Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 04:55

Dans le New Jersey, le comté de Bergen est tout proche de New York, au nord-ouest de la métropole. Basé à Hackensack, le shérif Robert Heath y est chargé du maintien de l’ordre en cette année 1915. Parmi ses adjoints, il emploie une femme, Constance Kopp. Avec ses sœurs Norma et Fleurette, elle a récemment vécu une aventure mouvementée. Ce qui lui a valu d’être engagée par le shérif. Mais les femmes dans la police, ça ne plaît pas à tout le monde. Y compris au sexiste John Courter, un des adjoints d’Heath, qui ne cache guère son hostilité. Le statut de Constance étant contesté, le shérif lui attribue un poste de gardienne de prison en attendant. Deux mois passent, et rien n’évolue. La surveillance des femmes incarcérées n’est pas déplaisante, mais ce n’est pas le métier que vise Constance.

Parmi les prisonniers se trouve Herman Albert von Matthesius, un vieil Allemand qui se dit médecin, baron et pasteur. Il est vrai qu’il dirigea une sorte de clinique-sanatorium à New York. Ses pratiques entraînèrent des plaintes de la part de trois de ses jeunes employés. En prison, il parle principalement sa langue d’origine, que Constance Kopp connaît assez bien. Von Matthesius vient d’être hospitalisé en ville dans un état délirant. Difficile de savoir s’il simule, car la prison n’a pas de médecin sur place, ce que déplore le shérif. Lors d’une nuit d’orage, alors que règne une grande agitation à l’hôpital à cause d’un grave accident, von Matthesius s’enfuit. Il était sous la garde de Constance Kopp, qui s’en veut car la situation met le shérif Heath dans l’embarras. Il tente le maximum pour le rattraper.

N’étant pas officiellement adjointe, Constance Kopp ne sait pas comment l’aider : “Je ne demandais pas de pardon. Tout ce que je voulais, c’était voir mon prisonnier de nouveau enfermé dans sa cellule comme il le méritait.” À New York, elle se rend à l’adresse de Felix von Matthesius, le frère du fugitif. Des adjoints du shérif l’y ont précédé vainement, et le logement est vide. Un ami photographe lui donne quelques conseils avant que, dans un hôtel de luxe réservé aux femmes, Constance ne sympathise avec un trio d’amies, dont l’une est journaliste. Elle recherche les trois jeunes plaignants afin d’obtenir plus de détails sur les faits reprochés à von Matthesius. Dans les mêmes quartiers new-yorkais, se trouve l’ancien sanatorium. Elle le visite clandestinement, sans y découvrir le moindre indice.

Faisant des allers-retours du comté de Bergen jusqu’à New York, elle trouve une possible piste en la personne du docteur Milton Rathburn. C’est au Murray’s, un grand restaurant new-yorkais, que Constance repère Felix von Matthesius. Elle parvient à l’alpaguer, non sans complications. Le shérif et elle ramènent le frère du fuyard à Hackensack, mais il n’a aucune intention de se montrer coopératif. Pour Constance, la chasse continue…

Amy Stewart : La femme à l’insigne (Éd.10-18, 2017) – Inédit –

— Mais ce n’est pas vrai du shérif Heath, protestai-je. Il est resté dehors toute la nuit à traquer von Matthesius. Et il est obligé de le capturer ! Saviez-vous qu’un shérif peut se retrouver en prison s’il laisse s’échapper un détenu ?
— Oui mais, en attendant, il doit gérer sa prison et s’occuper d’une centaine d’autres prisonniers, tout en pensant aux élections de l’automne prochain, qu’il devra remporter s’il est encore libre à ce moment-là. Et puis chaque jour de la semaine amène son lot de cambriolages, d’incendies criminels et de jeunes filles disparues, non ? Voilà de quoi est faite son existence ! Pour un détective en revanche, c’est différent. Vous, vous avez la possibilité de poser des questions que personne d’autre ne posera. Vous pouvez vous mettre dans la peau du criminel et comprendre son mode de pensée. C’est de cette façon que vous parviendrez jusqu’à lui…

C’est dans “La fille au revolver” (Éd.10-18, 2016) qu’Amy Stewart crée le personnage de Constance Kopp, que l’on retrouve dans ce deuxième épisode également inédit. En réalité, cette pionnière de la police criminelle s’inspire d’une femme ayant vraiment existé. Elle fut la première shérif-adjoint des États-Unis, au début du 20e siècle. S’agissant d’une fiction, l’auteure nous raconte son parcours à sa manière. En fin d’ouvrage, elle explique les bases de plusieurs parts du récit. L’affaire von Matthesius se produisit vraiment, et on imagine volontiers que Constance Kopp persévéra jusqu’à mettre la main sur ce bonhomme. Afin d’obtenir ce statut officiel et cet insigne d’adjoint au shérif.

Si, faute d’apprentissage du métier, la jeune femme manque de méthode rationnelle, cela ne nuit en rien à l’intrigue criminelle. Au contraire sans doute, car ses investigations la conduisent dans divers endroits. Pour Amy Stewart, une excellente manière de dessiner le portrait de l’Amérique d’alors. La condition féminine reste nettement inférieure, car il n’est pas question de rémunérer des femmes pour des "métiers d'hommes". Le bénévolat est juste toléré pour elles. Quant à la situation des repris de justice, le shérif progressiste la résume parfaitement : “Nous devrions pouvoir soigner au moins leurs petits maux, et pas seulement par charité chrétienne, mais parce que nous avons ici l’occasion de les remettre dans le droit chemin en leur faisant mener une vie saine. Donnez une douche et un repas chaud à un homme, une bible pour l’étude et des corvées difficiles pour tenir ses mains occupées, et vous transformerez un criminel en bon citoyen. Ça, ce n’est pas en l’enfermant dans un cachot que vous y parviendrez.”

Ambiance américaine du début du 20e siècle donc, mais aussi histoire personnelle de Constance Kopp et de sa famille. Leur mère est décédée, leur frère Francis s’est éloigné. Sa sœur Norma est une colombophile aux idées quelque peu "baroques", et la jeune Fleurette cultive l’espoir de devenir artiste. Elle se sent responsable de leur foyer, mais le goût de l’aventure est encore plus puissant pour Constance. Une véritable héroïne, dans la plus belle tradition. “La femme à l’insigne”, un suspense parfaitement réussi, un roman de grande qualité à ne pas manquer.

Partager cet article

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
commenter cet article

commentaires

Philippe 14/07/2017 04:57

Bonjour M. Le Nocher,

Voyez le nouvel article du site Rare Historical Photos.
On reste partagé entre l'émotion qu'on ressent et le fait de se dire qu'à cette époque une mère est capable d'afficher explicitement qu'elle met en vente ses enfants, sans s'encombrer de choisir d'autres mots.
Remarquons quelle a été la vie de ces cinq enfants ( la mère était enceinte du cinquième ), séparés et placés dans des familles différentes.

http://rarehistoricalphotos.com/4-children-sale-1948/

"4 Children for Sale", 1948

Cordialement

Claude LE NOCHER 14/07/2017 07:35

Bonjour Philippe
Une photo troublante que, même avec les infos explicatives, on a du mal à interpréter.
Et voici une autre affaire d'infanticides à Lorient :
http://www.ouest-france.fr/bretagne/lorient-56100/nouveaux-nes-congeles-lorient-la-mere-avoue-les-avoir-etouffes-5132521
Une nouvelle Véronique Courjault.
Amitiés.

Philippe 12/07/2017 06:49

Vous connaissez évidemment le rebondissement dans l'affaire du petit Grégory qui était déjà de nouveau d'actualité : l'ancien juge Jean-Michel Lambert vient d'être retrouvé mort chez lui. La thèse du suicide semble à privilégier en l'absence de traces d'effraction ou de lutte.

Il ne m'échappe pas, au passage, que les Vosges est une région qui vous est chère, ce dont témoignent des photos qu'il vous arrive de prendre sur place et de publier, ou vos chroniques de livres de Pierre Pelot.
Ou le fait que vous ayiez mentionné, il y a maintenant quelques années, avoir parmi vos amis une famille Villemin, sans lien de parenté avec celle de l'affaire, mais ce patronyme - dérivant de Guillaume ou William et dont une variante est Vuillemin - étant courant dans l'Est.

Cordialement

Claude LE NOCHER 12/07/2017 08:12

Bonjour Philippe
Il y a un peu plus d'un mois, avant les Législatives, mes amis Villemin ont passé quelques jours en Bretagne, ce qui nous a donné l'occasion de nous revoir, toujours avec grand plaisir. C'était peu avant que soit relancée l'Affaire Villemin. Ayant chroniqué le livre du colonel de gendarmerie Etienne Sesmat sur "Les deux affaires Grégory", j'ai eu des centaines de visiteurs qui ont consulté cet article.
Sans prétendre connaître chaque infime détail du dossier, j'ai suivi d'assez près les enquêtes en question. Il y avait déjà "un mort de trop", Bernard Laroche. Et voici un 2e "mort de trop", le juge Lambert. Dont le suicide n'est pas rappeler celui du photographe David Hamilton, même méthode et... même motif : la pression médiatique monstrueuse.
S'expriment publiquement dans les médias, toute une brochette de "consultants", experts autoproclamés pour la plupart, qui donnent leur version des faits. Sans tenir compte du fait qu'ils parlent d'êtres humains, perturbés voire profondément marqués par des cas tels l'affaire Grégory. Ces consultants oublient volontairement, pour beaucoup, les quantités d'investigations déjà menées. "Les Jacob n'avaient pas été interrogés par les enquêteurs" a-t-on pu lire et entendre... Vous rigolez ou quoi ? Tous les membres, même très éloignés, de ces familles ont été l'objet d'enquêtes fouillées, y compris de test graphologiques.
Je ne m'exprimerai pas sur Murielle Bolle et ses "nouvelles révélations", car je ne tiens pas à encourir des poursuites. Je crains qu'il n'y ait plus rien à découvrir dans ce dossier... Et je comprends que le juge Lambert en ait eu assez de ces charognards qui exploitent de façon malsaine tout cela. Rappelons que ce fut déjà vrai il y a 32 ans...
Amitiés.

Philippe 12/07/2017 06:37

Bonjour M. Le Nocher,

Le modèle historique réel, pourrait-il s'agir de Margaret Adams ?

https://en.wikipedia.org/wiki/Margaret_Q._Adams

Voyez aussi quelques autres femmes pionnières dans la police aux Etats-Unis.

https://en.wikipedia.org/wiki/Sybil_Plumlee

https://en.wikipedia.org/wiki/Georgia_Ann_Robinson

https://en.wikipedia.org/wiki/Alice_Stebbins_Wells

https://en.wikipedia.org/wiki/Lola_Baldwin

Cordialement

Claude LE NOCHER 12/07/2017 08:17

Bonjour Philippe
Non, Constance Kopp exista bel et bien. Peu d'infos sur elle via Internet, mais quelques portraits quand même. Car certaines de ses enquêtes (dont celle-ci, revisitée par Amy Stewart) firent l'objet d'articles de presse.
Oui, il y eut quelques "pionnières" de la police criminelles en Amérique. Les suffragettes et les féministes eurent, on le sait, beaucoup de mal à imposer les femmes dans la société, là-bas comme ici.
Amitiés.

Action-Suspense Contact

  • : Le blog de Claude LE NOCHER
  • Le blog de Claude LE NOCHER
  • : Chaque jour des infos sur la Littérature Policière dans toute sa diversité : polar, suspense, thriller, romans noirs et d'enquête, auteurs français et étrangers. Abonnez-vous, c'est gratuit !
  • Contact

Toutes mes chroniques

Plusieurs centaines de mes chroniques sur le polar sont chez ABC Polar (mon blog annexe) http://abcpolar.over-blog.com/

Mes chroniques polars sont toujours chez Rayon Polar http://www.rayonpolar.com/

Recherchez D'autres Infos Ici

Action-Suspense via Twitter

Pour suivre l'actualité d'Action-Suspense via Twitter. Il suffit de s'abonner ici

http://twitter.com/ClaudeLeNocher  Twitter-Logo 

Libres lectures

Petit rappel : Toutes mes chroniques, résumés et commentaires, sont des créations issues de lectures intégrales des romans analysés ici, choisis librement, sans influence des éditeurs. Le seul but est de partager nos plaisirs entre lecteurs.

Abonnez-vous à Action-Suspense, pour recevoir chaque jour mes chroniques et mes infos sur l'univers du polar. Facile et gratuit !

Spécial Roland Sadaune

Roland Sadaune est romancier, peintre de talent, et un ami fidèle.

http://www.polaroland-sadaune.com/

ClaudeBySadauneClaude Le Nocher, by R.Sadaune

 http://www.polaroland-sadaune.com/