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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 04:55

Gravesend est un quartier de New York situé au sud de Brooklyn. Âgé de vingt-neuf ans, Conway y habite avec son père Frank d'Innocenzio, surnommé Pop. Ce septuagénaire fut autrefois mécanicien automobile. Son autre fils, Duncan, est mort seize ans plus tôt. Ray Boy Calabrese et ses complices, qui le traquaient, furent responsables de ce décès. Ayant appris que Ray Boy est sorti depuis peu de prison, Conway se promet de venger son frère.

Sans doute devrait-il mieux s'y préparer, avec l'aide de son ami McKenna, mais il sait à peine se servir d'un flingue. Quand il obtient (grâce à un détective) l'adresse où se cache Ray Boy, Conway s'y rend pour tuer le meurtrier de Duncan. L'ex-taulard ne se rebiffe pas face à la menace, ni quand Conway le ramène dans leur quartier. Supprimer de sang froid un homme repentant et docile, admettant son sort, finalement pas si facile !

Alessandra Biagini fut la plus jolie fille du temps de leur scolarité. Après avoir tenté sa chance dans le cinéma à Los Angeles, elle est de retour à Gravesend, auprès de son père veuf. Elle croise Conway, qui fut platoniquement amoureux d'elle. C'était plutôt Ray Boy qui la faisaient fantasmer au temps de leur adolescence. Et peut-être encore aujourd'hui. Alessandra renoue avec sa copine Stephanie Dirello.

Certes, c'est une ringarde qui vit sous la coupe de sa mère foldingue, qui n'a jamais plu aux garçons, mais elle a un cœur d'or. Le QG des deux amies, ce sera le bar The Wrong Number, où l'un des complices de Ray Boy est barman. Stephanie se met à consommer de l'alcool, comme sa copine délurée. Si Alessandra a une petite chance d'y revoir Ray Boy, ce ne sera de toutes façons plus du tout le même que seize ans plus tôt.

Dans la famille de Ray Boy, il y a ses parents Tony et Jean, ses sœurs Elaine et Doreen. Le fils de cette dernière est un ado de quatorze ans, Eugene. Boiteux et rebelle, il considère son oncle Ray Boy comme un héros. Il déteste son quotidien banal et sa vie de lycéen. Il finit par provoquer un de ses professeurs. Le proviseur et sa mère Doreen n'ont aucun moyen de le raisonner. Son copain Sweat ne le contrariera pas non plus.

Alors qu'Eugene fait l'école buissonnière, il entre en contact avec le gang de M.Natale. Se mettre au service des mafiosi, Eugene y voit une façon d'entrer dans le banditisme. Ces gens-là sont plus dangereux qu'il ne l'imagine. Pendant ce temps, il cultive des idées de vengeance contre les d'Innocenzo, qui ont causé le long séjour de son oncle en prison.

Quand le père de Conway décède brusquement de mort naturelle, son fils ne tient à attirer l'attention sur lui, tant qu'il n'est pas allé au bout de sa mission. Il passe une soirée avec Stephanie, qui a tellement besoin d'amour. Si elle est quelque peu pitoyable, Conway s'avoue que lui non plus n'est rien d'autre qu'un minable : “Pas d'espoir et pas de couilles, en voilà une combinaison pourrie”…

William Boyle : Gravesend (Rivages/Noir n°1000, 2016) – Inédit –

Il y a trente ans, Édouard de Andreis (directeur des éditions Rivages) demanda à François Guérif de créer une collection de littérature policière. Ayant débuté avec les collections Red Label, Fayard Noir et Engrenage International (chez Fleuve Noir), Guérif n'était pas un néophyte. “Je voulais Jim Thompson, d'abord. Là encore c'était une déclaration d'intention […] Ensuite, Charles Williams qui a toujours fait partie de mes auteurs préférés” explique-t-il à Philippe Blanchet dans son livre "Du polar". Joseph Hansen, dont l'éditeur possédait les droits, et Jonathan Latimer complètent la sélection initiale. Le sixième auteur sera Tony Hillerman, futur pilier de la collection. Rivages/Noir a un peu de mal à s'installer quand, en 1987-88, arrive un certain James Ellroy. Le tirage important de son premier titre permet de se relancer, et le succès restera ensuite au rendez-vous.

Rivages/Noir existe depuis trente ans, et publie son n°1000. Il fallait de l'inédit pour cette étape symbolique. Un roman dans l'esprit de Robert Bloch, de Jim Thompson, de Dashiell Hammett, ces écrivains que vénère François Guérif ? Des valeurs sûres telles que James Lee Burke, Dennis Lehane, John Harvey, ou un bon vieux Donald Westlake ? Au final, c'est le jeune auteur William Boyle qui est choisi, avec “Gravesend”. Parce que son histoire se passe aux États-Unis, et plus précisément dans un quartier new-yorkais méconnu ? Sans doute, oui. Toutefois, ce serait un critère nettement insuffisant pour devenir le n°1000.

L'intrigue se base sur des projets de vengeance. Éternel thème des polars, qu'il s'agit de traiter de la meilleure manière qui soit, si l'on vise une part d'originalité. Pour ce faire, ce roman réunit les deux atouts majeurs du roman noir de tradition : les personnages forts et l'ambiance dans son contexte social. Nous ne sommes pas dans un quartier déshérité, au cœur d'un sordide ghetto : Gravesend a changé depuis l'adolescence de la plupart des protagonistes, mais reste vivable. On peut y fréquenter de bons établissements scolaires, y faire la fête dans des bars corrects, y habiter en famille dans des maisons entretenues. On croise également des mafieux dans ce quartier, mais pas plus qu'ailleurs dans cette métropole. Pourtant, les héros de ce récit n'ont jamais oublié l'épisode douloureux vécu seize ans plus tôt. Telle une cassure, un gouffre qui risque de se rouvrir sous leurs pieds si le drame trouvait de nouveaux développements.

L'auteur ne cherche pas à les rendre plus "positifs" que nécessaire. Par contre, il leur offre une tonalité émouvante. Il émane d'eux une sincérité désespérée. Voyez Alessandra, qui n'abandonne pas ses rêves de gloire. Voyez la pauvre Stephanie, toujours ado dans sa tête. Voyez McKenna, qui a raté son mariage et sa carrière de flic. Voyez Conway, qui n'a rien d'un vengeur. Voyez Ray Boy, dont la vie est déjà terminée. Voyez le jeune Eugene, à l'avenir si incertain. Flânant dans ces décors oubliés loin du centre-ville, tous ont l'esprit tourmenté et le cœur assombri. Une ombre de mort plane au-dessus d'eux, on le ressent ; celle du défunt Duncan, probablement. Comment dépasser cette étape de leur morne vie, si c'est encore possible ? Un roman noir envoûtant.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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commentaires

Guillome 11/07/2016 11:29

une belle entrée dans le roman noir, mais je suis moins enthousiasme. Attendons son deuxième roman pour confirmer...

Claude LE NOCHER 11/07/2016 11:45

Bonjour Guillome
J'y ai retrouvé de très bons ingrédients du roman noir, dont l'ambiance "losers" de quartiers oubliés.
Cela dit, je suis absolument d'accord : attention aux "premiers romans" sans confirmation, soit parce que le/les suivants utilisent la même recette, soit parce que... ben, y en a pas de second !
Amitiés.

Serge 31 06/04/2016 00:10

Salut Claude.
Et dans le même temps, FG et RN republient le fameux n° 1000 de la Série Noire, dans une nouvelle traduction... Je me suis permis de mettre un lien vers ta belle chronique sur la Liste 813.
Amitiés.

Claude LE NOCHER 06/04/2016 06:19

Merci Serge
Après "1275 âmes" de Jim Thompson, après "1280 âmes" de J.B.Pouy, voici donc le retour en intégrale de Nick Corey dans "Pottsville 1280 habitants" de Jim Thompson. Je vois que Robin Cook est de nouveau à l'honneur aussi... A noter que William Boyle a tweeté ma chronique sur "Gravesend", ce qui est plutôt sympathique.
Précision perso : de même que je ne fréquente quasiment plus les festivals polars, je me suis un peu éloigné de 813. Seule ma "boulimie de lecture" en est la cause : l'an dernier, j'ai ainsi pu lire une vingtaine de romans supplémentaires.
Amitiés.

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