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22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 04:55

Mietek Breslauer est âgé de vingt-cinq ans en 1974. Même s’il vient de passer vingt-huit mois en prison, l’avenir lui apparaît plutôt encourageant. Il habite à Montreuil. Sa vieille voisine Madame Test est très agréable. Il possède une belle DS21. Il a ses habitudes au bar Le Ramdam. Il y retrouve ses copains kabyles, les deux Mohammed. Sa relation avec la prostituée Karine est quelque peu ambiguë, mais c’est quasiment involontaire. Il a un petit pactole de côté, grâce à son vieux pote Robert-le-mort. Ce dernier n’en a plus pour longtemps à vivre, d’ailleurs. Mietek est assez doué pour voler des voitures de luxe. Pour recadrer aussi des faux-durs, comme celui qui rackette Brigitte, une collègue de Karine. Il est généreux, car l’argent n’est pas une fin en soi pour Mietek.

Le hasard le fait rencontrer les frères Brun, François et Patrice. Issus de milieux bourgeois, ils ne semblent pas tellement équilibrés. Néanmoins, ce sont des associés convenables. En tous cas, François paraît un peu plus fiable que son frère. Ils ont un plan en Belgique, le vol d’une Cadillac dont se charge Mietek. De petites réparations chez ses amis Daniel et Babette, un coup de peinture rose, et voilà un client satisfait. Mais, afin d’avoir une façade officielle, Mietek prépare sa reconversion en tant que brocanteur. Max, ami de Robert, va lui donner un coup de pouce. Des amis, le défunt Robert en avait une poignée d’autres : Pierre Clément et son frère le Mataf, membres de la milice gaulliste, ainsi que le flic véreux Mireille. Celui-ci saura indiquer à Mietek les plus fructueux cambriolages.

Il n’y a pas beaucoup de séduisantes jeunes femmes qui résistent au charme crapuleux de Mietek. Telle la dessinatrice junkie Chimel, par exemple. Mais c’est avec la vietnamienne Ming qu’advient le coup de foudre. Amour mutuel, plus ou moins, car cette jeune prof est en couple avec une autre femme, Manu. Le petit univers de Ming, rue des Envierges, ne correspond guère à Mietek, même s’il essaie de s’en accommoder. Heureusement, il y a la petite Cora, la fille de Ming. Elle adopte très vite Mietek comme père, dans ce petit monde où ça manque de mâles. Quant à espérer des projets de couple avec Ming, il sent bien que c’est hautement improbable. Malgré la possessive Manu, il garde le contact. Mais il doit aussi avancer dans ses opérations de cambriolage-brocante.

Les deux Mohammed font des déménageurs crédibles, avec le spacieux fourgon récupéré par Mietek. Il va également les loger dans le local qu’il a dégoté pour entreposer leur butin. Bien qu’un peu "décalé" dans la bande, François Brun est de la partie. Mietek a échangé sa DS21 pour une Citroën SM, plus classieuse. Son bizness fonctionne. Ce qui n’est pas le cas pour son pote Daniel, bientôt HS. Outre son équipe, Mietek reste en relation avec Clément et le Mataf, et aussi avec le Vieux, qui tient une casse-auto. Malgré les années qui passent, une chose lui tient à cœur et cet objectif-là sera sa réussite…

Richard Morgiève : Les hommes (Joëlle Losfeld Éditions, 2017)

Les croque-morts avaient déjà sorti le cercueil dur corbillard. Un curé était là avec sa Bible, sans soutane, et peut-être qu’il ne croyait pas en Dieu. Il m’a salué, je lui ai rendu la politesse. Il a lu un passage de la Bible, il m’a regardé, m’invitant à parler, je n’avais rien à dire. J’ai pensé à Dédé. Il n’avait pas de tombe. Il avait été jeté dans le carré de l’oubli. Mort pauvre, on perdait la mémoire dans celle des autres, on était effacé. Le plus grand crime de l’humanité, c’était celui du riche qui empêchait le pauvre de vivre sa vie, puis sa mort.
J’ai entendu du bruit derrière moi. Deux hommes. Le plus âgé, la cinquantaine, m’a salué – l’autre, plus jeune, avait la tête comme un compteur à gaz. Il s’était pris une sévère branlée, et me dévisageait comme si je puais. J’ai rendu le salut au plus âgé. Il avait des rubans à la boutonnière de son costume noir – je n’y connaissais rien en décorations. J’ai pensé que c’était soit un flic, soit un militaire. Il s’est avancé vers la fosse…

Une quarantaine d’années en arrière, la décennie 1970, c’est si proche, c’est si différent. À cette époque, certains se placent en marge, leur rejet de la société étant naturel, juste un état d’esprit. Bien sûr, ils appartiennent au banditisme, mais pas à celui de la violence. À leur façon, ce sont des artisans de la cambriole, des bricoleurs du recel. Ils ne manquent jamais de fric, avec leurs combines bien moins risquées que les braquages et autres prises d’otages d’alors. Ils restent des durs-à-cuire, mais sont plus "réglo" que la moyenne. Leur rapport aux femmes s’avère sûrement complexe, dans beaucoup de cas. Peut-être sont-elles fascinées autant par leur dégaine d’aventuriers que par l’argent. Leurs sentiments et ceux des hommes ne sont pas si faciles à analyser, sinon via une idée de liberté.

Mietek Breslauer s’est forgé seul son parcours, tel un autodidacte de la combine. À ne pas confondre avec la voyoucratie de bas-étage, avec les vulgaires truands. “Classe tous risques” de José Giovanni est son roman préféré. D’ailleurs, il y a aussi une ambulance dans cette histoire, et un sens de la "solidarité entre hommes" rappelant cet écrivain. Encore qu’Oscar Wilde ne soit pas étranger à Mietek, non plus. "La ballade de la geôle de Reading", allusion à la dérision de l’existence. La vie, l’amour, la mort…

Non, ce n’est pas un polar, ni un roman noir, c’est l’évocation d’une époque. Avec une part de souvenirs personnels de Richard Morgiève, sûrement, son héros ayant à peu près le même âge que lui. Ne pas y voir une autobiographie, mais un regard sur les ambiances, les fréquentations et les comportements qu’un homme jeune d’alors pouvait côtoyer. En témoigne la brièveté de chaque chapitre, claire description d’un moment, d’une étape. On n’est ni dans l’énigmatique, ni dans le malsain absolu. C’est une expérience de la vie, avec ses choix, parfois ses excès, dont il est question. Et c’est diablement bien raconté.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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