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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 06:05

Aucun auteur n’a probablement écrit un polar se passant intégralement dans un cimetière. Ce genre de décor sert parfois à quelques scènes pathétiques. Des obsèques sous une fine pluie qui symbolise larmes et tristesse. Des funérailles où l’enquêteur espère repérer un assassin, venu par obligation ou par défi. Ça peut constituer le pivot d’une intrigue, quand le crime est commis dans un cimetière, ou quand le héros est attiré en ces lieux de façon obsessionnelle. Il y aurait quantité de titres à citer, certainement.

Que toute une histoire se déroule entre les murs d’un cimetière, on doute que l’expérience ait été tentée par des romanciers. Pourtant, une parfaite unité de lieu. Ont-ils craint qu’un tel décor soit trop statique, comme figé pour l’éternité ? Diable, ça ne manque pas, les détails à exploiter, y compris dans un modeste cimetière rural. Celui de La Chèze (Côtes d’Armor, 600 âmes) vaut sûrement celui du Père Lachaise, même s’il est moins prestigieux, moins visité. La centaine de tombes du petit cimetière de Montplaisant (Dordogne) n’a rien à envier à celui de Montparnasse.

On a Toussaint cimetière qui nous attend…

Au fil des allées et des travées, rares sont les sépultures identiques, monumentales ou sans artifice, selon la volonté ou les moyens des défunts (mourir coûte cher, il est vrai). On verra un ou plusieurs majestueux caveaux de familles dans le carré des véritables autochtones, des habitants ancestraux de la commune. Quelques-uns sont délaissés, faute de descendants. Là-bas, peut-être un mausolée en souvenir d’une gloire locale enterrée ailleurs ? Pas si loin, des cyprès séculaires laissent-ils peu à peu la place à des arbres plus rachitiques, minés par la pollution ? N’y a-t-il pas un remarquable chêne ou un bon vieux sapin symbolisant on ne sait plus quoi ? Ceinturés de murs de pierres à l’ancienne ou en béton grisaillant, enfermés dans leurs tombes scellées, les défunts ne s’évaderont plus d’ici.

Quand on est mort, c’est pour longtemps.

Il est à noter que, fort heureusement, nos cimetières ne regorgent pas de victimes d’assassinats. Lorsque c’est le cas, les inscriptions sur les tombes évitent les précisions du genre : "À la mémoire de l’oncle Jean-Louis, célibataire fortuné, occis par ses neveux pour se partager l’héritage". Si l’affaire fit grand bruit en son temps, à part une poignée de commères venimeuses (il en existe encore), qui se souvient de ce crime vénal ? D’ailleurs, les aimables épitaphes sont passées de modes, hélas : "La coquette mémé Huguette nous laisse tant de souvenirs chouettes" est remplacé par une simple plaque "Souvenir", d’une affligeante banalité. Pauvre mémé Huguette, vous méritiez mieux !

On a Toussaint cimetière qui nous attend…

Le cimetière, lieu de recueillement, cela empêche-t-il d’y placer l’action d’un roman ? On n’est pas obligé de penser à des saccages, des profanations, du vandalisme dû à des sagouins incultes, des malfaisants ivres, des satanistes d’opérette, ou autres sombres crétins provocateurs. Encore qu’une surveillance policière pour alpaguer les auteurs de telles dégradations, ça peut servir de base au récit. À condition qu’il y ait ensuite des trucidés au boulevard des allongés, c’est un minimum. Ou alors imaginons un rendez-vous après la fermeture du cimetière, entre chien et loup, tandis qu’une brume vespérale envahit l’endroit. Le tueur potentiel et sa future victime retardent la rencontre fatale. Un jeu de cache-cache autour des sépultures qui peut durer des heures, toute la nuit. Unité de temps, en plus.

Pour densifier l’ambiance, ponctuons-la de coups de feu sourds, chacun possédant un de ces revolvers munis de silencieux. Comme dans les films de Georges Lautner, un "plop" fuse de temps à autre. Un troisième protagoniste viendra-t-il perturber la vengeance en cours ? Apportera-t-il des révélations fracassantes sur ce qui motive la rivalité haineuse entre nos deux antagonistes ? Des rebondissements, il faut que ça bouge ! Tiens, un voisin trop curieux qui promenait son chien pointe le nez au portail ? Attention, il risque une balle perdue. Le clodo qui squatte l’appentis des services techniques municipaux ferait bien de déguerpir également, s’il est capable de sauter par dessus le mur d’enceinte.

On a Toussaint cimetière qui nous attend…

Et voici que résonne un téléphone portable dans le silence nocturne. Premier appel, si un complice s’impatiente : “Ben quoi, toujours au cimetière, tu ne l’as pas encore abattu ?” Plus tard, à la seconde sonnerie du portable, c’est le commissaire Javert (connu de la France entière) qui prévient le coupable : “Les forces de l’ordre cernent le cimetière, sortez immédiatement les mains en l’air.” Ce policier croit-il vraiment que le criminel va se rendre sans résister, sans au moins cracher ce qu’il a sur le cœur ? Des rebondissements ne sont pas impossibles, d’ici le dénouement.

Tout un polar situé dans un cimetière ? Ça aboutirait sans doute à une accumulation de clichés, au mieux à une parodie tragi-comique. Finalement, abandonnons l’idée. Gardons juste une ou deux scènes, c’est suffisant. Revenons dans la réalité : vers la Toussaint, profitons de prendre l’air tout en rendant hommage à nos défunts, décédés de mort naturelle.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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commentaires

Pierre Seguelas 31/10/2016 12:07

Cimetière m'était conté...par Claude Le Nocher, chroniqueur de talent!
Amitiés,
Pierre
* Maurice Hamel, Un vivant chez les morts, Eugène Figuière, 1936 (toute l'action de ce roman se passe dans un cimetière)

Claude LE NOCHER 31/10/2016 17:27

Merci Pierre ! Une digression sans prétention sur un thème... d'actualité.
Oui, en cherchant bien, on trouvera sûrement des romans comme celui que tu cites. Peut-être même s'agit-il d'une intrigue palpitante, d'un de ces "romans malins" comme savaient en concocter les auteurs d'autrefois ?
Amitiés.

The Cannibal Lecteur 30/10/2016 20:17

En effet tout un roman dans ces lieux deviendrait vite plombé... ça tomberait dans le trou et dans les clichés.

Mais une bonne scène de cimetière, ça fait toujours glacer les sangs, surtout de nuit...

Claude LE NOCHER 30/10/2016 20:49

Hello ma Belette !
On va poursuivre ce lundi avec, justement, un roman restant tant soit peu dans les mêmes décors. Cimetière particulier et ados effrayés, au programme ! "Même de jour, ça vous glace les sangs, by jove" (comme diraient Blake et Mortimer).
Amitiés.

La Petite Souris 30/10/2016 18:23

Merci Philippe pour toutes ces indications !! :)

Claude LE NOCHER 30/10/2016 18:34

Philippe n'est jamais avare de références, cher Bruno !

Philippe 30/10/2016 18:02

Bonjour M. Le Nocher, Bruno,

J'ai, je crois l'avoir dit une autre fois, un grand-oncle qui est mort dans la nuit du 31 octobre ( 2004 ) au 1er novembre, donc à la Toussaint.

Connaissez-vous le gâteau de la Toussaint ?
Il y a plus de dix ans, un pâtissier du quartier Saint-Philippe-du-Roule à Paris 8ème l'avait inventé, un peu pour faire pièce à Halloween.
Il a été en vente dans certaines pâtisseries quelques années à chaque Toussaint. Ce n'est plus le cas sauf exception régionale.
Mais voici quelques liens indiquant des recettes, un peu différentes entre elles.

http://croire.la-croix.com/Enfants/Fetez-la-Toussaint/Des-activites-pour-la-Toussaint/Le-gateau-de-la-Toussaint

http://www.marmiton.org/recettes/recette_gateau-de-la-toussaint_312164.aspx

http://www.ouest-france.fr/normandie/bayeux-14400/gateau-de-la-toussaint-recette-succes-1088730

http://frederic.simon1.free.fr/gateau_toussaint.html

http://www.courrierdelouest.fr/actualite/angers-un-cure-imagine-un-gateau-pour-feter-la-toussaint-30-10-2013-132517

http://blogdelaforet.centerblog.net/6123271-Gateau-de-la-Toussaint

http://www.linfo.re/magazine/bien-etre/preparer-le-gateau-de-la-toussaint

Cordialement

Claude LE NOCHER 30/10/2016 18:31

On reconnaît bien là l'attrait de Philippe pour les idées gourmandes.
Ma foi, on ne se plaindra pas que l'opération commerciale Halloween ait périclité. Nous sommes déjà assez américanisés comme ça !
Je pense que, la Toussaint étant mardi, c'est surtout ce week-end que les familles penseront à leurs défunts, voire fleuriront leurs sépultures. D'où ce texte que je place ce dimanche.
Amitiés.

La Petite Souris 30/10/2016 11:31

voilà un billet fort original et très interessant !!! :) La mort en soit n'est qu'une formalité. C'est de ne plus être vivant qui est un peu plus contrariant :) Amitiés

Claude LE NOCHER 30/10/2016 11:55

Salut Bruno
En ce week-end de pré-Toussaint, une chronique de roman ne me semblait pas indispensable, tant de gens sont en repos. Par contre, évoquer les cimetières...
Amitiés.

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