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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 04:55

Nick Corey est le débonnaire shérif de Pottsville, une bourgade rurale, en ce début de 20e siècle. Il habite un logement au dessus du tribunal, avec son épouse Myra et le frère de celle-ci, un demeuré prénommé Lennie. Sa femme étant plutôt vindicative, les disputes sont fréquentes entre Myra et Nick Corey. Il faut dire qu'elle l'a naguère piégé afin qu'ils se marient, peu après leur rencontre lors d'une fête foraine. Pacifique par nature, Nick ne cherche qu'à apaiser les récriminations de Myra. Il n'y a qu'avec son amie Rose Hauck que Myra se montre gentille. Rose est flanquée d'un mari agressif, Tom, qui ne l'aide guère dans leur ferme. Jusqu'ici, Nick a réussi à cacher la liaison sexuelle qu'il entretient avec Rose. Malgré le vocabulaire vulgaire de son amante, Nick apprécie sa disponibilité.

L'élection du prochain shérif est pour bientôt. Sam Gaddis paraît nettement en tête, pour remplacer Nick. Étant donné que c'est le seul métier qu'il connaisse, et surtout le moins fatigant, il y a de quoi se montrer indécis. Ça remonte à son enfance, au temps de son père violent, cette habitude qu'à Nick de préférer les solutions de facilité. Il ne va quand même pas commencer à faire régner la loi dans le Comté de Potts, comme le voudrait Robert Lee Jefferson, le commerçant-procureur ! Néanmoins, il y a quelques situations à assainir : en priorité, ces cabinets publics qui puent sous sa fenêtre. Ce sera au banquier, qui en est un des utilisateurs, de prendre la décision qui convient. Pour le reste, Nick va d'abord consulter son collègue Ken Lacey, shérif dans un comté du genre métropole.

Finalement, Nick a bien assimilé la leçon donnée par Ken et son adjoint servile, Buck. Pas de raison, par exemple, de continuer à subir les railleries et brimades du Frisé et de Caribou, les deux proxénètes de Pottsville. Inquiet que Nick puisse passer à l'acte contre ces deux-là, Ken Lacey vient le relancer : ses fanfaronnades de grand redresseur de torts risquent d'entraîner certaines conséquences. Ensuite, Nick devra s'arrêter sur le cas de Tom Hauck, le mari de Rose, aussi méchant avec les Noirs qu'avec sa femme. Il ne va pas manquer à grand monde, s'il disparaît. Quant à Sam Gaddis, postulant à la fonction de Nick, il existe un moyen de le contrer : semer une graine de ragots, qui deviendront bien vite de florissantes rumeurs, monstrueuses au point de séduire leurs concitoyens.

C'est Amy Mason que Nick voulait épouser autrefois, si cette diablesse de Myra ne lui avait pas mis le grappin dessus. Lorsqu'Amy vient se plaindre du voyeurisme de ce taré de Lennie, c'est l'occasion pour le shérif de renouer intimement avec la jeune femme. Faire des projets ensemble ? Peut-être, mais il y a aussi Rose (qui doit toucher une assurance-vie), ainsi que Myra et Lennie. Sans compter les multiples contrariétés que Nick doit affronter. Éliminer des témoins gênants, ruser pour incriminer Ken Lacey ou Sam Gaddis, bluffer en expliquant pourquoi il n'est pas intervenu lors d'un incendie. Il s'en donne du mal pour montrer aux gens qu'il est honnête, courageux et travailleur, ce qu'il n'est pas…

Jim Thompson : Pottsville, 1280 habitants (Rivages/Noir, 2016)

Il y avait bel et bien 1280 habitants à Pottsville, et non 1275 âmes. On le savait, cette nouvelle traduction nous le certifie. Jean-Paul Gratias a récupéré les pages écartées de la première version française, afin de nous présenter l'intégrale du texte. Et de le rafraîchir, par la même occasion. Petites nuances, telles : “Me voilà de retour à Pottsville, et je vous fous mon billet que c'est bien la nuit la plus sombre de l'année” devient, en gommant l'expression argotique : “Quand je descends du train à Pottsville, il fait tellement sombre que c'est sûrement la nuit la plus noire de l'année.” La fonction de Robert Lee Jefferson est la même dans les deux cas, mais “[il] n'est pas seulement quincaillier, mais aussi aussi attorney général du canton” devient “pas seulement le propriétaire du magasin, c'est aussi le procureur du comté”. Par contre, on notera à propos des deux proxénètes qu'ils se nommaient Curly et Moose, alors qu'ils sont ici Le Frisé et Caribou. Les amateurs peuvent s'amuser à comparer plus amplement les deux traductions.

L'esprit reste évidemment identique :“Je dis pas que vous avez tort, mais je dis pas que vous avez raison non plus” restant le signe de la mollesse apparente du shérif Corey. Il ne peut pas s'en prendre aux puissants, alors il fait le ménage autour de lui, parmi les plus faibles. Faisant en sorte de passer entre les gouttes, il ment et bluffe avec une conviction désarmante. Face à un agent de la Talkington (Parkington, dans la première traduction), il joue les naïfs pour saluer la répression violente contre les ouvriers dont était chargés les hommes de chez Pinkerton. À la fin, la leçon qu'il peut donner à Buck, c'est que quand on n'est pas le plus fort il faut être le plus malin. Cette version rejoint ainsi l'œuvre de Jim Thompson inédite ou retraduite, une vingtaine de titres, dans la version Rivages/Noir. On n'ignore pas l'admiration de François Guérif pour cet écrivain. Même en connaissant déjà l'intrigue, c'est avec grand plaisir qu'on retrouve Nick Corey, shérif futé de Pottsville.

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commentaires

Raymond Delley 05/05/2016 10:11

C'est encore moi ! Je reviens brièvement sur la question de la traduction, et en particulier de la traduction des polars. Il est vrai que l'idée d'une traduction parfaite, idéale, est une illusion. Traduire, c'est à chaque phrase faire des choix, trouver la solution la plus convaincante, etc. Mais la règle d'or, l'impératif absolu, c'est la plus grande fidélité possible au texte d'origine. Et c'est là que le bât blesse chez certains traducteurs de polars, et souvent, hélas, chez Rivages/Noir. Jamais on ne verra un traducteur de Paul Auster, d'Edgar Poe, d'Herman Melville se demander s'il doit transposer au présent un récit écrit aux temps du passé. Ni s'il doit garder ou supprimer les "dit-il" ou les "répliqua-t-il". C'est pourtant ce que font certains traducteurs de polars, et Jean-Pierre Gratias en particulier dans le roman de Thompson dont nous parlons. Claude, à la lecture de mes arguments, me traite amicalement de "grammairien" et d'"universitaire" ! Je l'accepte volontiers, mais ce qu'a fait M. Gratias dans sa traduction, c'est bien autre chose qu'une question de grammaire : il a aplati le texte de Thompson, lui a enlevé cette profondeur temporelle, cette dimension rétrospective que voulait l'auteur. Nick ne parle pas de ce qu'il fait au moment où il le raconte ; il revient sur des fragments de son passé, les évalue et les comprend après-coup. En réalité, si l'on y réfléchit un moment, il y a deux Nick : celui qui raconte, commente, explique, juge, après-coup, et celui qui était dans l'action, qui n'avait pas de recul par rapport à ce qu'il vivait. Le recul, la réflexion viennent au moment du récit, et non dans l'action. Je ne veux pas trop m'étendre là-dessus, au risque de passer pour pédant, mais dans un roman, le régime temporel choisi par l'auteur est une question de style, et non simplement de grammaire. C'est vrai, je suis un universitaire, mais je suis aussi de ceux qui pensent que le roman policier, noir, etc., tient aujourd'hui une place importante dans la littérature contemporaine et qu'il doit être pris au sérieux. Et d'abord par les traducteurs. Une seule règle absolue : la fidélité au texte d'origine. Je souhaiterais, pour finir, que ceux qui traduisent les romans policiers aient la même conscience professionnelle que ceux qui traduisent Dostoievski, Cervantès, Henry James... Regardez ce que fait l'admirable Serge Quadruppani avec les romans d'Andrea Camilleri (lisez sa préface à La Forme de l'eau), le magnifique Freddy Michalski avec James Lee Burke. Sans parler du modèle de traduction qu'est celle de La Femme du dimanche de Fruttero e Lucentini par Philippe Jaccottet. C'est en citant ces traducteurs que je me mets à regretter que la traduction de Pottsville 1280 habitants ait si malheureusement été confiée à M. Gratias.
Encore bravo, cher Claude le Nocher, pour votre blog.
Amicalement,
Raymond

Claude LE NOCHER 05/05/2016 10:44

Cher Raymond Delley,
Je me suis toujours gardé de juger les traductions (ainsi que les titres de romans, traduits ou pas), ou même d'alimenter un débat sur la question… bien qu'elle mérite d'être mise en avant, parfois. J'emploie toujours la formule « au plus près du texte original », qui suppose une fidélité à celui-ci, et si possible pas de contresens (j'ai déjà évoqué le « downtown » des traductions d'autrefois, devenant « la basse-ville », « le faubourg » au lieu du centre-ville). Quant au fameux « he said », force est de constater que ce n'est pas une hérésie d'en supprimer quelques-uns dans certains cas.
Je n'émettrai aucune opinion sur le travail de Jean-Paul Gratias ou de Pierre Bondil, traducteurs attitrés chez Rivages : ils réagiront s'ils le souhaitent. Serge Quadruppani s'explique en début de chaque ouvrage sur les choix opérés (depuis « La forme de l'eau ») pour se rapprocher du langage sicilien. J'avoue que j'adhère à cette logique : il n'y a plus que lui qui utilise le verbe régional « rousiner » (traînasser), par exemple, qui convient si bien à Montalbano les matins de paresse.
Pour conclure sur un sourire, j'ai le plus grand respect pour les universitaires ou les grammairiens. Je connais deux dames retraitées dont ce fut l'activité, l'une d'elle étant d'ailleurs abonnée d'Action-Suspense (elle m'adresse gentiment un mot si je commets une faute de grammaire, ça peut m'arriver).
Amitiés.

Guillome 04/05/2016 12:12

je pense que je prendrais plaisir à relire ce roman dans cette nouvelle version !

Claude LE NOCHER 04/05/2016 13:17

Bonjour Guillome
Renouer avec les "grands classiques", revus et corrigés, offre généralement une bonne dose de bonheur de lecture.
Amitiés.

Raymond Delley 30/04/2016 13:53

Il y a longtemps que j'attendais une nouvelle traduction de Pop. 1280. Comme beaucoup de lecteurs sans doute. Elle vient de paraître, traduite par Jean-Pierre Gratias. Le premier mérite de cette traduction est bien sûr de nous restituer l'intégral du texte original, ce qui est déjà pas mal. Mais les déceptions sont à la hauteur des attentes ! Et d'abord celle de constater que le récit d'origine, écrit aux temps du passé, a été transposé au présent !!! Lorsque Nick nous raconte son histoire, à la première personne, il le fait avec un certain recul, c'est ce qui s'est passé qu'il nous raconte, et non ce qui se passe au moment où il nous parle. Comment est-il possible de ne pas sentir que les temps du passé sont essentiel à ce genre d'histoire. Et au nom de quoi se permettre de trahir le choix de l'auteur ? C'est ma première déception. La seconde concerne les maladresses du traducteur dans cette mise au présent. Un exemple : il n'y a pas à chercher bien loin, il suffit de lire attentivement le 1er paragraphe du chapitre 2, en réalité le début du récit de Nick, proprement dit. Voici : "Ce matin-là, je sors de mon lit, je me rase et je prends un bain, alors qu'on était seulement lundi et que je m'étais récuré à fond l'avant-veille." Bref commentaire : "Ce matin-là", formule qui ne peut être suivie que d'un passé (imparfait, passé composé ou passé simple) ! Les trois présents qui suivent sont donc incohérents. "on était seulement lundi". Et voilà un passé incongru qui surgit de nulle part. Suivi d'un plus-que-parfait dans la foulée. Tout cela est n'importe quoi. En admettant cette transposition au présent, il fallait traduire : "Ce matin, je sors de mon lit, je me rase et je prends un bain, alors qu'on est seulement lundi et que je me suis récuré à fond avant-hier." Mais il y avait mieux : tout simplement rester fidèle au grand Jim Thompson, qui savait ce qu'il faisait en choisissant de narrer son histoire au passé : Ce matin-là, je suis sorti de mon lit, je me suis rasé et j'ai pris un bais, alors qu'on était seulement lundi et que je m'étais récuré à fond l'avant-veille." Cette version me semblerait meilleure que celle qui recourrait au passé simple : "Ce matin-là, je sortis de mon lit, je me rasai..." J'admets que l'emploi du passé simple à la première personne peut vite se révéler un peu lourd, mais le passé composé était parfait ! Le chef-d'oeuvre du grand Jim attend donc toujours son traducteur !

Claude LE NOCHER 05/05/2016 06:14

Salut Serge
Je me souviens que René Goscinny affirmait ne pas se préoccuper de la difficulté des traducteurs d'Astérix à trouver l'équivalent de son humour, de ses jeux de mots. D'un côté, l'œuvre d'origine ; de l'autre, des "versions" traduites ou adaptées. Ce serait vrai pour les BD aujourd'hui disponibles en langues régionales françaises, qui sont peut-être infidèles.
Être "au plus près" du texte et de l'esprit d'un auteur comme Jim Thompson (ou Chester Himes, Dashiell Hammett, David Goodis et bien d'autres), est-ce possible ? Je ne sais pas. On connaît le fameux exemple de "He said" (dit-il) souvent répété, voire omniprésent, dans des textes américains. Faut-il supprimer ces redondances ? Il me semble que les traducteurs d'Erle Stanley Gardner le faisaient, vu son style narratif basique.
En effet, la traduction idéale est illusoire. Mais elle peut se tenter. Sans non plus jouer les ayatollahs de la traduction. Complexe, donc.
Amitiés.

Serge 31 05/05/2016 00:52

Salut Claude.
Et si la traduction idéale n'existait pas? Si traduction ne pouvait rimer qu'avec trahison? On n'apprécie sans doute jamais mieux qu'en maîtrisant la langue originale (pareil au ciné, toujours voir en VO!)... Je crois que Dard/San-Antonio a été traduit en plusieurs langues. Mission impossible selon moi, ou alors gros travail d'adaptation (qui rime aussi avec trahison...)
Amitiés.

Claude LE NOCHER 30/04/2016 17:41

Bonjour
Voici donc un avis divergent, du moins quant à l'aspect grammatical de la traduction. (Notons que ce chapitre 2 fait 17 pages dans cette version, 12 à peine dans la première traduction). Ne possédant pas le roman en VO, je ne sais si Jim Thompson écrivit aux temps du passé. Je vois que "1275 âmes" est aussi traduit au présent, mâtiné peut-être de formes du passé.
Je me demande si "Ce matin, je suis sorti de mon lit, je me suis rasé et j'ai pris un bain..." (passé composé) serait plus exact. Mais je me garderai bien de trancher entre le choix du traducteur et celui de l'universitaire, tous deux plus compétents que moi.
Amitiés.

The Cannibal Lecteur 28/04/2016 14:50

Hello toi !

Je l'ai acheté, parce que quand on a "1275 âmes" dans ses romans préférés, on achète de suite la version traduite correctement !! Je possède la version de la SN, caviardée, tronquée, avec l'erreur sur le nom du président assassiné (et JFK à l'époque du roman, il était loin d'être président !!), j'ai la version de Folio, moins caviardée, et je voulais lire la vraie, celle ouski-yatout ! mdr

J'avais lu les passages manquants dans "1280 âmes" de JB Pouy, est-ce que ces passages là se trouvent dans la nouvelle version, oui ou non ?? :D

Puisque Pottsville a retrouvé toutes ses âmes, je peux dormir en paix !

Claude LE NOCHER 29/04/2016 06:20

Salut Serge
Je ne saurais trancher sur la version Folio, peut-être révisée ?
J.B.Pouy avait recherché nos 5 âmes manquantes dans "1280 âmes" et n'était pas loin de les avoir trouvées (!).
Quant à "Coup de torchon", je l'ai toujours considéré comme une transposition, non pas comme une adaptation. Un contexte similaire, donc, mais difficile de faire passer l'esprit exact de Jim Thompson. Malgré tout, Noiret met tout son talent (et cette naïveté feinte teintée de cynisme, qu'il savait si bien incarner) au service de son personnage.
Amitiés.

Serge 31 28/04/2016 23:49

"La version Folio, moins caviardéé": ah bon, ce n'est pas la réédition du SN?!...
Sûr qu'on va être nombreux à se ruer sur les 5 âmes manquantes!
D'accord avec toi, Claude, Noiret est immense... mais il ne sauve pas le film, qui passe à côté de l'univers de Thompson...
Amitiés.

Claude LE NOCHER 28/04/2016 16:25

Salut Belette
Les passages "retrouvés" ne sont pas signalés, bien sûr. Il faudrait prendre le temps de l'analyse complète. En "rafraichissant" la traduction, ça donne certainement une idée plus juste de ce village dans la cambrousse américaine vers 1917, et de l'esprit voulu par Jim Thompson... Surtout, je pense que les lecteurs de "1275 âmes" que nous sommes se feront plaisir en relisant le livre "ouskiyatout". Avec, peut-être, une pensée pour l'immense Philippe Noiret dans "Coup de torchon", non ?
Amitiés.

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