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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 07:45

Christoffer Carlsson : "Le syndrome du pire"

Originaire de Salem, dans l'agglomération de Stockholm, Leo Junker est aujourd'hui âgé de trente-trois ans. Quand le policier émérite Charles Levin remarqua les qualités du jeune agent Leo Junker, il lui fit intégrer le service des Affaires Internes. Leo se montra très efficace, jusqu'au fiasco d'une opération de police sur l'île de Gotland. Le but réel semblait être de piéger les flics. C'est ainsi que Leo tira sur un de ses confrères. Mis en congé-maladie, soigné psychologiquement, il comprit qu'on faisait de lui le bouc-émissaire dans cette affaire. En outre, il y avait eu quelques temps avant sa séparation d'avec la tatoueuse Sam Falk. Désormais, Leo ingurgite des calmants et se remémore le passé.

Salem n'était pas une ville agréable, avec ses pavillons tristounets, ses tours d'habitation trop hautes et trop grises, son château d'eau. C'est près de ce dernier bâtiment que Leo sympathisa avec John Grimberg, à l'époque de leur adolescence. Klas et Diana Grimbert formaient un couple moins équilibré qu'il y semblait. Leur fils “Grim”, comme il se faisait appeler, gérait beaucoup la vie de famille, et protégeait sa jeune sœur Julia. Créatif, Grim l'était sans doute. Ce fut bientôt en confectionnant de faux papiers d'identité, qu'il en fit la démonstration. Ce qui l'obligea à séjourner dans un camp d'été pour pré-délinquants. En son absence, Julia et Leo vécurent une relation amoureuse de plus en plus intime. Elle veilla à ce que son frère ignore leur romance. L'affaire tourna finalement mal pour Julia.

Dans l'immeuble de Léo, un meurtre a été commis au foyer associatif accueillant pour la nuit des SDF. Âgée d'environ vingt-cinq ans, Rebecca Salomonsson était une junkie et une dealeuse. On l'a abattue de très près. Bien qu'étant interdit de se prévaloir du titre de policier, Leo est le premier sur les lieux. Il remarque le collier que la victime serre dans sa main. L'objet a appartenu à quelqu'un que Leo connaissait bien. Il en dit le moins possible à son collègue Gabriel Birck. Il évite de lui parler des messages anonymes reçus depuis peu sur son téléphone. Par contre, l'aide de Charles Levin ne sera pas inutile, car celui-ci a une secrétaire qui fournit très rapidement les renseignements voulus. Leo contacte son ex-compagne Sam, proche de milieux underground. Si Rebecca était visée, pourquoi ne pas l'éliminer dans un endroit moins risqué ? s'interroge Sam…

 

L'adolescence de Leo Junker avec John et Julia Grimberg dans cette ville de banlieue qu'est Salem nous est racontée en alternance avec les faits actuels. C'est là que prend racine cette histoire, car on ne doute pas un instant qu'existe un lien entre les deux époques. Le “double récit” est mené avec une finesse exemplaire, soulignant le contraste entre l'ado Leo, qui s'est trouvé un ami et une petite copine, et le flic désabusé qu'il est devenu à cause de circonstances mal éclaircies. Heureusement pour lui, Leo le solitaire est moins seul qu'on pourrait le penser, pour cette enquête parallèle. Grâce aux réminiscences qui le hantent, de possibles réponses se font jour. Excellent roman noir jouant sur les ambiances autant que sur les caractères de singuliers personnages, avec aussi de courtes pauses un brin plus souriantes. Un suspense subtil et excitant.

Polars en poche, chez J'ai Lu : Marin Ledun et Christoffer Carlsson

Marin Ledun : "Au fer rouge"

À Bayonne, une cellule de police est détachée pour enquêter sur une affaire énigmatique, sous la direction du Toulousain Axel Meyer. Il a été prévenu par son supérieur, Maldjian, qu'ils risquaient fort d'être confrontés à un panier de crabes, entre séquelles politiques autour de l'ETA et trafics de drogue. Meyer est assisté d'Emma Lefebvre, jeune policière ayant entamé sa carrière après avoir fait partie des victimes des attentats de Madrid, en 2004. Hantée par le terrorisme, Emma est bien informée sur la complexité de la question basque, indépendantistes de l'ETA face aux brigades anti-terroristes des GAL au service de la police espagnole. Le troisième larron de l'équipe, c'est Simon Garnier. Ce flic corrompu mesure la dangerosité de ses relations avec celui qui orchestre la chienlit actuelle au Pays Basque.

Un trafiquant de drogue a été retrouvé mort dans une valise sur la plage du Penon, dans les Landes, après avoir vogué en mer bien qu'il ait été jeté à l'eau pas si loin. Il fallait s'y attendre : en Espagne, ce Domingo Augusti a été soupçonné de méfaits politisés, avant de se tourner vers le lucratif trafic de drogue. Il s'avère que le père d'Augusti fut lui-même un policier anti-terroriste aux méthodes violentes. Ami de ce dernier, Adis García fut un des tortionnaires anti-ETA dont Emma compte explorer la piste. Il est possible que ce García ait reconstitué une milice active, mais son dossier est "Secret Défense". Si le procureur Stéphane Boyer débloquait les choses, ça aiderait grandement Emma et Axel Meyer. Nina, la petite amie prostituée madrilène de Domingo Augusti, a été supprimée. Simon Garnier ne tarde pas à vérifier que le tueur est Aarón Sánchez, l'adjoint de Javier Cruz.

Officier de la Guardia Civil en poste à la section antiterroriste de Bordeaux, Javier Cruz est un policier censé œuvrer pour la sécurité des citoyens français et espagnols. Mais il a entrepris de révolutionner les méthodes ordinaires. Non sans arrière-pensée d'un profit personnel, peut-être. Cruz a commencé par créer une nébuleuse de sociétés, dirigées par Aarón Sánchez, criminel aguerri. Pour financer son action, Javier Cruz a détourné une grosse quantité de cocaïne, éliminant des passeurs tels Domingo Augusti. Il veut acquérir un terrain appartenant à Jean-Christophe Giraud, puissant industriel local. Que cet endroit soit contaminé ne doit pas entraver son opération immobilière.

Gaizka, dont le père ouvrier est mort à cause de la contamination, entend bien le prouver et démontrer les fautes de Giraud. La prostituée Yaiza Gónzalez, dite Macrina sait qu'elle doit se montrer prudente, les putes étant insignifiantes dans cet univers mafieux. Mais elle aura son rôle à jouer. Ayant examiné les dossiers des Stups, Axel Meyer interroge un dealer emprisonné, López, qui sait comment les 55 kilos de cocaïne ont été détournés…

 

Si un roman n'est pas un documentaire, la fiction peut interroger sur le réel. L'organisation indépendantiste ETA a mis fin à son action armée. Étonnant de constater le calme apparent qui, si rapidement, semble s'être installé au Pays Basque des deux côtés de la frontière. Contraints et forcés, les ex-militants sont-ils priés d'oublier leur cause, tandis que d'autres en tirent profit, peut-être selon des méthodes mafieuses ? C'est à travers les protagonistes d'une enquête, forcément faussée par un contexte où se mêlent politique et trafic, que Marin Ledun nous suggère une situation pas si clarifiée. Une certaine impunité donne de mauvaises habitudes, autant à des malfaiteurs prêts à toutes les missions, qu'à des policiers sur lesquels la hiérarchie n'a plus d'autorité.

Pour construire une solide intrigue sinueuse, une sacrée maîtrise est indispensable. Passer d'un personnage à l'autre sans "perdre" le lecteur, décrire des protagonistes de caractères différents voire opposés, esquisser le passé sans faire de "leçons d'histoire", conserver un tempo narratif souple et rythmé, c'est visiblement le défi que s'est fixé ici l'auteur. C'est magistralement réussi. On se passionne vite pour son intrigue foisonnante, un chassé-croisé permanent et dense. Un noir suspense absolument réussi.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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commentaires

Philippe 11/02/2016 17:06

Bonjour M. Le Nocher,

Saviez-vous, moi cela m'avait échappé, que Jean-Luc Einaudi, historien spécialiste de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre d'Algérie ( il a écrit sur le rôle joué par Maurice Papon dans ces deux périodes ) ), était mort en 2014 ?

Je l'ai appris en cliquant sur l'un des liens ( celui avec " tipaza " ) de l'article d'aujourd'hui du blog Executed Today que je cite souvent :

http://www.executedtoday.com/2016/02/11/1957-fernand-iveton-pied-noir-revolutionary/

( Au moment où j'écris ce site a un problème, mais devrait être accessible à nouveau dans quelques heures. )

Nous sommes en état d'urgence actuellement, avec les questions et débats suscités quant au bien-fondé et aux possibles dérives.
Cet article rappelle - à vous ou moi et à d'autres, mais beaucoup ignorent cette histoire - un cas qui survint dans le contexte de la guerre d'Algérie.
C'est le 11 février 1957, il y a 59 ans aujourd'hui, que fut guillotiné Fernand Iveton à Alger, pour avoir tenté de poser une bombe à l'entreprise où il travaillait. Sans intention de faire de victimes. Pied-noir, mais indépendantiste pour l'Algérie, il fut le seul Européen à être guillotiné dans le cadre de la guerre d'Algérie.
Le rejet de son recours en grâce - après tortures par la police au commissariat et procès hâtif quelques jours après son arrestation, par un tribunal militaire d'exception investi des pouvoirs spéciaux créés par Guy Mollet Président du Conseil - et donc son ordre d'exécution furent signés par le garde des Sceaux François Mitterrand.
Mitterrand resta toujours discret sur sa vie pendant la guerre d'Algérie.
Revoir le livre " Mitterrand et l'Algérie " .

Cordialement

Claude LE NOCHER 11/02/2016 17:47

En effet, cher Philippe, ce n'est pas l'épisode le pus connu de la Guerre d'Algérie, époque complexe s'il en fut. En France métropolitaine, durant toute la décennie 1950, la répression fut généralement violente contre les grèves et les manifestations communistes. A noter que les poujadistes, pas moins vindicatifs et parfois brutaux, furent peu réprimés pour leur part. Ce climat peut expliquer l'aveuglement militant de Fernand Iveton.
Rappelons là encore qu'aucun attentat n'est jamais organisé en pensant "ne pas faire de victimes" : ça, c'est ce que les responsables disent ensuite. J'ai, à cet instant, une pensée pour Laurence Turbec, que je ne connaissais pas, victime de l'attentat du MacDonald de Quévert, dont je souhaite que les assassins - quels qu'ils soient - pourrissent en enfer.
Vous avez sans doute lu que l'abruti Donald Trump a affirmé que s'il s'était trouvé au Ba-Ta-Clan, il aurait répliqué en tirant sur les terroristes. Forfanterie au plus haut degré du ridicule, mais qui indique d'une certaine façon que bien des gens légitiment la violence par la violence. On sait où ça mène...
Amitiés.

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