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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 06:30

Joseph Britton est un Américain blanc de trente-deux ans séjournant en Europe : “Son trait physique le plus caractéristique était encore ses yeux, qu'il avait d'un bleu près pâle, presque incolore, et ronds comme des billes. Bien qu'ils fussent d'une belle couleur, il n'émanait d'eaux aucune sensibilité. Son teint pâle mais légèrement hâlé de blond à la peau transparente et parsemée de tâches de son avait une coloration verdâtre. Sa barbe blonde se voyait à peine.” Désargenté, Joe loue une chambre chez l'habitant à Palma de Majorque. Venant de Paris, il végète là depuis cinq mois, ne parlant pas un mot d'Espagnol. Il vit aux crochets de son amante du moment, Pamela Grabs, arrivée ici de son côté. Elle est originaire de Boston, comme quelques Américains louant des villas à Majorque. Dont Roger et Douglas, chez lesquels Joe et Pam ont passé la soirée, la veille.

Buveur de gin invétéré, Joe apprécie de pouvoir en absorber des quantités à peu de frais, dans ce pays. Moroses lendemains d'ivresse pour lui : “Sa gueule de bois se traduisait par quelques grimaces en guise de remords… C'était toujours la même chose après une cuite : on ne se rappelait de rien. Si on y parvenait, les quelques souvenirs qui venaient titiller votre cerveau ne vous procuraient que du désespoir. C'était insupportable. À la moindre réminiscence, on n'avait qu'une envie : se trancher la gorge.” Le gros problème de Joe, c'est qu'il ne sait plus trop ce qu'il fait s'il est en état éthylique : “D'habitude, quand je suis pété, je continue à me déplacer, à parler et à agir normalement. Seulement, je ne me rends compte de rien. J'ai des trous de mémoire. C'est l'absence totale.”

Lorsque le policier Sabater (des services secrets espagnols) interroge Joe, il ne peut lui raconter que des bribes anecdotiques de la journée précédente, très arrosée. N'ayant pas les moyens financiers de quitter l'île, la priorité serait de retrouver Pam. Joe croise Ramon, qui se dit avocat. C'est ce dernier qui l'aurait raccompagné à son logement quand Joe est revenu à Palma. Ramon lui offre un bon repas dans une auberge, avant que Joe ait affaire à une bohémienne de mauvais augure.

Joe retourne à Puerto de Pollensa, chez Roger et Douglas, espérant retrouver Pam et éclaircir ses souvenirs disparus. Susie et Nookie, couple qu'il a rencontré la veille lui apprennent qu'il y a eu meurtre. Et qu'il pourrait être suspect, ayant eu une vive altercation avec la victime. Le couple a peut-être un plan de fuite pour Joe, grâce à des contrebandiers pouvant l'amener à Tanger. Volant une voiture de touristes, l'Américain préfère retourner à Palma. Retrouvant Ramon, il doit d'abord démêler un problème marital avec deux prostituées bohémiennes. Faute d'argent, sans nouvelle de Pam, Joe doit-il compter sur Ramon, Susie et Nookie pour s'en sortir ?

Chester Himes : Un joli coup de lune (Points, 1989)

Ce roman de Chester Himes (1909-1984) fut publié en 1988 aux éditions Lieu Commun, puis réédité en poche chez Points l'année suivante. L'action se déroule en Espagne (encore franquiste), où l'auteur s'installa dès 1965 jusqu'à son décès. Si Chester Himes évoqua surtout les Noirs dans ses livres, ce sont ici des Américains blancs qui en sont les héros. Des gens de la bonne société de Boston, claquant leur argent sous le soleil espagnol. Un milieu auquel n'appartient pas Joe Britton, gigolo sans fortune ni grand avenir. Il est plongé dans une cascade de mésaventures, dues à sa mémoire défaillante (à cause de l'abus de gin). Une histoire agitée à souhaits.

Hormis l'intrigue, il faut souligner l'écriture de Chester Himes. Percutante, dans les scènes d'action ; impeccable, quant aux dialogues ; précise dans les descriptions. Exemple avec cette auberge où débarque Joe : “Près de l'entrée, des tonneaux de vin à robinets de bois s'entassaient jusqu'au plafond. Plus loin se trouvait le comptoir, devant des étagères remplies de bouteilles souillées de chiures de mouches. Au fond de la salle, des tables étaient occupées par des hommes au masque grave qui buvaient à longs traits solennels leur vin blanc. Il n'y avait aucune femme. La fumée des cigarettes conférait à l'air une certaine épaisseur. L'endroit paraissait incroyablement sale, la nourriture peu appétissante.” En quelques lignes, on est immédiatement dans l'ambiance du lieu.

Un roman bien moins connu que sa série avec Ed Cercueil et Fossoyeur Jones, mais qui mérite d'être lu ou relu.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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