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24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 04:55

À Londres, le policier Max Wolfe élève seul sa fille de cinq ans, Scout. Ils habitent un vaste loft. Avec le turbulent jeune chien Stan, un cavalier king-charles, Wolfe tente de composer une sorte de famille à trois. Membre d'une unité anti-terroriste, il a été récompensé par la Queen's Police Medal pour une action spectaculaire. En ce mois d'octobre 2008, Max Wolfe a intégré la brigade des homicides de West End Central, au 27 Saville Row. Son supérieur Mallory et l'équipe d'enquêteurs l'adoptent sans problème. Ce n'est pas le cas d'Elizabeth Swire, la surintendante principale, qui lui garde rancune. Mallory et Wolfe sont chargés du meurtre d'Hugo Buck, banquier âgé de trente-cinq ans, qui vient d'être égorgé dans son bureau au petit matin. Un crime de professionnel, sans témoin. Il serait trop facile d'accuser l'épouse de la victime, Natasha Buck, malgré une récente et sérieuse dispute.

C'est dans une ruelle qu'est découvert un SDF égorgé de la même façon que le banquier. Une deuxième inscription "porc" figure près du lieu du crime, comme pour le premier cas. Il s'agissait d'un junkie, mais possédant un hautbois, ce qui suppose une origine sociale aisée. En effet, Adam Jones fut vingt ans plus tôt un condisciple de Hugo Buck à Potter's Field, un collège privé traditionnel. La mère d'Adam Jones admet qu'il existait une part d'obscurité chez son fils. Wolfe remarque la même photo de groupe que chez le banquier. Ainsi qu'un tableau signé JS, comme chez Hugo Buck. Le policier saura bientôt que ce sont des œuvres de James Sutcliffe, un des sept jeunes sur la photo de groupe. Mal dans sa peau, le jeune peintre s'est suicidé a dix-huit ans lors de vacances en Italie.

Il reste quatre hommes vivants parmi ceux qui figuraient sur la photo de groupe de Potter's Field : Guy Philips, l'homme d'affaire Salman Khan, le militaire Ned King et son jumeau, le politicien Ben King. Les policiers les ont vus aux obsèques de Hugo Bock, avant de leur rendre visite à chacun. Pour Wolfe, “Cette petite bande tournait autour des frères King. Avec Ben en chef de meute. Guy Philips était leur pitbull, Salman Khan leur caniche. Hugo Buck était leur étalon, leur athlète. Quant à Adam Jones, il suivait juste le mouvement… Sutcliffe était le seul vrai rupin. Le seul parmi eux dont la fortune familiale remontait à plusieurs génération. Il était leur héros.” Alors que les policiers se rendent à Potter's Field, l'assassin s'attaque tout près de là à Guy Philips. Gravement touché, il est hospitalisé mais il y a peu de chances qu'il survive au début d'égorgement.

Max Wolfe a frôlé la mort à cette occasion. Sur Internet, circule une vidéo le montrant en fâcheuse posture. Sans doute a-t-elle été postée par “Bob le Boucher”. C'est cet inconnu que l'on soupçonne depuis le début d'être le tueur en série. Wolfe et Mallory ne croient pas en cette hypothèse. Puisque c'est celle de la surintendante Elizabeth Swire, elle va essayer de le provoquer par voie de presse, grâce à une alliée journaliste. Max Wolfe préfère une autre piste, la galerie de tableaux Nereus Fine Art. Si ça le fait progresser d'un grand pas, révélant une sale histoire vieille de vingt ans, le tueur va causer d'autres victimes, dans les rangs de la police, et chez les rescapés du groupe de Potter's Field…

Tony Parsons : Des garçons bien élevés (Éd.de la Martinière, 2015)

Si c'est effectivement un roman d'enquête, les investigations n'ont rien de balisées ni de simplistes dans cette affaire. Certes, le lecteur a un avantage : on nous décrit dès le début la cause de la série de meurtres sanglants. On comprend quelle est la culpabilité des sept anciens étudiants. La vengeance, le plus classique des mobiles pour un assassin. L'intrigue s'avère astucieusement construite, nous laissant découvrir d'autres éléments, essaimant les indices.

Parmi ceux-ci, “The murder bag” du titre anglais d'origine : il s'agit de la toute première version d'une mallette de scène de crime, la "Valise de Gladstone" conçue en 1925. Les policiers exploreront ainsi le Black Museum de la police britannique, cherchant en particulier quel type de poignard très léger est utilisé par le tueur. Il est aussi question d'un œil de verre, conséquence de la scène datant de deux décennies plus tôt.

Le métier de policier n'empêche nullement d'avoir une vie privée. Trouver le bon équilibre lorsqu'on élève sans mère une enfant en bas âge, pas facile. Surtout quand on souffre d'insomnies chroniques, quand il faut s'occuper d'un chiot, et que respecter les horaires de la gamine est parfois compliqué. Passer du statut de héros anti-terroriste à flic ridiculisé dans une vidéo, il faut également assumer.

Le policier Max Wolfe n'est pas un personnage monolithique, c'est un pro chevronné doté d'une bonne dose de sensibilité. Mallory et son épouse l'ont bien compris, et les lecteurs en tiennent compte aussi. Max Wolfe s'expose au danger, tout en captant autant que possible la psychologie de celles et ceux qu'il interroge. Si “Bob le Boucher” n'est pas que le pseudo d'un pervers virtuel, Wolfe progresse vers une vérité moins flagrante. Un suspense dans la meilleure des traditions, un roman de qualité pour amateurs de polars efficaces et inspirés.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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commentaires

Philippe 24/10/2015 18:54

Rebonjour M. Le Nocher,

D'où vient le nom de la valise de Gladstone ?
C'est sans doute un autre Gladstone, un scientifique forensique, que l'homme politique de l'époque de la reine Victoria, puisqu'il était mort depuis longtemps ( vers 1890 ) en 1925 ?
Le prénom féminin Scout passe mal en français, il faut bien le dire, du fait de son homonymie avec le nom commun. Je n'ai rencontré ce prénom qu'une fois jusqu'à présent, c'est celui d'une des filles de Bruce Willis et Demi Moore.
Sutcliffe est un nom anglais assez courant, mais dans un contexte policier, rappelons qu'il y a eu le cas réel de Peter Sutcliffe, l'Eventreur du Yorkshire.
Coïncidence : je vous ai sans le vouloir amené à parler d'Oscar Wilde. Et il se trouve que dans le livre que vous chroniquez aujourd'hui, la brigade de police se trouve sur Saville Row. La coïncidence, c'est que Wilde a écrit " Le Crime de Lord Arthur Saville " .
Potter's Field, cette école privée existe-t-elle ou est-elle fictive ?
Vous savez comme moi que quand on entend Potter's Field, on pense d'abord aux carrées des indigents dans les cimetières aux Etats-Unis.

Cordialement

Claude LE NOCHER 02/12/2015 11:25

En effet, Keisha, quand Philippe me posa la question, ce détail ne m'était pas revenu (c'est un roman riche, on ne note pas tout). Je viens de le vérifier : Jean-Louise, surnommée Scout, est la fille d'Atticus Finch dans "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur".
Amitiés.

keisha 02/12/2015 09:29

Je veux répondre à la réponse, bon, le commentaire ici là.
Scout c'est parce que c'est le personnage d'un livre aimé par la mère de Scout, voir page 52, il doit s'agir du roman de Harper Lee, je crois.

Claude LE NOCHER 24/10/2015 20:12

Bonjour Philippe,
Potter's Field se traduit par le Champ du Potier. En référence à l'Evangile selon St Matthieu : "Alors Judas, qui l'avait livré, voyant qu'il était condamné, se repentit, et rapporta les trente pièces d'argent aux principaux sacrificateurs et aux anciens, disant : J'ai péché en livrant un sang innocent. Mais ils dirent : Que nous importe ? tu y pourvoiras. Et, après avoir jeté les pièces d'argent dans le temple, il se retira, et s'en étant allé, il se pendit. Et les principaux sacrificateurs ayant pris les pièces d'argent, dirent : Il n'est pas permis de les mettre dans le trésor sacré, car c'est le prix du sang. Et ayant délibéré, ils en achetèrent le champ du potier, pour la sépulture des étrangers. C'est pourquoi ce champ-là a été appelé, jusqu'à aujourd'hui, le Champ du Sang. Alors s'accomplit ce qui avait été dit par Jérémie le prophète : Et ils ont pris les trente pièces d'argent, le prix de celui qui a été évalué et qu'ils ont évalué de la part des fils d'Israël ; et ils les ont données pour le champ du potier, comme le Seigneur me l'avait ordonné."
"La valise de Gladstone" est davantage un clin d'œil à une référence connue des Anglais. Je ne vais pas recopier l'histoire de cette mallette d'investigation, datant de 1925. Mais vous savez que depuis Bertillon, tous les services de police se voulaient novateurs. Et les Britanniques n'étaient pas les plus mauvais sur ce terrain.
Pourquoi "Scout" ? C'est peut-être le côté affectueux de ce nom. Je ne crois pas que l'auteur explique ça, en tout cas, ça ne m'a pas frappé. Peut-être que Anne, la mère de la gamine, aimait les scouts, après tout.
Saville Row, c'est une des rues les plus connues de Londres, d'abord pour ses tailleurs de vêtements de luxe (très haut-de-gamme), et pour l'ultime concert des Beatles donné (sans autorisation, mais sans intervention policière) sur le toit d'un immeuble de cette rue par ce groupe mythique. D'ailleurs, Stuart Sutcliffe fut un des membres originels des Beatles, ce qui explique aussi l'utilisation de ce nom.
Amitiés.

Alphabet et Co 24/10/2015 18:28

Bonjour, vraiment sympathique votre blog ! Comme d'autres, j'ai accroché au teasing de ce roman qui semble tenir en haleine du début jusqu'à la fin !

Claude LE NOCHER 24/10/2015 18:37

Merci.

Philippe 24/10/2015 15:18

Rebonjour M. Le Nocher,

Je viens de recevoir la newsletter de Librest et j'attire votre attention sur le titre :

http://www.librest.com/tous-les-livres/l-interlocutrice-genevieve-peigne-9782371000124.html

Ce n'est pas un polar, c'est de la littérature blanche, et pas de la fiction, mais cela parle de polars. La narratrice, à la mort de sa mère Odette, découvre qu'elle avait une collection de polars du Masque, et qu'elle annotait ces livres, alors qu'elle avait la maladie d'Alzheimer. Elle " répondait " à ce qu'écrivaient les auteurs de ces polars.

Cordialement

Claude LE NOCHER 24/10/2015 16:11

Bonjour Philippe
Ces réponses dans la marge des romans indiquent sans doute, une fois encore, que les livres sont un refuge, un espace qui ne se résume pas qu'à la lecture.
Je vois sur ce même site un livre sur Oscar Wilde, qui me semble fort intéressant, de Frank Harris, un auteur qui semble avoir voulu témoigner aussi sur son temps, la fin du 19e siècle, comme le montre le second livre évoqué "La bombe" :
http://www.librest.com/nos-lectures/tous-les-themes/la-vie-et-les-confessions-d-oscar-wilde-frank-harris-9782918619284.html
Amitiés.

covix 24/10/2015 11:04

cela semble palpitant, je ne suis pas fan de roman policier, mais j'ai l'impression que je me laisserai ferrer comme un poisson au bout de la ligne.
Bonne journée et fin de semaine
@ plus

Claude LE NOCHER 24/10/2015 11:15

Bonjour
C'est le genre de suspense auquel on adhère très vite... Une scène explosive pour débuter, une série criminelle, et un enquêteur sympathique : ça fonctionne !
Amitiés.

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