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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 04:55

Au Japon, en 2001. Âgé de vingt-sept ans, Jun'ichi Mikami sort de prison. Il fut condamné à deux ans de détention pour le meurtre involontaire de Kyôsuke Samura, un jeune de son âge. Il retourne vivre chez ses bienveillants parents dans la région de Tokyo. C'est par son frère cadet Akio que Jun'ichi réalise la situation actuelle : ses parents se sont ruinés pour dédommager M.Samura, le père de sa victime.

Surveillant-chef à la prison de Matsuyama, Shôji Nangô a quarante-sept ans, dont vingt-huit dans la pénitentiaire. Sa famille battant de l'aile, il envisage de démissionner pour créer une boulangerie, afin d'y remédier. Projet qui nécessite du financement : or, il vient d'être contacté par l'avocat Sugiura pour mener à bien une mission particulière. Celui-ci sert d'intermédiaire à un client anonyme.

Shôji Nangô est convaincu que Jun'ichi Mikami peut retrouver le droit chemin, s'il l'associe à l'enquête en question. Tous deux recevront un gros pactole s'ils y parviennent. Quand le surveillant-chef le contacte, Jun'ichi y voit l'opportunité de rembourser ses parents. Ainsi, son conseiller d'insertion constatera ses efforts. Et il sera peut-être plus facile à Jun'ichi de s'excuser auprès de M.Samura, le père de celui qu'il a tué, comme le veut le procédure. Toutefois, l'affaire qu'ils devront résoudre remonte à dix ans. Il sera donc compliqué pour Nangô et Jun'ichi de démontrer l'innocence de l'homme qui a été condamné à mort, et qui attend depuis sept ans son exécution. Celle-ci est programmée trois mois plus tard.

Pour la justice, le cas était limpide : Ryô Kihara venait d'assassiner un couple de retraités chez eux, quand il fut victime d'un accident de moto à quelques centaines de mètres du lieu du crime. Le choc provoqua une amnésie chez Ryô Kihara, qui aggrava le jugement car il ne pouvait éprouver de regrets, ignorant s'il était ou non un meurtrier. Depuis peu, sa mémoire est ravivée par l'image d'un escalier associé au double assassinat. Pas assez pour une révision de son dossier, mais ça constitue un point de départ pour Nangô et le jeune Jun'ichi. Hélas, le fils du couple de victimes se montre véhément, ne les autorisant pas à entrer dans la maison à l'abandon, afin de vérifier si un escalier s'y trouve. Nangô se passera de l'avis du fils, et va explorer clandestinement ladite maison.

Parmi les relations du retraité assassiné, Nangô trouve le nom de Kyôsuke Samura, celui que tua involontairement Jun'ichi. Pas exactement un indice, car le défunt fut conseiller d'insertion : il s'occupa du fils Samura après qu'il eût des ennuis avec la justice, mais de beaucoup d'autres également. Pendant trois semaines, Nangô et Jun'ichi crapahutent sur la montagne voisine, cherchant vainement le fameux escalier. Le client secret de l'avocat Sugiura préfère que Nangô enquête seul, mais le surveillant-chef garde son assistant.

Jun'ichi émet d'ailleurs une hypothèse très logique : quelqu'un qui risquait la révocation de sa libération conditionnelle a pu éliminer le vieux conseiller d'insertion et son épouse, afin de faire disparaître son dossier. Dans les archives judiciaires, Nangô découvre le nom d'un possible suspect. Il rend visite en prison à ce Toshizô Ohara, repris de justice incarcéré. Tandis qu'approche la date de l'exécution de Ryô Kihara, si ce n'est peut-être pas la bonne piste, le raisonnement reste assez juste. Nangô et Jun'ichi approchent du but…

Kazuaki Takano : Treize marches (Presses de la Cité, 2016)

Prouver l'innocence d'un condamné à mort, tel est le moteur de cette intrigue. Ce qui fait partie des thèmes classiques de la littérature policière. Moins les détectives amateurs ont d'indices favorables au départ, plus l'enquête s'avère ardue et donc palpitante. Quand on les sent motivés autant par un aspect moral que financier, comme le duo de cette affaire, ça suppose une histoire riche en péripéties. Cette facette du roman tient ses promesses, car le lecteur reste conscient du temps qui s'écoule, et des difficultés rencontrées. En outre, les héros sont parfaitement assortis : un jeune qui fugua avec sa petit amie alors qu'il était adolescent, et qui débuta sa vie adulte par un crime involontaire ; face à un homme mûr, s'interrogeant sur ses choix de vie, sur un possible avenir plus serein.

Néanmoins, l'essentiel n'est pas dans les investigations de Jun'ichi et Nangô, aussi bien racontées soient-elles. C'est tout le système judiciaire japonais que décrit Kazuaki Takano, en soulignant ses énormes failles. Dramatique, car on voit que les jugements s'avèrent très inégaux, excluant largement l'objectivité. Sachant que la peine de mort existe encore au Japon, on mesure le risque d'erreur. Et ceci malgré les jalons bureaucratiques (les fameuses "treize marches") censés étudier les recours, revoir les contextes et les faits. Par pure hypocrisie, la société japonaise semble refuser de s'interroger publiquement sur ces sujets, peine de mort et signification des peines de prisons. Pour les Occidentaux, ce qui surprend, c'est que la justice nippone place le "repentir" avant toute autre considération.

Exprimer des remords en apparence sincères – mais le sont-ils ? – serait suffisant pour atténuer la douleur des proches de victimes, donc cela permettrait de limiter les sanctions visant les coupables. Grâce à Nangô qui a participé à deux exécutions, on comprend les incohérences dans le traitement des dossiers : le surveillant-chef n'est pas neutre, mais il estime que tous les éléments doivent être pesés et la culpabilité absolument certaine. Quant à la réinsertion des délinquants, suivie par des conseillers bénévoles, on se pose là aussi quelques questions. L'approche sociologique autour de la justice est l'atout majeur de ce livre, ajoutant une force indéniable au suspense proprement-dit. Sans conteste, un roman de qualité supérieure.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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Wistiti 14/07/2016 23:27

Vous ne parlez que du scénario !
Rien sur l'écriture !!!

Claude LE NOCHER 15/07/2016 08:10

Bonjour
Je vais concaténer vos deux messages en ajoutant ici le premier : « Aucune allusion à la qualité littéraire des ouvrages ! Dommage, car un roman, c'est avant [tout] de la littérature, un style, une voix personnelle. 80 % des polars sont bons pour la poubelle à cause d'une absence de caractéristiques littéraires. Il est évidemment plus facile de parler de la fiction que de l'écriture ! »
Je comprends mal cette agressivité, mais je ne me dérobe pas à la critique.
Un roman, c’est avant tout une histoire, une fiction, qui se rapproche souvent (mais ce n’est pas une obligation) de la réalité. Lire un roman, c’est pour la majorité des lectrices et des lecteurs répondre à un plaisir de lecture, voire à une envie de découverte. Ce qui n’empêche nullement de savourer des sujets plus noirs, plus trash, plus sociologiques, qu’une simple enquête criminelle.
Le « style », c’est comme le charisme, une notion subjective, une impression généralement artificielle. Je ne dirais pas que c’est de la foutaise, car il est vrai que certains auteurs développent une voix personnelle. Ceux-là sont la plupart du temps très ennuyeux, mais il existe des exceptions. Je laisse volontiers les « théoriciens littéraires » digresser sur cette notion du « style ». Je ne les empêche pas de « sodomiser les diptères » à ce sujet (c’est plus stylé que « d’enculer les mouche », n’est-ce pas?).
L’écriture, c’est autre chose que votre « style », et il m’arrive parfois de l’évoquer dans mes chroniques. L’écriture, c’est le choix du vocabulaire, de la structure narrative, du rythme donné à l’histoire, de la tonalité, etc. L’écriture, c’est à la fois dans la forme et dans le fonds qu’on la trouve. Rien à voir avec le « style » qui, dès lors, apparaît comme un expression nombriliste.
Jadis, on m’a appris qu’il était bon de chercher « l’intention de l’auteur » dans un roman. Ce que j’applique à chaque lecture. Je cherche également « l’intention du lecteur », autrement dit les raisons qui vont le séduire, de même que j’ai été séduit. Non, il n’est pas « plus facile de parler de fiction [du scénario] que de l’écriture » : il est juste plus logique, plus concret, de montrer que tel roman comporte une vraie histoire, plutôt qu’un « style » plus ou moins convaincant – ce qui n’intéresse qu’une poignée d’intellos désœuvrés.
Que l’on m’agresse ainsi sur la « facilité » est toutefois malvenu. Si beaucoup de blogueurs se contentent des quatrièmes de couvertures et d’un résumé de trois lignes, je créé mes recensions de tous les romans lus… et ce n’est pas à la portée de tout le monde. Car transmettre, c’est autrement difficile que de se masturber sur un éventuel « style ».
Cher ami « styliste », puisque vous considérez que « 80 % des polars sont bons pour la poubelle à cause d'une absence de caractéristiques littéraires », c’est que vous n’êtes sûrement pas un lecteur. Ça me rappelle ce monsieur qui affirmait catégoriquement que « on n’a rien écrit de valable depuis Chateaubriand... », écrivain dont je ne suis pas sûr qu’il ait lu l’œuvre. Pourquoi ne pas nous citer les 20 % de polars qui échappent à votre hargne, qui auraient des caractéristiques littéraires ?
Amitiés.

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