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9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 05:55

Ce roman a été récompensé par le Grand Prix de Littérature Policière 2015. Ceux qui ont suivi depuis quelques années l’œuvre de Joseph Incardona n’ont pas été tellement surpris par cette consécration. Heureux que cette prestigieuse distinction lui soit attribué, c’est certain. Car c’est un écrivain qui ne se contente pas d’exploiter de noirs sujets, d’aborder des thématiques souvent sombres. On retient en priorité son écriture, ce titre montrant à que point elle peut s’avérer puissante, percutante. Électrochoc qui va troubler une partie des lecteurs, en effet. Perfectionniste, Joseph Incardona peut ainsi revendiquer son propre style, sa tonalité.

Dans son roman “Autoroute” (1977, Rivages/Noir n°165), Michel Lebrun nous montra déjà quel enfer pouvait devenir ces grands axes routiers. Incardona nous invite à revisiter la question. Autour de ce qui, dans la fiction comme dans la vraie vie, attire un mélange de sentiments, l'enlèvement d'enfants. Avec sa dose de curiosité : “Pierre se faufile jusqu'au bar. Derrière lui, d'autres gens affluent. Les curieux. Ceux qui passent par là et ont su par la radio que c'est à l'aire des Lilas que se trouve le "spot". Au cœur de l'événement. Le centre du monde. Surfer sur le pli de la vague. L'attrait du morbide. Peut-être quelques bonnes âmes parmi eux. Des sincères, des généreux, des Mère Térésa. Ou alors ni l'un, ni l'autre. Une exception. Un exalté…”

Un polar métaphysique, dans le sens où il interroge sur les comportements humains, sur les réactions en lien ou sans rapport avec un drame ? Sans doute, oui. Si le récit apparaît saccadé, c'est en partie pour extérioriser ce que chacun des protagonistes garde en soi-même. Ce qui se transformerait en hurlements, dans certains cas, si nous n'étions pas civilisés. Telle semble être l'ambition de l'auteur, montrer une noirceur intime. Nous connaissons le criminel, mais saurons-nous discerner son état d'esprit ? En suivant Pierre dans ses investigations, ou la gendarme Julie Martinez, plus quelques autres personnages, comprendrons-nous les tourments qui les agitent ? Tout cela dans un décor contradictoire, vivant et artificiel. Loin du simple cas de kidnapping, une intrigue singulière…

Joseph Incardona : Derrière les panneaux il y a des hommes (Pocket, 2017)

Le regard de Pierre se pose sur les deux gendarmes que le grouillement de personnes semble agacer. L’attroupement se fend d’un passage au fur et à mesure qu’ils traversent la cafétéria. Une femme et un homme. Ils passent si près de lui qu’il peut sentir leur odeur de sueur mélangée à un léger parfum, déodorant, eau de Cologne. Leurs insignes disent capitaine et lieutenant. Trois et deux bandes sur les épaulettes. Il a eu le temps d’apprendre. Il entend la femme appeler son collègue "Gaspard".
Gaspard, putain.
Pierre les suit, voit les fesses musclées et le bassin un peu trop large du capitaine, ses jambes épaisses qu’il devine solides sous le treillis. La crosse du pistolet dépasse du baudrier, côté gauche de sa hanche. Juste le flingue et le téléphone portable. Rien d’autre du fatras habituel qu’ils trimballent à leur ceinture. Un minimaliste.

Une autoroute longue de quelques dizaines de kilomètres, dans le Sud-Ouest de la France. Un axe routier avec son bitume, son béton, ses ponts appelés “ouvrages d'art”, ses aires de repos et ses aires de service, ses restaurants, ses parkings. Ce ne sont pas seulement des milliers de véhicules qui transitent par l'autoroute, ce sont des quantités de personnes qui passent ou qui y sont employées. Malgré tout, un ressenti d'anonymat, où des drames se produisent quelquefois, en plus des accidents de la circulation. Des gens disparaissent, des jeunes filles. Comme Catherine Mangin, en septembre dernier. Comme Lucie Castan, en janvier. Comme aujourd'hui, en ce week-end du 15 août, la petite Marie Mercier, âgée de douze ans, qui s'était éloignée de ses parents ayant une discussion d'adultes.

Pierre Castan, la cinquantaine, a été médecin légiste pendant dix-sept ans. Si la mort de sa fille est probable, ça ne lui fait pas peur. Voilà plusieurs mois qu'il erre, d'aire en aire, allant et venant sur ce ruban bitumé, à la recherche d'un indice, du prédateur. Pendant ce temps, son épouse Ingrid se morfond chez elle, confinée dans la solitude, mélangeant une flopée de sentiments. Pierre observe ceux qui passent, ceux qui restent. Une pute trans telle que Lola, car le sexe a toute sa place autour de l'autoroute. Une femme étrange, Tía Sonora, plus ou moins devineresse. Des tas de couples tous différents, bien sûr, dont un voyageant en side-car. Les gens qu'il remarque le moins, c'est le personnel de restaurants, évidemment. Il croit davantage en son instinct que dans un soutien psychologique.

Alerte-enlèvement pour Marie Mercier. C'est la capitaine de gendarmerie Julie Martinez qui est chargée de l'enquête. Avec son collègue Thierry Gaspard. Les parents, Sylvie et Marc Mercier, ils sont déboussolés, ils culpabilisent à mort. Déjà que leur couple battait de l'aile. Le duo de gendarmes n'obtient que peu de collaboration de Gérard Lucino, le directeur des restaurants de l'autoroute. Il a d'autres chats à fouetter, un peu de coulage dans le stock, et surtout un chiffre d'affaire en berne. Il y a un moment où Lucino risque de réaliser qu'il n'est qu'un rouage, pas à la hauteur, qui ferait aussi bien de foutre le camp. Les vidéos de surveillance, ça n'aidera pas vraiment les deux gendarmes. Il s'aperçoivent qu'il y a des caméras factices, et des angles morts permettant au ravisseur de sévir impunément.

Tandis que le journaliste Chacal bénit ce fait divers, la gendarme Julie Martinez fatigue de ne pas venir à bout de l'enquête. Quelqu'un qui connaît les leurres des caméras, c'est qu'il travaille ici, mais qui ? Pierre poursuit sa traque d'indices, sous la chaleur, et malgré une grève créant des embouteillages…

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commentaires

The Cannibal Lecteur 09/02/2017 18:09

Hello Claude ^^

Ces derniers jours, je surfais avec le navigateur Opéra et ce sagouin refusait d'ouvrir tes pages ! Bon, je suis repassée sur le bon vieux Firefox qui ne déconne pas ce soir, donc, je peux te lire ET commenter.

Juste pour te dire que je n'avais pas entendu parler de ce roman qui s'est vu décerner un prix... Mon incurie est impardonnable ! :D

Claude LE NOCHER 09/02/2017 18:18

Salut Belette...
Depuis Christophe Colomb, les navigateurs ne sont plus ce qu'ils étaient... ^_^
Cette piqûre de rappel concernant Joe Incardona n'est donc pas inutile... ça semblera un peu trash à certains, mais c'est une tonalité qui convient parfaitement à l'histoire.
Amitiés.

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