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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 05:55

D’avance, l’année électorale 2017 s’annonçait compliquée. Même si le lien ne paraissait qu’indirect, le suicide de Christian Dumas – président de la commission des comptes de campagne – marquait le début d’une période funeste. Pour les Présidentielles, la candidate de la droite Hélène Cassard talonna le président sortant, sans le détrôner. La carrière de cette politicienne de cinquante-cinq ans plaidait pour son sérieux, mais le président réélu s’affichait comme garant des institutions, à défaut d’être un brillant chef de l’État. Face au fonctionnement bureaucratique de l’Europe, envers lequel les Français restaient méfiants, le président symbolisait un certain équilibre. Toutefois, les inévitables élections législatives changèrent diamétralement la donne, car la gauche présidentielle n’y fut pas majoritaire.

La cohabitation entre un gouvernement de droite et un président de gauche, ça fonctionne en France. Du moins, cela permet-il de gérer le pays aussi correctement que possible. D’autant que, désormais, toute la classe politique se réclame du général de Gaulle, ce qui lisse les différences idéologiques. Cette fois, à l’issue des Législatives, il faut compter avec l’extrême droite, le Rassemblement national. Le parti de Laurence Varennes, héritière des idéaux xénophobes de son père, a fait élire soixante-sept députés. Grâce à un "ravalement de façade" trompeur et avec de gros moyens financiers, les populistes ne peuvent plus être vraiment écartés. Évidemment, Laurence Varennes ne sera pas premier ministre, mais son parti peut revendiquer plusieurs postes au gouvernement.

C’est à Hélène Cassard qu’échoit logiquement la fonction de premier ministre. Néanmoins, le président se réserve la nomination du ministre des finances. Pour ne pas effrayer les instances européennes, il faut que ce soit un homme chevronné qui s’en charge. Banquier proche des politiciens, Antoine Fertel est tout indiqué. Dans son équipe, il y aura Daniel Caradet, un vieux de la vieille des milieux financiers, ainsi qu’Angélique Dumas. La jeune femme n’est autre que la fille de Christian Dumas, suicidé quelques semaines plus tôt, avec lequel elle avait coupé les ponts de longue date. Un référendum sur l’Europe et la monnaie européenne, ça ne coûte rien de l’évoquer, mais le président est conscient qu’il vaut mieux l’éviter. Pour le reste, il espère bien qu’Hélène Cassard échouera rapidement.

Dans les cercles occultes du pouvoir, sévit le septuagénaire François Belmont, tel un rusé marionnettiste. Fils de collabo, partisan d’une France passéiste traditionnelle, opposé autant à l’Europe qu’aux doctrines libérales économiquement et moralement, il fut jadis un ami de Christian Dumas. Belmont flirta avec le mouvement réactionnaire Occident. Depuis quelques années, il est le conseiller spécial d’Hélène Cassard. Il a contribué à sa montée en puissance, notamment en levant des fonds, même si celle-ci a pas toujours strictement suivi ses avis. Dans le climat tendu qui règne à la tête de l’État, entre le Rassemblement national hostile à l’Europe et son parti de droite qui a besoin de l’Union Européenne, entre Bercy et l’Élysée, rien ne sera aisé pour Hélène Cassard, manipulée par Belmont…

Thomas Bronnec : En pays conquis (Série Noire, 2017)

Assis derrière son bureau en chêne massif, [Antoine Fertel] examine les notes rédigées par ses collaborateurs pendant le week-end. L’un d’eux a cru bon d’écrire sur les résultats de l’élection, comme s’il avait besoin de ça. L’analyse est simple : les gens se laissent séduire par ceux qui leur disent ceux qu’ils veulent entendre, ceux qui leur affirment que rien n’est leur faute, et qui leur mentent comme on ment à des enfants pour les rassurer. Tout est de la faute des étrangers, de l’Europe, de l’Euro, des élites, de la finance… C’est tellement facile de ne pas se cogner à la réalité, d’être dans ces discours qui n’engagent à rien […] Il pense à cet édifice auquel il a apporté sa part et qui en en train de vaciller par la faute des gens qui, eux, n’ont jamais rien fait de leur vie à part prospérer sur les imperfections du système.

Une fiction ne prétend pas refléter exactement la réalité. D’autant moins dans un monde qui paraît en perpétuelle évolution, tels nos cercles politiques. Dans ce roman, le postulat ne correspond pas précisément avec la situation que nous connaissons. Malgré tout, une part non négligeable concerne les complaisances envers le parti d’extrême droite, qui lui ont permis d’apparaître crédible aux yeux d’un électorat. Surtout, on sait qu’en politique, il existe des "constantes". La toute première, c’est la position de la France sur l’échiquier international, qui ne doit pas régresser. Et puis, nos politiciens sont encadrés de conseillers censés leur donner les meilleurs clés pour gouverner, les bonnes options pour se tromper le moins possible. Là, on met le doigt sur une grosse faille du système.

Généralement, ces conseillers sont plus attachés à des lobbies (financiers, agricoles, ou pharmaceutiques, par exemple) que fidèles au service de la population et aux intérêts de l’État. Parfois, il s’agit de calculateurs ne défendant que leur conception idéologique. C’est le cas de François Belmont, dans cette histoire. Son portrait est bien celui des revanchards qui s’appliquent depuis des décennies à nier le présent, tout en clamant leur patriotisme. L’auteur nous initie quelque peu aux arcanes du pouvoir, une façon de rappeler qu’il est impossible de dévoiler ces vérités pour nos dirigeants. L’essentiel de l’intrigue se passe dans la semaine qui suit les élections législatives, avec les secousses chaotiques et les manigances que ça suppose.

Il n’y a pas de démocratie parfaite, mais encore moins de miracle à espérer, pourrait-on conclure après la lecture de ce roman. Aucun scrutin n’est sans conséquences, ce que l’on vérifie ici à travers les enjeux politico-économiques. Ne pas jouer aux apprentis sorciers afin de ne faire sombrer le pays, seul idéal devant guider autant les citoyens électeurs que les politiciens. Cette intrigue de Thomas Bronnec nous invite à y réfléchir.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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commentaires

The Cannibal Lecteur 21/01/2017 19:58

Ah, en lisant le titre je revois Monica Bellucci-Cléopâtre hurler à César-Chabat "Tu n'es pas en pays conquis, ici".

Je retiens, on ne sait jamais ;-)

Claude LE NOCHER 21/01/2017 20:01

Autre parallèle : l'auteur est natif de Brest. En Bretagne, on a parfois déploré que certains résidents secondaires s'installent "en pays conquis"... Peut-être s'en est-l souvenu ?
Amitiés, ma Belette !

PIERRE FAVEROLLE 21/01/2017 10:26

Salut Claude. Hop, direct sur ma liste d'achats ! Merci. Amitiés

Claude LE NOCHER 21/01/2017 10:41

Bonjour Pierre
D'une certaine façon, un thème d'actualité. Tu vas pouvoir observer le marigot politique, et tu adoreras (détester) François Belmont, je pense !
Amitiés.

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