "La nuit du chasseur" avec Burt Lancaster en vrai-faux prédicateur, dont les poings sont tatoués "hate" et "love".

Philippe 04/10/2015 16:52

Bonjour M. Le Nocher,

Bien que ce ne soit pas dans un registre religieux, votre chronique me fait penser au film " Elmer Gantry " avec Burt Lancaster, qui joue un charlatan sympathique. Mais sans doute suis-je influencé par l'année de sortie de ce film, dans les années 1960 aussi, à moins q'il ne soit un peu plus tardif, vers 1975 alors.

Par ailleurs, la coïncidence fait que le site Murder By Gaslight, qui raconte des affaires criminelles réelles aux Etats-Unis au 19ème siècle ( je vous en ai déjà parlé en indiquant qu'il y avait un article chaque samedi ), évoquait hier l'histoire d'un pasteur .

http://www.murderbygaslight.com/2015/10/the-north-carolina-tragedy.html

un pasteur baptiste, alors que dans ce roman de Stephen King c'est un pasteur méthodiste.
J'avoue ne pas m'y connaître assez en courants au sein du protestantisme pour savoir les différences entre tendances, les Baptistes, les Méthodistes ou autres. Bien que le sujet ne manque pas d'intérêt.

Cordialement

Claude LE NOCHER 04/10/2015 17:44

Bonjour Philippe
"Revival", p.83/84, extrait du Terrible Sermon : "...Je me suis intéressé aux différentes branches du christianisme. Bon sang, mes amis, j'ai été surpris par leur nombre ! Quel Tour de Doctrines ! [sous entendu : Tour de Babel] Catholiques, épiscopaliens, méthodistes, baptistes - des deux sortes, les souples et les rigides -, Eglise d'Angleterre, anglicans, luthériens, presbytériens, unitariens, Témoins de Jéhovah, Adventistes du septième jour, quakers, shakers, orthodoxes grecs, orthodoxes d'Orient, shilohites - n'oublions pas les shilohites [du village voisin] - et encore une cinquantaine d'autres..."
Le problème de la foi religieuse n'est pas la croyance par elle-même, mais les centaines ou milliers de traductions cultuelles existant tant aux Etats-Unis que dans le monde entier. Pour le catholicisme, la chrétienté, l'Islam musulman, le bouddhisme et autres religions. En Amérique, les prédicateurs font toujours leur show - et c'est un sacré bizness, quelle que soit leur véritable connaissance des préceptes religieux. Etudier ce phénomène, c'est le meilleur moyen de devenir athée.
Amitiés.

The Cannibal Lecteur 04/10/2015 11:49

Hello, Claude ^^

Il est arrivé sur mon tas à lire... dès que j'ai du temps, je le commence ;-))

Claude LE NOCHER 04/10/2015 11:55

Salut Belette
Dès que tu vas entamer la lecture, tu seras immédiatement hypnotisée et tu dévoreras ce livre comme je l'ai fait. De l'excellent Stephen King ! ! !
Amitiés.

Max 04/10/2015 11:27

Bonjour Claude,
Indiscutable, Stephen King est un narrateur d'exception ! Et il sait admirablement mettre en scène des enfants.
Pas mal de retard dans la lecture de ses bouquins, une bonne dizaine encore à lire...
Amicalement,
Max

Claude LE NOCHER 06/10/2015 15:59

Salut Dom
J'ai ajouté un lien avec ta chronique. Oui, du super King, comme on aime le savourer !
Amitiés.

el mocho 06/10/2015 14:06

pareil, que toi amitiés
excellent livre Claude

Claude LE NOCHER 04/10/2015 11:38

Bonjour Max
L'enfance et l'adolescence de Jamie, racontées par lui-même, sont très bien vues. J'ai sauté quelques titres de Stephen King, mais je confirme que sa maturité d'écriture nous offre de très bons romans, voire remarquables comme celui-ci.
Amitiés.

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