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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 04:55

Ça se passe entre les dunes de la côte atlantique et les forêts de pins, dans un site naturel en grande partie préservé. Des lieux menacés depuis qu’un groupe industriel a lancé le projet d’une unité de stockage de matières dangereuses. Des zadistes se sont installés sur le secteur visé par cette destruction annoncée, génératrice de pollution. C’est à un autre niveau que certains, comme le nommé Pépé, cherchent des arguments pour contrer le désastre écologique. Par ici, on trouve encore une libellule très rare, espèce à protéger. Un atout pour le rapport des experts évaluant l’impact négatif du futur stockage. Pourtant, les initiateurs du projet ne renoncent évidemment pas. Une équipe de scientifiques a été engagée, afin que la contre-expertise leur soit favorable. Leurs bureaux provisoires se situent dans une ancienne école de la région.

Âgé de trente-six ans, Boris est naturaliste de profession. Logeant chez Florent et Jeanne, dans un gîte des environs, il appartient à cette équipe de contre-expertise. Il éprouve une sympathie certaine pour son confrère Pépé, amateur d’huîtres comme lui. Qu’une libellule contrarie l’envahissant projet de stockage, ça ne lui déplaît pas. Entouré de personnes qui aiment sincèrement la nature, appréciant la faune et les décors locaux, Boris glisse peu à peu du côté des défenseurs de l’environnement. L’homme qui rôde dans le coin, il l’a vite reconnu, bien que l’ayant jusqu’alors peu fréquenté. C’est son oncle Clément, qui a une réputation de révolté. S’il a disparu depuis quelques temps, il n’est pas mort. Sa présence dans la région ne doit sûrement rien au hasard. Quand il entre en contact avec Boris, c’est pour lui expliquer son but… meurtrier.

Il existe une verrue dans le paysage dunaire. Cette villa construite par le riche Raphaël est délibérément destinée à gâcher la beauté de la côte. Le propriétaire s’est assuré le soutien d’Horace, le maire, pour bâtir cette horreur. Certes, au nom du respect de la Loi Littoral, une plainte n’est pas exclue. Ce dont se fiche éperdument Raphaël. Il a fait venir deux de ses amis. Émeric est un escroc poursuivi pour avoir monté une pyramide financière qui a ruiné les plus crédules. Pas tellement moins cynique, Alexis est exportateur de bois : un farouche partisan de la mondialisation, grâce à laquelle il s’enrichit toujours davantage. Il reste l’ami des deux autres, partageant le même mépris envers le commun des mortels. Mais le service que lui demande aujourd’hui Raphaël dépasse les normes de l’amitié. Il va devoir louvoyer pour limiter sa complicité, car il pourrait y avoir mort d’homme…

Pascal Dessaint : Un homme doit mourir (Éd.Rivages, 2017)

Raphaël avait posé sa villa sur le trait de côte, à plusieurs kilomètres de la station balnéaire, dernier lieu reconnu par mon GPS. Si j’avais encore douté de l’influence de mon ami, il m’aurait suffi d’essayer de répondre à cette question : comment donc, pour l’utilité ou plutôt le plaisir d’un seul individu, avait-on pu permettre de bitumer ce qui pendant longtemps s’était révélé une simple piste serpentant au petit bonheur à travers les dunes ? Quelle pression l’homme avait-il exercée ? Quelle réglementation avait-il contournée ? Quelles mains avait-il graissées ? Raphaël, sans aucun doute, avait encore beaucoup à m’apprendre sur les libertés que l’on peut s’accorder […]
La piste bitumée s’arrêtait tout net, comme un nappage de caramel qu’on aurait coupé grossièrement à la roulette. Une route qui se terminait nulle part me donnait toujours l’impression d’avoir été tracée par le Diable ou un de ses suppôts, et de conduire malgré les apparences à un précipice.

C’est "sous le signe de la nature" que s’inscrit cette histoire. Pascal Dessaint ne cache pas ses sympathies pour la défense de l’environnement. Plusieurs de ses romans évoquent des questions sur ce thème, notre monde industrialisé semblant incompatible avec le respect des éléments naturels. Certes, les autorités promettent une "transition" vers des pratiques moins dévastatrices et moins polluantes, mais on ne le constate guère au quotidien. L’avis des scientifiques s’avérant souvent contradictoire, certains étant soumis à des lobbies, ça ne paraît plus guère compter aujourd’hui. D’aucuns pensent que la solution, c’est de créer des ZAD, Zones À Défendre, dès qu’est envisagé un nouveau projet potentiellement nocif. Au risque de friser la caricature, il faut l’admettre, quand des "pros de la contestation" se joignent à ces combats, aussi justifiés soient-ils.

Pascal Dessaint n’est pas un homme sombre, un pessimiste grincheux. Au contraire, il se montre toujours assez souriant, dans la vie comme dans ses écrits. Il ne servirait à rien, il le sait évidemment, d’aligner un argumentaire démonstratif contre l’ultralibéralisme qui s’attaque sans complexe aux sites naturels. Néanmoins, en décrivant (non sans ironie) la misanthropie et les bassesses de certains fortunés, est-il loin de la réalité ? On peut croire que de tels personnages réagissent ainsi qu’il montre le trio de cyniques. Quant à Boris, le naturaliste, de quel côté basculera-t-il finalement ? C’est à travers une double narration, celles d’Alexis et de Boris, qu’évolue cette intrigue. Avec un aspect criminel, mais surtout une large part d’humanisme. Un suspense très réussi, d’autant que Pascal Dessaint est un auteur chevronné, récompensé par plusieurs prix littéraires incontestés.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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Philippe 27/09/2017 16:53

Bonjour M. Le Nocher,

Je vois qu'aujourd'hui l'émission " Un livre, un jour " d'Olivier Barrot sur France 3 présente un livre de Pierre Demarty. En soi, je ne le connaissais pas, mais je vois que son premier livre, l'année dernière, a pour héros un nommé Jean Nochez, nom assez voisin du vôtre.

https://www.parislibrairies.fr/livre/9782253069249-en-face-pierre-demarty/

En face
Pierre Demarty
Livre de Poche, 24 août 2016

Le mot de l'éditeur : Un jour, Jean Nochez sort de chez lui, traverse la rue, et entre dans l'immeuble d'en face. Il ne le quittera plus ou presque. C'est le début d'un étrange voyage immobile, qui va l'entraîner dans des rêveries de grand large et des épopées insensées. À quoi ressemble le monde quand on lui tourne le dos ? Et que viennent faire là-dedans Paimpol, l'Islande, les goélettes et la philatélie ? En face évoque le Bartleby de Melville, Échenoz, Jarmusch, et nous embarque dans un drôle de périple ponctué d'images fabuleusement déjantées. On y plonge comme dans une énigme, on en sort comme d'un songe. Un feu d'artifice stylistique et un éblouissant crépitement d'humour noir. Thomas Mahler, Le Point. Il est toujours réjouissant d'assister à la naissance d'une oeuvre qui semble vouloir s'en remettre entièrement aux forces de l'écriture. Le premier roman de Pierre Demarty s'inscrit résolument dans cette veine. Éric Chevillard, Le Monde des livres.

Cordialement

Claude LE NOCHER 28/09/2017 18:14

Bonjour Philippe
Mon patronyme (Le Nocher, Nocher et pourquoi pas Nochez) est plutôt rare. C'est pourquoi je n'ai jamais utilisé de pseudonyme, comme ce fut si prisé pendant quelques années. Le nom de ma famille maternelle était aussi peu courant, sauf qu'il aurait un sens négatif : "Littéraire. Qui corrompt l'esprit ; nuisible, corrupteur, néfaste."
Amitiés.

Philippe 27/09/2017 01:46

Bonjour M. Le Nocher,

Toujours dans le milieu des zadistes, vous avez entendu parler du dernier film en date réalisé par Eric Judor ( le Eric du duo comique Eric et Ramzy, ce dernier s'appelant Ramzy Bedia ) , " Problemos " ?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Problemos

https://www.causeur.fr/problemos-critique-eric-judor-144428

Problemos: une satire réjouissante de l’utopie écolo
par Isabelle Marchandier - 21 mai 2017

Claude LE NOCHER 27/09/2017 06:43

Bonjour Philippe
Avec la plupart des articles de Causeur, on ne s'attend pas à l'objectivité. Isabelle Marchandier donne un bon exemple du parti-pris ordinaire et de la mauvaise foi... Dès les premières lignes, elle utilise la formule "idiot utile", très en vogue chez les réactionnaires d'aujourd'hui. Notons encore un "néo-populisme de gauche", argument qui se veut définitif. Ces positions d'un ultra-conformisme méprisant sont assez ridicules, émanant de bobos rétrogrades. Quant au film, il est sûrement meilleur que les pitreries habituelles d'Eric et Ramzy.
Amitiés.

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