Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 04:55

Été 1959. Le commissaire Mareuil, de la PJ, est appelé à l’usine de la Compagnie Générale des Propergols, à Courbevoie. Dans le pavillon du bureau d’étude, l'ingénieur en chef Georges Sorbier a été assassiné durant la pause du déjeuner. Les propergols sont un carburant pour les fusées : Sorbier avait récemment inventé un procédé différent des techniques habituelles pour la propulsion. L’un des spécimens de l’appareil tenait dans un tube de vingt kilos, qui a été dérobé à l’occasion du meurtre. Une véritable bombe pouvant détruire une partie de Paris, si l’objet est mal manipulé. Le vol de cette invention secrète laisse supposer une affaire d’espionnage. Pourtant, l’arme de petit calibre 6.35 est rarement utilisée par des pros. Aucune trace du criminel dans les locaux.

Il y a trois témoins : le gardien Legivre avec deux ingénieurs, Renardeau et Roger Belliard, ami du commissaire Mareuil depuis la guerre. Tous avaient beaucoup d’estime pour la victime. Ils n’ont vu sortir personne, alors que quelqu’un portant un tube de vingt kilos ne serait pas passé inaperçu. Si le coffre-fort a été ouvert entre la mort de Sorbier et l’arrivée des ingénieurs, ça laisse un laps de temps fort court. Mareuil avait rencontré l’ingénieur en chef, lui aussi. Dans le bureau, il trouve une enveloppe de lettre recommandée adressée à Sorbier, mais pas la lettre elle-même. Difficile pour lui de comprendre le déroulement du crime, mais il suppose que le coffre contenant le tube était déjà ouvert. Mareuil interroge les témoins, avant de visiter l’usine, qui est avant tout un centre de recherches.

Accompagné par Belliard, le policier va annoncer la mauvaise nouvelle à l’épouse de Sorbier, Linda, dans leur belle maison de Neuilly. Âgée de vingt-huit ans, Linda une blonde d’origine suédoise, de famille aisée. Elle ne dévoile guère ses sentiments. Le directeur de la PJ et le ministre mettent la pression sur le commissaire Mareuil, sachant le danger que représente le tube disparu. Le policier trouve bientôt une piste : celui qui adressa la lettre à Sorbier, c’est son ancien chauffeur viré depuis peu, Raoul Mongeot. Sa maisonnette se situe quai Michelet à Levallois, de l’autre côté de la Seine, face à l’usine de propergols. Il pouvait l’observer avec des jumelles. Filé par la police, Mongeot mène une vie routinière. Néanmoins, on pense qu’il vient de tenter de pénétrer clandestinement chez Sorbier.

Mareuil fait appel à son ami Belliard pour surveiller avec lui le domicile de leur suspect. Raoul Mongeot est pris pour cible par l’assassin-fantôme, et gravement blessé. Mareuil réalise vite que, comme à l’usine, le tireur paraît s’être évaporé : une victime, et pas de trace du criminel. Hospitalisé, Mongeot est très faible à son réveil, et ment sûrement en affirmant ne pas avoir reconnu son agresseur. Rien de formel ne peut être retenu contre Mongeot, quand il retourne guéri chez lui. Las de manquer d’indices, le policier va laisser l’essentiel des investigations, qu’il sait inutiles, à son collègue Tabard. Le dangereux tube reste introuvable. Lorsque Raoul Mongeot s’introduit une fois de plus chez Sorbier, Linda est effrayée. Belliard et Mareuil espèrent la protéger efficacement…

Boileau-Narcejac : L’ingénieur aimait trop les chiffres (Denoël, 1959)

Cet excellent "roman de mystère" est le dixième en duo pour Pierre Boileau (1906-1989) et Thomas Narcejac (1908-1998). L’intrigue s’avère exemplaire, énigmatique à souhaits. Elle utilise un contexte "moderne" pour son temps, puisque ça débute dans un centre de recherche autour des fusées atomiques. Quand le policier Mareuil visite les lieux, il avoue que c’est inhabituel : “Et savez-vous ce qui me gêne le plus ? Ce n’est pas le crime lui-même. C’est tout ce que vous venez de me montrer. Dans une banque, dans une bijouterie, dans un hôtel, je me sentirais à l’aise. Je saurais par quel bout prendre l’enquête. Mais dans ce décor futuriste… on a l’impression que n’importe quoi peut arriver, ici… Qu’on peut devenir invisible, ou tuer à distance.”

[Pour l’anecdote, le Quai Michelet à Levallois (où habite un des protagonistes) est devenu Quai Charles Pasqua en juin 2016.]

Aujourd’hui, plus d’un demi-siècle après, ça peut nous apparaître tel un roman d’enquête traditionnel. C’est à la fois vrai et faux. S’il s’appuie sur un adjoint nommé Fred, figurant ici le policier-type quasi-anonyme, le commissaire Mareuil n’est pas un enquêteur au sens strict. Ses hypothèses "ne collent pas", il en est conscient et ça le déprime quelque peu. Les personnages sont décrits avec bien plus de nuances, d’infimes détails, de psychologie, que dans bon nombre de romans policiers : l’un est nouvellement père de famille, l’autre est un oisif sans complexe, etc. Bien entendu, le récit ne manque pas de péripéties. Un suspense de très belle qualité, toujours disponible au catalogue Folio policier.

Partager cet article

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
commenter cet article

commentaires

The Cannibal Lecteur 02/08/2016 10:02

Bonjour,

Un boileau-narcejac que je ne connaissais pas... J'en ai un sur ma PAL parce que ça parle de Sherlock Holmes...

Claude LE NOCHER 02/08/2016 10:29

Salut Belette
Ce doit être un titre de leur série d'Arsène Lupin, puisqu'ils avaient repris le personnage avec l'accord de la famille de Maurice Leblanc ?
Quant à "L'ingénieur...", c'est toujours dispo, la dernière édition en Folio policier doit être de 2014. Evidemment, le maniaque que je suis y a pris plus de plaisir en relisant ce livre en édition d'origine.
Amitiés.

Philippe 01/08/2016 18:47

Je me souviens d'un Midi en France sur France 3 il y a quelques mois, où l'émission était en Bretagne.
On rappelait l'étonnement qu'on peut ressentir du fait qu'il n'existe pas de fromages en Bretagne, au patrimoine gastronomique pourtant si riche, et alors que les régions voisines, Normandie ou Pays de Loire, en font.
Il était alors dit qu'en Bretagne c'est le beurre qui tient lieu de fromage.

Cordialement

Claude LE NOCHER 01/08/2016 20:18

Exactement, cher Philippe !
Nul ne peut se prétendre authentiquement breton, si on n'utilise pas (ou peu) de beurre dans son alimentaire. "Le beurre ne gâte rien" euphémisme que j'ai souvent entendu, depuis toujours. Rappelons au passage que le beurre est animal (lait de vache principalement) alors que la margarine est végétale (céréales). Que la crêpe soit sucrée ou que la galette soit salée, il leur faut du beurre !
Paquets rouges (demi-sel) et non paquets bleus (beurk), bien sûr. J'ai (re-)tenté le beurre salé (fermier artisanal) il y a quelques années, mais c'était trop - même pour moi (pour mes pâtes au beurre, c'était bon). Combien les Français consomment-ils de beurre chaque mois ? On s'en fiche, les Bretons (les vrais) en utilisent dix ou vingt fois plus.
L'émission que vous avez vue se passait à Quiberon. On y indiquait une recette de far breton, avec douze pruneaux dénoyautés. Une recette pour touristes, si je puis me permettre. J'en mets dix de plus, avec noyaux ! Pourquoi ? Parce que ce dessert est, au départ, liquide : le pruneau doit donc être ferme, pour "y trouver sa place" ! Sinon, le flan - la recette de base, c'est très bien aussi si c'est juste pour se nourrir.
Amitiés.

Philippe 01/08/2016 17:40

Rebonjour M. Le Nocher,

Une nouvelle aussi insolite qu'alléchante :

http://www.lefigaro.fr/culture/2016/07/29/03004-20160729ARTFIG00128-un-fromage-vieux-de-340-ans-decouvert-dans-une-epave-suedoise.php?

Cordialement

Claude LE NOCHER 01/08/2016 18:36

Moi qui suis très amateur de fromages, je ne crois pas avoir envie d'y goûter !
Amitiés.

Philippe 01/08/2016 14:03

Bonjour M. Le Nocher,

Voyez :

http://www.planet.fr/international-photo-letonnante-arrestation-dun-pickpocket-par-une-policiere-en-bikini.1138995.29335.html

Cordialement

Claude LE NOCHER 01/08/2016 18:37

Bonjour Philippe
Cette info "insolite" n'avait pu m'échapper, en effet.
Amitiés.

Action-Suspense Contact

  • : Le blog de Claude LE NOCHER
  • Le blog de Claude LE NOCHER
  • : Chaque jour des infos sur la Littérature Policière dans toute sa diversité : polar, suspense, thriller, romans noirs et d'enquête, auteurs français et étrangers. Abonnez-vous, c'est gratuit !
  • Contact

Toutes mes chroniques

Plusieurs centaines de mes chroniques sur le polar sont chez ABC Polar (mon blog annexe) http://abcpolar.over-blog.com/

Mes chroniques polars sont toujours chez Rayon Polar http://www.rayonpolar.com/

Recherchez D'autres Infos Ici

Action-Suspense via Twitter

Pour suivre l'actualité d'Action-Suspense via Twitter. Il suffit de s'abonner ici

http://twitter.com/ClaudeLeNocher  Twitter-Logo 

Libres lectures

Petit rappel : Toutes mes chroniques, résumés et commentaires, sont des créations issues de lectures intégrales des romans analysés ici, choisis librement, sans influence des éditeurs. Le seul but est de partager nos plaisirs entre lecteurs.

Abonnez-vous à Action-Suspense, pour recevoir chaque jour mes chroniques et mes infos sur l'univers du polar. Facile et gratuit !

Spécial Roland Sadaune

Roland Sadaune est romancier, peintre de talent, et un ami fidèle.

http://www.polaroland-sadaune.com/

ClaudeBySadauneClaude Le Nocher, by R.Sadaune

 http://www.polaroland-sadaune.com/