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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 04:55

Écosse, été 1946. Homme mûr, Douglas Brodie vient d'être engagé comme reporter à la Gazette de Glasgow. Policier avant la guerre, il fut sous-officier dans la 51e Division des Highlands. Avec la blonde avocate Samantha Campbell, ils ont besoin de se remettre d'un cas dramatique récent, qui leur a valu quelques mésaventures. Le meurtre spectaculaire d'Alec Morton, élu local chargé des finances, c'est son expérimenté collègue journaliste Wullie McAllister qui va enquêter là-dessus. Les budgets pour la reconstruction de Glasgow doivent attirer toutes sortes de margoulins. La corruption toucherait-elle les élites, ou bien Morton a-t-il voulu y faire obstruction ? Wullie cherchera tous azimuts des infos secrètes.

Douglas Brodie est contacté par un certain "Ismaël", afin que Samantha Campbell défende un ancien soldat de son unité vivant dans la misère, ayant commis un méfait. L'avocate parvient à limiter la peine de prison, mais l'ex-militaire condamné se suicide bientôt. Parmi les faits divers, Douglas note quelques graves agressions ressemblant à des règlements de comptes. Ces actes sont vite revendiqués par Les Marshals de Glasgow, justiciers signant soit en coupant un bout de doigt, soit en laissant une marque infamante sur les victimes. Douglas recense dix-neuf hommes attaqués par ces commandos masqués. Ceux qui sont visés semblent être des coupables trop légèrement sanctionnés par la justice.

Ça donne matière à des articles qui intéressent le public, quelle que soit l'amoralité de ces agressions. Douglas est convaincu que le fameux "Ismaël" est l'organisateur de ces actes. Sans approuver, il admet que l'iniquité des juges peut entraîner de telles réactions. Et ce n'est pas avec l'inspecteur-chef Sangster que la police fera correctement son métier. Le reporter a davantage confiance dans l'honnête sergent Duncan Todd. Glanant çà et là des indices, Douglas essaie de calmer sur le whisky, et de retrouver la forme en pratiquant la natation. Il s'installe dans la grande maison de Samantha, même s'ils ne sont pas prêts à entamer une relation intime. Peut-être menacée par Les Marshals de Glasgow, la mère de Douglas va un temps séjourner avec eux, à l'abri du risque.

Agressé chez lui, en famille, un avocat est hospitalisé dans un état très sérieux. Douglas ne se prive pas de provoquer par ses articles les justiciers autoproclamés. Les extraits de la Bible, cités par les vengeurs violents, ne font que souligner le narcissisme sadique du nommé "Ismaël" et de ses sbires. Quand ils s'introduisent chez l'avocate et Douglas, il est temps de sortir les fusils de chasse Dickson du père de Samantha, qui pourront servir. Les justiciers changent de méthode, appelant désormais la population à dénoncer les salauds. La vague d'agressions qui s'ensuit n'est pas forcément légitime. Quand un homosexuel est tué au Monkey Club, on peut conclure que Les Marshals de Glasgow sont allés trop loin.

Contactant directement le reporter, "Ismaël" prétend qu'ils ne sont pas coupables de ce crime. Il n'empêche que deux autres homos sont assassinés à leur tour. Les recherches de Wullie McAllister, le journaliste chevronné, commencent à porter leurs fruits. Des notables de Glasgow, possiblement concernés par le meurtre de Morton, Douglas ne va pas tarder à en rencontrer lors d'une soirée mondaine. En effet, Samantha Campbell appartient aussi au gotha. Douglas remarque un de ces hauts-responsables : “Entre lui et moi, ce fut la haine au premier regard.” Le reporter devra clarifier ses rapports avec "Ismaël" s'il veut espérer comprendre ce qui se passe actuellement dans cette ville…

Gordon Ferris : Les justiciers de Glasgow (Éd.Seuil, 2016) – Coup de cœur –

Après “La cabane des pendus", première aventure du héros démobilisé Douglas Brodie, retour dans le Glasgow de 1946 pour la deuxième étape d'une tétralogie dédiée à l’Écosse d'après-guerre. Il n'est pas indispensable d'avoir lu le titre précédent, que l'on ne peut que conseiller, désormais disponible en poche chez Points. Gordon Ferris nous plonge directement dans l'ambiance et les lieux de l'époque : c'est donc avec un vrai plaisir que l'on s'installe durablement dans la lecture de cet excellent roman noir.

Bien sûr, l'action criminelle est présente tout au long du récit. Avec tout ce que l'on peut soupçonner de corruption d'un côté : “Venez profiter d'une occasion de tripler votre mise comme il ne s'en présente qu'une fois par siècle ! Les appels d'offre pleuvraient, et leurs heureux bénéficiaires s'enrichiraient au point de faire passer Crésus pour un clochard…” Il est plus que probable que, en Écosse comme dans toute l'Europe, la reconstruction ait occasionné maintes malversations. Certes, ces chantiers ont donné du travail au peuple, mais ont surtout engraissé honteusement de sales combinards.

D'autre part, l'auteur retrace les comportements revanchards, incitations à la délation qui ciblent des gens jugés avec trop de clémence. Avec le risque de sérieux dérapages, trop punitifs selon les cas, ou donnant le prétexte de se venger de personnes innocentes. Dans tous les cas, c'est franchement malsain. Même si, au départ, on s'interroge comme Brodie sur le bien-fondé de ces actes, on réalise bientôt leurs excès. Y compris sous couvert de citations bibliques, la haine n'amène que la haine… C'est ici tout un contexte, décrit avec une belle souplesse narrative, qui rend fascinante cette sombre histoire.

Une chanson évoquée dans ce roman, de l'immense artiste Peggy Lee.

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commentaires

wollanup 06/04/2016 11:22

Sera aussi un coup de coeur chez nous. Raccoon franchement emballée.Belle journée à toi.

Claude LE NOCHER 06/04/2016 11:54

Tu lui transmettras mes salutations, W.
Oui, les romans de Gordon Ferris - celui-ci en particulier - sont vraiment de grande qualité !
Amitiés.

Philippe 06/04/2016 06:42

Bonjour M. Le Nocher,

Je m'appelle Ismaël.
Pas moi, vous le savez, mais c'est l'incipit ( phrase d'ouverture ) de " Moby Dick " d'Hermann Melville. Oeuvre riche en références bibliques, dont le thème, la quête obsessionnelle de la baleine blanche par le capitaine Achab, a en lui-même une résonnance biblique et philosophique.
Ceci pour suggérer que l'auteur Gordon Ferris a pu choisir le nom que s'est attribué le personnage d'Ismaël en référence à celui de Moby Dick, au lecteur - connaissant Moby Dick - de percevoir l'autojustification biblique des Marshals de Glasgow et les critiques envers leurs excès qu'on peut concevoir.
Sans perdre de vue que l'Ismaël de Gordon Ferris fait partie de ces justiciers autoproclamés, alors que celui de Melville est le narrateur, porte-parole de l'auteur et auquel s'identifie le lecteur, dans la mesure où il ne partage pas l'obsession d'Achab mais assiste à son déroulement, étant à la fin du livre le seul survivant de l'équipage du baleinier Pequod.
Rappelons, vous en avez entendu parler, la parution récente d'un récit maritime sur l'histoire du baleinier Essex en 1820, parti de Nantucket, ce qui inspira Melville.
Un film adapté de ce livre est sorti, je n'ai plus très bien en tête les références du livre et de ce film.

Cordialement

Claude LE NOCHER 06/04/2016 07:41

Bonjour Philippe
Bien sûr, Gordon Ferris explicite dans le récit les éléments que vous donnez concernant Moby Dick.
En outre, l'appellation "marshals" renvoie à l'époque, avec l'américanisation de l'Europe d'après-guerre, et les westerns peuplés de marshals justiciers.
Quant aux références bibliques, celle du titre original "Bitter water" est tirée du Livres des Nombres de l'Ancien Testament chapitre 5 versets 17 à 27. Ce roman étant très riche, je n'en ai pas évoqué tous les protagonistes, amis (ou pas) du héros.
Amitiés.

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