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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 05:55

Le commissaire Jury, de Scotland Yard, est contacté par Tom Williamson. Riche héritier de son épouse Tess, décédée seize ans plus tôt, il n'a jamais cru en la version officielle de sa mort, par accident. Elle aimait séjourner dans leur propriété du Devon. C'est là qu'elle fit une chute dans l'escalier extérieur. Malgré ses vertiges, l'endroit lui était connu. Suicide ou meurtre, Williamson voudrait être fixé, car il pourrait s'agir d'une vengeance. Six ans auparavant, Tess avait invité un groupe d'enfants dans la propriété. On déplora la mort de la petite Hilda, dix ans. Il faudra retrouver les témoins d'époque, les plus lointains faits remontant donc à plus de vingt années. À Exeter, non loin du domaine Williamson, le policier Brian McCalvie garde un souvenir sentimental de la très séduisante Tess, digne d'une héroïne d'un roman de Thomas Hardy. Avec Jury, ils visitent la demeure désertée.

Dans le même temps, Richard Jury fait des passages chez son ami aristocrate Melrose Plant. Les habitants amicaux du village voisin, à une heure de Londres, ont coutume de l'y voir séjourner. On découvre le cadavre d'une jeune femme, Belle Syms, qui a chuté d'une tour pittoresque des environs. Là encore, suicide ou meurtre sont plus probables qu'un banal accident. Belle Syms étant vêtue d'une tenue chic, on peut penser à un rendez-vous amoureux clandestin. D'ailleurs, au pub le Blue Parrot et au modeste hôtel du village, on a remarqué cette personne et son supposé mari. Ami des chiens, le commissaire Jury s'est intéressé, peu avant que soit trouvé le corps, à une bête en divagation. Ce Stanley (c'est le nom sur sa plaque) appartient sûrement au compagnon de Belle Syms. Toutefois, cette histoire recèle des apparences qui font penser à un célèbre film classique, selon Jury.

Chacun de son côté, Jury et son adjoint le sergent Wiggins vont interroger les personnes présentes lors de la mort de la petite Hilda, ayant par conséquent connu Tess. L'une est désormais dans la mode, un autre est un littéraire passionné de cuisine, un troisième (qui fut le préféré de Tess) est maintenant médecin-chercheur. “Il y a des gens comme ça. Plus on les déteste, plus ils se sentent importants. Je ne dis pas que Hilda ne le méritait pas. Cette fille était un sac d'embrouilles” témoigne encore une des anciennes fillettes invitées. Elaine Davies, l'adulte qui était censée ce jour-là seconder Tess, confirme ce qu'en disent tous ceux qui fréquentèrent Hilda. Jury devrait-il s'arrêter sur un indice, des plants de cytises toxiques dans la propriété Williamson ? Le cadavre d'un homme est découvert au village de Melrose Plant : il existe évidemment un lien avec la mort de Belle Syms…

Martha Grimes : Vertigo 42 (Presses de la Cité, 2016)

Bien sûr, Martha Grimes fait allusion ici au film "Vertigo", d'Alfred Hitchcock (en français "Sueurs froides", adaptation du suspense de Boileau-Narcejac "D'entre les morts"). “Ce qui est tordu, c'est l'utilisation du vertige comme ressort dramatique… Ainsi tout le scénario repose sur une faille psychologique. Plutôt risqué de la part de l'auteur – dans ce cas Hitchcock. Si la mise en scène fait mouche, on ne peut pas dire que l'intrique soit très bien ficelée” estime un des personnages (occultant le roman d'origine). Il est vrai que l'intrigue imaginée par l'auteure est nettement plus sinueuse, traitant de plusieurs crimes (ou possibles meurtres) passés et présents, à la fois.

Entrer dans l'univers concocté par Martha Grimes, c'est admettre par avance que l'on ne va pas brusquer les choses. Le commissaire Jury mène ses enquêtes méthodiquement, et sans précipitation. Il n'a pas tort, car les mystères auxquels il est confronté sont riches en complexité, en pistes à suivre, en hypothèses même improbables. Jury prend le thé chez les témoins interrogés, se rattrape avec des breuvages plus corsés chez son ami Melrose Plant ou en passant au pub, il s'intéresse aux chiens et aux belles demeures de style, il est autant à son aise à Londres que dans un petit village traditionnel.

Certes, Jury sera un peu plus déstabilisé quand il découvrira des combats de chiens, dans une cage d'ascenseur et dans une cave sinistre. Néanmoins, il conserve un certain flegme et fait fonctionner son cerveau. Le sergent Wiggins mène sa part d'investigations, tandis que le noble Melrose Plant apporte (avec son entourage) quelques sourires au récit. Dans l'ambiance british, une toute nouvelle aventure de Richard Jury, à déguster.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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commentaires

Philippe 29/01/2016 17:44

Kathleen Winsor sans D, pas comme la famille royale d'Angleterre.

Vertigo 42, j'ai bien vu ma coquille Verigo.

Claude LE NOCHER 29/01/2016 18:34

Comme on dit en breton : "Errare Humanum Est".

Philippe 29/01/2016 17:36

Bonjour M. Le Nocher,

Je suppose qu'il faut le lire pour savoir ce que signifie le chiffre 42 dans Vertigo 42 ?

En outre, je ne dis pas qu'ici le mari est le coupable, peut-être pas, mais une histoire de mort suspecte de la femme retrouvée au pied d'un escalier me fait penser, et vous aussi sans doute, au cas de Michael Peterson. Vous savez, cet écrivain américain, auteur entre autre de polars, dont la femme a été retrouvée morte au pied de l'escalier de leur maison.
Le réalisateur français Jean-Xavier de Lestrade ( par ailleurs auteur du documentaire sur Brenton Butler, ce jeune homme noir de 16 ans à l'époque des faits, injustement accusé du meurtre d'une vieille femme blanche en Floride et formellement reconnu par le mari alors que sa race était absolument son seul point commun avec le vrai coupable ; après un calvaire judiciaire, son innocence a été reconnue et aujourd'hui encore il se déplace pour prévenir de possibles erreurs judiciaires ) avait fait le documentaire " Soupçons " ( ce qui est au passage aussi le titre d'un film de 1941 d'Hitchcock où Cary Grant est le mari soupçonné à tort par sa femme de vouloir la tuer ) , en anglais The Staircase.
Notons que là aussi dans le cas de Michael Peterson il y a, comme dans le roman " Vertigo 42 " , une seconde femme qui meurt apparemment d'une chute d'escalier. Ici c'est une femme morte en 1985, ce qui a été attribué à tort ou à raison à Michael Peterson.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Peterson

https://en.wikipedia.org/wiki/Soup%C3%A7ons

Rappelons, même s'il n'y a pas d'autre rapprochement que le titre, l'existence du polar The Spiral Staircase, de la Britannique Ethel Lina White - auteur de The Lady Vanishes, " Une Femme disparaît " , dont Hitchcock tira son film de 1938 avec Robert Donat ( ? ) - , adapté au cinéma par Robert Siodmak en 1946 ( White étant morte en 1944 ). Ce roman parut d'abord en 1941 environ sous le titre Some Must Watch ( tiré de la phrase " Some must watch while some must sleep " du Hamlet de Shakespeare ), mais fut retitré The Spiral Staircase dans des éditions postérieures au film. L'histoire se passe en Nouvelle-Angleterre, au début du 20ème siècle dans le roman, dans les années 1940 dans le film de 1946.
Il y eut un remake, un téléfilm de 2000 avec Nicolette Sheridan, se passant de nos jours.

Je cite aussi The Lost Staircase, un roman jeunesse anglais d'Elinor Brent-Dyer, paru en 1946 et réédité en 2004 par Girls Gone By Books.
Elinor Brent-Dyer écrivait des livres pour jeunes filles se situant dans des pensionnats, le genre school stories étant très populaire à son époque en Grande-Bretagne. Elle a notamment écrit la série The Chalet School.
Je m'éloigne en citant ce livre du polar, mais ce livre lui-même est un peu différent des autres de Brent-Dyer. Et l'aspect mystère, énigme n'est pas absent puisque l'héroïne s'évertue à retrouver dans une maison un escalier supposé exister mais qu'on ne parvient pas à localiser depuis des siècles, depuis l'époque du roi Charles II d'Angleterre - celui de la Restauration royale anglaise après la Révolution anglaise d'Oliver Cromwell - dans les années 1660.

En parlant de cette époque, relisons Forever Amber ( Ambre ) de Kathleen Windsor ( 1944 ) et revoyons " Ambre " ( 1947 ) avec l'actrice Linda Darnell qui mourut tragiquement dans un incendie en 1965. Se trouvant comme invitée dans une propriété, elle avait déjà réussi à sortir mais rentra à l'intérieur, ne voyant pas la fillette de la famille - et ignorant que cette enfant était déjà dehors. Dedans, le feu s'abattit sur elle et elle mourut à l'hôpital.
Triste histoire, qui au passage nous ramène à " Vertigo 42 " puisqu'il est ausi question de personnes réunies dans une propriété pour une fête et qu'un drame survient. Dans " Verigo 42 " , une fillette de dix ans qui meurt d'un accident et la femme de la maison qui se voit attribuer à tort ou à raison une part de responsabilité. Dans l'histoire de Linda Darnell, elle est morte en cherchant à sauver la fille de la maison.

Cordialement

Claude LE NOCHER 29/01/2016 18:33

Bonjour Philippe
Une remarque qui ne vous étonnera pas : je ne vois pas l'intérêt d'un remake actualisé de "Une femme disparaît", ce merveilleux film d'Hitchcock que j'ai visionné au moins cent fois.
A propos du cas Michael Peterson, je ne me prononcerai pas sur son innocence ou sa culpabilité. Le personnage semble quelque peu fabulateur, et probablement assez "instable". Toutefois, je pense que la Justice américaine a appliqué l'éternel principe : on désigne le coupable, on fournira des éléments à charge (aussi flous soient-ils, y compris via le cas de l'autre femme tombée dans un escalier). Ce principe m'avait choqué dans le livre de Patricia Cornwell "Jack l'Eventreur affaire classée" ou, ayant choisi "son" coupable, elle ne prouve absolument rien. Je constate que c'est aujourd'hui très fréquent, partout dans le monde, en particulier chez les universitaires. On choisit une version, et on l'étaie tant bien que mal. Généralement, c'est plutôt bancal, pour ne pas dire honteux.
Dans cette affaire, l'explication du suspect est, d'ailleurs, valable : alcool et médicaments ont entraîné bien des décès. Pour le reste, je n'ai pas assez d'élément pour affirmer quoi que ce soit.
"Vertigo 42", le titre est vite expliqué. Surtout, on y voit l'allusion à Hitchcock, évidemment. Certes, le Maître en fit un film excellent, mais j'eusse aimé que Mrs Grimes évoquât les auteurs de l'intrigue, Boileau et Narcejac. Car sans leur idée autour du vertige du héros, pas d'intrigue.
C'est une curieuse hantise, le vertige. Je n'ai que très peu éprouvé ce problème dans ma vie. Une fois, oui, mais c'était plutôt lié au "mal de mer" sur le navire entre Quiberon et Belle-Île, qu'à la hauteur. Il faut dire que c'était tôt le matin, et les effluves de gas-oil du bateau furent probablement la première cause de mon léger malaise.
Amitiés.

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