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19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 04:55

“Treize marches” est désormais disponible en format poche, chez 10-18. Piqûre de rappel pour ce livre remarquable, qui figure dans le Top 20 des meilleurs romans 2016 d’Action-Suspense.

 

Au Japon, en 2001. Âgé de vingt-sept ans, Jun'ichi Mikami sort de prison. Il fut condamné à deux ans de détention pour le meurtre involontaire de Kyôsuke Samura, un jeune de son âge. Il retourne vivre chez ses bienveillants parents dans la région de Tokyo. C'est par son frère cadet Akio que Jun'ichi réalise la situation actuelle : ses parents se sont ruinés pour dédommager M.Samura, le père de sa victime. Surveillant-chef à la prison de Matsuyama, Shôji Nangô a quarante-sept ans, dont vingt-huit dans la pénitentiaire. Sa famille battant de l'aile, il envisage de démissionner pour créer une boulangerie, afin d'y remédier. Projet qui nécessite du financement : or, il vient d'être contacté par l'avocat Sugiura pour mener à bien une mission particulière. Celui-ci sert d'intermédiaire à un client anonyme.

Shôji Nangô est convaincu que Jun'ichi Mikami peut retrouver le droit chemin, s'il l'associe à l'enquête en question. Tous deux recevront un gros pactole s'ils y parviennent. Quand le surveillant-chef le contacte, Jun'ichi y voit l'opportunité de rembourser ses parents. Ainsi, son conseiller d'insertion constatera ses efforts. Et il sera peut-être plus facile à Jun'ichi de s'excuser auprès de M.Samura, le père de celui qu'il a tué, comme le veut le procédure. Toutefois, l'affaire qu'ils devront résoudre remonte à dix ans. Il sera donc compliqué pour Nangô et Jun'ichi de démontrer l'innocence de l'homme qui a été condamné à mort, et qui attend depuis sept ans son exécution. Celle-ci est programmée trois mois plus tard.

Pour la justice, le cas était limpide : Ryô Kihara venait d'assassiner un couple de retraités chez eux, quand il fut victime d'un accident de moto à quelques centaines de mètres du lieu du crime. Le choc provoqua une amnésie chez Ryô Kihara, qui aggrava le jugement car il ne pouvait éprouver de regrets, ignorant s'il était ou non un meurtrier. Depuis peu, sa mémoire est ravivée par l'image d'un escalier associé au double assassinat. Pas assez pour une révision de son dossier, mais ça constitue un point de départ pour Nangô et le jeune Jun'ichi. Hélas, le fils du couple de victimes se montre véhément, ne les autorisant pas à entrer dans la maison à l'abandon, afin de vérifier si un escalier s'y trouve. Nangô se passera de l'avis du fils, et va explorer clandestinement ladite maison.

Pendant trois semaines, Nangô et Jun'ichi crapahutent sur la montagne voisine, cherchant vainement le fameux escalier. Le fait que le retraité ait été conseiller d’insertion pour des délinquants peut apporter une piste. Jun'ichi émet d'ailleurs une hypothèse logique : quelqu'un qui risquait la révocation de sa libération conditionnelle a pu éliminer la victime et sa femme, afin de faire disparaître son dossier. Dans les archives judiciaires, Nangô découvre le nom d'un possible suspect…

Kazuaki Takano : Treize marches (Éd.10-18, 2017)

Les "treize marches". Se souvenant que c’était l’autre nom de la potence, le procureur savoura toute l’ironie de la chose. Dans l’histoire de la peine de mort au Japon depuis l’ère Meiji [1868-1912], jamais une potence de treize marche n’avait été construite. La seule exception fut le gibet de la prison de Sugamo, monté par l’armée américaine pour l’exécution des criminels de guerre. Au Japon, les potences d’autrefois comportaient, paraît-il, dix-neuf marches mais comme des accidents survenaient souvent au moment de les faire gravir aux condamnés, on fut forcé d’améliorer le système. De nos jours, le condamné se tient debout sur une trappe, les yeux bandés et la corde passée autour du cou, puis la trappe s’ouvre en deux, le faisant choir jusqu’au sous-sol – un système dit de "pendaison souterraine".
Toutefois, les treize marches subsistaient sous une autre forme dans de lieux inattendus. La tâche dévolue au procureur vacataire équivalait à la cinquième marche de l’escalier. Il restait donc huit pas à faire avant l’exécution. Ryô Kihara, le condamné, gravissait à son insu, degré après degré, l’escalier du gibet. Il parviendrait au dernier dans trois mois environ.

Prouver l'innocence d'un condamné à mort, tel est le moteur de cette intrigue. Ce qui fait partie des thèmes classiques de la littérature policière. Moins les détectives amateurs ont d'indices favorables au départ, plus l'enquête s'avère ardue et donc palpitante. Quand on les sent motivés autant par un aspect moral que financier, comme le duo de cette affaire, ça suppose une histoire riche en péripéties. Cette facette du roman tient ses promesses, car le lecteur reste conscient du temps qui s'écoule, et des difficultés rencontrées. En outre, les héros sont parfaitement assortis : un jeune qui fugua avec sa petit amie alors qu'il était adolescent, et qui débuta sa vie adulte par un crime involontaire ; face à un homme mûr, s'interrogeant sur ses choix de vie, sur un possible avenir plus serein.

Néanmoins, l'essentiel n'est pas dans les investigations de Jun'ichi et Nangô, aussi bien racontées soient-elles. C'est tout le système judiciaire japonais que décrit Kazuaki Takano, en soulignant ses énormes failles. Dramatique, car on voit que les jugements s'avèrent très inégaux, excluant largement l'objectivité. Sachant que la peine de mort existe encore au Japon, on mesure le risque d'erreur. Et ceci malgré les jalons bureaucratiques (les fameuses "treize marches") censés étudier les recours, revoir les contextes et les faits. La société japonaise semble refuser de s'interroger publiquement sur ces sujets, peine de mort et signification des peines de prisons. Pour les Occidentaux, ce qui surprend, c'est que la justice nippone place le "repentir" avant toute autre considération.

Exprimer des remords serait suffisant pour atténuer la douleur des proches de victimes, donc cela permettrait de limiter les sanctions visant les coupables. Grâce à Nangô qui a participé à deux exécutions, on comprend les incohérences dans le traitement des dossiers. Le surveillant-chef n'est pas neutre, mais il estime que tous les éléments doivent être pesés et la culpabilité absolument certaine. Quant à la réinsertion des délinquants, suivie par des conseillers bénévoles, on se pose là aussi des questions. L'approche sociologique autour de la justice est l'atout majeur de ce livre, ajoutant une force indéniable au suspense proprement-dit. Un roman de qualité supérieure.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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