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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 04:55

Frank Cairnes est plus connu en tant que Felix Lane, pseudonyme sous lequel il signe ses romans policiers à succès. Veuf âgé de trente-cinq ans, il habite depuis cinq années dans un cottage du Gloucestershire. Son fils Martie avait à peine sept ans quand, le 3 janvier de cette année-là, il fut victime d'un mortel accident de la route. Le chauffard qui l'a renversé s'est enfui. Felix Lane culpabilisa d'abord, puis reçut des témoignages de sympathie. Pas plus que la police, il ne trouva de renseignement sur le responsable de la mort de Martie. Néanmoins, il confie dans son journal intime sa volonté inébranlable de châtier le coupable en préservant sa propre impunité. Parmi ses hypothèses, il en retient une qui explique que la voiture cabossée du chauffard n'ait pas été retrouvée : il s'agit certainement d'un pro de la mécanique, peut-être d'un garagiste capable de réparer les dégâts.

Alors qu'arrive l'été, Felix trouve finalement un témoin : prénommé George, le conducteur coupable était accompagné d'une jolie passagère. Il est bientôt établi que c'est l'actrice de cinéma Lena Lawson. Felix s'installe à Londres, et trouve facilement un prétexte pour faire la connaissance de la jeune femme. Après quelques dîners et autres sorties ensemble, la frivole actrice s'avoue éprise de Felix (qu'elle surnomme Pussy). Grâce à elle, il obtient le nom qu'il cherche : George Rattery, propriétaire d'un garage automobile à Severnbridge, dans le Gloucestershire, est le beau-frère – et l'ex-amant – de Lena Lawson. Felix et elle vont séjourner en ce mois d'août chez les Rattery. Outre l'antipathique et brutal George, tyran domestique nerveux et méprisant, s'y trouvent son épouse trop soumise Violet, leur fils de douze ans Philip, ainsi que la rigide mère du chef de famille, Ethel Rattery.

À cet endroit, la rivière Severn est assez large pour pratiquer le nautisme, un des loisirs favoris de Felix Lane. Ce qui l'inspire pour son projet d'éliminer George Rattery, assassin de son fils. Mais, ne sachant pas nager, le garagiste n'est guère pressé d'accepter son invitation à une balade en bateau. Felix se sent proche du jeune Phil : parce qu'il lui fait penser à son fils, et parce qu'il est rudoyé par son père George et sa grand-mère Ethel. Il est temps pour Felix de convaincre le garagiste, et d'organiser le chavirage du voilier qui causera la mort de George. Rapidement, la navigation sur la Severn s'avère fort agitée, Felix s'arrangeant pour effrayer son passager. Toutefois, George est d'un caractère méfiant et il a pris quelques dispositions en cas de décès suspect. L'auteur de romans policiers se retrouve dans une impasse. Néanmoins, George va mourir peu après.

Nigel Strangeways est un détective amateur qui, avec son épouse Georgia, contribue aux enquêtes de Scotland Yard. D'ailleurs, c'est son ami l'inspecteur Blount qui s'occupe de la mort de George Rattery. Le suicide ayant été écarté, Felix Lane apparaît comme le plus suspect dans l'entourage actuel du défunt garagiste. Son journal intime montre qu'il était déterminé à supprimer George, quoi qu'il soit advenu. Première interrogée, Lena Lawson défend ardemment Felix. Nigel et son épouse comprennent qu'il est souhaitable d'écarter le petit Phil de ce drame, et le prennent sous leur protection. Ce qui mécontente la mère du garagiste, Ethel Rattery. Les investigations de Nigel s'annoncent sinueuses…

Nicholas Blake : Que la bête meure (BibliOmnibus, 2016) ― Coup de cœur ―

On peut l'affirmer sans crainte : “Que la bête meure...” figure parmi les chefs d'œuvres de la littérature policière. Claude Chabrol ne s'y trompa pas, en l'adaptant à l'écran en 1969. La structure de l'histoire est exemplaire : le "journal" de Felix Lane nous éclaire sur toutes les circonstances de l'affaire, puis vient une tentative vengeresse de meurtre, à laquelle succède l'enquête du détective amateur, avant la conclusion explicative de l'ensemble des faits. On ne nous cache rien des péripéties, ni des éventualités. Peut-être garde-t-on plus secrètes les intentions de certains protagonistes. Tous sont là, devant nos yeux, présentés avec leurs défauts et leurs qualités, leur psychologie et leurs actes. Le récit limpide est parfaitement ajusté pour nous offrir un suspense impeccable. Et même intense.

Bien que l'intrigue se place vers 1938, il serait absurde d'y voir quoi que ce soit de "daté" ou de "vieillot". Canots à voile et TSF ont été remplacés par nos voiliers et médias actuels, mais le contexte général est valable à toute époque, y compris aujourd'hui. La vengeance est un thème éternel, d'autant plus quand il s'agit d'un parent s'en prenant au meurtrier de leur enfant. Notons encore que la partie "enquête criminelle" ne se résume pas à une audition de témoins tant soit peu balisée. Elle explore toutes les facettes des relations entre les personnages impliqués, imagine des hypothèses contradictoires mais crédibles. Écrit avec maestria, construit avec brio, ce polar d'énigme reste une véritable référence.

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commentaires

Jean-Claude 19/06/2016 11:05

PS - Veuillez m'excuser, j'ai oublié de préciser la date de l'adaptation argentine du roman de Blake: 1952, soit 17 ans avant celle de Claude Chabrol... JC

Claude LE NOCHER 19/06/2016 11:14

C'est noté. Il faudra que je me documente.
Amitiés.

Jean-Claude 19/06/2016 10:57

Bonjour M. Le Nocher... Je suis enchanté de voir que cet inoubliable roman est enfin réédité ! je l'ai lu voici bien des années et ne l'ai jamais oublié.

J'ai vu le film de Chabrol et en conserve un excellent souvenir, mais il peut vous intéresser de savoir que ce ne fut pas la première adaptation cinématographique du roman. Outre un épisode de la série britannique "Detective", réalisé par Tina Wakerell en 1969 (dernière année de la série qui avait débuté en 1964), c'est en Argentine que fut réalisée par Roman Vinoly Barreto la première adaptation, en noir et blanc, intitulée "La bestia debe morir". Le protagoniste en était le magnifique acteur espagnol Narciso Ibanez Menta, le père de Narciso Ibanez Serrador. Je possède la vidéo de ce film qui est tout à fait fidèle au roman. Il est à noter que les studios argentins produisirent beaucoup de films adaptés de chefs-d'oeuvre de la littérature policière européenne, entre autres deux superbes adaptations de William Irish, dues à Carlos Hugo Christensen, qui réalisa également une version de "L'assassin habite au 21", intitulée "La muerte camina en la lluvia"... Il convient de noter que par contre, malgré son titre, le film britannique "The Beast Must Die" (1974, de Paul Annette avec Peter Cushing) est une histoire de loup-garou sans rapport aucun avec le roman de Nicholas Blake...
Jean-Claude

Claude LE NOCHER 19/06/2016 11:12

Merci de ces précisions, Jean-Claude.
En effet, un tel chef d'œuvre ne pouvait qu'inspirer à plusieurs reprises cinéma ou télévision. J'ai peu évoqué ici le film de Claude Chabrol, que la plupart des cinéphiles ont vu. La rudesse cynique de Jean Yanne face à la subtilité vengeresse de Michel Duchaussoy, sous le regard de la délicieuse Caroline Cellier et de l'excellente Anouk Ferjac : on n'est pas loin de la perfection.
Amitiés.

Philippe 20/05/2016 03:04

Bonjour M. Le Nocher et tout le monde,

Je ne sais si vous me croirez si je vous dis que j'avais eu vent il y a quelques semaines de la prévision de sortie de cette réédition chez BibliOmnibus, qui a donc eu lieu le 12 mai ?

J'ai prévu de l'acheter, mais ce titre est encore en commande chez mon libraire. J'irai dans quelques jours.

Cela m'intéresse d'avoir cette nouvelle édition, la troisième seulement en français après la première en 1938 aux Editions de la Nouvelle Revue Critique, collection l'Empreinte n° 152 ( la même année que l'édition originale en anglais The Beast Must Die, Collins, collection " Crime Club " ) et celle de 1969 aux Presses de la Cité, réalisée spécialement à l'occasion de la sortie du film de Claude Chabrol avec Michel Duchaussoy, Jean Yanne, Caroline Cellier. Avec en couverture une photo de ce film.
Relevons que, si l'édition de 1938 bien que rare peut se trouver d'occasion sur des sites comme Amazon.fr , www.maxichoice.com , www.livre-rare-book.com , Abebooks, PriceMinister, eBay ou Leboncoin, l'édition de 1969 est elle extrêmement difficile à trouver. J'ai eu la chance d'en acquérir un exemplaire il y a quelques mois.
Je signale que, si l'édition de 1938 commence par
" Première partie
Le journal de Felix Lane
20 juin 1937 "
en revanche dans l'édition Presses de la Cité de 1969, il n'y a que " 20 juin " , sans année, 1937 n'étant pas remplacé par une autre année qui s'y attendrait-on serait 1968 ou 1969.

Rappelons que Nicholas Blake, mort en 1972, était le père du comédien Daniel Day-Lewis qui a été
plus tard l'un des maris d'Isabelle Adjani.

Je souligne une coïncidence à laquelle on ne prête pas attention généralement : le comédien Michel Duchaussoy est né en 1938 ( et mort en 2012 ), l'année même de la parution de ce roman dont 31 ans plus tard il jouera le rôle principal de l'adaptation au cinéma.

Dans le roman, Frank Cairnes est auteur de romans policiers sous le nom de Felix Lane.
Dans le film, transposé en France, Charles Thénier ( Michel Duchaussoy ) est auteur de livres pour enfants sous le pseudonyme de Marc Andrieu.

Philip Rattery, le fils de George le chauffard, rappelle à Frank / Felix son fils qui a été tué par George en voiture.
Notons que dans le film, on a pris soin de confier à deux vrais frères dans la vie, Stéphane et Marc Di Napoli, les rôles de Michel, le jeune fils de Charles / Marc tué au début, et de Philippe, le fils du chauffard ( joué par Jean Yanne ).
On reverra Marc Di Napoli en 1974 dans le feuilleton " Deux ans de vacances " d'après Jules Verne.

M. Le Nocher, j'ai la malice d'envoyer à votre adresse e-mail, bien que je me doute que vous avez peut-être déjà cette édition chez vous, un mail avec en pièce jointe 5 pages scannées de l'édition de 1938.
Deux pages correspondant à l'épilogue de l'histoire, que vous avez relue ces derniers jours.
Et trois pages :
Liste des gagnants
du Problème policier n° 58.
" Kidnapping et Mathématiques "
Où l'on voit, chose remarquable, entre des noms et adresses en France métropolitaine, des gagnants plus éloignés, ce qui illustre le fait qu'il y avait encore un empire colonial français en 1938.
Par exemple :
Mme Marty, villa Pierrot, bd C. Desmoulins, Casablanca ( Maroc ).
M. Joseph Ponset, Ecole coloniale d'industrie, Dellys ( Algérie ).
M. L.-C. Douris, professeur au collège de Quinhon ( Indochine ).
Mme Jean Carré, Quinhon, Annam ( Indochine ).
M. Roger Roset, rue de Verdun, Port-Lyautey ( Maroc ).
Mme Irène Vinciguerra, 39, rue Massicault, Tunis ( Tunisie ).

Je conclus en reproduisant dans son intégralité le texte de la lettre que Charles ( Michel Duchaussoy ) laisse à la fin du film à Hélène ( Caroline Cellier ).
J'ai revisionné le jour de votre chronique le DVD ( nouvelle édition sortie début 2016 ) de ce film et noté le contenu de cette lettre.
Je trouve personnellement le texte plus beau que celui, différent, de l'épilogue du livre.

" Hélène, ma chérie, pardonne-moi. Hier soir, Philippe s'est accusé du meurtre de son père. Je n'ai rien dit. Je l'ai écouté et je suis parti libre du commissariat.
Quelle belle vengeance, n'est-ce pas ? C'est digne d'une tragédie grecque. Un homme tue un enfant. L'enfant de cet homme le tuera à son tour.
Pauvre Philippe ! Il haïssait son père d'une haine sans merci, presque égale à la mienne. Je me demande même si une bonne part de l'amitié qu'il me portait ne venait pas de ce sentiment commun. J'aurais pu, au cours des leçons que je lui donnais, lui suggérer comment s'y prendre pour tuer son père. Je suis certain qu'il n'aurait reculé devant rien, peut-être même m'en aurait-il aimé davantage.
Il faut que tu expliques au commissaire que ce n'est pas vrai, Hélène, que je suis le coupable, moi et moi seul, et que Philippe ne s'accuse que pour me sauver.
Comprends-moi, j'éprouvais une telle haine pour cet homme abject que je ne voulais pas sacrifier ma vie pour ma vengeance. Le commissaire avait parfaitement compris. Mon journal ne servait qu'à donner l'impression que j'échouais dans ma vengeance en plein jour, alors que je l'assouvissais en secret.
Pardonne-moi. Je ne peux pas laisser Philippe payer pour moi. Je croyais pourtant être devenu aussi froid que la lame d'un couteau. Mais le coeur est bien plus long à mourir qu'on ne pense.
Que Philippe n'ait pas d'ennuis.
Hélène, crois-moi, si nous n'avions pas été emportés par tout cela, je t'aurais aimée.
Maintenant, je vais prendre la mer. Je vais aller au loin et ne jamais revenir. Je vais disparaître, Hélène, m'effacer.
Je me suis trouvé lâche hier devant le commissaire. J'ai eu peur de la prison et je n'ai pas eu le courage de refuser le sacrifice de Philippe.
Qu'on me laisse choisir mon châtiment.
Il existe un Chant Sérieux de Brahms qui paraphrase l'Ecclésiaste. Il dit : " Il faut que la Bête meure, mais l'Homme aussi. L'un et l'autre doivent mourir " .

Adieu "

Claude LE NOCHER 20/05/2016 08:11

Bonjour Philippe
Dans le document que vous m'adresser en MP, figurent les noms d'un concours organisé par l'éditeur. Une technique de fidélisation +/- reprise après-guerre par l'éditeur Frédéric Ditis, col. La Chouette version Suisse. Vous avez noté les adresses coloniales. Vous auriez pu aussi noter le nom du gagnant n°11 : José da Natividade Gaspar, Portugais de Lisbonne.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jos%C3%A9_da_Natividade_Gaspar

Seulement deux de ses douze romans ont été traduits en français, semble-t-il.

Quant au scénariste du film de Chabrol, Paul Gégauff, ce fut un "personnage", sans doute méconnu des générations actuelles.
Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 19/05/2016 07:02

Salut Claude, je ne connaissais pas le livre. Noté ! Merci. Amitiés

Claude LE NOCHER 19/05/2016 07:31

Salut Pierre
Un titre parfait pour ta rubrique Oldies !
Amitiés.

Max 18/05/2016 11:12

Bonjour Claude,
Encore un bouquin qu'il me faudrait relire, j'en garde un excellent souvenir, comme d'ailleurs du film de Chabrol, je garde aussi un excellent souvenir d'un ou deux autres bouquins de Blake dont j'ai oublié les titres........
Amicalement,
Max

Claude LE NOCHER 18/05/2016 11:38

Bonjour Max
Certains titres de Nicholas Blake furent réédités chez Le Masque il y a une vingtaine d'années, avec le même héros détective amateur. Grâce à cette réédition, j'en ai profité pour relire "Que la bête meure" - avec un sacré plaisir, je ne le cache pas. A redécouvrir, c'est 100% certain !
Amitiés.

Xavier Lechard 18/05/2016 10:22

Merci et bravo pour cette critique - cela fait du bien de voir Blake de retour dans les librairies et apprécié à sa juste valeur. Espérons que ce n'est qu'un début...

Claude LE NOCHER 18/05/2016 10:46

Bonjour Xavier
Il faudrait que je relise "Fin de chapitre" du même auteur, dont je garde un bon (mais un peu vague) souvenir. Nicholas Blake est un auteur à valoriser, pas de doute.
Amitiés.

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