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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 04:55

Novembre 1971. Edgar Fillot est directeur de la PJ, au Quai des Orfèvres. D’ici peu, il va goûter à une retraite méritée après une longue carrière dans la police. Avec son épouse Mathilde, ils iront s’installer dans les Landes. Pour l’heure, Fillot a pour assistant Harald Dumarais, sympathique colosse et authentique limier, âgé de trente ans. Il a de quoi être surpris par la lettre anonyme qu’il vient de recevoir, car elle concerne une des premières enquêtes auxquelles il participa. Le 16 mai 1937, dimanche de Pentecôte, une femme de vingt-neuf ans fut poignardée dans le wagon de 1ère classe du métro, où elle se trouvait seule passagère. Il était 18h37. Aucun témoin ne vit l’assassin. D’origine espagnole, cette Dolores Rinconada était une jeune veuve, une coquette ouvrière qui fréquentait volontiers les bals populaires parisiens.

Bien qu’il y ait depuis longtemps prescription, Edgar Fillot a conservé un dossier personnel sur cette affaire qui n’a jamais été résolue. Dolores Rinconada fut un temps employée par une agence de détective. On la soupçonna d’accointances avec des services d’espionnage. On imagina qu’elle ait pu être exécutée par la Cagoule, l’extrême droite fascisante. C’était un crime de sang-froid, pas l’œuvre d’un fou, Fillot en est certain. La chronologie minutée des faits est établie, mais le coupable – sans doute présent aux alentours – ne fut jamais inquiété. Ce que confirme la lettre anonyme. Elle émane d’un ancien étudiant en médecine qui fut le soupirant de la belle Dolores. Harald Dumarais et son supérieur prennent très au sérieux ce courrier. D’autant que le correspondant inconnu ajoute un détail, seulement connu des policiers et du meurtrier.

Même si le procureur Chambérand est un vieil ami de Fillot, il ne peut autoriser l’ouverture d’une nouvelle enquête. Il vaut mieux qu’il ignore leurs investigations officieuses. À la Fac de Médecine, les recherches dans les archives risquent fort de rester infructueuses pour Harald. Pourtant, grâce à sa ténacité, le policier déniche l’identité d’un doctorant de 1942. Les indices semblent correspondre. Alors qu’arrive la retraite landaise pour Fillot et la patiente Mathilde, alors que ce grand diable romantique d’Harald a probablement trouvé l’amour avec sa Jeanne-Jane en cours d’enquête, est-il encore temps de pourchasser l’assassin de Dolores ? Trente-cinq ans plus tard, tant de choses se sont passées depuis le meurtre du soir de la saint-Honoré 1937…

David Morales Serrano : 18h37 (Éd.De Borée, 2017)

— … Liotard a bien essayé de la faire parler, mais il n’y avait que des râles qui sortaient de sa bouche. Pauvre fille… Ah, voilà le croquis de la scène de crime et voilà un schéma du déroulement supposé des faits. C’étaient des brouillons.
Dumarais a pris les documents que je lui tendais et s’est mis à les examiner consciencieusement, professionnellement. J’avais l’impression de lui donner en pâture une faille de ma carrière ce qui, en tant que supérieur hiérarchique, me dérangeait un peu, mais en tant qu’enquêteur cela me ravissait car j’étais persuadé qu’il allait m’aider à le refermer. Au bout de quelques minutes, il a annoncé :
— Joli travail ! Vous étiez doué en dessin…

Ce roman s’inspire d’un dossier criminel bien connu : l’affaire Lætitia Toureaux. À quelques détails près, puisqu’il ne s’agit pas d’une reconstitution de l’enquête. Par exemple, si la vraie victime était d’origine italienne, Dolores Rinconada est native d’Espagne. Le directeur de la PJ Edgar Fillot est un clone de Max Fernet, le véritable directeur, qui mit un terme à ce dossier dans les années 1960. La lettre reçue ici par les policiers doit beaucoup à la confession écrite en novembre 1962 par un médecin de Perpignan, qui s’accusait d’être l’assassin de Lætitia Toureaux.

Resté énigmatique, le "crime du métro" suscita quantité d’hypothèses, car la victime apparut bien moins sage que son statut d’ouvrière le laissait supposer. Espionne, ou plutôt agent infiltrée pour dénoncer les anti-fascistes ? La version est plausible. Quant au rôle de la Cagoule, on ne peut nier que l’extrême droite exécutait souvent d’éventuels ennemis. La jeune femme n’ayant pas la réputation d’être chaste, un motif plus intime est possible. Quoi qu’il en soit, c’est un cas de "crime parfait" qui figure dans les annales. Dans cette fiction, David Morales Serrano introduit donc des différences, conservant la même base.

La belle intelligence de ce roman, c’est d’éviter de nous présenter un récit linéaire, façon "rapport de police". Fluidité et souplesse sont au rendez-vous. Non seulement le narrateur Edgar Fillot laisse, dans certains chapitres, la parole à son adjoint Harald, mais sont aussi restituées les ambiances du début des années 1970 et de 1937. Policiers et meurtriers ne sont, finalement, que des êtres humains.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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Philippe 28/06/2017 07:16

J'ai lu un peu vite votre chronique, vous citez le nom du vrai directeur de la PJ, Max Fernet, et vous parlez de la vraie lettre de 1962.

Claude LE NOCHER 28/06/2017 08:02

Oui, j'essaie d'être un peu précis, ah ah ah !

Philippe 28/06/2017 07:08

Bonjour M. Le Nocher,

On peut supposer que l'auteur a choisi le patronyme du directeur de la PJ Edgar Fillot en clin d'oeil à Jean Filliol,

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Filliol_(activiste)

un tueur au service de l'organisation d'extrême-droite antirépublicaine la Cagoule.
Vous savez comme moi qu'elle fut envisagée, et Filliol nommément, parmi les suspects du meurtre de Laetitia Toureaux. A tort ou à raison, je n'entre pas ici dans ce débat.
L'article sur Filliol mentionne un livre que j'ai cité il y a quelques années, " Murder in the Metro " ( Louisiana University Press, 2010), par deux Américaines.
Rappelons que dans la réalité c'est en 1962, vingt-cinq ans après le meurtre, que le directeur de la PJ - dont j'ignore le nom - reçut une lettre anonyme de quelqu'un se déclarant médecin à Perpignan et avouant ce crime qu'il savait prescrit.
Relevons encore à l'appui du choix du nom Fillot pour Filliol que ce dernier, dans la réalité donc, trouva refuge en Espagne auprès de Franco. Et que l'auteur, Français d'origine espagnole d'après son nom et professeur d'espagnol avant de devenir gendarme, a pu vouloir faire un clin d'oeil à l'Espagne.

Cordialement

Claude LE NOCHER 28/06/2017 08:01

Bonjour Philippe
L'histoire d'origine ne nous laisse pas insensible, en effet. Il se trouve que j'avais croisé dans des lectures le nom de Max Fernet. Et qu'il m'avait été cité par un policier retraité, dont j'ai déjà parlé par le passé.
J'ai lu sur un ou deux blogs que dans les milieux gauche-anar, Laetitia Toureaux reste considérée comme une agente du comte Ciano, ministre et gendre de Mussolini. Et que ce serait la cause de sa mort. Sans adhérer totalement à l'idée, ce n'est pas absurde du tout. Car une suspicion paranoïaque régnait chez les exilés venus d'Italie, pros ou anti fascistes. Le rôle de certaines femmes était un peu obscur.
Amitiés.

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