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30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 04:55

Simon est un ancien flic, au visage marqué et aux cheveux prématurément blancs. Il a été viré de la police à cause d’une embrouille, piégé pour le meurtre de Cora qu’il n’avait pas tuée. Derrière ce complot, il y avait de l’argent sale et de la politique. Ceux qui perdirent les élections de 1981 possédaient encore un certain pouvoir. Depuis, Simon a décidé de travailler pour son propre compte. C’est ainsi qu’un commanditaire lui promet une forte somme afin qu’il retrouve Victor Emmanuel Cerutti. Ce comptable doté d’une mémoire infaillible était employé par la société Morin, laquelle masquait des activités politiques peu démocratiques. Sentant qu’il deviendrait bientôt un témoin gênant à supprimer, Cerutti a disparu volontairement depuis quelques temps.

C’est sous le surnom de "Verlaine" que Simon connaît de longue date le comptable. Ils ont été ensemble dans l’armée, naguère. L’ex-flic accepte la mission, car il veut retrouver lui aussi Verlaine, pour des raisons personnelles. Avec son complice Tony l’Arméno, Simon a prévu le braquage d’un camion-laboratoire participant au trafic de drogue. Ils ont besoin de Verlaine dans leur équipe car ça nécessitera une opération commando. Après un pique-nique avec Tony, afin d’évaluer la situation, Simon part dans le Sud pour obtenir des infos sur la famille de Verlaine. Il dégote une piste : Cerutti-Verlaine a une demie-sœur, Myriam Stein. Celle-ci se trouverait actuellement à Dijon. La ville où Simon fut policier, où débutèrent ses ennuis à cause de la corruption locale.

À Dijon, Simon est attendu, deux flics ripoux cherchant à lui mettre la pression. Il pouvait compter sur la fidélité de son copain Pierrot. Mais ce dernier vient d’être mis hors-circuit par les sbires de Tonton, mi-notable mi-caïd. C’est chez Tonton que Simon va récupérer Myriam, qui n’est pas vraiment intime avec ce type. “Une brave fille un peu pute qui a fait les quatre cent coups, une paumée comme on en ramasse à la pelle à tous les coins de discothèque, une conne un peu dérangée avec quand même un cœur gros comme ça, que les coups de pieds au cul et le reste sont pas arrivés à pourrir.” Tous les deux trouvent refuge chez "Tokyo", une amie lesbienne de Myriam. Pour autant, Simon n’est pas sûr qu’ils soient à l’abri. La suite ne tarde pas à le lui prouver, et c’est Tokyo qui en fait les frais. Il serait prudent de vite quitter la ville, mais ne sont-ils pas déjà poursuivis ?

Simon et Myriam font un détour par la planque où s’est caché Verlaine. Il a laissé des indices, des preuves. Le couple tombe sur le commissaire Guyenne, dit Le Viet. C’est un cador de l’OCRB (Office Central de Répression du Banditisme, section des Stupéfiants), un des meilleurs policiers de France, celui-là. Pourtant, ses méthodes peuvent s’avérer discutables, aussi. Simon et Myriam vont continuer leur périple jusqu’à Lyon. Où ils ont rendez-vous avec Tony, pour finaliser l’opération commando programmée. Toutefois, pour être efficaces, il leur faut se procurer du matériel militaire et renforcer leur équipe…

Hugues Pagan : Je suis un soir d’été (Fleuve Noir, 1983)

En vérité, contrairement à beaucoup d’amateurs de romans noirs l’ayant porté au pinacle, je n’ai jamais aimé les livres d’Hugues Pagan. On me répondra que si tous les romans de cet auteur ont été réédités ou publiés aux éditions Rivages, c’est signe de qualité. On aura sans doute raison, en partie. Il y a bien une tonalité propre aux histoires d’Hugues Pagan, une noirceur fatale qui englue des personnages amers ou paumés. Ambiances dénuées de véritable espoir, armes à feu toujours à portée de main, cadavres martyrisés ou victimes abattues froidement, c’est du viril qui ne rigole pas, du costaud qui riposte.

Mon impression négative serait donc totalement subjective ? Non, il est facile d’écrire du "plus noir que noir" quand on ne respecte pas les règles de la narration. “Je suis un soir d’été” en apporte l’illustration. Hugues Pagan reste dans le flou concernant cet ex-policier, ne concédant que des bribes de portrait. Un "pur et dur" ou même "loup solitaire", croit-on comprendre. Sauf qu’il n’est pas si isolé que ça. Il faut bien que soit dressé le profil de son ami Verlaine, sinon on ne pigerait carrément rien, mais le portrait de son copain Pierrot ne nous dit presque rien sur lui. Quant à la jeune Myriam, son image est aussi parcellaire : une fille sans repères, manquant de caractère, mais sa psychologie n’apparaît guère.

On nous suggère encore – mais sans précision – le braquage d’un camion préparé par l’ex-flic Simon et son complice Tony. Très vague. Les adversaires du héros sont moitié des policiers ripoux, moitié des flics de choc, sans que ce soit clarifié non plus… La règle d’or du polar, c’est d’être le plus complet possible dans les éléments offerts aux lecteurs. Une base évidente, méprisée par Hugues Pagan. Quant au "parler populaire" ou argotique, ça frise le ridicule. Bien sûr, s’agissant là de son troisième titre publié (en 1983), on pourrait plaider qu’il n’a pas encore la maturité d’écriture. Qu’avec “Dernière station avant l’autoroute” (Prix Mystère 1998), il fut plus convaincant – c’est exact. Le présent roman n’est ni bon, ni mauvais, mais relativise les éloges exagérés sur Hugues Pagan.

 

D'autres chroniques sur des romans ayant pour thème "l'été" :

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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commentaires

wollanup 02/08/2016 11:15

Grand roman,comme tous ceux de Pagan.
C'est bien de ta part de le remettre un peu à la lumière.
Bon, c'est sûr qu'il ne faut pas déjà être déprimé quand on lit cet auteur.
Belle journée à toi Claude.
Wollanup.

Claude LE NOCHER 05/08/2016 06:19

En effet, "Dernière station..." est très réussi. Mais ses premiers romans m'ont paru artificiellement noirs, pas adhéré du tout. Eh oui, il y a des exceptions, même quand on revendique la diversité de lectures, comme moi.
Amitiés.

wollanup 04/08/2016 22:50

Ah,je trouve que tu es très dur avec Pagan justement à cause de "dernière station..." qui est une pure merveille.

Claude LE NOCHER 02/08/2016 11:40

Salut W.
Disons que je suis plus mitigé quant au style, mais ça n'empêche pas d'évoquer cet auteur. C'est aussi ça, la diversité.
Amitiés.

Philippe 30/07/2016 16:25

Rebonjour M. Le Nocher,

J'attire votre attention sur le sujet d'aujourd'hui du blog Executed Today que je mentionne souvent : l'exécution de la faiseuse d'anges Marie-Louis Giraud pour avoir pratiqué des avortements, ce dont Vichy avait fait un crime passible de la peine de mort ( ce qui sera aboli à la Libération, mais l'avortement restant illégal et un délit jusqu'en 1974 ).
Elle fut l'une des dernières femmes exécutées en France, mais pas la toute dernière comme il est dit ici par erreur. Ceci revenant à Germaine Godefroy, guillotinée en 1947 pour avoir tué son mari à coups de hache. Relevons que ce fut sous la présidence - et donc après qu'il eut rejeté le recours en grâce - de Vincent Auriol, alors même que, avocat et socialiste, il avait été parmi les 80 parlementaires, nette minorité, à refuser de voter les pleins pouvoirs à Pétain en 1940. ( Son successeur à l'Elysée, René Coty, ayant lui fait partie de la majorité qui les vota. )

http://www.executedtoday.com/2016/07/30/1943-marie-louise-giraud-vichy-abortionist/

Tous les liens indiqués dans le corps de cet article valent d'être vus, mais je montre :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Barneville-Carteret

Histoire de mieux connaître cette commune manchoise très prisée.

http://moviemorlocks.com/2015/11/14/the-story-of-chabrol/

Une critique du film de Claude Chabrol, avec une comparaison par rapport à d'autres de ses films, notamment " Landru " ( 1962 ) et " Violette Nozière " ( 1978 ).

Cordialement

Claude LE NOCHER 30/07/2016 17:08

Bonjour Philippe,
A propos de cette commune, je lis une explication de la toponymie à hurler de rire :
- Barneville : La "ville de Barni", nom de personne scandinave. Carteret : Du scandinave Kart (terrain caillouteux) et du scandinave Reidh qui signifie le "mouillage".
Ce genre de "traduction" est dénuée de sens ! Pour m'amuser, j'en présente une autre version :
- Barneville : à l'origine, la ville des bornes, car la côte manchoise était jalonnée de bornes de pierre, sortes de menhirs. Carteret : de "côtes raides", évoquant les chemins à flanc de falaises sur la Manche.

En effet, les avortements se déroulaient dans des conditions sanitaires dramatiques, entraînant des séquelles (voire la mort) pour les mères, ce qui explique sans doute la dureté des sanctions du temps de Pétain et durant longtemps.

Amitiés.

Philippe 30/07/2016 15:50

Voyez la présentation de ses livres les plus récents ( il est dit par erreur que Charles Pellegrini est né dans un village corse, mais je maintiens avoir lu dans ses mémoires chez Anne Carrière ( 1999 ) qu'il est né en Tunisie ) :

http://www.parislibrairies.fr/livre/9782810006526-flics-et-corses-grosses-affaires-et-coups-tordus-charles-pellegrini/
Flics et Corses ; Grosses affaires et coups tordus
Charles Pellegrini
Toucan 24 juin 2015

http://www.parislibrairies.fr/livre/9782358870948-histoire-de-p-j-charles-pellegrini/
Histoires de P.J
Charles Pellegrini
La Manufacture de Livres, 2011 et 21 mai 2015

Claude LE NOCHER 30/07/2016 17:19

Bonjour Philippe
Pellegrini fait partie, lis-je, de ces spécialistes qui suivent l'évolution (désastreuse) des banlieues, en terme de délinquance et autres méfaits, y compris au prétexte religieux. Ce qui me gêne n'est pas le constat, que nul ne conteste. C'est que ça suppose que lui et ceux qui le font possèderaient des remèdes ? Ou bien sont-ils de simples donneurs de leçons, bien incapables de soumettre "la" bonne solution ? Pour faire un parallèle direct : "Comment lutter contre ceux qui commettent des attentats ? Yaka les en empêcher." Ben oui, personne n'y avait pensé, n'est-ce pas ? Quand je lis certaines thèses, certains essais, sur la criminalité ou la délinquance, j'ai le sentiment que la réponse est à peu près celle-là.
Amitiés.

Philippe 30/07/2016 15:36

Bonjour M. Le Nocher,

Ajoutons que le nom du commissaire Guyenne dit le Viet ( Guyenne avec cette orthographe étant par ailleurs le nom de l'actuelle région Aquitaine quand elle était anglaise pendant la Guerre de cent ans ) est un clin d'oeil à un collègue réel du policier Hugues Pagan : le commissaire Georges N'Guyen Van Loc ( 1933 - 2008 ), d'origine vietnamienne, dit le Chinois. Qui était à Marseille surtout, fondateur du GIPN ( Groupe d'Intervention de la Police Nationale ) en 1972 ( donc avant le GIGN en 1973 ). Connu médiatiquement sous le nom de Van Loc, professionnellement il était appelé le commissaire N'Guyen. On pouvait ne pas être d'accord avec certaines de ses méthodes, son orientation du tout-répressif y compris en matière de drogue ou ses sympathies politiques d'extrême-droite.
Quand à l'OCRB, qui existe ou exista vraiment, créé en 1973, il eut comme chef Charles Pellegrini, Corse de Marseille ( et de Solenzara, petit village corse ) né en 1938 en Tunisie, alors protectorat français, à La Goulette. Grand flic aussi, dont on peut ne pas non plus partager les positions politiques. Retraité depuis longtemps - et ayant de toute façon quitté la police vers 1985 suite à des conflits internes - , spécialiste en questions de sécurité, il habite mon quartier Mouffetard dans le 5ème à Paris.

Cordialement

Claude LE NOCHER 30/07/2016 17:24

Bonjour Philippe,
Bien sûr, Guyenne = N'Guyen Van Loc, qui était déjà un peu connu du grand public en 1983, à la publication de ce roman.
La récente affaire Michel Neyret nous confirme, une fois de plus, que la notion de "grand flic" reste sujette à controverses, ou à "conflits internes" pour reprendre votre formule.
Amitiés.

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