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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 06:30

Les Izards, c'est un quartier du nord de Toulouse. Celui où a grandi Mohamed Merah. Un ensemble urbain de plus en plus ghettoïsé, devenu plaque tournante du trafic de drogue dans la région. Noureddine Ben Arfa dirige un réseau sévissant dans quelques-unes des tours du quartier. Avec sa bande, ils s'approvisionnent de façon innovante : des rottweilers auxquels on a fait ingurgiter des sachets de drogue passent la frontière hors des points de contrôle, avant d'être récupérés. C'est ce qui permet à Noureddine Ben Arfa de développer son commerce illégal. Comme il joue les indics pour le Renseignement Intérieur et les Stups, il est à peu près tranquille. D'autant qu'il évite de leur parler du chenil clandestin qu'il abrite dans un ancien entrepôt, et de l'intensification de ses activités de deal.

Sergine Ollard est une grande blonde de trente-huit ans, célibataire, vétérinaire dans une clinique des Izards. Où elle impose son caractère fort à ses associés et aux employés de ce cabinet animalier. Une nuit de week-end, une collégienne de quatorze ans lui demande de l'aide pour soigner un chien malade. Samia est la jeune sœur de Noureddine, d'ici peu promise à un mariage au bled. La vétérinaire accepte de s'occuper du rottweiler, souffrant d'une occlusion intestinale. Sergine comprend rapidement ce qu'on lui a fait avaler. Elle ne veut surtout pas que Samia soit impliquée dans ce problème. La vétérinaire ne peut hélas pas compter sur son ancien petit-ami Philippe, et doit se débrouiller. Deux jeunes Arabes interviennent peu après à la clinique pour reprendre le chien en soins.

Sergine pense qu'il s'agit de la bande de Noureddine. En réalité, ce sont les frères Nejib et Hamid Omane. S'ils ne tardent pas à tuer le rottweiler pour s'approprier la drogue, c'est pour le financement du terrorisme. Nejib est de retour du jihad en Syrie, et il a convaincu son cadet Hamid de préparer ensemble un attentat, sous l'égide d'un émir local. Habité de multiples doutes, le jeune Hamid n'est pas sûr qu'entamer une guerre des gangs contre la bande de Noureddine facilite leur projet explosif. S'il devait se retrouver seul au moment de l'action, aurait-il assez de détermination pour aller jusqu'au bout ? Côté Noureddine, on a compris qu'il fallait d'urgence déménager le chenil et planquer le stock de drogue dans un lieu sans danger, avant que la police puisse réagir.

Mariée à un instituteur, Nathalie Decrest est la plus gradée de la brigade de police censée s'occuper des Izards. Réaliste face à un quartier où les flics sont peu appréciés, elle fait son job aussi bien que possible. Même quand les Stups ou le Renseignement Intérieur font pression sur elle pour qu'aucun souci ne soit causé à Noureddine Ben Arfa. Ses collègues ont aussi un œil sur Nejib et Hamid Omane, sans lui en parler. La vétérinaire a été en contact avec la policière Decrest, mais ne lui a pas tout révélé. D'ailleurs, Sergine ne sait comment agir sans risquer d'aggraver le cas de Samia. Quand la bande de Noureddine envoie un avertissement aux frères Omane, ça peut précipiter le chaos dans ce quartier…

Benoît Séverac : Le chien arabe (La Manufacture de Livres, 2016)

C'est avec une vraie lucidité que Benoît Séverac aborde un grand thème d'actualité : le terrorisme islamique en France, et ses rapports avec le banditisme. Il est toujours très facile de désigner des fautifs, d'accabler les autorités ou les forces de l'ordre qui n'auraient pas pris conscience assez tôt de ce dérapage qu'on nomme "radicalisation". La génération endoctrinée, qui se laisse désormais tenter par le jihadisme, est née dans des familles pratiquant leur religion de manière conventionnelle ou traditionnelle. C'est la propagande qui conduit ces jeunes, qui ont eu souvent plus tôt l'expérience des trafics, vers un combat à la fois confus et meurtrier. Ils sont manipulés, contrôlés par de malfaisants guides, afin de semer la peur sur le territoire français ainsi que dans de nombreux pays.

Voilà ce que Séverac illustre par l'exemple dans cette histoire très dense. À travers le personnage de Sergine, la vétérinaire, il pose l'autre question essentielle : que faire face à ces situations, quelle peut être la position des citoyens ? De nature déterminée, la jeune femme espère protéger la petite Samia, orienter tant soit peu les enquêteurs, mais elle se trouve au cœur d'un contexte extrêmement compliqué, qui la dépasse fatalement. La fiction est au plus près de faits plausibles dans ce récit mouvementé. Les initiés pourront reconnaître quelques noms parmi les protagonistes, en guise de clins d'œil, mais l'humour ne peut évidemment guère apparaître autour d'un tel sujet. Un roman noir puissant, car il s'inscrit dans un des aspects les plus sombres de la sociologie actuelle.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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commentaires

Philippe 23/03/2016 15:00

Bonjour M. Le Nocher,

Vous avez bien sûr remarqué que votre chronique du roman de Benoît Séverac a précédé d'un jour les terribles attentats de Bruxelles auxquels vous avez consacré un post hier.

Voyez comme moi sur le site Jeunesse Lille 3 que je mentionne souvent, un article en hommage aux victimes :

http://jeunesse.lille3.free.fr/article.php3?id_article=2199

Cordialement

Claude LE NOCHER 23/03/2016 15:59

Bonjour Philippe
Je ne suis pas expert sur la question mais, à partir du moment où l'on a arrêté le terroriste Salah Abdeslam, il fallait s'attendre à une réplique sanglante des djihadistes en Belgique. Et peut-être davantage, car nous serions naïfs de croire que leur lutte est terminée. Ce n'est pas être "ultra-sécuritaire" que de réclamer, comme le fait Mohamed Sifaoui, spécialiste intervenant souvent chez Yves Calvi sur France5, la plus urgente fermeté contre les suspects de terrorisme.
Quant à moi, je chronique l'actualité des romans : celui de Benoît Séverac est au cœur de ce thème, j'en ai donc parlé en temps et heure, sans calcul.
Amitiés.

Pierre Séguélas 22/03/2016 09:46

Mon cher Claude,

Benoît Séverac, que nous avions soutenu lors de la sortie de son premier roman "Les Chevelues" (Prix Calibre 47, 2009), confirme avec "Le chien arabe" qu'il est bien un romancier de talent et que nous avions bien raison d'aimer son travail et de croire en lui.

Amitié, Pierre

Claude LE NOCHER 22/03/2016 10:13

En effet, mon cher Pierre !
Benoît Séverac est un auteur solide (et très sympa) qui méritait le Prix Calibre 47) et qui doit être mis en valeur. Ce nouveau titre, très juste, le démontre brillamment.
Amitiés.

Philippe 21/03/2016 19:44

Bonjour M. Le Nocher,

M. Séverac, j'ai récemment acquis votre roman jeunesse " Little Sister " chez Syros, aussi sur le thème du terrorisme islamique. L'histoire d'une famille qui doit se faire discrète uniquement parce que le frère de la narratrice est parti faire la djihad.

J'avais demandé à une connaissance de m'enregistrer sur DVD la soirée spéciale ( téléfilm avec Marc Lavoine et Samia Sassi suivi d'un débat ) sur France 2 un mercredi d'il y a quelques semaines. Où il est rappelé que de jeunes Français de souche, non-Maghrébins, peuvent aussi vouloir aller faire la djihad.

Cordialement

Claude LE NOCHER 21/03/2016 20:09

Bonsoir Philippe
Si vous relevez une animation sur Paris de Benoît Séverac, n'hésitez pas à aller le rencontrer, car c'est quelqu'un de très avenant.
En effet, les "convertis" au djihad, nés de familles "de souche", il y en a un certain nombre, dont un jeune morbihannais de milieu plutôt catholique pratiquant, probablement mort en Syrie. Comment ne pas se souvenir de la LVF qui embrigada des jeunes Français autrefois, eux aussi issus de familles ultra-conservatrices ?
Tant que nous refusons d'admettre notre responsabilité collective (il est plus facile de stigmatiser nos élus ou les familles musulmanes), peu de solutions face à la "radicalisation". Il semble que bon nombre de musulmans en aient, de leur côté, pris conscience. En particulier parce que des jeunes filles partent vers "l'aventure" du djihad. Sûrement un peu parce que ça perturbe le bizness de quelques trafiquants, ne nous leurrons pas. Face à un phénomène nouveau / récent, chacun a une responsabilité.
Amitiés.

BENOIT SEVERAC 21/03/2016 15:16

Un grand merci, Claude, pour ta chronique. Amitiés, B

Claude LE NOCHER 21/03/2016 15:38

C'est bien normal, mon cher Benoît... d'autant que ton histoire rejoint une certaine actualité.
Amitiés.

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