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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 04:55

Londres, automne 1870. Ayant son QG au commissariat de Wapping, William Monk est à la tête de la police fluviale sur la Tamise. Toutefois, sa carrière ne fut en rien linéaire. Entré dans la police métropolitaine en 1852, Monk eut un "accident" avec un fiacre en 1856, et se réveilla amnésique. Il masqua cet inconvénient à sa hiérarchie, et continua son métier. Durant un temps, il devint détective privé, résolvant de mystérieuses affaires. Puis on lui confia ce poste, à la police fluviale. Une récente affaire causa la mort de son adjoint et mentor, le sexagénaire Orme. Il est désormais assisté par Hooper, un policier loyal.

Ancienne infirmière de la guerre de Crimée rencontrée lors d’une enquête, Hester Latterly est devenue l’épouse de William Monk. Dans la clinique qu’elle a créée à Portpool Lane, malgré un financement difficile, Hester s’efforce d’aider et de soigner des femmes de la rue, blessées ou malades. William et son épouse ont "adopté" le jeune orphelin Scuff, intrépide gamin débrouillard. Scuff voudrait faire des études de médecine. Le couple est ami avec le magistrat Oliver Rathbone. Ce dernier a connu quelques ennuis, car son réel sens de la justice n’est pas toujours compatible avec la position officielle.

Tandis que Monk s’interroge encore sur son passé, il est appelé par M.McNab, responsable du service des douanes. Si McNab fait généralement preuve d’hostilité à son égard, Monk pense qu’existe un lien avec ce qui s’est effacé de sa mémoire. Par ailleurs, il soupçonne McNab d’une certaine complicité dans la mort de son mentor Orme. Un faussaire nommé Blount, qui s’était évadé la veille lors d’un transfert depuis la prison de Plaistow, a trouvé la mort dans la Tamise. Puisqu’il y a trace d’une balle, ça ne concerne plus la douane, mais la police. Selon le douanier Worth, le faussaire était spécialiste des documents maritimes.

Un autre malfaiteur échappe également aux douanes : Silas Owen, expert en explosifs. Monk et Hooper ne tardent pas à trouver une piste, non loin des entrepôts d’Aaron Clive, un riche Américain faisant de l’import-export. Les policiers poursuivent deux suspects : Owen rejoint la goélette du marin Fin Gillander. L’autre, Pettifer, est un agent des douanes qui se noie malgré l’aide de Monk. Après avoir rencontré Aaron Clive, Monk s’invite sur le bateau de Fin Gillander. Ce sémillant quadragénaire est un aventurier, qui vécut en particulier à San Francisco au temps de la Ruée vers l’Or, voilà une vingtaine d’années.

De son côté, l’avocat Oliver Rathbone s’intéresse de près à Beata York. Si son défunt mari, le juge Ingram York, présentait une image irréprochable, c’était un odieux pervers qui la maltraitait sexuellement. Il vient de mourir en psychiatrie. Lors de ses funérailles, Beata renoue avec des amis d’autrefois, le couple Miriam et Aaron Clive. Elle les a connu à San Francisco, au temps de son premier mari. Époque où la Californie sans foi, ni loi, n’était pas encore un des États américains. Peu encline aux mondanités, Beata se rapproche de la clinique d’Hester Monk (qu’elle connaît grâce à Oliver) où elle veut se rendre utile.

Monk cherche dans les archives de la police quel pourrait être son lien passé avec McNab, mais rien de précis n’apparaît. Faut-il penser que se prépare un cambriolage des entrepôts d’Aaron Clive, sur la rive de la Tamise ? C’est vaguement à envisager, peut-être. À cause de la mort de l’agent des douanes Pettifer, un procès est engagé contre Monk. Pour Oliver Rathbone, ce sera l’occasion de montrer son savoir-faire…

Anne Perry : Vengeance en eau froide (Éd.10-18, 2016) – Inédit –

Ils mirent plus de deux heures à rallier Deptford. Ce n’était pas très loin, mais le trafic était dense sur le fleuve et ils durent trouver un endroit où s’amarrer pour quelques heures. Monk prit plaisir à l’expédition. Au début, il avait craint de ne pas être à la hauteur même s’il se fiait à Gillander pour donner des ordres clairs. Il fut surpris de constater qu’il avait eu tort de s’inquiéter. Il avait dû naviguer sur un deux-mâts comme celui-ci par le passé et une partie de lui-même ne l’avait jamais oublié, à l’instar de ses compétences de policier. Il n’eut aucun mal à garder l’équilibre, il savait manier les cordages, ne pas se tenir au mauvais endroit – c’était terriblement dangereux au cas où ils se déroulaient brusquement et vous entraînaient avec eux ! Il veilla à ne jamais être heurté par la bôme, à ne jamais trop serrer le vent afin d’éviter que la voile faseye. Tout lui revint instinctivement. Il était à la fois tendu et au comble de l’exaltation.

On ne présente plus Anne Perry, romancière chevronnée, auteur de plusieurs séries, dont les enquêtes de Charlotte et Thomas Pitt. On peut avoir une préférence pour celles de William Monk, elles aussi situées au 19e siècle, à l’époque victorienne. “Vengeance en eau froide” est la 22e aventure de ce personnage. L’univers de Monk possède des atouts fort attachants, probablement encore davantage depuis qu’il dirige la police fluviale. Car cela permet à l’auteure de nous décrire un aspect différent du Londres d’alors. Par exemple, quand elle évoque le cloaque qu’est l’Île Jacob : “C’était un des lieux les plus épouvantables des docks, séparé de la rive par une étendue de vase profonde et vorace.”

L’amnésie de William Monk joue un grand rôle dans ce roman : se trouva-t-il autrefois à San Francisco, comme plusieurs protagonistes réunis désormais à Londres ? Avec son talent incontesté, Anne Perry ne manque pas de dessiner une belle galerie de portraits, ni d’entremêler astucieusement les strates de l’intrigue. Tous ceux et celles qui interviennent ici ont une véritable fonction. Y compris le jeune Scuff qui, outre la médecine, va s’initier à la marine à voile. Bien qu’en retrait, Hester a son mot à dire également. N’ignorant rien de la tradition littéraire policière, la romancière nous a concocté au final un palpitant procès. Qui servira à révéler des culpabilités passées et présentes. Une fois de plus, elle nous offre une histoire passionnante et mouvementée.

**********

Quelques-unes de mes chroniques sur des romans d'Anne Perry :

(cliquez sur les liens)

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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commentaires

Philippe 23/08/2016 13:55

Rebonjour M. Le Nocher,

Je comprends et partage votre position quant à l'Argentine.
Mais quelques réflexions, sans vrai rapport entre elles, qui me viennent.

- Si René Goscinny, l'un des créateurs d'Astérix, est né à Paris ( dans le 5ème, rue du Fer à moulin, à quelques rues de chez moi) et d'une famille juive polonaise ( le village d'origine de son père en Pologne fut détruit par les Nazis pendant la guerre ), c'est en Argentine qu'il passa son enfance, avant de vivre aux Etats-Unis à New York puis seulement de rentrer en France où il rencontra Albert Uderzo.

- L'Argentine est le pays qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, donna de la viande de boeuf - le boeuf argentin est à juste titre réputé être le meilleur du monde, avec peut-être celui de Kobé au Japon ou le Black Angus - à la France, participant ainsi grandement à sa reconstruction.
En reconnaissance, la France a baptisé Argentine une station du métro parisien sur la ligne 1, près de la porte Maillot et de Neuilly-sur-Seine. C'est la seule station de tout le métro de Paris à porter le nom d'un Etat étranger.

- Pour en revenir à Eva Peron, dont, M. Le Nocher, on peut dire qu'elle fascina beaucoup de personnes, dont vous et moi je m'aventure à le supposer.
Je recommande un livre qui a déjà plusieurs années, mais l'évocation de l'Argentine m'a fait y repenser.

Eva-Evita ; Pour L'amour du Diable
Patrick Weber
Avant-propos, 7 décembre 2012

http://www.parislibrairies.fr/livre/9782930627458-eva-evita-pour-l-amour-du-diable-patrick-weber/

- Et pour ne pas oublier qu'on est dans le polar, j'ai eu vent du roman suivant :

Les Eaux troubles du Tigre
Alicia Plante
Traduction Francois Gaudry - Langue d'origine : espagnol ( Argentine )
Metaillié, collection Métaillié Noir, 12 mai 2016

http://www.parislibrairies.fr/livre/9791022601689-les-eaux-troubles-du-tigre-alicia-plante/

Cordialement

Claude LE NOCHER 23/08/2016 16:03

Bonjour Philippe
Comparer, mettre en parallèle Eva Braun et Evita Peron, ça a du sens, en effet. Encore que si nous soulignons l'arrivisme de ces deux femmes, nous allons passer pour sexistes. La psychologie d'Evita nous apparaît probablement plus aisée à comprendre que celle d'Eva Braun. Quant à l'adulation de dictateurs avérés, dans ces cas précis : leurs maris ou compagnons, ça me semble toujours aberrant.
Amitiés.

Philippe 22/08/2016 23:44

Bonjour M. Le Nocher,

Voyez d'abord cet article du site Rare Historical Photos :

http://rarehistoricalphotos.com/nazi-rally-argentina-1938/
Nazi rally in Buenos Aires, 1938

Puis - là c'est moi qui indique ce lien, que j'ai trouvé sur le même sujet - ce mémoire.
Il ne s'agit bien sûr pas de lire maintenant du moins les 116 pages, mais voyez un peu le sommaire du mémoire.

http://doc.sciencespo-lyon.fr/Ressources/Documents/Etudiants/Memoires/Cyberdocs/MFE2011/michaud_e/pdf/michaud_e.pdf

Université Lumière Lyon 2
Institut d'Études Politiques de Lyon
2011

L'exil des réfugiés nazis vers l'Argentine, l'analyse du point de vue argentin.

Je vous conseille aussi cette BD : une histoire en 2 tomes :

Le Poids des nuages
Jack Manini ( scénario )
Michel Chevereau ( dessins )
Bamboo, Mai 2016 & Juin 2016

Tome 1 : L'Amie d'Eva Peron
http://www.angle.fr/bd-le-poids-des-nuages-tome-1-6600901.html

Tome 2 : Crash final
http://www.angle.fr/bd-le-poids-des-nuages-tome-2-8271931.html

Cordialement

Claude LE NOCHER 23/08/2016 07:47

Bonjour Philippe
Quand je vois ces rassemblements de foules fanatisées, ça me rend toujours mal à l'aise. Pas seulement à cause de l'idéologie puante du nazisme. La manipulation des populations reste un "sport" très prisé en politique. C'est si facile, d'ailleurs. Tant de gens amers (et parfois hystériques) pour suivre celui ou celle qui crie le plus fort, qui les prend dans le sens du poil.
Quant à l'Argentine, les dictatures font partie de l'ADN de ce pays. Magnifiques paysages, mais c'est un des rares pays où (si j'en avais eu les moyens et le temps) je n'aurais jamais mis les pieds. Trop de gens ont participé aux régimes népotiques, ont servi les dictateurs.
Amitiés.

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