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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 04:55

En ce milieu des années 1950, Sidney Chambers est le jeune chanoine de la paroisse de Grantchester, à côté de Cambridge. Sa vie de pasteur pourrait être des plus ordinaires, entre son chien Dickens, son assistant Leonard Graham et sa cuisinière, Mrs Maguire. Côté cœur, il reste le meilleur ami de la londonienne Amanda Kendall, mais il est plutôt épris de Hildegard Staunton. Si cette musicienne classique est retournée en Allemagne, à Berlin, le pasteur garde le contact avec elle. Sidney Chambers est proche de l’inspecteur Keating. Le policier voit d’un bon œil les investigations de son ami lorsque se présente un cas litigieux ou criminel. En ce neigeux mois de janvier 1955, se produit une nouvelle affaire.

Sidney Chambers est témoin d’un incident mortel sur les toits de Cambridge, impliquant deux étudiants et M.Lyall, un directeur d’études âgé de cinquante-deux ans. Ce dernier a fait une chute accidentelle au cours de cette escalade malvenue. Pour Rory Montague, un des étudiants, qui ne cache guère ses naïves sympathies communistes, il s’agit seulement d’un accident. Mais l’autre jeune homme, Kit Bartlett, ayant disparu à cette occasion, on est en droit de s’interroger. D’ailleurs, l’appartement de celui-ci est bien trop propre pour un étudiant, comme nettoyé. Ce n’est pas l’ex-épouse de M.Lyall qui redorera la mémoire du défunt. Avec le policier Keating, Sidney Chambers inspecte le toit fatal. En ces temps de guerre froide, cette mort aurait-elle des relents d’espionnage ?

En août 1957, un impressionnant incendie détruit les locaux loués par Daniel Morden, un photographe. Il est probable que cela n’ait rien d’accidentel. Sidney Chambers s’entretient avec Morden, absent au moment des faits. Celui-ci connut une petite notoriété à l’époque du cinéma muet, mais n’a plus beaucoup d’ambition. Il admet tirer le portrait de jeunes filles, parfois mineures. Ce qui pourrait rendre suspect Jerome Benson, taxidermiste et chasseur, voyeur pervers à ses heures. Le garagiste Gary Bell, loueur des lieux incendiés, n’est pas moins suspect. À cause d’un bidon d’essence, mais surtout parce sa petite amie Abigail Redmond, fille de fermiers, s’imaginait devenir mannequin et s’adressa à Morden.

Cette année-là, à l’époque de la Semaine Sainte, Hildegard est de retour au village. La mort d’Adam Cade, professeur de mathématiques de trente-cinq ans, mérite que Sidney Chambers s’y intéresse. Il a été victime d’une crise cardiaque alors qu’il prenait un bain. Il est vrai que Cade était d’un tempérament tendu. Il supervisait les travaux de l’électricien Charlie Crawford, en train de rénover certains locaux de Cambridge. Ce dernier est bientôt renvoyé par le Professeur Edward Todd, collègue d’Adam Cade avec lequel il menait des recherches scientifiques. Sidney, Hildegard et Charlie s’introduisent dans l’appartement de Cade, afin de confirmer leurs hypothèses pouvant expliquer autrement le décès.

Autour d’un match de cricket, Sidney Chambers s’aperçoit qu’existe une idylle entre Annie Redmond, la fille de l’épicier, et Zafar Ali, un Indien musulman. À l’issue du match, Zafar est empoisonné, et ne survivra que quelques jours. La légiste Derek Jarvis confirme avoir décelé de l’antimoine et du thallium. Davantage que la boisson qu’il avala, c’est peut-être un objet qui, en priorité, intoxiqua Zafar Ali…

Les années passant, et son exubérante amie Amanda étant sur le point de se marier, Sidney Chambers ne devra-t-il pas retourner à Berlin ? Pour enquêter, sans doute, mais aussi pour envisager le mariage avec Hildegard…

James Runcie : Sidney Chambers et les périls de la nuit (Actes Noirs, 2017)

En roulant dans Cambridge à bicyclette, Sidney s’interrogeait sur le sens de tout cela. Pourquoi quelqu’un voudrait-il brûler un pavillon d’aussi peu de valeur ? Était-ce une simple fraude à l’assurance, ou pouvait-il s’agir de quelque chose de plus grave ? Gary Bell, ou même Abigail Redmond, pouvaient-ils avoir allumé le feu pour se débarrasser de Daniel Morden ? Dans ce cas, il eût été plus simple de ne pas renouveler son bail. Peut-être existait-il un lien sentimental entre Morden et Abigail, même si celle-ci était encore bien jeune ? Et, à entendre Abigail, Benson le taxidermiste semblait être un peu coureur de jupons ; et peut-être même pire. Morden le connaissait-il bien ?

James Runcie : Sidney Chambers et les périls de la nuit (Actes Noirs, 2017)

Héros très attachant, ce pasteur anglais trentenaire vécut ses premières aventures dans “Sidney Chambers et l’ombre de la mort”, désormais disponible en format poche dans la collection Babel Noir. Le voici de retour avec, comme dans le premier tome, une série de six enquêtes. Il est utile de préciser que ce ne sont pas strictement des nouvelles, au sens où l’on trouve ici une sorte de continuité narrative. Ce qui prime, c’est l’univers de Sidney Chambers, avec ses proches, ce village caractéristique qu’est Grantchester, les collèges de Cambridge, ainsi que le contexte d’après-guerre.

Le mode de vie traditionnel est encore assez figé dans cette Angleterre de la fin des années 1950. Dans une paroisse, le pasteur reste un des pivots pour la population locale. (Bien que se sachant observé par ses ouailles, Sidney Chambers s’amuse à acheter une revue érotique pour se documenter, ce qui pourrait outrer les habitants). Par ailleurs, la Grande-Bretagne sera durablement marquée par des scandales concernant des affaires d’espionnage touchant l’élite du pays. Mais il faut surtout retenir que ce prêtre n’est ni un policier, ni un juge. S’il contribue à faire arrêter des criminels, il sait faire preuve d’une compréhension et d’une magnanimité digne de sa fonction ecclésiastique.

Au fil de ses investigations, on ne perd pas de vue la situation sentimentale de Sidney Chambers. Entre Amanda et Hildegard, son cœur balance ? C’est plus subtil que ça. Veuve et Allemande, aimant Bach et la musique classique alors que Sidney préfère nettement le jazz, Hildegard hésite autant que lui à s’engager. Quant à Amanda, elle est sans doute un peu trop libre et "moderne" pour jamais devenir l’épouse d’un pasteur. Outre les intrigues proprement dites, bien sûr énigmatiques, c’est le portrait nuancé de la société britannique et de l’époque que l’on aime dans ces mystères de Grantchester.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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commentaires

The Cannibal Lecteur 08/06/2017 21:28

Coucou mon Claude ^^

J'ai vu les deux saisons de Sidney Chambers et j'ai craqué sur le pasteur... mais pas encore lu la version papier, à mon humble regret et à ma très grande honte. mdr

Ok, j'ai des excuses béton : une PAL dantesque !

Claude LE NOCHER 09/06/2017 11:37

Hello ma Belette !
Ah ben oui, montrez leur un "beau gosse", et ces nénettes en perdent la tête... et n'ont plus l'esprit à la lecture. Incorrigibles !
Quant à nos PAL, ouh la la ! Il faudrait en lire cinq à la fois pour tout absorber.
Amitiés.

Philippe 07/06/2017 16:49

Bonjour M. Le Nocher,

Voyez le nouvel article de Rare Historical Photos.

http://rarehistoricalphotos.com/detroit-early-1940s/

Detroit during the early 1940s

Il montre la ville de Detroit dans le Michigan - dont on sait que dans les années récentes elle a été sinistrée économiquement après le déclin de l'industrie automobile dont General Motors ou Chrysler - dans les années 1940 pendant et après la guerre.
On voit de quelle façon le secteur de l'automobile a été adapté pour contribuer à l'effort de guerre. Et que cela a attiré comme ouvriers beaucoup de Noirs dont ceux venant d'Etats du Sud. Dans le Michigan, Etat du Nord, à Detroit, ils se sont heurté à l'hostilité de la population locale quand il s'est agi de les loger dans des quartiers majoritairement blancs. Il y a eu des émeutes raciales, mais pas vraiment, on n'en parle pas du moins ici, de lynchages se soldant par des morts d'hommes.
Alors que les ouvriers noirs travaillaient dans les mêmes usines que les blancs et que tous étaient censés combattre l'ennemi commun, les forces de l'Axe.
Vous savez comme moi qu'aux Etats-Unis des émeutes raciales ont eu lieu même dans des Etats du Nord.
Donc comme ici dans le Michigan.
Ou dans le Minnesota à Duluth comme le raconte le post suivant d'Executed Today :

http://www.executedtoday.com/2013/06/15/1920-triple-lynching-in-duluth-minnesota/

Il est précisé qu'un garçon nommé Robert Allen Zimmerman se vit plus tard conter cette histoire par son père Abram, d'origine juive lithuanienne et âgé de neuf ans en 1920, qui avait assisté aux faits. Robert Allen Zimmerman deviendra chanteur sous le pseudonyme de Bob Dylan et composera la chanson Desolation Row en hommage aux victimes noires de ce lynchage.

The lynching was practically written out of the official state history most white children consumed at school in the middle part of the 20th century,** though the nine-year-old Lithuanian Jewish boy Abram Zimmerman who lived nearby the execution site later told his son all about it. Young Robert Allen Zimmerman tapped his father’s lynching stories under his subsequent nom de troubadour of Bob Dylan, and the Duluth atrocity is alluded to in Dylan’s “Desolation Row”.

( Le lien indiqué sur Youtube n'est plus accessible pour une question de droits d'auteur, mais on doit facilement trouver cette chanson en ligne ailleurs. )

“They’re selling postcards of the hanging/They’re painting the passports brown/The beauty parlor is filled with sailors/The circus is in town.”

Ou à Chicago en 1919 vous savez qu'un jeune garçon noir voulant pénétrer dans l'enceinte d'une piscine réservée - dans les faits si ce n'était pas écrit - aux Blancs fut victime d'un lynchage ?

Les Emeutes raciales de Chicago : juillet 1919
de Carl Sandburg , Christophe Granger (Préface)
Anamosa, 6 mai 2016

https://www.amazon.fr/%C3%A9meutes-raciales-Chicago-Juillet-1919/dp/B019F1OVA4/

Chicago, 27 juillet 1919 : au large d'une plage réservée aux Blancs, un jeune Noir se noie, terrorisé par des adolescents blancs qui lui jettent des pierres. La police refuse d'intervenir, ouvrant la voie à plusieurs jours d'émeutes dans la ville. Bilan : 23 morts parmi les Noirs, 15 parmi les Blancs et des quartiers entiers dévastés. Rapidement, durant ce "Red Summer", des dizaines de villes américaines connaissent à leur tour de semblables émeutes raciales. Celles de Chicago, Carl Sandburg les saisit sur le vif. Il prend le parti original, non de les décrire, mais de les expliquer. Il montre l'oppression organisée des Noirs, l'immigration imposée, la ségrégation ordinaire, les logements de seconde zone et l'habitude des lynchages. A l'heure où les émeutes raciales tenaillent toujours les Etats-Unis, ce petit livre, publié en 1919 et traduit pour la première fois en français, éclaire l'une des périodes les plus troublées de l'Amérique - celle qui, malmenée par la question raciale, accompagne la recrudescence du Ku Klux Klan. Il éclaire aussi une pratique journalistique, celle du reportage, qui ne cède jamais au voyeurisme de la violence.

Biographie de l'auteur
Journaliste, écrivain et poète considéré de son vivant comme une figure majeure de la littérature contemporaine, Carl Sandburg (1878-1967) a reçu deux fois le prix Pulitzer. A sa mort, le président Lyndon B. Johnson s'est exprimé ainsi : " Carl Sandburg était plus que la voix de l'Amérique, plus que le poète de sa force et de son génie. Il était l'Amérique. " Défenseur du Civil Rights Movement, il fut le premier homme blanc à être décoré, en 1965, par la NAACP en tant que " prophète majeur des droits civiques ".

Meilleurs commentaires des clients

Un ouvrage sur les Noirs Américains du début du XX° siècle
Par Guth Suzie le 28 juillet 2016

Le titre est prometteur mais la compilation des articles du journaliste l'est moins.ce n'est que dans le premier article qu'il traite des émeutes raciales de Chicago en 1919, une bonne carte est jointe pour montrer l'été rouge américain ( l'ensemble des émeutes raciales dans le pays). On a joint à l'ouvrage des points de vue sur la situation des Noirs qui sont pour l'époque assez originaux.Il est vrai que le journaliste écrit dans l'instant et n'a pas le temps d'attendre le rapport qui va sortir deux ans plus tard sur les émeutes de Chicago.Le sujet mérite un ouvrage car au fond il a permis aux sciences sociales de prendre leur envol, et de devenir des éléments non négligeables des solutions à apporter aux problèmes de la société.

Cordialement

Claude LE NOCHER 09/06/2017 11:48

Bonjour Philippe
Jeter un coup d'oeil sur le passé, en Noir et Blanc, n'est jamais inutile. Car bien rares furent les époques bénies... "Au temps où la France (et l'Amérique) était un paradis" ? Ben voyons ! Gare à la résurgence d'un état d'esprit négatif, aussi violent qu'à l'époque des lynchages.
Amitiés.

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